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Interview accordée au site www.burladero.com du lundi 16 avril 2012 - Propos recueillis par Vicente Casañ/mediaverónica - Photo Luis Miguel Sánchez

                            

En musique, la note do aigüe est la note la plus élevée que peut chanter un tenor ; le grand Pavarotti en était le spécialiste. L’expresion “se donner à fond” ou “donner le maximum” pour obtener cette note signifie parallèlement l’effort que l’on donne pour arriver à cette note si élevée, donner le maximum de soi à n’importe quel moment de la vie, de ses projets ou de manière ponctuelle. Pour être si intimement liée au sacrifice professionnel et à la sempiternelle lutte personnelle du torero, du matador avec l’ombre de la mort qui rôde autour de celui qui se joue la vie, la Tauromachie est très prodigue en ce qui concerne l’effort journalier. Il n’y a pas de profession ou l’on peut côtoyer d’aussi près la mort.

Et si à l’effort journalier du torero, on ajoute la crise générale actuelle, le résultat obtenu est celui de l’effort porté à son paroxysme. C’est à ce momento qu’apparaît la nécessité de serrer les dents dans ce procesus de sélection naturelle, ou pas si naturelle que ça en ce sens qu’en Tauromachie, des intérêts et des pouvoirs factices se mêlent pour déséquilibrer l’exercice sain dans lequel seuls les meilleurs pourraient survivre. La crise actuelle, en définitive, oblige celui qui a quelques chose à jouer dans cette profession à appuyer sur l’accélarateur, à la seule exception des élus, ce petit groupe de vedettes qui continue à projeter leur saison selon des critères qui leurs sont propres, à part El Juli cette année, qui n’est pas programmé dans les grandes ferias pour les raisons que l’on connaît.

En conséquence, nous voyons – et nous verrons – beaucoup de ce que l’on appelle des “gestes”, c’est-à-dire, le fait qu’un torero soit annoncé à une corrida d’un élevage dit dur alors qu’il n’est pas habitué à le faire, ou du moins pas beaucoup. On ne peut pas appeler “geste” le fait qu’un torero qui habituellement est programmé dans ce type de corrida, le soit encore. Ce qui constitue une terrible injustice pour celui qui doit les toréer, une autre façon d’être perçu. Il existe des toreros que s’ils veulent toréer doivent accepter ce genre de corridas. La vie des toreros s’est convertie en un jeu de rôle : ici le médiatique, là l’artiste, ici le vaillant... Ensuite, il y a les vedettes d’avant, des professionnels kaléidoscopiques qui se faisaient annoncer avec la corrida la plus terrible dans les arènes les plus importantes avec les compagnons les plus en vue.

Cependant, la situation actuelle a quelque peu changé la donne et a obligé à une catharsis pas seulement aux toreros mais aussi aux organisateurs et aux éleveurs. Juan Bautista est un autre ténor qui s’est vu obliger à se donner à fond pour maintenir son statut, du moins en Espagne. En France sa notoriété est sensiblemente différente : là bas il est reconnu comme étant une vedette de la tauromachie. Et ce n’est pas tout le temps que le proverbe être prophète dans son pays se vérifie. “Aujourd’hui, nous traversons une époque compliquée pour tout. C’est pour cela que c’est le momento de réaliser des choses différentes et spéciales” nous raconte le français.

"Le 2 juin je vais toréer une corrida d’Adolfo Martín avec José Luis Moreno et Iván Fandiño. J’ai déjà combattu des toros de Miura, Guardiola, Victorino, Cebada Gago et Samuel Flores mais de cet élevage jamais", déclare Juan Bautista. Force est de constater cependant que le fait d’affronter des élevages durs n’est pas quelque chose d’étrangé au français même si la nouveauté vient du fait que cela se passe dans les premières arènes du monde. "Tout au long de l’année j’ai pour habitude de combattre quelques élevages durs car c’est positif pour moi et pour l’aficionado", remarque t-il. Cette année, cela ne se déroulera pas dans n’importe quelle arène, ce sera à Las Ventas.

Concernant sa saison, le français aspire à mieux bien que ce soit un torero qui se maintienne. "J’aimerais améliorer ma situation en Espagne en tant que torero mais je dois dire que je suis très fier de ce que j’ai réalisé. Je serai présent deux après-midis à Madrid y je serai également à Valencia, même si je n’ai pas pu être annoncé à Séville. Il y a deux ans, j’ai ouvert la grande porte de Las Ventas même si l’an passé le résultat ne fut pas celui escompté", réflexionne le torero à quelques heures d’arriver en Espagne pour combattre une corrida de toros ce samedi (ndlr : la corrida à San Clemente (Cuenca – Espagne) a été annulée à cause des intemperies).

Le rendez-vous est à San Clemente (Cuenca – Espagne), arène où il n’a jamais toréé avant. "Je vais toréer avec Manuel Díaz El Cordobés et Sergio Serrano une corrida de José Luis Pereda et j’ai envie d’y être", commente Juan Bautista. Cela fait maintenant trois ans que le torero est apodéré par Marcos Sánchez Mejías bien qu’il continue d’écouter la voix sage de son père, Luc Jalabert, directeur des arènes d’Arles. "Mon père à d’abord un rôle de père et ensuite de professionnel. C’est une chance de profiter de ses conseils, il est une personne clef dans ma carrière", conclue Juan Bautista. Ce n’est pas toujours vrai que les relations père – fils soient aussi profiteuses.

Interview accordée au site www.opinionytoros.com du mercredi 11 avril 2012 - Propos recueillis par Pepe Estévez - Photos Isabelle Dupin, José Manuel Abuín, Roland Costedoat et www.opinionytoros.com

Juan Bautista : la maturité ne peut pas se fâcher avec les défis.

Cela fait longtemps maintenant que ce jeune blond français d’Arles surprit en sortant en triomphe du monument de la rue d’Alcalá lors de sa présentation dans les Arènes de Las Ventas. Sa précocité étonna. Alors qu’il était un adolescent, il commença à connaître les secrets et détours qui forment le milieu taurin. Il s’est élevé en Camargue située chez notre voisine la France, sanctuaire du toro et du cheval.

On le trouve heureux, mais aussi responsabilisé après avoir réalisé une grande saison 2011 dans les arènes françaises alors qu’en Espagne il n’a pas atteint le même niveau n’ayant pas eu la même régularité souhaitée, obtenant des triomphes dans des arènes de moindre importance.

Il se considère comme un amoureux du campo. En hiver son quartier général se situe dans le campo charro, bien qu’il participe aux tientas d’Andalousie, ne perdant jamais de vue son Arles natale. Nous profitons d’un de ses nombreux voyages en direction de Salamanque pour le rencontrer. Il arrive à l’heure dite au rendez-vous, habillé de vêtements de sport, comme n’importe quel jeune de son âge, accompagné de son banderillero Curro Robles. Les rendez-vous se succèdent, il vient d’enregistrer une émission de télé. Très aimable, d’une éducation exquise, il s’exprime dans un espagnol parfait. Nous échangeons à bâtons rompus sur ses débuts, ses succès à Las Ventas. Son visage s’illumine lorsque nous parlons de la Mecque de la Tauromachie, des sommets mais aussi des creux de sa carrière. Lorsqu’il ne se sentait plus, il décida d’arrêter de toréer en 2003 pour ne pas se mentir à lui-même ni au public. Cependant, ses meilleures pages n’étaient pas encore écrites, comme l’ont confirmées ses sorties en triomphe de Las Ventas en 2007 et 2010. Parfois, sa facilité et sa technique devant le toro ont « assombri » sa réelle dimension et sa classe, en le cataloguant de torero « froid ».

Il affronte la saison 2012 où apparaissent sa maturité et sa capacité. Les triomphes numériques correspondant aux oreilles coupées chaque après-midi n’ont plus lieu d’être. Ses besoins en tant que personne et en tant qu’artiste prennent un autre chemin dans l’actualité. En revanche, son afición et ambition sont toujours aussi présentes, son obsession est de toréer chaque fois plus lentement et profiter du plus grand nombre de toros. Il présente une saison de défis, que beaucoup d’autres auraient annoncés à grand renfort de publicité lors de conférences de presse pompeuses. Ce n’est pas en vain qu’il combattra la corrida d’Adolfo Martín dans les Arènes de Las Ventas, celles de Victorino de Valencia ou Istres, les buendías de Flor de Jara à Vic-Fezencac, ou Baltasar Ibán à Aignan, pour ne citer que quelques uns de ces efforts pour offrir quelque chose de nouveau aux aficionados. Cela démontre nettement sa capacité, et sa ferme déclaration d’intensions.

- Vous revenez d’Amérique, plus précisément du Venezuela, avec un important début de saison.
Oui cela a été un début de saison important, malgré le fait qu’il y eut qu’un nombre réduit de corridas, concrètement quatre, lors de trois ferias différentes : à la feria de San Cristóbal, à Maracaibo et deux à Mérida. Cela s’est très bien passé, cela m’a permit de ne pas arrêter pendant l’hiver. Là-bas, j’ai eu la chance de tomber sur de bons toros. J’ai gracié un toro à Maracaibo et un autre à San Cristóbal, et à Mérida j’ai remporté le prix de la meilleure faena de la feria.

-C’est un cycle qui suppose une continuation de ce qui c’est passé l’an dernier…
En France l’année dernière, j’ai connu ma meilleure saison depuis que j’ai pris l’alternative. Il y a eu une grande régularité du début à la fin, il y a eu des triomphes dans quasiment toutes les ferias importantes. A Arles, sur mes terres, Nimes, Bayonne, Béziers, Dax. En fait, je me suis énormément régalé dans mon pays l’an dernier. Nous avons toréé à peu près quatorze corridas de toros, cela s’est bien déroulé et cela me positionne de la meilleure des façons dans ces ferias pour cette saison.
Cependant en Espagne, cela ne s’est pas passé comme je l’aurais souhaité à Madrid ; ensuite à Séville, je n’ai pas eu d’option avec mon lot. Avec le triomphe de Valencia en début de saison en coupant une oreille, il y a eu ensuite des triomphes mais dans des arènes plus petites, de moindre répercussion pour ce qui concerne le reste des corridas en Espagne. Mais malgré cela, j’ai beaucoup toréé, autour d’une quarantaine de corridas au total.

-Juan Bautista est un jeune vétéran, avec plus de dix ans d’alternative à son actif. Que peut vous apporter l’actualité ?
Le côté positif de prendre l’alternative très jeune est d’acquérir rapidement de l’expérience et de la maturité. Cette année, cela va faire treize ans que j’ai reçu l’alternative, mais je suis jeune en âge et je me sens très bien physiquement. J’ai beaucoup d’afición et une énorme envie concernant les buts à atteindre. Je crois que je peux améliorer beaucoup de choses. Pour preuve, les corridas de cet hiver en Amérique et la première de la saison en Espagne montrent le chemin que je veux suivre : toréer avec profondeur et lenteur.

                         

-Votre technique et facilité n’ont échappé à personne. Cependant, ces qualités parfois pourraient « cacher » votre véritable dimension en vous cataloguant de torero « froid ».
Cela vient un peu du fait de ma personnalité et aussi du fait de comprendre beaucoup de toros, de réaliser des muletazos à des toros sans charge. De temps à autres, des toros compliqués peuvent paraître meilleurs de ce qu’ils sont entre mes mains grâce à la technique dont tu as parlé. Celui qui se trouve dans les gradins ne voit pas toujours ces défauts du toro. Le fait de toréer depuis très petit et de vivre dans un élevage te le fait apprendre et connaître. Ensuite, quand je suis à l’aise et que je me régale, cela transmet. C’est pour cette raison que mes faenas importantes à Madrid ou dans d’autres arènes ont eu beaucoup de transmission.

-Au niveau où vous vous trouvez, en ayant atteint une très bonne côte en Tauromachie, placez vos préférences : la date, les compagnons, l’argent ou l’élevage.
En premier l’envie de toréer dans une arène importante, dans un lieu joli, qui ait de la répercussion, c’est le plus important pour un torero. Faire le paseo à Las Ventas, à Séville, Bilbao, Nimes ou Arles est merveilleux. Ensuite, être accompagné de deux grands toreros est quelque chose de très important et en conséquence l’élevage sera parmi les meilleurs. Et pour finir, en ce qui concerne l’argent, tu le gagnes petit à petit.

-Cela fait plusieurs saisons maintenant que vous êtes apodéré par Marcos Sánchez-Mejías Avez-vous trouvé cette stabilité que vous recherchiez ?
C’est vrai, cela fait la troisième saison que nous travaillons ensemble, nous sommes très satisfaits, il travaille très bien, il connaît à la perfection mes besoins, nous avons les mêmes objectifs et envies. C’est un projet à long terme. J’ai eu d’autres très bons apoderados, mais actuellement, je suis très à l’aise avec Marcos.

                                                

-Cette motivation spéciale suppose d’être annoncé avec certains compagnons. Je pense à deux noms El Juli et Sébastien Castella.
Oui, ce sont deux toreros avec lesquels j’ai beaucoup toréé. Je toréais avec El Juli depuis mon étape de novillero en non piquées. Une amitié est née entre nous depuis cette époque. J’adore toréer avec lui, c’est un torero grandiose, je me régale et j’apprends énormément en le regardant toréer. Avec Castella, comme nous sommes issus du même pays, nous avons également beaucoup toréé ensemble. Il y a toujours eu une grande rivalité entre nous. Parfois, la presse française nous a trop opposée, mais cela a été positif pour la tauromachie en France.

-Autant vous que Sébastien Castella êtes en train d’écrire les pages en lettres d’or de la Tauromachie et à partir de là, la relève est-elle assurée ?
Mon modèle en tant que torero a été Nimeño. Je crois qu’il a été le torero qui est arrivé le plus loin, il a réussi à être programmé dans les ferias espagnoles, en Amérique aussi. Dans les années 80, il a été un torero important. Ensuite, est arrivée la génération de Fernández Meca et Denis Loré, mais ils sont plus restés au niveau national. Nous, nous avons atteint ce que Nimeño a été à deux doigts de réussir et maintenant, la génération suivante, qui devra tout se gagner dans les arènes, est en train de pousser. Il y a des jeunes garçons avec de très bonnes dispositions, les écoles taurines font du bon travail en France, je crois que le futur est assuré.

-Si nous regardons le passé, nous arrivons en 2003 lorsque vous avez décidé de vous retirer. Que vous est-il passé par la tête ?
Comme je viens de te le dire, j’ai commencé dans les toros très jeune. Il est arrivé un moment où je n’arrivais plus à développer ma tauromachie, je stagnais. Ensuite, la pression de triompher tout les après-midi m’empêchait de me trouver en tant que torero. A cette époque je ne le voyais pas clair, sincèrement je n’étais pas à l’aise. Je me suis éloigné pendant deux ans des arènes et cela m’a été bénéfique.

-Cependant, en 2005, vous décidez de reprendre le chemin...
Je suis revenu pour me retrouver et rechercher ma tauromachie. C’est à partir de ce moment que j’ai réalisé le plus important lors de mon retour aux arènes.

                                          

-Tout au long de l’hiver, les toreros qui forment le G-10 et les principaux organisateurs français ont échangé toute une série de déclarations concernant la baisse des rémunérations dues à la diminution de fréquentation du public lors de la saison passée.
C’est quelque chose de normal, bien que ce ne soit pas facile d’en parler puisque mon père est organisateur. Je comprends les deux parties. Cependant, s’il y a moins de public, j’admets qu’il faut qu’il y ait une baisse des frais concernant les toreros et les élevages qui facturent une grande quantité d’argent. Je crois que les toreros comme les organisateurs devons faire un effort.

-Vous êtes prophète chez vous, mais on exige de vous aussi.
C’est cela, on m’aime mais on est exigent avec moi. C’est bien, je me sens aimé depuis que je suis novillero en France. Le public me soutient, pendant les moments difficiles il a été avec moi. J’ai de la notoriété en France.

-Las Ventas a toujours été présente dans votre carrière, avec des triomphes importants. Si vous deviez choisir, laquelle de vos trois sorties en triomphes mettriez-vous en avant, celle de novillero, celle de 2007 ou celle de 2010 ?
Les trois ont été différentes. La première de novillero correspondait à ma présentation à Madrid, Cela a eu beaucoup de répercussion pour un début. J’étais âgé d’à peine 18 ans, personne ne s’y attendait, j’étais un inconnu en Espagne, cela a permit de me faire connaître. En 2007 cela a été le point culminant d’une saison importante lors de laquelle j’avais réalisé deux bonnes prestations à Madrid. Cette sortie en triomphe lors de la Feria d’Automne a été une bonne conclusion. Celle de 2010 est arrivée au moment où je connaissais une irrégularité, avec deux saisons un peu faibles. J’en avais besoin pour remonter et certains pensaient que je ne pourrais pas y arriver. J’avais conscience que si je touchais un toro avec des possibilités, je pourrais répéter. J’ai surpris une nouvelle fois car beaucoup doutaient de moi.

-Séville est l’épine plantée dans le pied...
Oui, elle me résiste. C’est une arène où je n’ai pas beaucoup toréé, je crois seulement cinq corridas de toros et jamais cela s’est bien passé, soit à cause des toros soit à cause de moi. Cette année nous n’avons pas pu entrer à la feria. Il faudra donc attendre. J’enrage car je crois que ma forme d’interpréter la tauromachie pourrait plaire à Séville.

-Torero du nord ou du sud.
A Séville, je n’ai pas réussi à triompher contrairement à Grenade ou Cordoue. Au nord, Bilbao est une arène qui m’enchante. Sans avoir pu obtenir un triomphe retentissant, j’ai coupé des oreilles isolées. Ma manière de toréer peut s’adapter à toutes les formes d’afición.

-Cette faena à “Cantinillo” lors de cette Feria d’Automne s’approche-t-elle de la faena rêvée ?
La faena rêvée est impossible à réaliser, même en toréant de salon tu te trouves des défauts. Mais oui, je dois te dire que cela a été une faena très ressentie avec énormément d’émotion, l’inspiration était présente sur le moment, cela a été un grand toro. C’était un après-midi avec beaucoup d’attente, je toréais avec Miguel Ángel Perera qui était en train de réaliser une saison quasi parfaite. Ce fut une faena majestueuse de deux oreilles pendant laquelle je me suis beaucoup régalé.

-Il y a des élevages qui sont liés à la trajectoire des toreros, en ce qui vous concerne sans doute, nous pouvons parler d’El Puerto de San Lorenzo et Alcurrucén.
El Puerto de San Lorenzo à Madrid a été très important pour moi. Ma sortie en triomphe de novillero correspond à un novillo de cet élevage, tout comme également l’après-midi où il a plu et ensuite celle de 2007 avec “Cantinillo”. Alcurrucén aussi m’a beaucoup apporté, j’ai réussi à gracier quelques toros de cet élevage. Ce sont deux ganaderías qui m’enchantent, avec de la race et des élevages pour Madrid. L’une de l’encaste Atanasio-Lisardo et l’autre de Núñez. La variété de races est positive pour la Tauromachie et pour l’aficionado.

                          

-Actuellement, quelques vedettes sont programmées seulement avec un encaste déterminé. Il est à souligner que vous, dans la position qui est la votre, vous vous fassiez annoncer avec Flor de Jara, Baltasar Ibán, Victorino... Cela prouve votre capacité, que vous êtes un torero d’un large répertoire et qu’en même temps cela soit aussi défi.
C’est quelque chose qui me plaît. Lors de toutes les saisons, j’essais de tenter quelque chose de nouveau, de spécial, avec des élevages différents. Tout au long de ma carrière, je l’ai toujours fait, j’ai toréé les Samuel Flores, Miura, Palha, Cebada, Guardiola, Victorino plusieurs fois. J’aime sortir un peu des sentiers battus et l’aficionado en est reconnaissant. Cette saison je vais à Valencia et Istres, qui est une arène qui prend de l’importance en France, pour toréer la corrida de Victorino, à Vic-Fezensac, qui est l’arène torista par excellence, avec celle de Flor de Jara d’encaste Santacoloma.

-Parlez-nous de vos projets pour la saison à venir.
En France je serais présent dans toutes les ferias importantes. En Espagne, il y a pas mal de corridas signées, je serai à la San Isidro. L’an dernier, cela ne s’est pas passé comme je l’aurais souhaité, cette année, j’espère pouvoir répéter les succès passés.

-Avant de conclure l’interview, il y a peu de temps, a été créée l’association des matadors de toros français. Quels sont vos objectifs ?
D’abord, réunir tout les matadors de toros français en activité. S’il est vrai que Castella ou moi toréons dans les grandes ferias, il y en a qui toréent pas beaucoup. Nous sommes à peu près 20 toreros. Il existait déjà d’autres associations d’éleveurs, d’organisateurs, mais pas de matadors de toros. Nous avançons petit à petit. En premier, nous voulons aider les écoles taurines de France, diffuser la Tauromachie chez les enfants en les amenant au campo, en participant à des tientas publiques, en définitive approcher la tauromachie aux collèges. Ensuite, organiser des tombolas avec des capes, des costumes, des muletas pour financer l’organisation de festivals dans lesquels les élèves des écoles taurines pourront toréer. Enfin, en partenariat avec l’Union des Villes Taurines de France et l’Observatoire National des Cultures Taurines, créer un front commun contre les attaques des antis-taurins pour défendre la Tauromachie.

-Il ne nous reste plus qu’à remercier Juan Bautista de l’attention qu’il a porté aux lecteurs de OyT et lui souhaiter beaucoup de chance pour la saison 2012.

Interview accordée à la revue taurine 6Toros6 n° 926 du mardi 27 mars 2012 - Propos recueillis par Antonio Arévalo - Photos Alfredo Arévalo

                                                                Juan Bautista. Son nouveau défi

Un torero ne peut pas stagner, ne peut pas s’accommoder quels que soit sa manière de toréer ou quels que furent ses importants triomphes. L’an dernier, Juan Bautista a connu une saison brillante en France mais de moindre importance en Espagne. Il n’a pas été programmé dans les ferias de Castellón (Espagne) ni de Valencia (Espagne), il n’est pas non plus présent à Séville (Espagne), mais en revanche il fera le paseo à Madrid (Espagne) et inaugurera la feria d’Arles. Une saison mis en œuvre de façon singulière avec des espoirs rénovés, même si nous commençons à parler de ces absences.

                           

« Concernant Valencia (Espagne) – comme le souligne Juan Bautista – je suis programmé face à une corrida de Victorino Martín au mois de mai. Je fonde beaucoup d’espoir, puisqu’elle sera ma première corrida de ce fer que je combattrai en Espagne. Elle était prévue pendant les Fallas, mais par décision de l’organisateur, elle a changé de date. Pour Castellón ils ne m’ont pas appelé et concernant Séville, il y avait des possibilités d’y être, mais avec des élevages pour lesquels je ne voyais aucune option. Et bien qu’il soit toujours intéressant d’être présent à ce type de ferias, des fois il vaut mieux ne pas y aller ».

En Amérique tu as gracié deux toros au Venezuela, et en France tu as réalisé une grosse saison parachevée par une grâce à Béziers. Est-ce que ces triomphes te servent par rapport à l’Espagne ?
En effet, ils ont leur influence, mais ce qui est sur, c’est que je ne suis plus une nouveauté. J’ai quelques années d’alternative et en Espagne j’ai toréé dans toutes les ferias. Il y a des endroits où j’ai de la notoriété, comme à Madrid par exemple, et d’autres où je n’ai jamais réussi à triompher, comme à Séville et je comprends qu’on ne fasse pas appel à moi. Cet hiver, en Amérique je suis allé seulement au Venezuela où j’ai toréé cinq fois lors de bonnes ferias. Cela s’est bien passé et j’ai pu acquérir une notoriété et une ambiance extraordinaire. En France, cela a été une grande saison de bout en bout, avec des triomphes dans les principales ferias, mais peut-être qu’en étant français, ils n’ont pas eu la même répercussion en Espagne que ce qu’ils ont eu en France, puisque je suis programmé dans toutes les grandes ferias avec une notoriété et une catégorie qui sont supérieures.

La reconnaissance que tu peux avoir est-elle complètement différente en Espagne ?
C’est qu’en France je suis considéré comme une vedette, et pas en Espagne. J’ai eu des moments dans ma carrière ou j’ai presque atteint ce statut, mais je ne suis plus une nouveauté et je sais comment cela fonctionne. Lors de la dernière Feria de San Isidro, par exemple, je n’ai pas eu de réussite et de ce fait la saison espagnole a été plus compliquée. J’ai du toréer dans des arènes plus petites, où j’ai réalisé de très bonnes faenas, mais sans répercussion suffisante pour rentrer de nouveau dans les premières ferias de cette année.

                                                             

Commençons par Arles et cette nouvelle rencontre avec Sébastien Castella, qui vient après quelques années d’absence du torero de Béziers dans ta ville.
C’est un cartel très attrayant, si en plus on ajoute la réapparition de Juan José Padilla en France. La confrontation avec Castella dans notre pays attire toujours les passions, chacun de nous possédons des personnes qui nous soutiennent et inaugurer ensemble la première grande feria de la saison est quelque chose d’important.

Un peu plus tard à Palavas, tu vas aussi affronter en mano a mano El Juli.
C’est une petite arène, comme Istres, qui est en train de réaliser un travail extraordinaire de catégorie avec des affiches de gala. Ils ont réussi à programmer El Juli, alors qu’il se retrouvait dehors de beaucoup d’endroits, et me voir annoncé avec lui en mano a mano me rempli d’illusions. J’en ai toréé pas mal avec lui, mais celui-là, par rapport aux circonstances actuelles, sera très spécial.

Que penses-tu de son exclusion des ferias comme celle d’Arles où il a été un bastion durant toutes ces dernières années ?
El Juli
est une super vedette de la Tauromachie, je fais parti de ses admirateurs, j’adore le voir toréer et en France c’est une idole. Concernant ses engagements, des fois cela s’arrange et d’autres fois non, mais je reste persuadé que là où il n’a pas été engagé, même à Arles où mon père est l’organisateur, il va nous manquer.

Parlons de l’Espagne, de Madrid, avec deux rendez-vous très contrastés : une corrida de Torrestrella et une autre d’Adolfo Martín.
Ce seront deux corridas différentes sur le papier, mais à Madrid, on ne peut pas faire de pronostic. Le toro est grand pour tout le monde et le public a autant d’exigences que ce soit pour les corridas toristas ou toreristas. En fait, bien que je n’ai pas beaucoup d’expérience, j’ai toujours était à l’aise avec cet encaste Saltillo. Aller à Madrid une seconde fois avec ce fer prestigieux sera quelque chose de spécial. Avec ce type d’élevage, le public veut voir un torero décidé, combatif et préparé, et je crois que j’en suis capable.

Aborde-t-on une corrida de cet encaste de façon différente ?
C’est une race différente, nous sommes plus habitués à celle de Domecq, mais je pense que, même pour les aficionados, il est intéressant de voir les toreros avec un autre type de toro. Pendant ma carrière, j’ai apprécié affronter des élevages différents comme ceux de Miura, Victorino, Guardiola, Samuel Flores, Cebada Gago… Chaque race possède ses caractéristiques, mais j’ai démontré que je pouvais m’adapter à chacune d’elle.

Va-t-il y avoir un pari sur l’encaste Saltillo cette saison ?
Je vais te parler franchement : je crois qu’il est important d’apporter des choses nouvelles, faire un effort. Je me sens sur de moi, capable de comprendre et de résoudre tout type de toros. Cela va être des rendez-vous différents autant pour moi que pour les aficionados. Je vais affronter la corrida de Victorino à Valencia et à Istres, je retourne à Vic-Fezensac avec celle de Flor de Jara et il y aura aussi les Adolfo à Madrid, entre autres compromis.

Ne crains-tu pas que cela se passe bien et qu’ensuite on te classe dans ce style de corridas ?
Mon style de torero je crois l’avoir, et je le vois difficile de le changer. Le public sait quel style de torero je suis et je l’ai démontré dans les meilleures arènes. Je peux m’adapter à tout type de toros, s’ils se laissent toréer. Je ne me sens pas du tout obligé de le faire, ce sont des paris très importants dans des arènes de première catégorie ou d’autres qui ne le sont pas. Si je le fais, c’est que je suis convaincu que cela va bien se passer.

                          

Existe-t-il une revanche de ta part, comme une épine dans le pied, après ce qui s’est passé à Madrid l’an dernier ?
En effet, en fait, l’an dernier, je suis arrivé à Madrid avec très peu de moral. C’est une chose que le public sait aussi de moi : on remarque tout de suite quand je n’ai pas le moral. Lors de la dernière San Isidro, j’ai même eu à toréer des toros avec des possibilités, très exigeants et je fus incapable d’être à la hauteur à causes de circonstances qui n’avaient rien à voir avec les toros. Il faut avoir l’esprit vif, voir les choses avec discernement, surtout dans cette arène. Mais Madrid m’a vu triompher quelques fois, réussir des après-midi très importants, le dernier, il n’y a pas si longtemps que cela, il y a deux ans, en 2010 quand j’ai ouvert une nouvelle fois la grande porte. Je crois que celui qui sait ce que c’est, celui qu’il l’a déjà fait, est capable de reconquérir cette arène à n’importe quel moment.

Comment es-tu de moral ?
Je me sens bien, la saison américaine fut courte, mais sortir en triomphe tout les après-midis, les grâces obtenues, donnent beaucoup de confiance et en plus les deux premières corridas que nous avons toréé en Espagne se sont inscrites dans la continuité. Maintenant, j’ai le rendez-vous d’Arles, et bien que cela soit toujours dur et que l’on m’exige beaucoup, j’ai à mon actif quatre sorties en triomphe consécutives et je suis fou que le toro sorte.

Pour conclure, et pour changer de domaine, quelle est la finalité de cette association de matadors français qui vient de se créer et à laquelle tu participes ?
Nous allons avancer petit à petit, mais il était important et nécessaire, que cette association soit créée pour la première fois puisque les autres catégories taurines en France s’étaient regroupées. Il y a des idées, des projets et cette année, l’essentiel sera de récolter des fonds pour aider les écoles taurines françaises. Elles réalisent un grand travail, mais avec ce qu’elles reçoivent de subvention, elles ne peuvent pas subvenir à tous leurs besoins et nous souhaitons soutenir ces jeunes qui veulent être torero. Par ailleurs, il va être organisé des fiestas camperas pour inviter les enfants des villes taurines afin de leur faire connaître le campo et les toreros.

Pourrait-on parler de syndicat ?
Pour le moment ce n’est pas à l’ordre du jour. Nous ne prenons pas en considération l’aspect individuel de chacun, mais plutôt nous essaierons de défendre l’intérêt commun, l’intérêt général, la promotion des toros…

Il est prévu également l’organisation de deux festivals…
En effet, l’un dans le sud-ouest à Mont-de-Marsan, et l’autre dans le sud-est à Châteaurenard, avec exclusivement des toreros français, et surtout ceux qui toréent peu. Sébastien et moi participerons d’une autre façon, en offrant des costumes de lumières et des objets pour les tombolas qui seront mise en place à cette occasion.

Interview accordée au site www.diariopalentino.es, édition du dimanche 18 mars 2012 - Propos recueillis par Jorge Cancho - Photo émission Grana y Oro de CYLTV

Juan Bautista, matador de toros : «Je serai présent à la Feria de San Isidro, bien que je ne sache pas encore si ce sera pour deux paseos ou qu’un seul»

                                                            

Le matador français accomplit sa treizième saison d'alternative avec l'objectif d'égaler ou de surpasser ses deux meilleures années comme matador de toros, concrètement celles de 2007 et de 2010, lorsqu’il a ouvert la Grande Porte des Arènes de Las Ventas. L'entreprise n'est pas facile, mais ses ambitions continuent d'être les mêmes que lorsqu’il était novillero malgré beaucoup de temps écoulé. C’est précisément l’expérience et le métier qui donnent les meilleurs arguments à Juan Bautista pour voir comment ses rêves peuvent devenir réalité.

Comment se sent-on lorsqu’on voit les premières ferias de la saison à la télé ?
Je ne me plains pas. Il y eu des conversations pour assurer ma présence à Castellón (Espagne) et à Valencia (Espagne) mais les élevages, ajoutés à d’autres circonstances, ont fait qu’il valait mieux que je n’y sois pas. Je profite de cela pour continuer ma préparation après avoir toréé une corrida en Espagne et avoir accompli une belle saison en Amérique.

En fait, à Valencia (Espagne), vous allez être présent, mais ce sera en mai et face aux Victorinos...
Il est clair que cette corrida sera très spéciale puisque je ne suis pas habitué à toréer les toros de cet élevage. Il est vrai que je l’ai déjà fait en d’autres occasions en France et j’avais envie de recommencer en Espagne. Au départ, on avait pensé le programmer pendant les Fallas, mais en définitive, ça se passera pendant la feria de mai avec un grand cartel en compagnie de El Cid et d’Alberto Aguilar, qui fut précisément le triomphateur l’an dernier.

Peut-être que l’absence qui vous fait le plus mal est celle de Séville (Espagne), entre autre car c’est une arène qui vous résiste toujours.
C’est sur que cela fait mal de ne pas se voir programmé dans les cartels d’une feria aussi belle que celle-là. Mais, en étant réaliste, au jour d’aujourd’hui, je n’ai pas réussi à triompher. L’an dernier je n’ai eu aucune option de triomphe, donc mon absence était assez prévisible. C’est pour cela que je n’ai d’autre moyen que de me regagner la place pour effectuer le paseo à La Maestranza.

Là où vous n’allez pas avoir beaucoup de soucis pour être annoncé dans pratiquement toutes les ferias importantes, c’est en France.
Oui, en effet, cela se présente franchement bien. L’an passé, j’ai effectué une bonne saison, avec beaucoup de triomphes dans des arènes importantes et c’est vrai que cette année, les organisateurs ont bien répondu et m’ont programmé très tôt dans toutes les ferias. Il y aura peut-être quelques exceptions, mais je serai présent dans tout les rendez-vous de renom, ce qui représente entre quatorze et quinze corridas dans des cartels de bon niveau.

Pour cela la France est un exemple : le triomphateur remporte tout les trophées et en plus il est répété, comme cela est logique.
En effet c’est l’habitude, bien que cela ne se passe pas tout le temps de cete manière. Je sais que les triomphes antérieurs de quelques compagnons n’ont pas été respectés. Cependant, en règle générale, on répète le triomphateur et celui qui marque la saison, en lui donnant plus de catégorie.

En 2011, vous avez effectué quatorze paseos dans votre pays. Cette saison n’a t-elle pas été plus complète en France ?
Je pense que oui effectivement, surtout concernant la régularité que j’ai eu du début à la fin. Cependant, en Espagne, je dois reconnaître qu’il m’a manqué quelques triomphes pour achever de la meilleure des manières cette bonne année que j’ai connu en France.

A Arles, trois sorties en triomphe, avec tout ce que cela comporte pour être le fils de l’empresa...
Pas seulement pour cette raison, mais aussi car, étant originaire de là, le niveau d’exigence qu’on me demande est supérieur. Cela n’enlève en rien le fait que les habitants m’aiment et me soutiennent beaucoup, surtout lors des moments compliqués. Mais aujourd’hui, ils veulent voir en moi une évolution et c’est pour cette raison que leurs exigences sont plus importantes, ce qui est logique d’ailleurs.

L’objectif pour cette saison est celui d’arriver au niveau des deux meilleures saisons de votre carrière : celles de 2007 et 2010 ou de le dépasser ?
Ce sont les deux années de référence pour moi. Lors de chacune d’elle, en plus d’avoir réussi à triompher de fort belle manière dans plusieurs arènes de première catégorie, j’ai ouvert la Puerta Grande de Madrid. J’espère que cette année sera pareille et si possible meilleure.

Pour y arriver, il faudra triompher à nouveau à Las Ventas. Où en sont les négociations ?
Pour le moment ça va. J’ai l’habitude de ne rien dire tant que je ne me vois pas annoncé dans les cartels. Je ne fais pas partie non plus de ceux qui posent beaucoup de problèmes. De ce fait je suis sur de faire le paseo à Las Ventas cette année, bien que je ne sache pas encore si je serais présent une fois ou deux.

Madrid, une arènes où il est à l’aise depuis qu’il est novillero.
Malgré le niveau d’éxigence qui existe dans ces arènes, j’ai réussi à sortir par trois fois en triomphe : une fois en tant que novillero et les deux autres fois comme matador de toros. Il y a eu aussi d’autres grands moments comme par exemple la corrida sous la pluie avec Castella. Ce sont des corridas avec beaucoup de pression et de responsabilité, vu qu’il s’agit des arènes de référence pour le monde des toros, et grâce à cela, j’ai pu dépasser tout ces facteurs. En fait, il est vrai que lorsque je fais le paseo devant le public de Madrid, je me sens à l’aise car je sais que si je suis bien, les gens répondent.

Est ce que vous avez su rentabiliser ces triomphes à leurs justes mesures ?
On veut et espère toujours plus. Peut-être que quelques uns de ces triomphes sont arrivés lorsque la saison était déjà bien avancée et que beaucoup de ferias étaient bouclées. Malgré cela, ces prestations à Madrid m’ont toujours aidé, même s’il est vrai qu’elles auraient pu être mieux rentabilisées.

« Mon ambition est grande et j’ai beaucoup de choses à dire ».

Depuis votre réaparition, vous avez une régularité dont vous ne faisiez pas preuve avant.
Cette année représente ma treizième année d’alternative. Depuis 2005 jusqu’à aujourd’hui, je n’ai jamais été aussi à l’aise et la preuve en est que les choses les plus importantes que j’ai réalisé l’ont été dans cette nouvelle étape de ma vie professionnelle. J’ai réussi à changer beaucoup de rêves en réalité, ce qui ne veut pas dire que je suis arrivé au maximum de mes possibilités. Mon ambition est encore très grande et il me reste beaucoup de choses à dire.

Concernant ce collectif de matadors français dont vous faites partie, que pouvez-vous nous dire ?
Ce que nous souhaitons, c’est regrouper la vingtaine de matadors français d’alternative en activité avec l’objectif d’aider économiquement les écoles taurines et promotionner également la Tauromachie aux scolaires français. Jusqu’à maintenant, toutes les instances taurines de France possédaient un collectif. Il ne manquait plus que celui des matadors qui est maintenant créé.

Interview accordée à la revue taurine 6Toros6 n° 909 du mardi 29 novembre 2011 - Propos recueillis par David Jaramillo - Photos Alain Damie et Bertrand Caritey

JUAN BAUTISTA. UN PROPHÈTE CHEZ LUI .


La saison de Juan Bautista a été de haut niveau en Francia et s’est étendue dans d’autres arènes en Espagne. Cependant, le fait qu’il ne se soit rien passé à Madrid et dans d’autres arènes de première catégorie a semblait enlever l’importance d’une des campagnes les plus abouties du toreo d’Arles.

      

Cette année où les chiffres ont montré une baisse pour la majorité, il est surprenant, avec bonheur, d’observer ceux de Juan Bautista. En effet, il n’a pas seulemment augmenté le résultat sec et froid des statistiques, mais également il semble que sa présence, la qualité et la régularité se soient installées dans ses désirs vitaux. Tout cela avec un ingrédient gratifiant pour lui : être consacré figura dans son pays.

“Pour moi, la saison française revêt une importance capitale – assure Juan Bautista – car on m’aime et et on est exigent avec moi. Je suis présent dans toutes les ferias importantes et ce que je fais en Espagne est un reflet important pour le reste de la saison, autant en Europe qu’en Amérique. Cette année, j’ai atteint une bonne régularité dans toutes les arènes, surtout dans les importantes”.

- Juan Bautista, tu as toréé quatorze corridas dans les arènes les plus importantes de ton pays et tu n’as pas coupé les oreilles seulement lors de deux.
- Je ne m’en étais pas aperçu, mais le plus significatif, même si j’ai coupé les oreilles, sont les sensations que j’ai eu. Je me suis senti torero, je vais les chose sereinement et je n’ai pas douté à l’heure d’aller chercher les triomphes, malgré le fait d’avoir pinché quelques toros.

Pourrait-on prétendre que c’est là ta meilleure saison réalisée sur tes terres ?
- Ce fut une saison très régulière, très consistente de par ma tauromachie et sans aucun doute, elle a été la meilleure dans mon pays depuis que j’ai pris l’alternative. A tout les niveaux les résultats sont positifs. Il me reste la frustration de ne pas avoir bien pu toréer un toro à Mont-de-Marsan car je n’ai pas eu d’option. Mais cela peu m’aider à confirmer mon ambition et mon envie d’évoluer.

Quels après-midi mettrais-tu en exergue comme étant les plus importants ?
- En premier lieu, la corrida matinale de Nîmes au mois de mai, avec les toros de Juan Pedro Domecq, je dirai également la corrida de Bayonne avec José Tomás et les deux dans ma ville, Arles, où je suis sorti en triomphe lors des deux ferias. Cela a été des après-midi aboutis, pendant lesquels j’ai réussi à vibrer en tant que torero et transmettre cette même sensation au public. Je me souviens aussi d’une faena à Dax à un toro d’Ana Romero, auquel j’ai coupé une oreille parce que je l’ai mal tué, mais c’est une faena qui m’a le plus donné d’émotion.

                                       

Pourquoi cette faena signifie tellement ?
- Tout d’abord parce que le toro était très bon, il répétait avec de la transmission et de la mobilité et très exigent. De ceux qui te mesurent. C’est pour ces raisons que la faena eut beaucoup d’émotion. J’ai pu le toréer avec beaucoup de temple et de lenteur. Ce fut una faena très complète avec cape, muleta. La peine fut l’épée.

- Juan Bautista, il y a eu cette année une rénovation dans l’escalafón des toreros français. Comment vois tu la nouvelle vague ?
- Lorsque nous sommes arrivés Sébastien Castella et moi, ceux qui étaient en place se nommaient Fernández Meca, Denis Loré, Richard Milian, entre autres, et nous dûmes nous faire une place , avec l’avantage que cette compétition déborda vers d’autres pays. C’est pour cela que la France commença à avoir une autre image. Aujourd’hui, le chemin est ouvert et ceux qui viennent après peuvent en profiter. Il y a beaucoup de bons nouveaux toreros et je reste persuadé que c’est une motivation supplémentaire pour avoir un place privilégiée entre eux. En plus, c’est bien pour la France qu’il y aie d’autres torero de haut niveau, cela reflète parfaitement la situation taurine actuelle du pays. Cependant, ils devront travailler dur.

- Analisons maintenant ton année en Espagne. Tu as bien commencé à Valence.
- En effet, ce fut très important couper une oreille à Valence, car grâce à cela, je réafirmais la bonne ambiance laissée l’an dernier. Triompher lors des premières ferias te facilite le chemin pour le res-te de la saison. En plus, je crois que la faena que j’ai réalisée au toro d’Alcurrucén fut très solide. Malheureusement après Madrid je n’ai pas pu démontrer le meilleur de moi. Je dois reconnaître que quelques toros se sont bien laissés, mais j’étais très touché moralement par le décès de mon grand-père et cela a pu avoir raison de ma détermination. A cause de San Isidro, j’ai eu du mal.

- Ensuite, il y a eu Séville et Barcelone.
- C’est cela. La corrida du Corpus est sortie très noble mais un peu faible et je n’ai pas pu m’ouvrir, le chemin. J’aurai aimé aussi couper à Barcelone lors de ma dernière corrida là-bas, mais la corrida n’a pas fonctionné. Ensuite, à Saragosse, j’étais sur le point de couper une oreille. Le toro n’était pas simple mais j’ai été bien avec lui et le public l’a reconnu.

                                                                 

Ressens-tu que ce bilan dans les arènes de première cache un peu ce que tu as réussi dans les autres ?
- oui un peu. C’est dommage que les toros que j’ai réussi à toréer dans les villages je ne les ai pas eu dans les arènes de première catégoriea, car cela aurait donné un écho différent à ma saison. Cependant, les autres arènes m’ont donné la régularité important dans le triomphe et personnellement cela m’a aidé à être satisfait et motivé. De plus, maintenant que l’année est termionée, je ressens que le bilan général est beaucoup plus que positif, car si à ces résultats on ajoute ceux obtenus en France, tout acquiert une importance qu’on ne peut pas nier.

À quels niveaux considères-tu que tu as franchi un pas supplémentaire ?
- Concernant mon concept, je sens que cela fait plusieurs saisons qu’il est bien défini. Mais la recherche de la profondeur, de la lenteur des muletazos et les sentiments que tu y mets sont constants. Cependant, cette année, la recherche de l’improvisation a été à la mode et c’est quelque chose de bien. Bien que ma tauromachie soit classique, je surprends aussi le public avec quelque chose de distinct. Et quant à la trajectoire, le plus important a été la consolidation dans mon pays.

Interview accordée à la revue taurine Aplausos, n° 1782 du lundi 21 novembre 2011 - Propos recueillis par Rocío Fernández - Photo Javier Arroyo

JUAN BAUTISTA : « JE ME SUIS CONSOLIDÉ DANS MON PAYS »

                                                           

- Content de la saison 2011 ?
- Je ne me plains pas. Surtout en pensant à ce qui a été fait dans mon pays, où j’ai franchi une étape supplémentaire dans le cœur de beaucoup d’aficionados.

- Arles, Bayonne, Nîmes, Béziers... se sont converties en chasses gardées de Juan Bautista.
- J’ai réalisé une saison extraordinaire en France. J’ai réussi à toréer les toros avec beaucoup de plaisir dans des lieux de premier ordre. J’ai coupé trois oreilles à Nîmes lors d’un même après-midi, je suis sorti deux jours en triomphe à Arles, également à Bayonne j’ai ouvert la Grande Porte en toréant avec José Tomás... Ce sont des arènes de grande envergure, de là ma satisfaction.

- Force de ce constat, on peut prétendre que c’est la saison plus complète de votre carrière en France ?
- Totalement. Surtout par rapport à la régularité dans les triomphes. J’ai bien mieux toréé que l’an passé, j’ai approfondie notablement ma tauromachie, ma technique et en même temps, j’ai réussi à prendre énormément de plaisir.Tout cela fait que je sois beaucoup plus relâché. Sincèrement, je crois que je me suis enfin consolidé dans mon pays.

- Quand on sait la difficulté d’être prophète chez soi...Nous parlons d’une consécration importante.
- En effet. Et comme vous dites, cela n’a pas été facile. Cela fait 12 années que j’ai pris l’alternative, c’est pour cela que cela ne s’est pas fait en un jour. Cela demande beaucoup d’efforts, de travail, de gérer des situations difficiles... Maintenant que je regarde en arrière, et même si cela ne fut pas évident de prendre l’alternative si jeune – il avait 18 ans – je m’aperçois que cela a été plutôt positif car bien que je sois un vétéran dans la profession, je suis encore jeune. Et cette jeunesse, aliée à l’expérience d’une longue trajectoire, fait que je suis capable d’orienter ma carrière comme je l’entends et de continuer à progresser. C’est pour cela que lorsque les triomphes importants arrivent, comme ceux dont vous faites référence, on les savoure d’autant mieux.

- Ces triomphes dont vous parlez, ont-ils eu la répercussion souhaitée ?
- Sincèrement, je pense qu’ils auraient plus servi à d’autres toreros qu’à moi. C’est un des problèmes qui persistent encore aujourd’hui. Ils auront toujours moins de répercussion qu’un autre obtenu par un espagnol au même endroit. En étant français, vous avez un double handicap à surmonter, c’est dommage. Ensuite, il est certes vrai que la capitale de la tauromachie est Madrid et les points qui y sont marqués vous ouvrent les portes du reste des férias.

- Pour cette saison, Madrid était la base pour toréer en Espagne.
- Effectivement. On peut dire que je n’ai pas eu la même chance en Espagne, où tout est devenu plus compliqué lorsque cela ne s’est pas passé comme on l’aurait voulu à Madrid. Des deux après-midis où j’étais annoncé, je n’ai pu rien faire, ce qui a eu comme conséquence de me fermer le circuit des ferias et même celui des arènes de seconde catégorie. C’est pour cela que ma campagne españole s’est centrée sur les arènes de troisième catégorie. J’ai aussi été présent dans des arènes de première comme Valence, Barcelone ou Séville, mais je n’ai pas eu l’opportunité d’y triompher de manière conséquente. Malgré ce, je ne veux pas être négatif et je préfère garder les bons moments vécus grâce aux triomphes récoltés.

- Avez-vous la sensation de devoir recommencer à zéro chaque année ?
- Oui, bien sur, mais c’est pareil pour tout le monde aujourd’hui. Les vedettes doivent se remettre en question dès les Fallas ou Castellón... Les saisons sont longues et c’est très dur de maintenir une régularité de mars à octobre. C’est pour cela que je souhaite souligner le grand mérite de El Juli et de Manzanares par exemple qui ont réalisé une saison exemplaire en commençant à Valence et en terminant à Saragosse. Mais cette exigence est la même pour tout le monde et lorsque on vous demande beaucoup, c’est beau car c’est la preuve que l’on a confiance en vous. Ma situation n’est pas mauvaise, loin de là, mais j’ai toujours besoin de faire parler de moi pour continuer dans le circuit.

- Qu’est ce qui vous motive pour continuer encore aujourd’hui ?
- L’envie de me surpasser, le fait de te considérer mieux que hier et être convaincu que demain tu seras meilleur encore. Pour cela, tu dois toujours avoir l’illusion intacte et dans mon cas je vous prie de croire, qu’actuellement, c’est le cas, comme si je commençais. Je suis très motivé.

- Vous déclarez que les illusions sont les mêmes que lorsque vous aviez commencé mais j’imagine que les prétentions sont différentes.
- Bien sur, et cela vient du fait de la situation propre à chacun dans le milieu des toros. Lorsqu’on se retrouve devant l’animal, on ne se rappelle pas combien on va encaisser, ni des compagnons, on ne se rappelle de rien, mais il est vrai qu’au moment de signer les contrats vous pouvez vous permettre de choisir en fonction de là où vous pensez être à l’aise en piste, alors qu’au début, c’est moins le cas. Les prétentions au niveau artistique changent également. Par exemple, cela fait des années que je rêve de conquérir Séville. J’ai déjà triomphé plusieurs fois à Madrid mais j’ai grand espoir d’y arriver aussi à la Maestranza. C’est ce type d’espoir qui donne envie de vous surpasser.

- Avant cela, vous devez faire face à la saison américaine. Comment se présente-elle ?
- Elle ne sera pas très longue mais nous allons être présents dans des endroits importants. Par exemple, nous allons à Maracaibo, à San Cristóbal aussi et d’autres dates sont en cours de négociation au Mexique et en Colombie. Au moins cela me servira pour ne pas me déconnecter, pour ne pas ranger le costume de lumières, car il est toujours plus difficle de commencer la saison espagnole sans avoir toréé avant.


En peu de mots :

- Optimiste ou pessimiste par rapport à la Catalogne.
- C’est difficile. J’aimerai être positif mais actuellement cela ne se présente pas très bien.

- Le toro.
- Je crois qu’il a de la mobilité, beaucoup ne tombent pas, on en refuse très peu même dans les arènes importantes comme Madrid. Peut-être que de temps à autres ils leur manquent quelque peu de se livrer et de la qualité mais dans l’ensemble ils ont de la mobilité et donnent du jeu.

- Les réseaux sociaux.
- C’est pas que je sois fan mais je considère qu’ils sont positifs ; c’est un moyen de rester en contact avec les aficionados. La Tauromachie doit évoluer et c’est un pas supplémentaire pour s’adapter au présent.

- Un bon souvenir.
- La première corrida à Nîmes au mois de mai, je me suis énormément régalé.

- Pour oublier.
- La corrida à Barcelone... En plus de voir que cela ne se déroulait pas comme je le souhaitais, la sensation de savoir que peut-être c’était ma dernière course dans ces arènes était très désagréable.

- Intitulez votre saison.
- Un français qui veut conquérir l’Espagne.

Interview accordée à la revue taurine Aplausos, n° 1775 du lundi 3 octobre 2011 - Propos recueilli par Íñigo Crespo - Photos Isabelle Dupin et Bertrand Caritey

                                                                         Une envie de gagner

Sa saison a été marquée par la régularité et pour avoir réussi en France une année splendide de succès. Tour à tour, après-midi par après-midi, Juan Bautista s'est justifié en présentant une feuille de route enviable : Arles, Nîmes, Bayonne, Dax, Béziers, Eauze, Aire sur l'Adour, Vic-Fezensac, Palavas... Pour l'heure, il veut bien terminer à Saragosse face à une corrida d'Alcurrucén. Sa tauromachie, assure t-il, est maintenant plus intense, plus profonde avec davantage de lenteur y reposée. Un torero en progrès. Mature et réalisé.

                   

La vertu essentielle du cheminement de Juan Bautista est sa capacité à se maintenir au niveau par une régularité évidente. En France d'un côté. En Espagne de l'autre. Deux pôles opposés pour donner de la crédibilité à la trajectoire d'un torero qui a encore des choses à dire et apporter. Dans son pays, il est vedette et le démontre. Il répond par des triomphes chaque après-midi, en compagnie des grands de la tauromachie lors de journées fastueuses. Son nom a un poids spécifique sur ses terres. En Espagne, il faut le voir d'une autre manière mais il ne lâche rien. Une poignée de faenas importantes l'aident à se réconforter et se dire qu'il est un torero en progrès : "Je suis satisfait car cela se déroule très bien. C'est une année compliquée pour nous tous mais mes chiffres sont là. J'ai toréé un nombre élevé de corridas et mon nom, surtout en France, figure parmi les meilleurs. Dans mon pays, j'ai réussi la meilleure saison de ma carrière dans toutes les arènes, une fois en coupant les oreilles et d'autres fois sans trophée, mais j'ai réussi à toréer beaucoup de toros à un niveau élevé", explique Juan Bautista.

Il est évident que la France a tout représenté pour Juan Bautista. En triomphe à Arles, les trois oreilles de Nîmes, les trois d'Eauze, la sortie en triomphe à Bayonne, la dimension offerte à Dax, Istres, Aires sur l'Adour ou Palavas. "La saison a été très complète à tout points de vue. Même, comme je te l'ai dit, lors d'après-midi où je n'ai pas coupé, j'ai laissé une grosse impression comme ce fut le cas à Vic-Fezensac. Les corridas de Nîmes, Arles, Bayonne et Béziers ont été exemplaires", admet-il. Précisément, en revenant sur son passage à Arles, Juan Bautista ne cache pas que : "Ce sont mes arènes et ma ville. Cela a été difficile de me faire accepter car étant arlésien et par le fait que ma famille soit à la tête du monument. Le public m'a toujours beaucoup exigé et cela n'a jamais été simple. Cependant, j'ai à mon actif cinq sorties en triomphe consécutives et depuis que j'ai franchi cette barrière et cette pression, je me sens très à l'aise. Cette année, j'ai coupé les deux oreilles d'un toro de Cuvillo en avril et les deux autres en septembre à un de Zalduendo en compagnie de deux grandes vedettes comme le sont Morante et El Juli".

Le toro d'Ana Romero de Dax

Parmi toutes les faenas réussies dans son pays, Juan Bautista met en avant celle qu'il a signé à Dax face à un toro d'Ana Romero comme étant la plus importante : "Je me suis vraiment régalé cette après-midi là. Cela ne se déroulait pas très bien, le public protestait le comportement de la corrida et ce toro est sorti et on a put renverser la vapeur. C'est une des faenas qui m'a le plus marqué cette année. J'ai pinché et je n'ai pu couper qu'une seule oreille mais la faena a été très bonne", se souvient le diestro qui ne veut pas non plus oublier : "mon passage à Nîmes où j'ai coupé trois oreilles à la corrida de Juan Pedro Domecq en juin lors d'un après-midi qui était très important pour moi. J'arrivais de Madrid où cela ne s'était pas bien passé et le fait d'obtenir ce triomphe m'a redonné satisfaction et moral. En plus, Nîmes, a été le théâtre où j'ai banderillé cette année deux toros, un en juin et l'autre en septembre. Ce n'est pas le moment de la lidia que je domine mais cela me plaît de le faire exceptionnellement et ces deux corridas ont été l'occasion de le réaliser".

                              

Juan Bautista ne se cache pas. Son expérience, sa maturité et son honnêteté lui font voir la situation telle qu'elle est. Il sait qu'en France, son nom est inscrit en caractère gras mais qu'en Espagne, les circonstances sont d'un autre niveau. Il sait clairement d'où cela vient : "Le résultat de Madrid n'a pas été celui escompté. Je n'ai pas été bien. Je n'ai pas à me trouver d'excuses mais ces jours là ont été très compliqués pour moi. Mon grand-père venait de décéder et je ne me sentais pas préparé pour répondre aux exigences de Madrid. Cela a pesé et je comprends que cela fut la cause de mon absence dans les grandes arènes d'Espagne cette année malgré le fait que tout avait très bien commencé  après avoir coupé une oreille à Valencia".

Bien que Madrid aie supposé un coup de frein pour lui, la saison de Juan Bautista a eu de la continuité et les contrats n'ont pas manqué tout comme les résultats artistiques, indiquant le bon moment qu'il traverse. "Je vais toréer une quarantaine de corridas de toros et plus de la moitié en Espagne. Certes dans des arènes de moindre importance mais ce fut dans ces arènes là que j'ai eu l'opportunité de toréer tout au long de l'été et de profiter de la Tauromachie", affirme Juan Bautista.

 

Maintenir l'envie

Savoir profiter de toutes les opportunités, revendiquer sa place chaque après-midi et donner le meilleur de soi-même, toujours en pensant au toro, sont les clefs du cheminement pour ce torero : "la régularité - assure t-il - est la clef de ma saison. Je ne me suis pas démoralisé en Espagne et chaque après-midi, j'ai cherché à donner le meilleur de moi-même. C'est en toréant que je suis heureux et c'est de cette manière que nous toreros pouvons exprimer nos sentiments".

Ne pas baisser la garde et maintenir la régularité jour après jour sans prendre en considération le théâtre des événements, indique relâchement, maturité et un exercice intérieur de grande force mentale. "C'est en toréant que l'on maintient l'envie. Je ne me plaints pas, au contraire. J'ai beaucoup toréé et bien que les choses ne se soient pas déroulées comme je l'espérais à Madrid ni à Séville j'ai réussi à être présent et je suis sorti en triomphe après plus de la moitié de mes prestations. Chaque après-midi, je donne le maximum et je recherche le meilleur de ma tauromachie chaque fois que je m'habille de torero".

Avec treize années d'alternative à son actif et une trajectoire qui n'a pas été spécialement simple, Juan Bautista se retrouve accompli artistiquement . Il sent que sa tauromachie se développe avec beaucoup plus de richesse, de teintes et de volupté. "L'innocence des premières années a disparu mais la maturité te fait toréer avec plus d'intensité, plus lentement et avec plus de profondeur. Maintenant, je réussi à mieux toréer beaucoup plus de toros qu'auparavant, je suis arrivé à une régularité que je n'avais pas avant et même avec la cape j'ai su toréer avec autant de répertoire qu'avant mais avec plus de cadence et de facilité", explique le diestro avant de souligner que : "Toréer est ce qui me plaît le plus et être torero est  ce que je ressens. Je suis satisfait d'avoir pu résister pendant cette période, en traversant des moments difficiles qui m'ont même amenés à me retirer pendant une année. Avoir remonté la pente est ce qui me donne le plus de fierté".

En tête, il a son dernier grand rendez-vous de l'année : Saragosse. Pendant la Feria del Pilar, une corrida d'Alcurrucén l'attend en compagnie de Curro Díaz et Leandro. "C'est un élevage extraordinaire qui réalise une saison au sommet. Je connais bien ces toros car ma sortie en triomphe de l'an dernier à Madrid a été avec des toros de El Cortijillo qui est le même élevage. Ce sont des animaux exigeants mais lorsqu'ils se livrent, ils le font de manière unique, par le bas, en baissant beaucoup la tête et en ayant de la qualité", signale le diestro français qui sait la répercussion y le retentissement d'un cycle comme celui qui se déroule en Aragon : "C'est très important pour bien préparer la saison prochaine. C'est une arène où j'ai réussi à bien toréer des toros, j'ai coupé des oreilles isolées mais il me manque un grand triomphe qui est celui que je poursuis maintenant. C'est une réalité que de dire que je viens avec beaucoup d'envie et que je vais tout donner, mais c'est ce que je ressens. J'ai dans l'idée de donner le maximum de moi-même".

Après avoir toréer pour la Feria del Pilar, Juan Bautista a prévu de voyager en Amérique. "Nous avons concrétisé les ferias de Maracaïbo et de San Cristóbal au Venezuela et nous sommes en train également de concrétiser d'autres dates au Mexique et en Colombie", souligne t-il.     

 

Les surprises pour 2012 et son soutien aux fers français

Pendant la saison, les triomphes de Juan Bautista ont été liés à tout types de races et d'élevages. Ce n'est pas un torero focalisé sur un type de toro déterminé mais il se sent à l'aise en s'exprimant face à des animaux de différentes provenances : "C'est une nécessité pour moi mais aussi en général. Il faut ouvrir les ferias à tout types de races. Je le fais souvent en France sans en ressentir le besoin car je comprends que c'est bon pour la tauromachie, même en m'annonçant de temps en temps avec des devises toristas", explique le torero. A ce sujet, Juan Bautista s'offre la possibilité de prévoir quelques surprises qu'il prétend faire pendant la prochaine saison. "J'ai en tête de réaliser quelque chose de bien et de différent dans mon pays. Il n'y a rien de défini mais il est vrai que nous en avons déjà parlé avec diverses arènes. Il y a deux ans, j'ai tué la corrida de Miura à Nîmes et j'ai même tué à d'autres occasions des corridas de Victorino. J'ai prévu de faire un peu de ça, je ne sais pas comment cela va se faire mais c'est mon intention".

Du point de vue de l'élevage, Juan Bautista s'est distingué cette saison en estoquant et en triomphant avec des fers français qui lui offrent les meilleures garanties et qui pour lui représentent une satisfaction : "A Eauze, j'ai coupé trois oreilles à une corrida d'Aimé Gallon, à Aire sur l'Adour, j'en ai tué une de mon père et à Palavas une autre de Robert Margé. J'aime tuer des corridas françaises qui ont de bons résultats et avec lesquelles je triomphe et ma tauromachie s'accommode".                           

Interview accordée à la revue taurine 6Toros6 n° 897 du mardi 6 septembre 2011 - Propos recueillis par Antonio Arévalo - Photos Bertrand Caritey.

                                                                               JUAN BAUTISTA

                                            “La corrida de Nîmes avec Castella sera déterminante”


Le torero d’Arles a fêté l’an dernier ses dix ans d’alternative en tant que matador de toros en sortant en triomphe par exemple des Arènes de Madrid. Cependant cette année, il est absent de nombreuses ferias et il n’est pas respecté en Espagne comme il l’est en France où il réalise une grande saison. Quelle en est la raison ?

                                                     

Pour Juan Bautista, c’est très clair, car dès le début de l’interview, il se montre très sincère : “Peut-être que je n’ai pas eu en Espagne la même régularité qu’en France. Il est vrai que j’ai triomphé plusieurs fois dans les ferias importantes espagnoles, mais pas aussi souvent que je l’aurai souhaité ou nécesité. C’est pour cette raison que je suis programmé dans quelques ferias, mais qu’ensuite je reste dehors de beaucoup d’autres. En revanche, en France, je suis en train de réaliser une saison très bonne, et cela fait déjà plusieurs saisons que cela dure. Grâce à cela, la récompense est là de continuer d’être programmé dans les meilleures corridas des meilleures ferias.


- Cela ne t’influence aucunement de te voir respecté différenment en France à l’heure de toréer ?
- Je ressens une tendresse et une affection particulière, j’adore toréer dans mon pays, peut-être que le public est plus réceptif avec moi que dans d’autres régions d’Espagne. Comme par exemple dans le Sud où j’éprouve encore des diffcicultés à être programmé, sauf à Grenade, où j’ai triomphé plusieurs fois, et à Cordoue.

- Mais il appartient au torero de casser la glace...
- Exact, mais je torais très peu dans le Sud de l’Espagne, je suis peu connu et c’est vrai que j’enrage lorsque j’ai l’occasion d’aller toréer et que personne ne m’appelle, comme cela s’est passé à Grenade, où j’ai triomphé l’an passé et où je ne suis pas retourné cette année. Mais c’est la loi des toros et je dois dépasser cet état de fait.

- Donc, la reconquête passe par la France.
- Ce qui se passe également c’est que mes triomphes en France n’ont pas beaucoup de répercution en Espagne, peut-être par le fait que je sois français et de triompher sur mes terres. Cependant, je note que lorsque d’autres toreros espagnols, qui soient vedettes ou pas, triomphent ici, ils ont une meilleure reconnaissance. Mais cela n’enlève pas le fait que je sois content de ma saison : j’ai coupé trois oreilles à Nîmes, deux à Arles, deux à Bayonne, j’ai aussi coupé à Dax et à Béziers, qui sont toutes des Arènes de première.

               

- Que te manque-t-il pour changer cela ? Un triomphe comme celui de l’an passé pendant la San Isidro ?
- Ou plusieurs à la suite. Cette année, l’envie était de confirmer cela, mais on sait que triompher à Madrid est très difficile et tout ne s’est pas passé comme je l’aurai souhaité. Cela est arrivé à un moment où je traversais un épisode personnel compliqué, avec le moral très bas suite au décès de mon grand-père quelques jours avant et c’est vrai que je ne suis pas arrivé à remonter la pente et d’être bien. C’est pour cela que je suis resté dehors de beaucoup d’arènes alors qu’on aurait dû y être programmé. Mais bon, je torais, même si c’est dans un autre circuit.

- On a l’impression que tu dépends beaucoup de ton moral ?
- Tout à fait. La saison est longue et il est difficile de garder le moral de mars à octobre. Pour cette raison, les vedettes comme El Juli ou Manzanares ont beaucoup de mérite car ils réalisent des saisons parfaites de A à Z. C’est un de mes défauts depuis mes débuts : je traverse de très bonnes périodes, après, les choses se compliquent et je n’arrive pas à avoir la régularité souhaitée.

- Tu as eu différents apoderados, mais il semblerait que tu aies trouvé une stabilité avec Marcos Sánchez Mejías.
- Nous avons une bonne relation, il me comprend, m’écoute, il sait ce que je veux et ce dont j’ai besoin, en luttant au maximum pour atteindre nos objectifs.

- Prochainement, tu dois faire face à deux engagements importants : à Arles avec El Juli et Morante, et à Nîmes, le mano a mano avec Castella. Lequel des deux te stresse, te préocupe ou t’excite le plus ?
- Ce sont deux après-midis différents, en liaison avec la belle saison que je réalise en France. C’est deux après-midis sont idéales pour la conclure de la meilleure des façons. Arles est ma terre, c’est un cartel très abouti. L’après-midi de Nîmes sera je pense déterminante pour ma saison. La télévision sera problablement présente. Dans tout les cas, un mano a mano entre nous deux représente toujours quelque chose de spécial, ça va être chouette.

- En parlant du futur taurin en France, vois-tu une nouvelle génération de toreros français qui commencerait à sortir la tête ?
- Il y a des toreros avec beaucoup de qualités, de jeunes matadors ou novilleros qui ont de très bonnes choses, mais qui doivent se faire connaître pour avancer. Je pense que l’idéal pour les toreros français est d’aller au campo en Espagne, là où vraiment tu te construits en tant que torero. Ici, il y a des jeunes avec beaucoup de disposition, mais autant Castella que moi, nous avons eu un long apprentissage qui n’a pas été facile. Cependant, l’opportunité se présentera à chacun. Il manque de nouveaux toreros pour que l’histoire continue, pour entrer en compétition avec les vedettes espagnoles de la nouvelle génération, bien que je crois, que Castella comme moi voulons être présent pendant encore beaucoup de temps.

Reportage Paris Match n° 3241 du 30 juin au 4 juillet 2011

Juan Bautista : Liza son plus beau trophée

Sous l’œil des femmes de sa vie, la petite Liza et Anne-Céline, Jean-Baptiste Jalabert porte l’habit de lumière bordeaux et or qu’il arborait en 2007 à Madrid lorsqu’il reçut des mains de Juan Carlos le trophée de l’oreille d’or. Mais la plus belle des récompenses devait survenir trois ans plus tard : la naissance de Liza. Deux oreilles et un visage d’angelot.

                   


Avant d’entamer le marathon des corridas de l’été, le plus célèbre torero français nous a présenté sa petite fille.

Elle a six mois et déjà Liza porte l’estocade au cœur de son papa torero. Avant les grandes ferias de l’été, Jean-Baptiste Jalabert, 29 ans, dit Juan Bautista, porte sa fille comme son plus beau trophée, et sa compagne, Anne-Céline, n’est pas loin de sortir les mouchoirs. Quand il séjourne en France, au mas Pébrière, acquis il y a trois ans, le petit prince français des arènes transforme la vie de famille en faena douce. Avec 45 corridas par an données en Espagne, en France et en Amérique du Sud, Juan Bautista a bien besoin du calme de la Camargue pour se ressourcer, méditer sur les périls et la beauté de son art…et découvrir les joies d’une paternité aussi émouvante que captivante. On croirait entendre Carmen : « l’amour est enfant de bohème, il n’a jamais connu de loi… »

Si Juan Bautista donne la mort dans une arène, il aime surtout la vie. 

Jean-Baptiste ne s’en lasse pas. Il pourrait la regarder pendant des heures. Le jeune papa sait qu’il ne pourra jamais plus vivre sans sa fille Liza, à peine 6 mois. Dès qu’il le peut, il lui consacre son temps, car Juan Bautista n’est pas un père comme les autres. Son métier est très risqué et le jeune Arlésien l’exerce à haut niveau. Il compte parmi les rares toreros français à triompher en Espagne et en Amérique du Sud. Là-bas, on ne l’appelle plus avec réserve « El Francés ». Il est jugé sur son art et son courage face à des toros de combat de 500 kilos. Mais si Juan Bautista donne la mort dans une arène, il aime surtout la vie. En famille, il n’est plus torero mais un jeune papa moderne. Il n’est pas le seul.

                                      

Un véritable baby-boom est en train de se produire chez les toreros qui tiennent le haut de l’affiche. Ils ont la trentaine et son célèbres dans les arènes du monde entier. Mais la gloire et la fortune ne leur suffisent pas. Ils veulent donner la vie comme si subitement ils s’apercevaient que le destin pouvait reprendre la leur. Chaque après-midi à 17 heures, au moment où le soleil d’été devient moins cruel, ils jouent à quitte ou double sur le sable ocre des plazas du Sud. Parfois ils ont triché sur leur âge pour commencer plus tôt, tant l’envie de défier la bête était forte. Une passion difficile à comprendre, synonyme de courage et de grâce quand le toro affiche noblesse et bravoure. Tous ont été grièvement blessés. Dans l’œil du monstre, ils ont vu la mort de près. Soulevés comme une paille, embrochés par la corne, ils ont senti la fin arriver, inconscients, baignant dans leur sang. A l’heure de la maturité, membres du Top 10 de l’escalafon, le classement des toreros, ils ont eu envie de laisser une trace pour la postérité. La majorité des étoiles de la planète toro vient d’être papa ou va bientôt l’être.

                                     

Sébastien Castella, d’abord, l’autre grande figure française, vient lui aussi d’être père d’une petit fille, Atenea, née le 27 décembre dernier. Le torero biterrois avait épousé en octobre l’actrice colombienne Patricia Vasquez sur une île au large de Cartagena de Indias. Entre les deux toreros, la rivalité est grande. Ces deux-là, tout les oppose : le physique, la psychologie, la manière de toréer. L’enfance aussi. Celle de Sébastien est restée pour lui une blessure douloureuse. Longtemps introverti, intransigeant, fermé, le maestro semble aujourd’hui plus apte au bonheur. Alors que les autres toreros aiment se retrouver au campo, achètent une finca, sont fiers de leur nouvel élevage de toros, Castella, lui, découvre les musées. Cornaqué par son ami Robert Margé, le directeur des arènes de Béziers, il s’échappe à Paris pour visiter l’Académie francçaise avec Florence Delay ou aller au théâtre, invité par Pierre Arditi. Depuis qu’il est papa, le torero a un moral d’acier. A Madrid, il vient de recevoir l’oreille d’or 2011 remise par le roi Juan Carlos à la fameuse Corrida de la Presse

Torero marié en octobre 2010, à la fin de la saison estivale, propice aux unions chez les maestros, Morante de la Puebla est devenu papa une nouvelle fois. La veille, un autre matador, Sergio Aguilar, s’était marié discrètement avec une certaine Rebecca. Peu avant, c’était le jeune matador Fernando Cruz qui avait épousé en petit comité – une centaine d’invités tout de même - la belle Mercedes. Elle devrait, sans aucun doute, elle aussi, devenir maman très bientôt. Un autre grand nom a convolé fin 2010 : José Maria Manzanares, le fils du grand Manzanares, torero lui aussi. Il s’est marié en novembre dernier dans l’église Notre-Dame-de-Grâce d’Alicante avec la jeune Rocio Escalona. Elle est enceinte. Même le rare et célèbre José Tomas serait sur le point d’être papa à 35 ans. Une résurrection après sa cornada de l’an dernier au Mexique. Plaie de 17 centimètres dans la jambe gauche, artère et veine fémorales perforées, il avait perdu la moitié de son sang. Arrêté pendant des mois, il revient cette année plus fort que jamais, confirté par sa dulcinée qui attendrait un enfant du maestro le plus adulé de l’époque.

« Quand on torée ensemble, El Juli me montre l’échographie de ses jumeaux sur son iPhone »

La figure des figures, El Juli, ne pouvait pas être en reste. Le prodige milliardaire capable, avec autant de talent, d’aligner deux corridas dans la même journée, avait épousé en 2007 une fille Domecq, Rosario, issue de cette grande famille d’éleveurs de Jerez de la Frontera, dont la race des toros est à l’origine de la plupart des élevages espagnols. Toros, vin, chevaux avec l’école équestre andalouse, le clan Domecq ne pouvait accueillir en son sein qu’un champion. Au mariage, tout le « mundillo », le monde taurin, était présent. Eleveurs, toreros, imprésarios, propriétaires, en tout 700 personnes étaient conviées au banquet dressé dans le palais Domecq. Depuis, rien. Rosario, dit-on, aurait suivi un traitement pour assurer une meilleure fécondité. El Juli, encore une fois n’a rien fait comme les autres. Il devait maintenir son rang, être, comme souvent, plus fort que les autres. Aujourd’hui, il n’en est pas peu fier : sa belle attend des jumeaux. « Quand on torée ensemble, il me montre l’échographie d ses bébés sur son iPhone », me raconte Juan Bautista en riant. Entre le Français et l’Espagnol, le courant passe depuis toujours. El Juli n’est pas un « torturé ». Il torée, en général triomphe, et ne se mêle de rien d’autre. Derrière la barricade, les deux hommes sont complices. Ils ont près de 30 ans tous les deux, ils vivent à l’heure d’Internet. Juli, déjà couturé comme un vieux matador, après avoir frôlé une nouvelle fois la mort à Pampelune l’an dernier, est peut-être plus dans la tradition. Juan Bautista est en apparence plus moderne. « Je donne le biberon et je sais changer les couches, dit-il sans complexe. Je n’ai plus besoin de mettre le réveil. Heureusement, Liza n’ouvre jamais les yeux avant 8 heures. Quand je suis au mas, c’est moi qui me lève pour aller la chercher. » « Par bonheur » ajoute Anne-Céline, sa compagne depuis deux ans et demi. Maman d’origine espagnole, père maire de Navacelles, un village du Gard de 500 habitants, elle a rencontré Juan Bautista à Nîmes, chez des amis. « Je savais qu’il était torero, mais pas plus, confie-t-elle. J’avais assisté à peu de corridas. » Al’époque Anne-Céline demeure beaucoup en Espagne. Elle y vit sa passion, le chant latino. Ana est son nom d’artiste.

En 2007, elle a enregistré un album, « Amor Latino », et espère bien reprendre ses spectacles bientôt. Pour le moment, elle se consacre à sa fille avec Jean-Baptiste. Le torero n’est pas près d’oublier la naissance de Liza. Elle est née à 7 mois et demi et pesait 1,5 kilo. « Elle était prévue pour janvier, et je n’avais pas pris d’engagement, à Cali en Colombie pour le 31 décembre, se souvient-il. Après avoir toréé à Lima, au Pérou, je vais au Venezuela pour ma dernière corrida. A l’arrivée de l’avion, j’ai un message urgent sur mon portable : Anne-Céline est à la clinique… Je n’avais pas de vol pour arriver à temps à Paris. Alors, je suis allé toréer et j’ai coupé quatre oreilles. » Anne-Céline n’est pas inquiète par nature, mais après chaque corrida elle attend le coup de fil de Jean-Baptiste. « Comme ça, je sais que tout va bien, dit-elle. J’ai confiance en lui. Mais je suis rassurée quand je l’entends. » Juan Bautista, lui, est serein. Papa d’une petite fille, pourrait-il désormais prendre moins de risques ? « Quand on est torero, on doit se donner à fond », répond-il simplement. Une façon de dire que tant que l’envie sera là, il ira au bout de lui-même, l’après-midi, seul face au toro.

                   

Patrick Forestier - Photos Thierry Esch

Interview accordée à la revue Aplausos - Avril 2011 - Propos recueillis par José Ignacio Galcerá

Juan Bautista : « Je ressens la même responsabilité ici qu’à Madrid ou Séville”.

Arlésien de naissance, il est amoureux de sa région et de ses arènes. Juan Bautista nous parle de son Arles natale avec passion, une ville qui l’a vu naître en tant qu’Homme et qui l’a vu grandir en tant que torero. De là, ses premiers triomphes ont raisonné, de là il a commencé à conquérir sa terre et de là il a réussi à brandir avec fierté le drapeau taurin de son pays.

                 

- Juan Bautista, la temporada se presente de belle manière. Une oreille à Valencia et bientôt les ferias de Séville et Madrid.
- Les premières corridas ont bien fonctionné et le début de saison est positif, maintenant il faut continuer. L’hiver américain a permis la continuité de la temporada passée. Cela a contribué à ne pas m’arrêter, d’être toujours sous tension, ne pas me relâcher et perdre le rhytme. Avec les années, tu apprends à mieux te connaître et savoir ce qui est le meilleur pour toi. Dans mon cas, ce sont plus de dix ans d’alternative et je sais que les débuts de saison me coûte, c’est pour cela que de toréer cet hiver a été bénéfique pour moi.

- Le 23 avril prochain tu reviens à Arles. Tout le monde garde en mémoire le mano a mano avec El Juli lors de la dernière feria du Riz.
- Cela a été un après-midi très agréable. Tout s’est réuni, une bonne corrida de Daniel Ruiz, une grande ambiance et le fait de pouvoir être en compétition avec la plus grande vedette du moment comme l’est El Juli, qui était dans une forme extraordinaire. Le pari était osé, et encore plus lorsque Manzanares a du déclarer forfait à cause de sa blessure, mais l’idée du mano a mano m’a séduit et le résultat, avec cinq oreilles chacun, fut un succès.

- La feria de Pâques ouvre la saison taurine en France, j’imagine que l’objectif, et encore plus sur tes terres, sera de commencer en t’imposant.
- Arles est une arène de première catégorie et tout ce qui s’y fait a beaucoup de répercussion, tant en France comme en Espagne. Le plus important est de bien commencer, les ferias importantes arrivent et il faut continuer ce qui a été fait l’année dernière. Au minimum, j’espère répéter les triomphes et franchir un cap.

- En tant qu’arlésien, ressens-tu une exigence plus appuyée de la part du public ?
- Toréer chez moi est toujours spécial, j’ai beaucoup d’affection pour les arènes pour de nombreuses raisons, c’est ma ville, j’y ai ma famille, mes amis et j'y passe la majeure partie de l‘année. C’est une envie énorme et lorsque je triomphe, cela me satisfait. On est exigent avec moi, c’est normal. On m’a vu toréer et triompher de nombreuses fois et il est logique que l’on me demande chaque fois plus. Souvent je me retrouve dans des cartels très bien montés, en compétition avec les plus grandes vedettes et on attend de moi ce niveau. La France m’attend, m’apprécie et m’a encouragé lorsque j’en avais besoin. On m’a vu triompher et on est exigent avec moi car, par chance, nous avons vécu de bons après-midis.

                                                       

- Bien qu’il est certains que tes débuts n’ont pas été du tout faciles chez toi.
- Les premières années m‘ont demandé beaucoup d’efforts. J’avais beaucoup de pression de toréer sur mes terres car, par hasard, depuis ma présentation de novillero, mon oncle et mon père sont devenus empresarios et cela me donnait encore plus de pression. Parfois, une partie du public a été très dure avec moi, même injuste. Maintenant je le vis d’une autre manière, grâce aux années, j’ai appris à en profiter et regarder les choses d’une autre perspective. A Arles, je ressens la même responsabilité que si je toréais à Madrid ou Séville.

- Ta carrière a connu parallèlement la gestion de ton père à Arles. De quelle manière cela influe t-il que la personne la plus importante de ta vie soit également empresario taurin ?
- Au début, le public pensait que j’avais plus de facilité pour toréer mais, il se trompait. Le toro remet chacun à sa place. Il ne sait pas qui tu es, ni d’où tu viens, il veut seulement que tu sois capable de résoudre les problèmes qu’il te pose. Au départ, je n’étais pas préparé, mais maintenant, j’ai dépassé ce stade et cela ne m’affecte plus, spécialement depuis mon retour en 2005. En France j’ai triomphé de partout, à Madrid également bien qu’il est certains que je suis encore jeune et qu'il me reste beaucoup de choses à réaliser. J’ai la chance d’avoir l’expérience de onze ans en tant que matador de toros et il me reste encore beaucoup d’arènes à conquérir.

- Séville est une de celles-là.
- Tout à fait, je n’ai jamais réussi à y triompher. Cette année, la corrida de Carmen Segocia qui traverse un bon moment m’illusionne et j’espère que je pourrai réaliser quelque chose d’important dans ces arènes.

                                 


La France, un référent pour la Tauromachie.

Pour Juan Bautista, que son pays soit, à l’heure actuelle, une référence en matière taurine est un motif de fierté. A ce sujet, le diestro d’Arles commente : “Taurinement, la France vit un très bon moment. Et je dirais à tout les niveaux : il y a beaucoup de passion, les jeunes remplissent les arènes importantes ; au niveau des organisateurs, apoderados, banderilleros, picadors, des élevages français aussi ont de bons résultats... Les écoles taurines font un important travail et on voit des jeunes qui ont des capacités et les novilleros avec picadors fonctionnent”, il continue en disant que : “La France, enfin, a réussi ce que Nimeño II a rêvé. Il a ouvert la voie à son époque, et aujourd’hui, nous sommes dans les ferias en compétition avec les meilleurs. Peut-être qu’avec la carrière de Sébastien Castella ou la mienne, ce rêve a été dépassé”.
Malgré le bon moment que traverse la Tauromachie en France, Juan Bautista signale : “Il ne faut pas se tromper. La crise est perceptible aussi en France, mais on la ressent moins qu’en Espagne. En plus, il faut être très attentif aux attaques des antitaurins. La Catalogne est toute proche et il faut être vigilant afin de ne pas avoir de problèmes dans le futur, il est nécessaire de prendre énormément soin de la Tauromachie” conclue t-il.

Interview accordée à la revue 6Toros6, n° 873 du mardi 22 mars 2011 - Propos recueillis par José Luis Ramón

JUAN BAUTISTA : la sincérité à fleur de peau


Juan Bautista vient de couper une oreille à Valencia, et une saison intéressante se présente à lui : il toréera trois après-midi à Madrid, sera présent à Séville le jour du Corpus et est programmé dans quinze corridas de toros dans son pays, en plus de celles qu’il a dans d’autres ferias espagnoles. Le matador français parle de tout cela, ainsi que de la place qu'il occupe dans la Tauromachie, de ses erreurs et réussites. Et il le fait avec une énorme sincérité.

A peine Juan Bautista a-t-il fini sa prestation dans les Arènes de Valencia que je me retrouve aves lui, dans l'hôtel où il s'est habillé de torero. Dans le hall, il y a un grand brouhaha de personnes, mais sa chambre est un lieu de paix. Nous conversons sur sa situation dans la Tauromachie, sur la récompense à la suite de son grand succès de l'année passée à Madrid qui devrait le faire revenir trois après-midi à Las Ventas, sur les difficultés qu'il connaît pour plaire à Séville et, comme de bien entendu, sur sa double situation : un torero vedette en France, son pays, et matador en passe de l’être mais qui doit gagner ses contrats un par un en Espagne.

                    

- Commencer la saison en coupant une oreille lors des Fallas est un point de départ important, tant sur le plan personnel que professionnel.
- Bien sûr. Commencer de cette façon en coupant une oreille dans des Arènes aussi importantes que celles de Valencia est très positif. Cela apporte du moral et une bonne ambiance pour le futur, car lors de saison passées, il m’arrivait de ne pas bien commencer, et alors l'ambiance n’était pas bonne et je perdais le moral.

- Tu parles de moral et de perte d’ambition lorsque les choses ne vont pas comme tu le souhaites. L'état d'âme de la personne se reflète-t-il toujours et influe sur le torero ?
- Beaucoup. De fait, quand je me suis retiré il y a quelques années, cela a été à cause de ce manque de moral, je ne trouvais pas de solution à ce qui se présentait à ce moment là. Pour moi, il est très important d’être heureux et à l’aise sur le plan personnel, pour pouvoir me préparer, bien m’entraîner et arriver aux arènes en confiance.

- Cette coupure a du être très utile, car la partie fondamentale de ta trajectoire et de tes succès s’est produits après ton retour aux arènes. Il est intéressant de voir comment, même sans toréer, le temps fait mûrir les toreros.
- oui, oui … Même sans toréer, comme ce fut la cas lorsque je suis resté éloigné des arènes pendant une année et demie, cela m'a fait comprendre beaucoup de choses. Quand je suis revenu, j’avais une autre mentalité et changé beaucoup de choses en moi. Ce que tu dis est vrai, c’est dans la deuxième partie de ma carrière que les choses les plus importantes ont eu lieu.

- Deux de ces moments fondamentaux ont été tes sorties en triomphe de Las Ventas en tant que Matador de Toros, la dernière l'année passée à la Feria de l'Anniversaire avec la corrida de El Cortijillo. De quelle manière cette dernière sortie par la grande porte a-t-elle influé sur le Juan Bautista d'aujourd'hui ? Cela t’a-t-il servit pour te revaloriser, pour toréer davantage, pour être considéré encore plus comme une vedette en France ?
- Surtout, ce succès de l'année passée m'a servi par rapport aux deux dernières saisons qui furent irrégulières, les choses ne s’étaient pas passée comme souhaité après cette temparada de 2007 qui a été si importante. En 2008 et 2009 je n'ai pas réussi à confirmer ce que j’avais obtenu en 2007, et par cela j'avais besoin de ce triomphe, pour retrouver une ambiance et un crédit chez les aficionados et les professionnels. De plus, je crois que réellement personne ne s'attendait à un triomphe comme celui de l'année passée, car lors des dernières ferias de San Isidro, j’avais été un ton en dessous. Ce jour-là, nous avons eu la chance de toréer une bonne corrida de El Cortijillo, et j'ai profité de mon lot pour sortir en triomphe. Être l'unique torero à avoir ouvert la grande porte de Madrid lors de la feria de l’an passé m'a donné confiance, m’a permis de toréer plus et ma crédibilité a augmenté dans mon pays et aussi un peu en Espagne, bien que cela soit arrivé un peu tard dans la saison et que beaucoup de ferias avait fermé leur programmation.

                                                 

- L’étrange caractéristique qui se produit dans ta carrière m'a toujours beaucoup attiré l’attention : vedette en France, tu dois lutter feria après feria, saison après saison en Espagne. Que penses-tu de cette situation ? Comment peut-on changer si radicalement une mentalité ?
- C’est certain, et je suis le premier à me rendre compte de quelle manière différente les gens me suivent et m’attendent dans mon pays et ici. Mais je dois dire que cette situation est de ma faute, car comme je te disais, je n'ai pas réussi à confirmer les grands triomphes que j'ai eus, comme celui de la Feria d’Automne de 2007. Je sais que si je l’avais confirmé tout de suite, je me serai hissé à un niveau bien plus élevé que celui de maintenant. Ma situation n'est pas non plus mauvaise, car j’occupe une place privilégiée, peut-être que je ne fais pas partie des toreros du premier rang, certes, mais je fais partie de ceux qui sont présents dans les ferias, qui jouissent et vivent de leur profession. En France je vis une autre situation car je suis considéré comme une vedette, alors qu'en Espagne, j'ai l’ambition de me situer au-dessus de ce que je suis actuellement. De toute façon, celui qui est une véritable vedette l’est dans le monde entier.

- T'exprimes-tu dans l'arène avec la même liberté, avec le même naturel, en Espagne comme en France ?                                                                                                                                                                                - Cela dépend … Ici, parfois, il y a des Arènes où la pression a été la plus forte… Il est possible qu’en France, je me sente plus tranquille grâce à l'affection du public. Dans mon pays, ils m'ont beaucoup soutenu, depuis mes débuts en tant que novillero… ils m'ont vu triompher dans toutes les ferias importantes… L’afición porte un autre regard sur moi. En Espagne, je me sens autrement. Je crois que c’est logique et normal.

- Ta présence à trois corridas de toros à Las Ventas en mai et juin est la récompense du succès si important obtenu lors de la dernière Feria de l'Anniversaire.
- Il est fondamental d’avoir la récompense du succès. Et je remercie l’empresa d’avoir compté sur moi pour trois après-midi, pour trois corridas de toros d’un grand niveau

- Rends toi compte : ton arène de prédilection en Espagne est celle de Madrid avec trois sorties par la grande porte. Il est curieux que ton arène en Espagne soit également la plus difficile de toutes.
- C’est vrai. Mon passage à Las Ventas revêt une grande importance, parce qu'à Séville je n'y ai jamais réussi, et les autres bons après-midi que j’ai connu en Espagne comme par exemple à Valencia et Bilbao, ont été le fait d’oreilles isolées. En revanche, à Madrid, de ces trois ou quatre dernières années, je fais partie des toreros qui ont le plus coupé d’oreilles avec ces trois grandes portes que tu as mentionné : celle de novillero, celle lors de la Feria d’Automne en 2007 et celle de la Feria de l'Anniversaire en 2010. Comme il s’agit d’un public exigeant, il est dur parfois, mais je me sens respecté, et l’empresa en a conscience. C'est un honneur de revenir à Madrid de cette façon. Depuis la grande porte du jour de mon début en tant que novillero, nous nous sommes bien entendu avec l’afición, et toujours Séville m’a plus pesé que Madrid. Je ne sais pas pourquoi, mais quand je me suis livré et que j’ai pu me relâcher, j'ai ressenti plus de compréhension de la part du public de Las Ventas. Je crois que ma personnalité et ma façon de comprendre la tauromachie vont bien avec le concept de Madrid. Je sais ce qui plaît à cette afición, et quand un taureau me le permet, je réussis à me relâcher et oser faire des choses, parce que je sais que l’afición va me répondre. Cette année je retourne à Séville pour la corrida du Corpus, et je garde toujours cette envie d’y triompher.


- Si tu t’analyses, à quel niveau de ton évolution en tant que torero te situes-tu ?
- Je suis content des choses que j'ai obtenues, et je sais que si je ne suis pas à un niveau plus élevé, je ne le dois qu’à moi-même. Il est vrai que c’est maintenant que je ressens le plus de maturité, mon concept est plus défini, bien qu’il reste encore beaucoup à faire pour m’améliorer mais je suis certain que je vais y arriver.

Interview accordée à www.derechazo.com le mardi 23 novembre 2010
* Que représente pour vous cette grande porte de la Monumental de Madrid ?
* Réponse JB : une récompense à tous les sacrifices et une réponse à ceux qui voulaient m’oublier. Elle était très importante pour moi car j’en avais besoin pour relancer ma carrière

* Ce triomphe a-t-il eu des répercussions que vous en attendiez, en particulier en termes de contrats ?
* Réponse JB : pour le mois de juillet pas trop car tout était quasiment bouclé. En revanche, pour août et septembre, oui, les retombées sont positives.

* Comment vivez-vous votre mise à l’écart de certaines grandes ferias françaises où vous avez déjà triomphé souvent, en particulier dans le Sud-Ouest ?
* Réponse JB : cela fait assez mal de se voir absent de Mont de Marsan, Dax ou Nîmes. Ce sont trois arènes où j’ai souvent triomphé et où j’aurai aimé être présent. Mais il faut se dire que l’an prochain grâce à Madrid, je pourrai y toréer de nouveau.

* Quels sont vos grands rendez-vous de l’été et de l’automne ?
* Réponse JB : il va y avoir Béziers, Gijón, Albacete, Colmenar Viejo, Arles, Bayonne… Mes apoderados sont aussi en négociation pour d’autres férias importantes qui pourraient se rajouter.

* Combien de contrats aurez vous signé durant cette temporada ? Cela correspond-il à vos objectifs de début d’année ?
* Réponse JB : normalement, on devrait toréer autour d’une quarantaine de corridas. Mais il est vrai que les deux oreilles de Madrid ont permis d’augmenter le nombre de corridas prévues.

* Y aura-t-il une temporada d’hiver américaine ?
* Réponse JB : normalement oui. Nous sommes en pourparlers avec certaines grandes arènes au Venezuela, Colombie et Mexique.

* Estimez-vous que votre style de toreo a évolué cette année ?
* Réponse JB : J’essaie au maximum de toréer comme je le ressens, avec du sentiment, de la profondeur et de la lenteur. Je fais tout pour le faire évoluer en ce sens.
Interview accordée à la revue Aplausos, n° 1730 du Lundi 22 novembre 2010

Juan Bautista : “J’ai trouvé le chemin et je ne vais pas le quitter”

On le croyait endormi mais lors de la Feria de San Isidro il a démontré que c’était simplement une léthargie. Sans renier la ligne qui lui donna de l’intérêt il y a peu, et sans la pression qui jadis le bloquait, Juan Bautista s’est retrouvé pendant la saison 2010. Et pas seulement à Las Ventas ; Bayonne ou Arles dans son pays mais aussi Grenade, de l’autre côté des Pyrénées, furent les témoins d’une mutation que le torero souhaite définitive.   

                                                                                                               

- La saison 2010 a été la plus régulière de ta carrière Jean-Baptiste ?
- Je crois que oui avec celle de 2007 qui connut une régularité similaire. Je ne saurai pas te dire laquelle des deux fut la meilleure.

- La régularité était quelque chose que tu recherchais ou est elle une conséquence du moment dans lequel on se trouve ?
- Tous les toreros recherchent cette régularité. Regarde la saison de El Juli par exemple. Nous avons tous en tête d’être les plus réguliers possible, comprendre le mieux les toros, triompher avec le plus de toros possible, te sentir à l’aise avec le plus grand nombre d’animaux. Cela dépend également du moment personnel dans lequel on se trouve. Cela aide énormément que le torero se sente à l’aise pour qu’il puisse aller de l’avant. Cette année, cela a été comme ça, je me suis bien senti, j’ai trouvé des qualités à beaucoup de toros dans des endroits importants, ce qui est fondamental pour valoriser la saison d’un torero.

- Où situes-tu le début de ce moment auquel tu fais référence ?
- En fait je me suis bien senti dès La México l’hiver passé. Là, j’ai eu de très bonnes sensations mais ce qui a été de fondamental fut l’oreille coupée pendant les Fallas à un toro de Valdefresno. Cela m’a donné confiance pour le reste de la saison. C’était la première feria importante et je me suis senti très phénoménal.

- Ensuite, il y a eu la Grande Porte de Las Ventas. Tu lui donnes plus de valeur par rapport à celle de 2007 ?
- Ce sont deux triomphes différents. Celui de 2007 constituait le point d’orgue d’une très bonne saison qui m’a servi pour qu’on pense à moi après quelques années de retrait. Je ne sais pas si j’ai mis la barre très haute, mais ce qui est sur c’est que l’on a exigé de moi et que cette exigence m’a bloqué. C’est pour cela que je donne beaucoup de valeur à celui de cette année car je me suis libéré de cette pression. La dernière Grande Porte a été une surprise pour beaucoup mais pas pour moi. Je savais dans quel état je me trouvais et que si un toro m’aidait, quelque chose d’important pouvait se passer.

- Rapidement, on fait la réputation des toreros et pour toi, on a dit que tu étais un torero froid…
- C’est que la faena de 2007 au toro du Puerto a été excellente. Plus qu’excellente, magique, et c’est sur, le public est venu aux arènes pensant que comme il l’avait vu une fois, il allait le revoir beaucoup d’autres mais une telle chose, aussi complète du début à la fin est très difficile à répéter. Concernant mon concept, là où j’en suis, avec onze ans d’alternative, je ne vais plus le changer… J’ai choisi une ligne classique, j’essaie de toréer simplement et il est certains que ce n’est pas ce qui transmet le plus vite au public. Cette année, j’ai réussi à l’améliorer mais toujours sans sortir de ma ligne.

- La France a également été le témoin de ce moment, surtout Arles et Bayonne.
- Avec Madrid, elles ont été les trois après-midi les plus importantes de la saison. Celle de Bayonne car étant la seule arène du Sud-Ouest où j’ai pu toréer. Je suis resté dehors de Dax et Mont-de-Marsan et elle représentait la seule après-midi où je pouvais me revendiquait dans cette zone. J’ai seulement coupé une oreille à chaque toro de La Quinta mais j’aurais pu en couper quatre. A Arles, j’avais déjà triomphé en avril, et en septembre, Manzanares n’a pas pu toréer à cause de sa blessure et la corrida est restée un mano a mano avec El Juli. Ce fut une bonne après-midi de rivalité et de concurrence. Mais j’avais conscience que je devais tout donner à l’image de ce torero, et pour moi, ce fut un honneur que de triompher avec lui dans une arène où on m’exige et m’aime beaucoup.

- En France, préfèrerais-tu assumer la pression en solitaire ou le poids de la responsabilité est-il mieux réparti avec une autre vedette comme Castella ?
- Ecoute, Cela faisait cent ans que la France attendait qu’une vedette de la tauromachie puisse jouer à égalité avec les vedettes espagnoles et aujourd’hui, au lieu d’une, il y a en deux. Cela contribue à ce que mon pays se développe tauromachiquement parlant et qu’il puisse évoluer et grandir dans beaucoup d’aspects, pas seulement du point de vue des matadors de toros mais aussi sur le plan des éleveurs, et des organisateurs, et cela est très positif. De plus, c’est ce à quoi rêvait l’afición française.

- Quel est le taux de pourcentage que possède ton apoderado dans ce succès ?
- L’entourage est très important. Il est certain que l’apoderado se trouve dans le callejón, les banderilleros dans le burladero et qu’à l’heure de vérité, tu te retrouves seul devant le toro et que tu dois résoudre les problèmes. Mais il est vrai qu’il y a eu des années où je n’avais pas cette tranquillité que j’ai eu cette saison transmise par les gens qui sont avec moi, Marcos, mon valet d’épées, ma cuadrilla… L’ensemble m’a beaucoup aidé.

- Que te reste t’il à polir ou à améliorer ? Comment va être le Juan Bautista du futur ?
- Il me reste encore beaucoup de chemin à parcourir pour donner le meilleur de moi-même. Cette année, il y a eu des après-midi inoubliables, à part de celles que nous avons mentionné, comme Grenade, Béziers par exemple, mais ce n’a pas été une saison excellente à 100 %. Ce que je sais, c’est que j’ai trouvé le chemin et que je dois abonder en ce sens.

- Pour le moment, le début en Amérique ne pouvait pas être meilleur ?
- C’est vrai. Cela faisait cinq ou six ans que je n’allais pas au Venezuela et j’ai ressentis des choses très positives à Maracay. J’ai du offrir un toro mais cela a valu la peine car, au-delà des trois oreilles coupées, ce sont les sensations que j’ai eu et que j’espère connaître à La México. Je crois qu’il est fondamental de ne pas s’arrêter pour continuer avec la série de triomphe et le rythme que j’avais pris en Europe, surtout par rapport à la saison prochaine.

       


En quelques de mots :

- La crise…
- Contre la crise, la qualité. C’est ce que toutes les classes de la Tauromachie devons chercher pour combattre cette catastrophe.

- Le transfert vers la Culture…
- Je pense que c’est une très bonne décision. Je crois que c’est le plus logique.

- Un souvenir.
- La Grande Porte de Madrid. J’ai regardé toute la feria à la télé, je savais qu’aucun torero n’avait ouvert la Grande Porte et je me suis à rêver de le faire. Et le rêve c’est réalisé.

- Pour oublier.
- La corrida d’Albacete. J’y suis allé avec beaucoup d’illusion et tout est sorti à l’envers.

- Si tu devais donner un titre à ta saison.
- Juan Bautista s’est retrouvé.

Interview accordée à la revue 6Toros6, n° 837 du mardi 13 juillet 2010

Juan Bautista. Au-delà des étiquettes.

                                                 

Il est le seul matador de toros à avoir ouvert la Grande Porte des arènes de Las Ventas de Madrid cette saison. Et ce n’est pas la première fois qu’il connaît cette inégalable sensation de triomphe à la portée de très peu d’élus. Déjà, en 2007, il est sorti en triomphe pendant la feria d’Automne, tout comme en 1999 lors de sa présentation de novillero à Madrid, où il a coupé deux oreilles. Pendant la Feria de San Isidro, il a laissé un souvenir historique, et reçu, des mains du Roi d’Espagne, l’Oreille d’Or de la Corrida de la Presse. Il était avec Sébastien Castella, aujourd’hui vedette indiscutable de la tauromachie. 

Les carrières des deux toreros se sont déroulées pratiquement de la même façon. Mais la similitude s’arrête quant à la proximité des dates et lieux de naissance. Leur devenir en Tauromachie et leur propre conception de celle-ci et de la vie, est bien différent. Comme le souligne Juan Bautista lui-même, Arles, Béziers ou Nîmes sont des villes très proches. Mais en marge de leur tradition taurine, elles n’ont rien à voir entre elles.
La vie personnelle et torera de Juan Bautista est intimement liée à Arles car c’est là qu’il est né, c’est là qu’il a donné ses premiers pas dans les toros et c’est là encore où il pris l’alternative en 1999. Depuis cette date, et jusqu’à aujourd’hui, son père, l’ex torero à cheval et éleveur Luc Jalabert, est le directeur de l’amphithéâtre romain d’Arles.
Nombreux sont ceux qui critiquent cette relation, voyant dans la gestion paternelle une surprotection de la carrière de Juan Bautista. Parler de justice de nos jours est extrêmement difficile. Les toreros issus de dynasties sont aussi attaqués pour avoir bénéficiés de l’aide de leur géniteur. Mais en marge de ce qu’en tauromachie et dans la vie tout appui représente peu de chose pour arriver à triompher, le toro se moque des origines et des nationalités. Aujourd’hui, la spéculation et le manque de valeurs ont déplacé la faim vers d’autres endroits de la planète. Juan Bautista, tout comme José Tomás, Manzanares, El Juli et d’autres illustres toreros actuels n’ont pas eu d’enfance difficile. Doit-on le regretter ? Jean-Baptiste est dans les toros depuis qu’il a débuté en non piquées à l’âge de quinze ans. A vingt-neuf ans (il les a fêté hier, le 12 juillet), et après onze années d’alternative où il a toréé dans le monde entier, il re-triomphe à Madrid et continue de lutter. Cela mérite le respect.


- Jean-Baptiste, certains disent que tu as peu d’ambition et que tu n’y crois pas vraiment.
- Si ouvrir la Grande Porte de Las Ventas n’est pas avoir de l’ambition, alors dis-moi qu’est ce que c’est ? Lorsque l’autre jour à Madrid, je suis allé au centre de la piste, j’avais vu les qualités du toro des Lozano. Mais il aurait pu charger la muleta ou me venir à la poitrine. J’y ai cru. Il y a des toreros que j’admire qui se passent les cornes des toros très près de leur corps. J’ai été apodéré par Paco Ojeda, un monstre de la tauromachie dont sa seule présence m’intimidait. Chacun de nous possède un concept. Je cherche à exprimer le mien.

- Dans le contexte actuel de la Tauromachie, il faut appuyer à fond sur l’accélérateur.
- En effet, c’est exactement cela. J’en suis conscient. Que personne ne doute de mon envie. Les corridas que j’ai toréé au début de ma carrière n’ont pas été faciles non plus. Celle de Palha à Madrid, celle de Cebada à Pampelune o celle de Guardiola à Bilbao pour donner trois exemples.

- Et tu as demandé de toréer les « miuras » à Nîmes la saison dernière. Et celle de La Quinta à Mont-de-Marsan. Cette année, tu as fait de même avec les « victorinos » à Vic-Fezensac.
- J’ai choisi ces corridas pour d’autres motifs, par pur sentiment de torero. Je torée d’autres corridas mais je ne regrette pas d’avoir toréé celles-ci non plus. Ce sont des corridas qui t’aguerrissent, qui te font sentir torero. Ce sont des gestes qui ensuite, avec les élevages qui te permettent d’exprimer ta tauromachie, te font voir les choses plus clairement.

- Arles, ta ville, se caractérise assez avec ce côté torista.
- Arles est une terre de toros. Et les aficionados toristas son actifs. Mais il faut faire la différence entre un cartel avec El Juli et les toros de La Quinta, par exemple, avec d’autres qui attirent moins de public. C’est un thème que nous commentons de temps en temps avec mon père.

- Avec ton père, ton oncle, ton cousin, ta sœur et même avec toi-même. Pourquoi toi et ta famille êtes-vous complètement impliqués dans cette gestion ?
- Je suis qui je suis et ma famille est ma famille. Je n’ai rien à voir dans la gestion des Arènes d’Arles. Ni je fais, ni je défais. Je préfère que cela soit ainsi.

- Mais Arles a été importante dans ta carrière.
- C’est exact. Et encore plus Madrid. Dans les moments clefs, Madrid m’a donné de la force. Je dois beaucoup à Madrid. C’est curieux, mais le jour de la corrida de la Feria de l’Anniversaire, j’étais à l’aise depuis le matin, et cela dans une arène, comme celle de Séville, où l’enjeu est au maximum.   

                                                                              

- Tu as conquis Las Ventas, rêves-tu de Séville ?
- J’ai triomphé dans toutes les Arènes importantes et j’ai connu de bons après-midi en Espagne, en France et en Amérique, comme par exemple à Madrid, Valence, Castellón, Grenade, Saint Sébastien, Vitoria… En France, à Nîmes, Dax, Bayonne, Béziers ou sur mes terres. En Amérique je me souviens d’après-midi à Mexico, Querétaro, Monterrey, Cali ou Bogotá… Mais à part mes rendez-vous de cette saison, Séville est mon prochain port, mon nouveau but.

- En parlant de port, tu dois avoir une certaine reconnaissance envers le Puerto de San Lorenzo. Tu as connu des triomphes importants avec ces toros.
- Imagine. Avec les novillos des Fraile, j’ai débuté et triomphé à Las Ventas. Avec un de ses toros, j’ai réalisé une de mes meilleures faenas à Madrid, l’après-midi de la pluie, avec Castella, et je suis sorti en triomphe pendant la Feria d’Automne. Cette saison, j’ai pris beaucoup de plaisir avec la corrida d’Arles. J’ai coupé les deux oreilles de mon second toro. Puerto, Montalvo, Palla, El Pilar, Alcurrucén… sont de grands élevages.

- Le nord t’attire plus ?
- Tu sais, dès que j’ai commencé à gagner de l’argent, j’ai acheté un appartement à Salamanque. J’aime cette région car on n’y fait pas d’histoire. Quand on doit tienter, on tiente, qu’il pleuve ou qu’il tonne. En plus, c’était la région la plus proche venant d’Arles. Souvent j’y vais seul même si ce n’est pas la porte à côté. Je suppose que cela doit être ma partie nordique. Mon grand-père maternel était de Roubaix, au nord de la France. Ensuite, il est venu à Arles.

- Le sud est ton autre moitié ?
- Salamanque m’enchante, mais maintenant je prends également du plaisir à Séville, Grenade ou Cordoue, ainsi qu’avec les élevages comme Núñez del Cuvillo, avec lequel je suis sorti en triomphe à Saint Sébastien il y a quelques temps, et à Grenade, il y a quelques jours, tu peux exprimer ce que tu ressens à l’intérieur de toi. Jandilla, Torrestrella, Juan Pedro, Zalduendo… J’ai toujours vécu à Arles, qui est au sud, mais il est vrai qu’il m’a fallu du temps pour que je me sente à l’aise à Séville. Peut-être à cause de ma personnalité ou de mon caractère. Mais je crois que c’est une question de temps. Chacun possède son horloge du temps, ses circonstances, ses expériences. Je sais que mon concept peut être accepté à Séville.

- Est-ce que cela aide d’avoir des apoderados aussi sévillans que José María González de Caldas et Marcos Sánchez Mejías ?
- Ils ont toute ma confiance. Et je sais que ce qui c’est passé à Madrid cette année est très important, c’est un pas supplémentaire vers ce que je recherche. Je suis très à l’aise avec eux, ils croient en moi.

- Tu as eu d’autres apoderados et influences. Qui fut le premier ?
- Mon premier apoderado a été mon père.                                         

- Il continue de l’être ?
- Il sera mon père toute la vie. Il est presque toujours là chaque fois que je torée même s’il n’est pas dans le callejón et que je l’envoie dans les gradins. J’ai commencé en non-piquées avec lui. Ensuite, quand j’étais avec picadors, Roberto Espinoza s’occupait de moi. Je suis resté trois ans avec lui.

- Chaque apoderado t’apporte quelque chose, une vision, un concept…
- On apprend de tous. Roberto est un homme sérieux, un grand professionnel, même s’il a son caractère et que tu rigoles avec lui.

- Ensuite, avec qui tu as été ?
- En 2002, je suis parti avec Simon, et il a fait que je me suis retiré. Nous avions commencé tous les deux avec beaucoup d’illusions. Ensuite, arrive ce qui se passe habituellement. L’apoderado doit être fort aussi et être là pendant les moments difficiles. Cette année là, il m’a bien programmé à Castellón, pas autant à Madrid avec celle de Palha. J’ai toréé à Arles et à Nîmes et ça ne c’est pas bien passé. C’était l’époque où il était sur son bateau, je ne l’ai plus vu de tout l’été. L’apoderamiento se faisait conjointement avec Enrique Patón. De temps en temps, il venait, d’autres fois je me retrouvais seul. Fin 2003, je me suis retiré démoralisé.

- Qu’as-tu fait ?
- Depuis tout petit, je suis passionné par le toro. A quinze ans, j’ai commencé de novillero, j’ai quitté l’école à seize ans. En fait, je n’ai jamais voulu faire autre chose, ni sais faire autre chose. Lorsque je me suis retiré, je me sentais étouffé. Je n’arrivais pas à évoluer, à avancer comme torero. En France, on m’attaquait beaucoup, on me traitait avec beaucoup de dureté du fait de mon père qui était directeur des Arènes d’Arles… Toutes ces paroles dans le dos, à vingt ans, me faisaient énormément mal, ajouté à la solitude… A ce moment, j’étais mort moralement. Je suis monté à Paris et j’ai travaillé dans une entreprise.

- Tu as aimé ?
- Paris est une ville incroyable ; le travail n’était pas intéressant. Tous les jours je commençais à huit heures. Mais j’avais des amis j’en ai profité pour sortir la nuit. Je suis même parti en vacances au Mexique, comme n’importe quel jeune homme. J’ai débuté au Mexique lors des Rencontres Mondiales des Novilleros. Tu t’en rappelles ? C’est ton père qui m’a programmé lorsqu’il m’a vu avec Corbacho pendant une tienta à la maison. Mais cette fois-ci, c’était différent, quelque chose que je n’avais jamais fait auparavant. Je pensais ne plus jamais toréer. Je me suis totalement éloigné des arènes, j’évitais les gens des toros ou aller à la finca de mon père.

                                    

- Le monde en général, et celui des toros ne fait pas exception, vous colle facilement une étiquette. Tu as passé la moitié de ta jeune vie là-dedans, tu as été un torero précoce, comme la plupart, et tu as vécu une forte déception. Tu as perdu la foi et l’illusion. Après une année sabbatique, tu es revenu aux Arènes. Qu’est ce qui t’a fait changer d’idée ?
- Je ne sais pas si tu te rappelles des inondations d’Arles. Un grand nombre de familles se sont retrouvée à la rue, sans toit. Mon père m’a proposé d’organiser un festival pour venir en aide aux sinistrés avec la présence de vedettes retirées.

- Action louable à ce moment. Ce n’était pas un piège pour toi ?
- Je ne sais pas si mon père l’a vu de cette façon. Je me rappelle qu’il faisait gris et froid. J’étais à Paris pour travailler. Je suis allé dans la rue pour appeler le maestro Manzanares. Il m’a répondu oui de suite en posant une condition : que je torée aussi le festival. Il m’a invité chez lui, à sa finca, nous avons parlé, nous nous sommes entraînés… que tous les deux.

- Cette passion qu’a Manzanares pour la tauromachie a du être une forte motivation.
- Là je me suis de nouveau accroché. Nous marchions, nous nous promenions dans les enclos des toros, on toréait de salon et on tientait. Et on conversait beaucoup, de toros naturellement. Je reste en contact avec lui. L’année dernière, pendant San Isidro, cela ne c’est pas très bien passé le premier après-midi. J’avais une semaine devant moi avant ma seconde corrida. Le lendemain, il m’a appelé et m’a dit de venir à sa finca pour m’entraîner pendant les sept jours. C’est une personne fantastique.

- C’est le beau côté de la tauromachie. Celui de la richesse personnelle, des nuances, des concepts…
- Je me sens chanceux. Il y a deux personnes qui m’ont aidé à retomber amoureux des toros : Manzanares en Espagne et Eloy Cavazos au Mexique que j’ai pu connaître au travers de Fernando Lozano. Je suis parti au Mexique pour toréer quelques corridas et le maestro Cavazos m’avait invité à sa finca pour me connaître. Arriver chez une vedette dont tu as toujours entendu parler fut incroyable pour moi. Je me suis retrouvé avec une personne fabuleuse qui m’a raconté des milliers d’histoires. Tout ceci te rend l’afición.

- Tu reviens aux Arènes en 2005.
- En effet, mon père et Alain Lartigue m’apodéraient. J’ai commencé la saison au Mexique, mais j’ai peu toréé cette année, 10 ou 12 corridas pas plus. En 2006, j’ai été programmé à Vitoria qui était gérée par José María González de Caldas et Marcos. Cette corrida, avec les toros de Caldas, m’a beaucoup aidé. Elle m’a donné beaucoup d’ambiance.

- L’année suivante, Santiago López se charge de tes intérêts. Un autre grand apoderado.
- Avec lui, j’ai été reprogrammé à Madrid. Santiago est un apoderado-apoderado de part sa façon de parler, de te mentaliser. C’est un grand psychologue et sait sortir le meilleur de toi-même. Pour moi, il a été très important. C’était la feria de la corrida d’Araúz de Robles lorsque j’ai réussi à prendre le remplacement et à toréer avec Castella. Santiago, en tant que torero, te sort le meilleur. Il te comprend rapidement et te conseille très bien. Je me suis trop pressé quand je l’ai laissé. On ne sait pas toujours combien va durer une carrière et des fois, on s’accélère, on commet des erreurs. Je regrette de l’avoir laissé.

- Ensuite, Marca t’a apodéré avec Ojeda. Une très grande vedette.
- L’époque avec Marca a été positive. Avoir Ojeda à mes côtés fut un privilège. Marca et moi avons terminé de cette manière car il est encore dans les années cinquante pour certaines choses. Mais on s’aime bien. L’autre jour, il m’a fait la bise quand il m’a vu à Grenade. Il m’a beaucoup fait toréer et presque tout le temps il m’accompagnait au campo. Une bonne personne.

- Et avec le maestro de Sanlúcar ?
- Tu sais, Ojeda, il arrive un moment où il t’effraie.

- Il est si méchant que ça ?
- Non, ce n’est pas ça. C’est Ojeda. Tu as à côté de toi un des Grands, un de ceux qui ont révolutionné la tauromachie. Et Ojeda est un homme qui parle peu. En fait, j’avais tellement de respect pour lui que cela me bloquait.       

                                                                                                         

- Et maintenant avec Marcos Sánchez Mejías et Caldas.
- N’oublions pas que l’année dernière Roberto Espinoza et Dávila Miura m’ont encore une fois apodéré. J’ai appris des choses de tous. Maintenant, je veux donner des arguments à Marcos et à José María qui m’ont toujours programmé dans leurs ferias, Vitoria, Grenade ou Cordoue, avant même qu’ils m’apodèrent. J’aime leurs perspectives, leur façon d’envisager la saison. Ce sont des professionnels.

- Et Marcos a été un torero excellent. Lui torero et les deux empresarios d’expérience. En plus, il y a l’élevage de ton autre apoderado. En fait, tu as toujours su t’entourer de personnes importantes. Mais ta saison ne va pas être facile non plus. Ton triomphe de Madrid, ou celui de Grenade, arrivent lorsque toutes les ferias sont pratiquement fermées.
- Quelques unes oui. Mais j’espère finir avec trente cinq ou quarante corridas de toros. J’ai bien commencé la saison, depuis l’hiver, en me préparant à fond avec Curro Robles. Je vais à Bayonne, Béziers qui sont des ferias importantes, je vais aussi à Gijón. Il y a des ferias comme celle de Dax où j’ai coupé neuf oreilles et sorti trois fois en triomphe, où je suis absent, comme à Nîmes où je ne suis pas arrivé à m’arranger non plus avec Simon car compte tenu de ma trajectoire en France, et plus particulièrement à Nîmes et après le triomphe de Madrid… il faut se faire respecter (il allume une cigarette et rejette un jet de fumée). Les directeurs d’arènes, et je te le dis sachant que mon père en est un, sont un peu vache. Mais peu m’importe, je regarde vers le futur. Ce qui c’est passé à Valence, Arles, Grenade… et surtout Madrid n’est pas le fait du hasard.


La passion, l’ambition et l’envie sont présentent chez Juan Bautista. Il exprime à sa manière. Très technique et assis comme torero, il peut paraître froid de temps en temps, comme absent. Mais lorsque ce blond se fâche, il rugit, étant capable de se moquer de la mort avec des yeux ténébreux et un brin d’ironie. A la fois très français et très du sud.
Il n’est pas facile d’assumer sa propre solitude devant le néant. Passer le seuil qui sépare les toreros et les artistes du commun des mortels l’est encore plus : assumer la mort dans une brutale solitude, mettre sa vie en danger et exprimer chaque goutte comme si c’était la dernière. Les cartes sont dans ses mains et encore plus maintenant, avec la conscience et la joie de sa prochaine paternité. Suerte, torero.

 

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