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2016

Interview accordée à la revue taurine Aplausos, n° 2044 du lundi 28 novembre 2016 – Propos recueillis par Rocío Fernández, photo Arjona.

Cela faisait pas mal de temps qu’il ne ressentait plus la reconnaissance dont il jouit dans son pays. Il le regrettait et espérait son retour. Après plusieurs années d’éloignement, Juan Bautista a réussi à ce qu’on le regarde différemment de l’autre côté des frontières de son pays de naissance. Cela fut possible par les bons résultats obtenus dès le début de la saison. Saison qui fut marquée non seulement par des prestations comme à Madrid, Santander ou Nîmes, mais aussi par l’inauguration de son poste de directeur des Arènes d’Arles. Ce fut une douce année pour ce jeune vétéran.

- Pouvons-nous déclarer que ce fut une année agréable pour Juan Bautista ?

- Effectivement, je suis très fier du résultat général de ma saison, surtout des sensations et des émotions que j’ai ressenti pendant toute l’année. J’ai 17 ans d’alternative, je suis encore jeune avec la force et l’envie pour continuer de progresser dans ma tauromachie. C’est beau de pouvoir encore enthousiasmer et surprendre les aficionados après tant d’années.

- Que s’est-il passé pour que la situation s’améliore considérablement au regard des saisons antérieures ?

- Ma carrière a connu des triomphes importants, mais cette année, j’ai atteint la régularité que je n’avais jamais eue jusqu’alors. Du début jusqu’à la fin, j’ai montré capacités, maturité et une facilité à comprendre tout type de toros… J’ai également confiance en moi ce qui m’a permis de donner le meilleur de moi-même. Et cela se reflète dans les arènes. Même avec l’épée, elle n’a pas fonctionné que lors de trois corridas. Pour un torero, la confiance est primordiale. Les temporadas lors desquelles j’ai eu le plus confiance en moi se sont traduites par de nombreux triomphes. C’est cela que l’on a vu cette année.

- Dans les dernières interviews, vous disiez que vous ressentiez une reconnaissance dans votre pays mais que vous ne la ressentiez pas de la même façon en Espagne. Est-ce que cette année vous vous êtes retrouvé avec l’afición espagnole ?

- C’est vrai que je l’ai regretté ces dernières années. Chaque fois que je passais la frontière j’étais différent. Cette année, disons que cela a commencé à changer, je n’ai pas encore la même reconnaissance ni le statut de vedette que j’ai en France mais oui il y a eu une nette amélioration.

- Parlons du début de saison. Elle a commencé par un seul contre six à Palavas. ¿ Est-ce que cela correspondait à une déclaration d’intentions ?

- J’aime faire des choses spéciales et cette année cela a pris corps dans ce seul contre six à Palavas. Ce fut une journée dure et compliquée. Les toreros français nous savons que lorsque le mistral souffle, il est très gênant et ce jour-là ce fut carrément une tempête, jamais je n’avais toréé avec autant de vent. Ce fut un après-midi très dur bien que le fait de surmonter cette dureté et en plus sortir en triomphe m’a servi pour le reste de la saison. Souvent je me disais : je ne vais jamais autant souffrir que ce jour-là.

- Si nous devons parler des paris et des mauvaises conditions météorologiques, il nous vient directement à l’esprit votre prestation à Madrid.

- La météo n’a pas joué en ma faveur également. J’avais deux engagements. L’un des deux fut annulé et l’autre presque. Nous avons toréé dans la boue mais j’ai eu la chance que le premier toro de la corrida de Montealto sorte bon. Je lui ai coupé la première oreille de la San Isidro. Il m’a permis de m’exprimer. Ce jour-là, j’ai ressenti quelque chose qui me manquait, l’unanimité, la reconnaissance de tous. Cela m’a donné du moral.

- Nous l’avons ressenti à Nîmes. On voyait que tout était en ordre de marche.

- Ce fut un rendez-vous extraordinaire. La corrida de Torrealta est sortie bonne et le public fut très réceptif. J’ai tué les deux toros a recibir et j’ai coupé quatre oreilles. Ce furent deux faenas lors desquelles tout était présent, tout est sorti comme je le voulais. Ce fut peut-être l’une des matinées les plus complètes que j’ai connu à Nîmes, ce fut merveilleux.

- Cette année fut aussi votre retour à Pampelune après quelques années d’absence.

- Effectivement. Ma dernière prestation remonte à 2008. Pampelune a été mon caprice. J’avais très envie de revenir. Il y a quelques années, on m’a proposé de combattre une corrida dure mais je ne le voyais pas clair et j’ai refusé. Cette année ce fut le contraire bien qu’il s’agissait d’une corrida les moins appétissantes car nous savons tous comment sont les toros d’Escolar et encore plus à Pampelune. J’y suis allé tranquille, sans trop de pression. Je me sentais capable. C’était le moment de revenir et je l’ai prouvé. La corrida s’est laissée et j’ai coupé une oreille. Ce fut encore plus de moral pour ce qui restait.

- Quelques jours plus tard, il y a eu Santander, une autre arène où on ne vous voyait plus.

- Je me suis présenté à Santander la première année d’alternative et je n’y suis plus jamais revenu. C’est vrai que cette fois-là je n’avais pas été bien mais le châtiment a été grand. Ensuite, regarde comment sont les choses, j’ai dû combattre trois toros en raison de la blessure de mon compagnon d’affiche et à la fin je suis sorti en triomphe.

- Ce fut l’image de la saison que l’on a vu s’intensifier encore plus dans la dernière ligne droite de la campagne.

- C’est à ce moment que j’ai connu les triomphes les plus retentissants. En une semaine, j’ai coupé deux queues, une à Arles pour la Goyesque et quelques jours après à Nîmes. Arles représentait beaucoup de pression. J’endossais deux rôles en un même après-midi : celui de torero et celui d’organisateur. Mais tout est merveilleusement enchaîné. A Nîmes j’ai coupé trois oreilles à la corrida du Puerto de San Lorenzo et les arènes m’ont fait confiance en me proposant le remplacement avec celle de Victoriano del Río à laquelle j’ai coupé trois oreilles et une queue. A Arles j’ai dû toréer une trentaine de fois et à Nîmes près de 25 fois. Le fait de continuer à satisfaire le public est une très belle sensation. Le public en France m’a toujours aidé et cru en moi.

A la tête des Arènes d’Arles

Conjointement avec sa sœur Lola Jalabert, Juan Bautista est le nouveau directeur d’Arles. Un rôle qui a dû lui procurer une vive émotion et en même temps une grande responsabilité. « Je suis né ici, c’est dans cette ville aussi que je me suis construit en tant que torero. Ce n’est pas n’importe quelle arène, elle est en moi », nous dit le français. « Pendant 17 années, mon père et mon oncle en ont eu la charge. Aujourd’hui, c’est ma sœur et moi avec le reste de l’équipe qui en sommes à la tête. Cela correspond à une grande responsabilité. C’est pour cela que j’ai commencé la saison plus tard car j’étais centré sur l’organisation de la première Feria d’Arles. C’est très différent de tenir ce rôle mais j’essaie de satisfaire le public, je connais ses goûts et je fais tout pour qu’il soit content. Ce qui m’a fait bizarre c’est négocier avec les toreros bien que pour le moment aucun ne m’a tiré les oreilles même si moi j’aurais bien aimé les tirer à certains… - il se met à rire -. En réalité, je suis très content de la façon dont tout s’est organisé. La Goyesque, avec la réapparition d’Esplá, fut un enchantement et c’est ce qui vous satisfait le plus ».

Interview accordé au site taurin www.cultoro.com publié le vendredi 2 septembre 2016 – Propos recueillis par Javier Fernández Caballero – Photo Isabelle Dupin

La Feria du Riz est toute proche : l’équipe organisatrice attend avec impatience ce qui devrait être un évènement en France par rapport à la réapparition d’Esplá.

La Feria du Riz est toute proche. L’équipe empresariale, avec à sa tête Juan Bautista, est impatiente pour vivre ce qui devrait être l’évènement historique de cette saison en France qui, avec le seul contre six de Ponce à Istres, constitue le sommet des gestes taurins de 2016 de l’autre côté des Pyrénées. Le maestro d’Alicante Luis Francisco Esplá, non seulement a pris en charge la scénographie de la traditionnelle goyesque qui depuis 2005 propose à l’afición française les création des artistes les plus importants, mais il revêtira aussi le costume de lumières ce jour là pour faire le paseo avec Morante et Juan Bautista.

Jalabert nous l’explique en soulignant que "la décoration qui se prépare va être spectaculaire. La goyesque est spéciale, et chaque année c’est un artiste différent qui la décore. Pour cette année, nous avons décidé de livrer les arènes au maestro Luis Francisco Esplá, qui possède un don de la peinture exceptionnel. Il est en train d’imaginer des choses merveilleuses. Sur le plan musical, c’est un violoniste de grande renommée qui cette année sera parmi nous. Il s’agit du Cordouan Paco Montalvo, qui est un authentique phénomène. C’est lui qui accompagnera le paseo et les faenas. C’est une affiche importante qui correspondra à mon unique corrida dans les Arènes d’Arles cette année. Morante est un torero très spécial, qui revient à Arles après plusieurs années d’absence en plus de la réapparition pour un seul jour du maestro Luis Francisco Esplá. Pour l’empresa c’est un motif de satisfaction ainsi que pour toute la ville. Il y a une très grosse attente”.

Arles, ville fondée par les Grecs au VIème siècle avant Jésus Christ et ensuite par l’empire romain qui l’a enrichie de monuments est l’un des endroits les plus touristiques du sud de France. "Cela vaut la peine de connaître Arles. C’est une ville fantastique. Cette goyesque est l’un des évènements de la saison française. Le lendemain il y aura une novillade piquée, une corrida concours l’après-midi qui suscite un très vif intérêt auprès de l’afición locale. Nous serons enchanté d’accueillir le public extérieur qui souhaiterait connaître Arles avec laquelle il peuvent se connecter au moyen du site des arènes, de la mairie… et de tous les réseaux sociaux”, souligne Juan Bautista.

La Feria de Pâques a constitué la première expérience de gestion directe pour l’équipe de Juan Bautista, et cette feria du Riz correspond à la second prise de contact avec le monde de l’organisation pour le torero dont la gestion lui vient en héritage. "Cette feria se présente très bien. La première en mars a eu un résultat très positif. Nous avons présenté les toreros de la nouvelle génération comme Roca Rey ou López Simón ; les figuras ont été présentes comme Castella, Manzanares ou Juli et ils ont tous triomphé. L’élevage de Pedraza de Yeltes a amené une grande corrida, et la corrida équestre s’est soldée également par un grand triomphe. Nous espérons que la Feria du Riz de septembre soit aussi un authentique succès. Le milieu de l’organisation n’est pas facile car cela dépend du toro, du torero et de nombreux aspects qui sont difficiles de contrôler, mais tout a été réalisé pour que l’afición soit heureuse, que les aficionados puissent vivre des émotions et qu’il y ait de tout pour satisfaire l’ensemble des goûts. Pour le moment nous sommes satisfaits, nous espérons que tout marche pour le mieux ”.

Sur le plan personnel, Colmenar Viejo, Borox et Ejea de los Caballeros ont été, cette semaine, trois des rendez-vous lors desquels Juan Bautista a été présent avec succès. Il vit une saison de maturité personnelle et professionnelle qui le mène vers les sommets depuis qu’il a coupé une oreille à Madrid au mois de mai et quatre dans le cadre des Arènes de Nîmes quelques jours plus tard. Juan Bautista le confirme : "Je me sens bien et cela se ressent en piste où je transmets de bonnes sensations. Couper une oreille dans une arène de l’importance de Colmenar est significatif. Je suis satisfait du déroulement de la saison. En plus, je suis sorti en triomphe mardi à Borox et hier à Ejea de los Caballeros.”

Il n’a pas changé ses habitudes concernant le fait de se faire annoncer avec les dures. A Pampelune et prochainement à Albacete. "C’est une saison très importante. J’ai beaucoup d’espoir sur la dernière ligne droite pour confirmer ce qui s’est passé et continuer dans cette voie. Les choses ont été très bien faites cette année et le résultat est celui du succès. Il me reste deux corridas en France très importantes à Arles et Nimes, en plus de ferias de renom en Espagne à Albacete, et d’autres qui restent à confirmer d’ici quelques jours”.

C’est lors de la prochaine Feria de los Llanos où il retrouvera les toros santacolomeños de La Quinta. Par rapport à son expérience avec cet élevage, Juan Bautista souligne "on m’a raconté comment était la corrida. C’est un élevage qui me plaît, j’ai gracié un toro et j’ai de bons souvenirs avec ce fer. Je vais toréer celle d’Albacete, ce dimanche également je vais combattre un toro dans le cadre de la corrida concours d’El Álamo, et j’ai très bon espoir. Nous avons eu peu d’occasions de se rencontrer, mais cette année j’ai toréé une corrida d’Ana Romero à Azpeitia qui est sortie très bonne, bien qu’à cause de l’épée cela a été l’unique après-midi où je n’ai pas coupé d’oreille. L’autre jour j’ai toréé également une bonne corrida d’Adolfo. C’est ce visage que j’ai voulu montrer ces dernières années”.

Pour conclure cette facette de torero, Arles sera le témoin de son unique prestation cette année dans l’amphithéâtre ; quelques jours plus tard, Nîmes reverra le torero qui a coupé quatre oreilles au mois de mai dernier. "Ce sont deux Ferias sur mes terres dont j’ai espoir et qui me responsabilisent énormément. Arles est comme chez moi. En plus, je m’implique complètement dans l’organisation de la saison avec ma soeur et d’autres associés. Cette Goyesque possède une répercussion super importante et je pense que l’aficionado français prendra du plaisir. Par rapport à Nîmes, l’empresa me répète vu le triomphe au mois de mai. Ce ne sera pas simple de confirmer ce qui s’est passé à Pentecôte, mais je viens avec beaucoup d’envie pour obtener un triomphe conséquent et me retrouver avec cette afición qui m’a toujours soutenu et démontré beaucoup de tendresse envers moi”, termine Juan Bautista.

Interview accordé au site taurin www.burladero.tv le mercredi 31 août 2016. Propos recueillis par J.C.M. – Photo Administration Juan Bautista

Le torero français Juan Bautista entame la dernière ligne droite d’une saison 2016 qui sera pour lui inoubliable pour plusieurs raisons. Il commença de grande manière en coupant une oreille à Las Ventas lors de la San Isidro et obtenant un triomphe retentissant à Nîmes. L’été l’a vu présent dans des ferias importantes autant en France comme en Espagne. Il suffit de lire les comptes rendus de Pampelune ou Santander. Il se prépare intensément pour conclure de belle manière dans sa chère ville d’Arles, Albacete ou Nîmes. Après quelques années difficiles, Juan Bautista a de la maturité et a consolidé le profil de grand torero qu’il a toujours été mais avec en plus l’expérience et le temple octroyés par les années. Plein d’illusion comme au premier jour, le mot qu’il répète le plus souvent est « responsabilité », maintenant qu’il a la double casquette de torero et d’imprésario.

Ces derniers jours, nous avons vu des images de toi en train de tienter en France pour préparer un très intense mois de septembre : Arles, Albacete et Nîmes, et d’autres localités des provinces de Madrid et Toledo en autres...

Il ne faut pas s’arrêter de se préparer. En plus, en ce qui me concerne, toréer au campo me passionne. J’ai la chance d’être issu d’une famille d’éleveurs du côté de mon père et de mes cousins. En Camargue, il y a de nombreux élevages pour pouvoir se maintenir en forme. De cette manière je peux bien me préparer par rapport aux rendez-vous importants qui s’approchent et pour lesquels il faut arriver dans les meilleures conditions.

Dans cette dernière ligne droite de la saison la préparation est-elle identique à celle d’hiver où bien se dirige t’elle vers des aspects très concrets qui n’ont pas fonctionné pendant l’année ?

Elle est différente. On dit toujours, et c’est encore plus vrai maintenant que les années ont passé depuis l’alternative, qu’il faut s’entraîner avec envie, illusion et les idées claires et un bon physique. Pendant cette période, je consacre plus de temps au toreo de salón qu’à la préparation physique alors qu’en début d’année je fais inversement. Je tiente lorsque l’occasion se présente tout au long de la saison. Cela me plaît à n’importe quel moment de l’année.

J’imagine que le rendez-vous d’Arles est souligné au crayon rouge, autant par rapport aux arènes, forcément, que par le fait de toréer avec le maestro Esplá, n’est-ce pas ?

Arles est ma terre et c’est toujours un privilège de toréer dans ces magnifiques arènes. Le lien a toujours été très fort, j’y ai reçu l’alternative, mon père et mon oncle les ont gérées pendant dix-sept ans et maintenant j’en ai la responsabilité avec ma sœur et d’autres associés. En définitive, c’est là où je suis né et la relation a toujours été très spéciale. Cette année, la Goyesque du 10 septembre va être mon unique corrida avec la double responsabilité d’organisateur et torero ce qui m’enchante. L’affiche est merveilleuse avec Esplá qui nous fait l’honneur de réapparaître spécialement pour ce jour-là et la présence de Morante qui ajoute toujours un cachet supplémentaire.

Ensuite, il y aura Albacete, où ta dernière prestation remonte à 2010, avec une de La Quinta. J’imagine que tu auras à cœur de t’enlever l’épine du pied de ne pas avoir triomphé lors des deux dernières prestations...

C’est une feria importante où je n’ai pas pu obtenir le triomphe escompté lors de ces deux corridas. Aujourd’hui j’arrive de façon différente, l’élevage m’enchante et on m’a dit que la corrida est fantastique. J’ai très envie d’avoir l’opportunité de conquérir ces arènes et son public. C’est avec cette intention que je viendrais le 12 septembre prochain.

Enfin Nîmes, un cadre inégalable où tu as ouvert la Porte des Consuls l’an dernier et cette année lors de la Feria de Pentecôte tu as coupé quatre oreilles...

C’est peut-être une des arènes de référence dans le panorama taurin et où j’y ai obtenu beaucoup de triomphes tout au long de ma carrière. Cette corrida du mois de mai a été retentissante grâce à ces quatre oreilles, ce qui n’est pas simple d’obtenir dans un endroit pareil. C’est arrivé après avoir coupé une oreille à Madrid ce qui a rempli d’espoir le début de saison et que je confirme corrida après corrida depuis cet été. La date de Nîmes correspondra à la fin de la saison en France et je le ferais avec une envie spéciale et une grande responsabilité après ce qui s’est passé à Pentecôte.

Le fait de couper une oreille à Madrid en début de saison met en confiance non ?

Evidemment. J’ai commencé 2016 de manière très risqué et avec succès car j’ai débuté avec le geste des six toros à Palavas lors d’un après-midi qui a été très compliqué au niveau des conditions météorologiques mais où j’ai finalement coupé trois oreilles. Ensuite, mon deuxième contrat fut celui pendant la San Isidro avec également des complications à cause de la pluie bien que celui fut positif car j’ai coupé une oreille à un toro de Montealto. Et la troisième a été les oreilles de Nîmes. Ce fut un pari fort risqué mais heureusement cela s’est bien passé.

Faisons un bilan de cette saison 2016. Oreille à Madrid, quatre à Nîmes, oreille à Istres, une autre à Pampelune, deux à Santander, oreille à Bayonne et Béziers... Sans doute cette année est celle de Juan Bautista, non ?

Cela a été une bonne année. Maintenant s’annonce une partie importante avec les ferias que nous avons évoqué auparavant, avec des affiches très belles et des corridas télévisées pour quelques-unes. Il reste à bien conclure, confirmer ce qui a été réalisé au jour d’aujourd’hui pour bien préparer 2017. Cela a été une année lors de laquelle je me suis régalé, je me sens très très bien avec cette faculté de construire et de de comprendre beaucoup de toros. Pour ces prochains jours, j’espère continuer dans cette lignée afin de pouvoir avance et m’améliorer en tant que torero.

On voit un Juan Bautista très sûr de lui, avec ce parfum de torero mature et tranquille, fort au fait de tes qualités de toujours. Juan Bautista est-il une valeur sure pour les grandes arènes ?

C’est ce que je veux démontrer. J’ai l’expérience suffisante pour être présent beaucoup plus souvent dans les ferias importantes et gérer les grands rendez-vous. Chaque torero mène sa carrière d’une manière différente selon sa personnalité. J’ai vécu des étapes de tous types tout au long de la mienne : des bonnes avec des triomphes conséquents et d’autres plus compliquées, mais depuis maintenant trois ou quatre ans je démontre vraiment un concept et une technique lié à ma tauromachie et de mettre tout cela en pratique avec une certaine régularité. Je veux continuer de profiter du moment que je vis et poursuivre l’obtention de triomphes conséquents.

Hier tu as toréé aux bénéfices de ASPAYM à Borox ; je comprends que c’est important pour toi d’aider les personnes qui te donnent autant dans les arènes n’est-ce pas ?

C’est un spectacle qui fait référence dans le calendrier taurin lors de ces dernières années. C’est fantastique qu’ils t’appellent pour participer à une cause aussi belle que tous mes compagnons ont soutenu lors des éditions antérieures.

Ne crois-tu pas que cette facette solidaire que vous montrez ne soit pas bien répercutée dans les organes de communication généralistes face aux critiques dont vous faites l’objet pour exercer votre profession ?

Celui qui ne s’en aperçoit pas c’est qu’il le veut bien, on le sait parfaitement. Le toreo a toujours été solidaire sous la forme de festivals, les toreros ont participé dans des actes bénéfiques, les éleveurs ont offert des toros... On peut toujours faire plus, avancer et trouver d’autres options mais cette année avec la tragédie de Víctor Barrio le milieu a montré sa force, solidarité et soutien que les gens de toros montrent toujours.

On a pu te lire très sensibilisé par les décès et les blessures de tes compagnons et mettre l’accent sur le danger que représentent les toros pour vous. Est-ce que ce contexte d’une année très dure vous affecte-t-il ?

On se connaît tous et beaucoup sont amis. Il y a beaucoup de camaraderie et bien qu’ensuite il y ait de la rivalité sur la piste nous ne souhaitons jamais que des choses graves puissent arriver. Comme tu le dis, cette année est très dure et cela nous affecte. Je me souviens du jour du décès de Víctor Barrio. Je toréais à Pampelune et je suis sorti très content des arènes après avoir coupé une oreille. Lorsque je suis monté dans le fourgon et que l’on m’a annoncé la nouvelle cela a été très dur de l’assimiler car les toreros nous vivons surtout pour la passion du toro et lorsque une chose aussi tragique arrive cela nous touche. Nous avons toujours conscience que notre profession est très spéciale, que le toro meurt dans l’arène, que nous nous jouons la vie dans le même lieu et que ce genre de chose arrive bien que nous ne le voulons jamais.

Interview sur le site taurin www.cultoro.com du samedi 9 juillet 2016 – Propos recueillis par Javier Fernández-Caballero.

Il a conscience que c'est son année, et bien que l'Espagne ne le considère pas comme une vedette, la France le porte aux sommets de la gloire. Il l'a démontré de la meilleure des manières lors de sa corrida en solitaire à Palavas, l'a réitéré quelques jours plus tard en coupant une oreille d'un toro de Montealto pendant la San Isidro, le répéta vingt jours plus tard en sortant par la Porte des Consuls de Nîmes après avoir coupé quatre grosses oreilles. Aujourd'hui, à la frontière qui sépare la gloire de la France de l'exigence en Espagne, il essaiera à nouveau de conquérir le pays voisin à Pampelune. Il le fera face à la corrida de José Escolar qui s'est montrée très dangereuse lors de l'encierro. Pour lui et pour la tauromachie, il s'agit d'un défi d'une vedette française et d'importance en Espagne. Bonne chance Juan Bautista.

"Je le conçois comme un défi dans une arène où j'ai eu l'occasion de faire le paseo à de nombreuses reprises, j'aime le public, je me sens à l'aise dans cette Feria et je crois que tout ce qui entoure le spectacle est uni au Toro. Je suis enchanté de toréer à Pampelune. Je n'avais aucune nécessité à combattre la corrida de José Escolar pendant la Feria, mais j'en avais envie par rapport au moment que je traverse", commente t'il au sujet de son rendez-vous de cet après-midi dans la capitale navarraise.

En avril, il affronté six toros de Robert Margé sur ses terres, en France. Il en parle de cette façon : "Je crois que la corrida de Palavas a été l'une des plus importantes de ma carrière. C'est une arène que je connais depuis mes débuts, sur mes terres, avec les personnes qui m'entoure et mes compatriotes... Et je crois que j'ai eu la sympathie du public, bien que les conditions météorologiques n'aient pas aidé. Il faisait beaucoup de vent, une de ces journées où les toreros doivent se surpasser pour dominer ce facteur aussi désagréable pour la lidia, mais ce fut une journée pendant laquelle j'ai pu ressentir de bonnes sensations avec quelques toros et rendre à ma région toute la gentillesse avec laquelle elle m'a accompagné pendant mes dix-sept années d'alternative. La vérité, cela a été un grand après-midi".

Et ensuite, quelques jours plus tard, Madrid, cette arène cruciale pour un torero où les câbles de la météorologie se sont croisés rendant difficile le maintient des spectacles. "La décision de maintenir le spectacle n'a pas été simple à prendre. Nous savons tous ce que cela signifie de toréer à Madrid et encore plus lors de la San Isidro, les conditions n'avaient pas été optimales durant toute la journée, il a plu jusqu'à deux heures avant la corrida. On a retardé le début de la corrida d'une demie heure et à la fin, on en a été récompensé. Ce toro de Montealto m'a permis de montrer dans quel moment je me trouve et par chance, tout est allé bien".

Nîmes est ensuite arrivée pour montrer le grand moment de Juan Bautista qui a coupé quatre oreilles et ouvert la Porte des Consuls : "C'est vrai que je me sens plus mature en tant que torero. J'ai connu différents passages et au cours de ces années d'alternative c'est logique d'avoir connu des hauts et des bas en tant que matador de toros, mais je crois qu'aujourd'hui je suis dans un moment qui me plaît. Tous savent ma façon de concevoir le toreo, très classique, très pur, et traverser ce moment me réconforte".

Le succès de Juan Bautista n'est pas seulement en tant que torero mais aussi en tant qu'empresario. Arles a vu comment sa Feria de Pâques a été un triomphe pour la Tauromachie et qu'en septembre, pour la Feria du Riz, Juan Bautista toréra avec Luis Francisco Esplá et Morante lors de la traditionnelle goyesque. "L'énorme travail de l'équipe qui travaille aux arènes d'Arles est incroyable. Cela me gêne que ce soit moi qui le dise, mais ils travaillent dur pour que les arènes ressemblent à cela. Nous avons présenté la semaine dernière les contours de la Feria du Riz, avec l'affiche du maestro Luis Francisco Esplá qui rappelle la Maja Desnuda de Goya, c'est un grand moment. Ce sera un jour particulier pour tous et être en compagnie du maestro et de Morante de la Puebla m'enthousiasme". Cet après-midi, c'est Pampelune qui jugera son moment.

Interview sur le site taurin www.mundotoro.com du jeudi 7 juillet 2016 – Propos recueillis par Paula Quintas.

Et qui plus est face aux toros de José Escolar, « un élevage compliqué, différent », de ceux que l’on appelle « durs ». Un défi qu’il a accepté avec « beaucoup d’enthousiasme », car il surenchéri en disant que « je ne viens pas seulement pour encaisser ni pour ajouter une corrida supplémentaire, mais bien pour toréer et démontrer ma tauromachie au public de Pampelune ».

Après ses importantes prestations à Madrid, Nîmes, ou Istres, le torero français est satisfait que ses triomphes lui aient donné l’opportunité d’être présent lors de dates clefs comme la feria de San Fermín et Santander. Le fait d’être directeur des Arènes d’Arles lui a fait commencer la saison plus tardivement, mais il assure : « J’ai une belle saison devant moi. J’ai beaucoup de joie de revenir à Santander après autant d’années ».

Il confesse également que malgré sa nouvelle facette d’impresario, « je dédie tout le temps nécessaire à ma préparation, aux tientas… afin de continuer à grandir en tant que torero qui est la chose que j’aime le plus et qui m’enthousiasme totalement ».

Par rapport à Arles il commente que : « nous avons présenté des cartels très en amont afin de bien pouvoir les promotionner » car « ces arènes possèdent une grande activité avec les novillades, les corridas et la goyesque, qui sera mon unique prestation lors de cette feria, avec laquelle nous sommes très impliqués ».

Une goyesque que le torero qualifie d’affiche « 4 étoiles » pour laquelle le maestro Luis Francisco Esplá, réapparaît ponctuellement alors que cela fait 7 années qu’il n’a pas revêtu le costume de lumières. Pour cette raison, le fait que l’alicantin ait chosi cette feria pour revenir est pour Juan Bautista « un honneur en tant qu’impresario, en tant que torero et pour l’afición d’Arles. Cette corrida goyesque sera un évènement spécial, car Esplá, en tant que peintre, se charge de la scénographie des arènes où il va réapparaître ».

Interview accordée au site www.loeildutendido.com le mardi 21 juin 2016. Propos recueillis par Antoine Bourlon – Photos Laure Crespy et www.juan-bautista.com

Depuis cette année, vous occupez aussi la fonction d’empresa aux Arènes d’Arles. Comment appréhender ce nouveau poste en jonglant entre l’arène et ce poste.

Ce qui me passionne le plus, c'est de toréer. C'est ce que j'aime le plus au monde, être devant les toros avec une cape et une muleta. L'opportunité de devenir empresa des Arènes d'Arles s'est présentée devant moi et je ne pouvais pas la refuser. Être à la tête des arènes de ma ville faisait partie de mes rêves. Grâce à l'équipe qui m'entoure, formée de ma sœur Lola, d'Alain Lartigue et de François Cordier, je peux mener les deux de front. Le seul changement réside dans le fait que je commence ma saison plus tardivement. Nous devons préparer la Feria de Pâques dès la fin de saison précédente et il est vrai que cela prend beaucoup de temps. Mais même pendant cette période je n'arrête pas de m'entraîner. Je prends cette nouvelle responsabilité avec calme et sérieux. Je crois que nous avons mis sur pied deux ferias très intéressantes, du goût du public qui a répondu massivement. Et j'en suis très satisfait. J'apprends beaucoup de choses et je sais que nous pouvons compter sur l'expérience de mon père et de mon oncle qui ont dirigé les Arènes d'Arles pendant 17 ans.

Les années passent et votre investissement est toujours le même en piste. La passion reste intacte mais l’homme et sa façon de toréer a-t-il changé?

Il est certes évident que ma tauromachie a évolué avec l'âge. On ne perçoit pas les choses de la même façon à 19 ans qu'à 35. Je vis le grand bonheur d'être deux fois papa et cela change un homme, et automatiquement le torero. Juan Belmonte disait : 'on torait comme on est". Tant que j'aurais cette afición intacte, tant que je ressentirais le besoin de toréer et tant que je susciterais de l'intérêt auprès des aficionados, je continuerais de revêtir le costume de lumières.

On voit notamment grâce aux réseaux sociaux beaucoup d’images au campo. On sait que chaque torero apprécie ces moments, comment les décririez-vous?

Ce sont des moments que j'apprécie énormément. C'est au campo qu'on peut se ressourcer, travailler la technique, essayer de nouvelles choses, peaufiner de nouveaux enchaînements par exemple. J'adore toréer au campo, que ce soit en France ou en Espagne ou même en Amérique latine. J'ai la chance d'être toujours bien accueilli par les ganaderos et je les en remercie. Ce sont des moments de quiétude ou l'on se retrouve sans avoir à gérer la pression des arènes.

A l’heure actuelle, on voit émerger de nouvelles étoiles du toreo. Andrés Roca Rey et Alberto Lopez Simon pour ne citer qu’eux triomphent un peu partout et bousculent l’ordre établi. Quel regard portez-vous sur cette nouvelle génération?

Pour le bien de la Tauromachie, il est nécessaire d'avoir une compétition tant que celle-ci est saine et respectueuse. Les jeunes de la nouvelle génération arrivent avec beaucoup d'ambition. Ils ont envie de faire leur place et de s'imposer. Cette rencontre avec l'ancienne génération, dont je fais partie même si je suis encore jeune, me motive. Cela ne me dérange pas de me mesurer à eux, bien au contraire. Pour le public, cela amène une diversité, une nouvelle dynamique qui ne peut être que positive pour la corrida.

Dans le Sud-Ouest, on vous verra seulement à Bayonne cette saison. Comment expliquer ceci? (si le Maestro ne souhaite pas répondre à cette question, pas la peine d’insister)

Il est vrai que cette année, je ne serais présent qu'à Bayonne. C'est pour cela que cette corrida est primordiale pour moi. Je le regrette car j'aurais aimé faire le paseo à Mont-de-Marsan, Dax ou même à Vic-Fezensac surtout que je traverse le meilleur moment de ma carrière, et les oreilles coupées notamment à Madrid et Nîmes en attestent. Je commence la 17ème année d'alternative, je suis habitué à ce genre de situation que tous les toreros ont vécu. Ces arènes seront présentes encore l'an prochain. J'espère pouvoir y être programmé.

En France, on a vu une évolution des attentes de l’afición. Comment décririez-vous aujourd’hui l’afición française dans sa globalité?

C'est une très bonne afición, qui sait valoriser les efforts des empresas et des toreros. Je crois qu'elle demande une plus grande diversité, chez les organisateurs mais aussi chez les toreros. C'est pour cette raison que chaque année je souhaite toréer des encastes différents, qui ne font pas partis de ceux avec lesquels je suis programmé habituellement. Lors des corridas en solitaire d'Istres en 2013, et de la Goyesque d'Arles en 2014, j'ai voulu six toros d'encastes différents. J'ai toréé plusieurs toros de Miura dont ceux de Béziers qui sont parmi les mieux présentés de la saison, plusieurs de La Quinta, Victorino Martín, Adolfo Martín... Lors de la prochaine Feria de San Fermín à Pampelune, j'ai accepté de combattre les Escolar Gil. Je pense que le public est demandeur de ce type de challenge. Et en tant qu'empresa des Arènes d'Arles, nous avons essayé également de faire une programmation axée sur cette diversité avec le retour de la corrida concours par exemple. Je crois que le public en a été très satisfait et reconnaissant.

Juan Bautista, en un seul mot, lequel?

La passion.

Juan Bautista, en une seule couleur, laquelle?

Le bleu

Enfin, quels sont vos futurs projets, taurins ou non?

Continuer à toréer avec toujours l'ambition de m'améliorer, de toréer avec encore plus de naturel, de profondeur, de pureté, de rechercher la perfection. Et pour les Arènes d'Arles, susciter l'intérêt auprès de l'Afición, organiser des ferias du goût du public et surtout essayer qu'il soit satisfait et qu'il sorte heureux des arènes.

Interview accordée au n° 2018 de la revue taurine Aplausos du lundi 30 mai 2016 – Propos recueillis par Jorge Casals, photos Julián López et Daniel Chicot.

Nous trouvons Juan Bautista à Arles. Il est en train de boucler ses valises pour aller en Espagne. Il doit faire une visite obligatoire au campo, non pas dans le cadre de ses entraînements pour préparer ses futurs rendez-vous, mais pour regarder les corridas de toros qu’il a réservé pour la Feria du Riz d’Arles, les arènes dont il a la gestion depuis cette année. C’est ce que Juan Bautista doit assumer dans sa nouvelle facette d’empresario dont il s’attache avec beaucoup d’illusion. Il assure que ces nouveaux projets dans sa vie, ajoutée à une stabilité personnelle et familiale et cette envie de devenir chaque jour meilleur torero, influent de manière positive sur le Juan Bautista torero, qui a atteint un niveau de maturité qui se voit dans les arènes. Cela ressemble à un lieu commun, mais lui-même le dit, il traverse le meilleur moment de sa carrière.

Son début de saison a été important. Lors de sa première corrida, il a affronté six toros à Palavas, une véritable déclaration d’intentions. Ensuite, est arrivé Madrid, où il a coupé une oreille et pour terminer, Nîmes, où il a ouvert la Porte des Consuls après avoir coupé quatre oreilles. Il ne pouvait pas mieux commencer 2016.

- Je suis content car cela s’est bien passé. Ce n’était pas simple de tuer six toros sur mes terres et bien que Palavas soit une arène de moindre catégorie, l’exigence du public est la même que pour les grandes arènes. Ce fut un pari et cela s’est bien passé malgré le vent qui a vraiment compliqué le déroulement du spectacle. Ensuite, Madrid où je me suis réjouis de retrouver le public de Las Ventas et ressentir à nouveau sa réponse et ses olés. J’ai touché un bon toro, j’en ai profité et l’on a pu voir une belle faena. Dommage que la seconde corrida ait été suspendue à cause de la pluie car je pense que les gens avaient envie de me voir et j’étais en totale confiance pour qu’il se passe quelque chose de bien. Après Madrid, Nîmes qui fut un succès retentissant avec quatre oreilles à la clef et une belle tauromachie. C’est vrai que je me sens très bien cette saison.

- Il ne fait aucun doute que cela correspond à une injection de moral pour affronter le reste de la saison.

- Cela fait une paire d’année que j’ai beaucoup de moral et que je me sens très bien, surtout chez moi en France où je suis présent à toutes les ferias dans une programmation importante. La régularité de ces deux dernières saisons a été très bonne. Pendant l’hiver , j’ai donné un virage supplémentaire à ma tauromachie, je continue d’avancer malgré les années qui passent en ayant cette afición, cette envie dans le but de m’améliorer. Je l’ai démontré lors de ces premières corridas de la saison, au cours desquelles j’ai touché de bons toros et où j’ai pu sortir le meilleur de ma tauromachie, chose qui m’apporte beaucoup de confiance à l’heure d’affronter le reste de la saison.

- A quoi faites-vous référence quand vous parlez de virage supplémentaire à votre tauromachie ?

- Si l’on devait utiliser un adjectif pour décrire ma tauromachie, je crois que celui qui la définirait le mieux serait le naturel. Entre la pression d’un côté et la nécessité de triompher de l’autre, ce naturel n’apparaît pas comme tu le souhaiterais. Chaque fois que j’ai réussi des faenas importantes, le naturel en a été la base, être fidèle à la vrai tauromachie classique, m’approcher de la tauromachie dont je rêve. Cet hiver j’ai travaillé en fonction de cette idée.

- En quoi peut-on voir l’amélioration du nouveau Juan Bautista ?

- En fait, lorsque vous toréez il est nécessaire d’analyser les caractéristiques du toro que vous avez en face. C’est là que se situe l’amélioration, sur le fait de chercher dans chaque toro le meilleur qu’il a en lui, ses vertus. La technique, le métier et la maturité conférés par l’âge me permettent de tirer parti de la grande majorité des toros et également de beaucoup d’encastes différents, car ces dernières années, j’ai démontré ma capacité pour combattre tout type d’élevages d’origines distinctes, et de triompher. J’essaie d’analyser chaque toro, de profiter de chaque charge et de m’entendre avec eux avec la manière de toréer que je ressens

Oreille à Las Ventas

Juan Bautista devait toréer deux corridas à Las Ventas, l’une d’elles fut annulée à cause de la pluie. L’autre fut sauvée in extrémis. Malgré la piste en mauvais état à cause de l’eau, il a réussi à couper une oreille d’un bon toro de Montealto. Juan Bautista a défendu ainsi le crédit qu’il a toujours eu à Madrid, avec à nouveau le mauvais temps comme protagoniste.

- J’ai failli ne pas toréer du tout à cause du mauvais temps. Par temps de pluie, j’ai connu des après-midi importantes comme celle de 2013, lorsque j’avais coupé l’oreille d’un toro Carmen Segovia, où bien lors de la corrida de la Presse avec Castella à l’issue de laquelle nous avions triomphé avec des conditions climatiques très mauvaises. C’est pour cela que je me suis dit que le mauvais temps aller me porter chance. On a dut retarder le début du spectacle pour arranger la piste ; et pour la seconde, ce fut impossible et elle a été annulée. J’étais persuadé que je pouvais démontrer beaucoup de choses à Madrid et que pour peu qu’un toro m’aide, je pouvais le prouver. Et c’est ce qui s’est passé. Le premier toro de Montealto a été bon, clair et brave, mais, comme je te le disais auparavant, il m’a fallu l’analyser pour mettre en évidence ses qualités car, à cause du mauvais état du sol, le toro avait tendance à rester coller au sable, à s’arrêter. Pour cette raison, je devais le templer, l’accompagner et en sortir le meilleur. A la fin, j’ai pu lui couper l’oreille. Mon second était beaucoup plus âpre mais j’ai tout de même pu démontrer ma capacité à réaliser une faena à un autre type de toro. Je suis parti satisfait des arènes, mais j’ai été très déçu de la seconde après-midi.

- Juan Bautista a toujours eu une belle idylle avec Las Ventas.

- Une idylle gagnée sur le sable. Je fais partie des toreros qui ont le plus coupé d’oreilles à Las Ventas ces dernières années. Le public a toujours très bien répondu, respecté et soutenu, même si de temps en temps il s’est fâché car il exigé de moi avec raison.

- Est-ce que ce triomphe de Madrid va aider Juan Bautista à être programmé dans d’autres ferias espagnoles ?

- Je l’espère, bien que je sois réaliste. En 2010, il n’y a pas si longtemps, j’ai coupé deux oreilles et ce triomphe lors de la Feria de l’Anniversaire n’a pas eu de grandes retombées. J’espère que ce qui s’est passé à Madrid et Nîmes m’ouvrira des portes afin de pouvoir profiter des opportunités que l’on me proposera pour démontrer le moment que je suis en train de vivre.

- Le triomphe de Nîmes a été la confirmation de Madrid. Quatre oreilles lors d’une corrida matinale où vous partagiez l’affiche avec Ponce et Garrido.

- Nîmes est une autre arène qui m’a soutenu depuis que je suis novillero. Lorsque je m’y suis présenté, j’ai obtenu la grâce d’un novillo et depuis ce jour-là, j’ai ressenti la connexion avec le public, qui a été très respectueux et adorable avec moi. Avec deux bons toros de Torrealta j’ai réussi à ouvrir la Porte des Consuls pour la neuvième fois dans ma carrière. Cela a été un triomphe conséquent car c’était une feria avec la présence de la nouvelle génération qui attirait tous les regards. J’ai pu démontrer mon ambition, mon envie de défendre ma position sur mes terres et également entrer en compétition avec les nouveaux toreros.

- Vous vous sentez plus vedette en France qu’en Espagne ?

- En France je ressens une autre considération, l’aficionado m’attend d’une autre manière, et cela est logique. J’ai aussi une autre catégorie, je peux exiger d’être programmé dans les meilleurs cartels et d’entrer en compétition avec les vedettes. En Espagne, cela ne se passe pas de la même façon. Je suis présent à Madrid car le public souhaite me voir et parce que je me le suis gagné. Mais on ne m’y considère pas comme une vedette comme cela peut se faire dans mon pays.

- Quelle en est d’après vous la cause ?

- Il m’a manqué de la régularité pour me maintenir dans le circuit des ferias. C’est la réalité. Et d’autres jeunes toreros sont arrivés à qui j’ai dû laisser la place. J’ai toujours pu maintenir ma catégorie et ma place dans mon pays, mais pas en Espagne, où j’ai connu des époques formidables dans toutes les ferias en étant en compétition avec les vedettes. Mais il est vrai que dernièrement j’ai été moins présent, sauf Madrid, quelques ferias de Fallas et quelques arènes de seconde. Je ne me plains pas. La Tauromachie est ainsi faite et finalement, d’autres toreros sont arrivés qui ont plus intéressé. Mais je pense que c’est le moment idéal pour revenir à ces ferias espagnoles car c’est maintenant que je me sens le mieux.

- Je vous sens investi, convaincu du moment splendide que vous traversez dans votre vie.

- Je vois les choses très clairement depuis de nombreuses années et la régularité est devenue une constante et cela aide à garder la confiance en soi, l’afición, à rechercher au plus profond de soi ce qu’il faut encore améliorer. J’ai tellement envie de toréer que je suis persuadé que je peux le faire encore de meilleure manière. Cette saison correspond à ma 17ème année d’alternative, mais je suis encore jeune et il me reste des forces et de l’afición suffisante pour continuer d’avancer en Tauromachie.

- Cela prouve votre ambition.

- Mon ambition est de m’améliorer en tant que torero. Aujourd’hui la situation est claire. J’ai conscience que je ne peux pas toréer autant de corridas de toros comme avant car leur nombre a été réduit et qu’il est donc difficile d’avoir une présence dans toutes les ferias où sont programmées les cinq vedettes indispensables et les toreros nouveaux. C’est pour cela que je dois me concentrer sur cet aspect, celui de devenir chaque jour meilleur torero.

- Il est clair qu’en France on va vous voir dans presque toutes les ferias.

- Je serais à Istres, Châteaurenard, Bayonne, Arles, Béziers et certainement à Nîmes en septembre. Une belle saison sur mes terres mais aussi en Espagne. Ces dernières années, j’ai toréé entre 25 et 30 corridas de toros, un nombre qu’il n’est pas facile d’atteindre. Pour cette année, les prévisions sont les mêmes. Bien que rien ne soit confirmé, il semblerait que ma présence soit plus accrue dans les ferias importantes espagnoles et cela me ravi énormément. Je suis dans la meilleure étape de ma carrière. C’est pour cela que je pense que c’est le meilleur moment pour refouler le sable des arènes espagnoles, c’est maintenant que je me sens le plus à même pour répondre et démontrer cette évolution en piste. On a toujours dit de moi que c’était en piste qu’on voyait si j’étais heureux ou pas. Aujourd’hui, je traverse une période très agréable en dehors des arènes, autant sur le plan de ma nouvelle fonction d’empresario qu’au niveau familial. C’est pour cela que l’homme est heureux et que le torero s’améliore.

Cette année, il a commencé en tant qu’empresario des Arènes d’Arles, un nouveau pari pour Juan Bautista. Il confirme que ce qui « me passionne et me satisfait le plus, c’est toréer. Mais ce qui est lié au monde des toros me motive également comme par exemple l’élevage ou être empresario. Le projet d’Arles m’enchante et me plait. En plus, je me suis entouré de ma sœur qui a de l’expérience et d’une vaste équipe. C’est ma terre, les arènes qui ont été dirigées pendant de longues années par mon père et mon oncle. Heureusement que j’ai autour de moi des personnes qui m’aident et que mon rôle se limite à programmer les toreros et les élevages. J’espère que petit à petit je vais acquérir de l’expérience en tant qu’empresario ».

Il a mis sur pied une intéressante feria de septembre, avec une goyesque de luxe qui va correspondre à la réapparition d’Esplá, pour une affiche constituée également de Morante et de Juan Bautista. « Cela va être un honneur et une grande responsabilité pour moi. Cela va être à un cas particulier en Tauromachie car je serais à la fois empresario et torero. C’est merveilleux que le maestro Esplá ait accepté de décorer les arènes et réapparaître spécialement ce jour-là. C’est un honneur pour Arles et pour l’afición française, en plus de la présence de Morante qui ajoute de la catégorie et un arôme particulier ».

Interview accordé au site taurin www.opinionytoros.com le jeudi 10 mars 2016 – Propos recueillis par Pepe Estévez – Photos Daniel Chicot, Anthony Pagano et Alex Blanco

Interview accordé au site taurin www.opinionytoros.com le jeudi 10 mars 2016 – Propos recueillis par Pepe Estévez – Photos Daniel Chicot, Anthony Pagano et Alex Blanco

Après avoir recueilli le trophée décerné au triomphateur de la feria navarraise de Tudela, Juan Bautista en profite pour se préparer en participant à de nombreuses tientas à Salamanque et dans la région de Madrid.

Nous avons rendez-vous au coeur du Campo Charro, dans un élevage emblématiquecomme peut l'être celui du Puerto de San Lorenzo. Dans la voiture qui nous amène à la propriété, alors qu'il est accompagné des membres de sa cuadrilla, son visage s'illumine quand on parle de cet élevage. "De toutes les têtes de toros naturalisées que je possède, quatre son de ce fer", et son banderillero de confiance Rafael Gonzalez d'ajouter immédiatement :"On va voir si tu peux en avoir six". Les triomphes obtenus avec les toros de cette maison ont été importants, dont un qui correspond à une sortie sur les épaules des arènes de Las Ventas.

La tienta a été d'une grande tenue, avec un niveau élevé de bravoure chez les représentantes lisardas-atanasias, qui lui ont servi de très bon entraînement pour la prochaine saison...

- Le commencement de la saison a été modifié par rapport au projet d’empresario ?

En effet, dans le sens où j’étais habitué à toujours toréer pour la feria de Pâques. Mais suite à une décision personnelle, comme c’était la première fois que j’organisais je ne m’y suis pas annoncé. Je ne suis pas non plus programmé dans les premières ferias importantes, par conséquent le début de la saison en Europe a été quelque peu retardé. Il se situera début avril. A partir de la Feria d’Arles ma saison prendra son court normal et similaire à celui des années antérieures : retourner à Las Ventas et une saison très belle dans mon pays comme en Espagne. Mais du point de vue de la durée, ce sera la plus courte car commencée un mois en retard de ce que je faisais habituellement.

- Nouveaux horizons avec un nouvel apoderamiento par Mariano Jiménez et José Ignacio Ramos...

En effet Pepe, je suis enthousiasmé de ce nouveau projet, avec de nouvelles opportunités qui se présentent, lors d’une belle saison.

- Malgré votre jeunesse, vous êtes un torero vétéran dans l’escalafón. Quel est le Juan Bautista que l’on va trouver ?

Tant que j’aurais l’afición et la passion pour la tauromachie, je continuerais à m’améliorer. Tant que je me sentirais capable de me préparer et de rechercher continuellement une amélioration, je continuerais de toréer. Ce nouveau projet en tant qu’empresario ne veut pas dire que je vais arrêter de toréer, car ce qui me plaît et me passionne le plus est de me mettre devant me toro. Je conjugue à la fois maturité et jeunesse. Je crois que je suis dans un grand moment de ma carrière.

- Vous vous êtes toujours investi pour les causes solidaires, comme la tombola caritative que vous parrainez pour recueillir des fonds pour les hôpitaux et d’autres entités…

Effectivement, nous continuerons de soutenir ces projets et d’autres qui sont en train de se mettre en place. Egalement, je me suis investi avec l’Ecole Taurine d’Arles. C’est un moment crucial pour soutenir les nouvelles générations, et pour faire connaître le monde des toros à ceux qui ne le connaissent pas.

- Madrid est toujours dans le viseur avec Las Ventas d’où vous êtes sorti en triomphe en trois occasions. Je suppose que la suite de la saison dépendra de ce qui va s’y passer...

C’est sensiblement la même chose à ce qui s’est passé les années antérieures. Madrid décide beaucoup, un triomphe ou un échec t’ouvre ou te ferme les portes. J’espère connaître un triomphe cette année pour revenir dans des ferias où je ne suis plus programmé.

- Vous êtes un torero avec de grandes possibilités et capable de toréer les différents encastes. Vous l’avez prouvé lors de vos corridas en solitaire avec des élevages différents. Y aura-t’il quelques surprises ?

Il y en aura. On vient d’annoncer la corrida en solitaire que je vais toréer à Palavas avec des toros de Robert Margé. Il y aura une variété d’encastes tout au long de la saison.

- Parlons également de votre nouveau projet d’empresario. Je suppose que c’est un rêve devenu réalité d’être à la tête des Arènes d’Arles, mais en même temps une responsabilité…

Oui c’est vrai, un rêve car il s’agit des arènes de ma ville, Arles, où je suis né et où j’ai grandi en tant qu’homme et en tant que torero. J’y ai pris l’alternative et lorsque ce projet est apparu, cela m’a donné un grand enthousiasme de me lancer complètement dans cette nouvelle aventure que je suivais de prêt étant mon père directeur. Maintenant je le suis directement, conjointement avec ma sœur, Alain Lartigue et François Cordier.

- En étant torero, cela joue en votre faveur au moment de programmer vos compagnons, de savoir ce qui se passe durant les négociations…

Lors des premières négociations, j’ai entendu beaucoup de plaintes de la part des empresarios, car ce n’est pas facile de trouver un liant et contenter tout le monde. De plus, Arles a une saison relativement courte avec cinq corridas de toros, une de rejon et une novillade piquée. J’aurais souhaité programmer beaucoup d’autres de mes compagnons et amis mais cette année cela s’est présenté de cette façon. Pour les saisons à venir, il y aura la possibilité d’inclure d’autres toreros qui n’ont pas pu venir.

- Les exigences des vedettes sont réellement élevées ? Je veux parler des dates, du cartel, des élevages, de l’argent…

Dans l’ensemble, organiser une feria pour laquelle tout le monde s’enthousiasme n’est pas chose facile. Il faut penser qu’avant tout, un torero est un artiste, bien sûr, il faut que le cartel soit attractif pour que le spectacle soit grandiose. C’est dans cette idée que nous avons essayé de programmer les toreros et les élevages pour que cela soit un succès à tous les niveaux.

- Il ne reste plus que quelques jours avant le commencement de la Feria de Pâques qui combine des vedettes consacrées avec d’autres toreros jeunes avec une grande ambiance comme López Simón et Roca Rey entre autres…

Nous avons essayé de combiner les toreros qui sont des vedettes consacrées, qui font parties de l’actualité et qui drainent le plus de monde aux arènes avec cette nouvelle génération de toreros qui arrivent. En plus de ceux que tu as nommé, il y a également Juan del Álamo. Ce sont des toreros qui sont appelés à prendre la relève. C’est pour cette raison qu’il est intéressant d’avoir des noms de cette catégorie.

- Et en septembre, la Feria du Riz qui monte d’un échelon avec la Goyesque et la réapparition pour un jour du Maestro Esplá, qui a été appelé en plus pour décorer les arènes….

C’est quelque chose qui a été très bien accueilli et qui a beaucoup plu, tant en France qu’en Espagne. Toute l’Afición est enthousiaste à l’idée de la réapparition du Maestro Esplá. En outre, dans son merveilleux décor, il va toréer. C’est quelque chose de très original, unique que seul lui peut réaliser, avec l’inclusion de Morante de la Puebla et ce qui sera mon unique paseo à Arles cette saison. Sans aucun doute, la Goyesque d’Arles est une date emblématique de la saison française.

- Merci torero, et maintenant aussi empresario, pour vos paroles pour les lecteurs d’OyT.

Interview accordé au journal Diario Palentino le dimanche 6 mars 2016 – Propos recueillis par Jorge Cancho – Photo Óscar Navarro

Le matador français entame sa diseptième année d’alternative avec un palmarès élogieux de triomphes importants dans la quasi totalité des arènes françaises, avec des après-midi spéciales et de tout types : manos a mano, corrida en solitaire et face à des toros d’encastes variés. En Espagne, au milieu de toutes les réussites, il peut s’ennorgueillir d’avoir ouvert en trois occasions la grande porte des Arènes de Las Ventas, et malgré cela on lui refuse encore le circuit des ferias importantes. Cette année, avec José Ignacio Ramos et Mariano Jiménez comme apoderados, il essaiera à nouveau de donner des arguments pour que cette situation injuste prenne fin.

Dix sept ans d’alternative, vedette consacrée en France et cependant, en Espagne, beaucoup de grandes ferias vous résistent. Pourquoi ?

C’est comme ça. Je ne connais pas non plus la réponse. J’ai connu des après-midi importants en Espagne, dans des arènes de grande répercussion, comme Madrid ou Bilbao etc, Malgré cela, ma présence n’a pas été en accord avec les triomphes obtenus. Mais je pense garder une bonne image dans ces ferias et j’espère pouvoir y revenir très bientôt.

Ce qui est sur c’est que lors de chaque saison, vous finissez avec une moyenne supérieure à 30 corridas, bien que cela ne soit pas satisfaisant pour vous.

On en veut toujours plus, parmi les qualités qu’il faut avoir, l’ambition occupe une place importante. C’est pour cela que je continue à chercher une amélioration dans ma tauromachie avec l’objectif de connaître une situation encore plus favorable que celle que j’ai actuellement, laquelle bien évidemment n’est pas si mauvaise.

Entre vos réussites en Espagne, il y a trois Grandes Portes à Madrid, qui est une arène qui vous réussit, malgré l’exigence qui y règne...

Depuis ma présentation en tant que novillero à Las Ventas, il y a eu une bonne connection entre les gradins et ma manière de toréer. A partir de là, en tant que matador, j’ai connu des après-midi de grands triomphes, comme en 2007 et 2010 lorsque je suis sorti sur les épaules, d’autres avec à la clef des oreilles de poids, et bien sur encore d’autres où j’ai récolté des ovations et effectué des tour de piste. En fait, c’est une arène où je me sens bien et là où je ressens le respect du public.

Vous y avez également subi une injustice lorsque vous n’avez pas été programmé la saison de votre quinzième année d’alternative.

Cela m’a fait mal surtout que je ne m’y attendais pas car on s’était toujours bien comporté avec moi. J’espère que cela restera comme une injustice ponctuelle.

Mano a mano, corridas en solitaire, encastes de tout types, sont des défis qui ont été constant tout au long de votre carrière.

En effet. Ce sont des buts que je m’impose pas seulement pour m’affirmer en tant que torero année après année, mais aussi parce que je considère que c’est une façon de maintenir l’afición, l’émotion et l’intérêt pour la Tauromachie. C’est pour cela que j’affectionne ce type de défis car ce sont des spectacles différents qui apportent une motivation spéciale pour les protagonistes et le public.

Durant les dernières années, vous avez changé plusieurs fois d’apoderados. Qu’est ce qui se passe, vous ne vous entendez pas avec eux ?

Chacun d’eux m’a apporté, mais si j’ai voulu changer c’est parce que je pensais que je devais chercher des projets différents. Je leur suis reconnaissant, ce sont tous de bons professionnels et grâce à eux j’ai pu m’améliorer.

Pour cette année, vous avez confié cette partie à José Ignacio Ramos et Mariano Jiménez. Qu’est ce qui les différencie des autres ?

Ce sont deux torero qui se sont récemment retirés et ils gardent encore cette flamme du toreo en eux. Ils comprennent donc les sensations et les sentiments de ceux qui sont encore en activité. Les deux m’ont donné cette envie, cette joie de travailler et beaucoup de confiance en mes possibilités, qui sont des aspects très importants au momento de triompher.

Quel est le carnet de route prévu pour cette année 2016 ?

Tout dépend de nombreuses circonstances, mais l’objectif est de maintenir mon grand niveau en France et essayer d’ouvrir un circuit meilleur en Espagne, tant sur le plan du nombre de spectacles que sur l’importance des ferias.

Le plus proche ?

Pour cette saison, les circonstances ont voulu que je retarde un peu le début de la saison, qui se situera en avril avec une corrida en solitaire à Palavas. Cependant, il se peut que je puisse toréer une corrida avant.

Concernant les négociations avec Madrid, comme cela se passe ?

Normalement, je devrais y être présent à deux reprises, mais tant que la programmation n’est pas officelle, je préfère ne pas me prononcer. J’espère profiter de cette opportunité pour ouvrir une quatrième fois la Grande Porte. En tant que matador, j’ai réussi à l’ouvrir lors de la Feria d’Automne et lors de celle de l’Anniversaire. Par conséquent, il me reste à le faire pendant la San Isidro, comme lorsque je me suis présenté de novillero.

Comment vit-on en France la situation compliquée que connaît la Tauromachie en Espagne ?

On a du mal à comprendre, surtout le fait que le discours de nombreux politiques se centre sur l’aspect taurin. On parvient mal à admettre qu’on veuille anéantir un spectacle qui attire autant de public et de richesses pendant la saison, qui plus est si nous prenons en compte que cela fait partie de la culture et de la tradition espagnole. En France, nous souffrons de cette situation qui se vit en Espagne.

La France est en effet un bon exemple par rapport à cette situation.

Nous avons créé l’Observatoire National des Cultures Taurines qui regroupe tous les professionnels -toreros, éleveurs, etc – dans le but de promotioner, difuser et défendre la Tauromachie.

« Les affiches qui donnent du spectacles sont celles qui attirent le public »

Cette année, vous étrennez la facette de directeur d’Arles. Est-ce difficile de mener les deux de front ?

Je me suis associé avec un groupe de personnes et chacun a son rôle. Le mien est de mettre sur pieds les Ferias de Pâques et du Riz. J’ai encore quelques années devant moi en tant que matador de toros.

Quels aspects avez-vous privilégié à l’heure de confectionner les cartels ?

J’ai essayé de faire les choses avec respect par rapport à l’afición. J’ai pris en compte les goûts du public et le niveau des élevages et des toreros, en essayant d’organiser les affiches afin qu’elles donnent du spectacle. C’est la meilleure formule pour attirer le public. Et toujours avec cette idée qui ne fait jamais défaut en France : celui qui triomphe est répété.

Et par rapport à la relève dans les gradins ?

Nous avons prévu 300 places pour les jeunes de moins de 20 ans. Il s’agit d’abonnements au prix de 36 euros qui permettront d’assister aux six spectacles de la Feria de Pâques.

Interview accordée au site taurin www.burladero.tv du vendredi 4 décembre 2015 – Propos recueillis par Lucía Fuente de León.

L’année 2016 sera une année importante pour Juan Bautista, d’abord car il a trouvé un nouvel accord d’apoderamiento et ensuite car il va commencer son nouveau rôle, celui d’empresario des arènes d’Arles, un projet pour lequel il a réellement beaucoup d’illusion.

En France, tu as connu une saison parfaite. En Espagne, comment tu l’as ressentie ?

J’ai eu des prestations importantes, des faenas lors desquelles je me suis senti très à l’aise comme celle de Madrid où j’ai donné un tour de piste après une pétition d’oreille. Il y a eu également la faena des Fallas à Valencia à l’issue de laquelle le public a demandé l’oreille, celles de Tudela, Azpeitia, Corella… Cependant, le grand triomphe tant attendu n’est pas arrivé.

Comment gère –t’on le fait d’être une vedette dans un pays et avoir l’obligation de démontrer qui tu es après plus de 15 ans de profession dans un autre ?

Il est certes vrai qu’il vaut mieux être vedette à un endroit que de ne pas l’être du tout. Dans mon pays, je me suis gagné ce statut grâce à l’affection des aficionados et à la régularité pendant toutes ces années. Je vis une étape de ma carrière très belle et très importante sur ma terre, je ressens réellement une grande reconnaissance. En Espagne c’est une autre situation, qui n’est certes pas mauvaise, mais dont j’aimerais qu’elle soit meilleure. Il faut améliorer cet aspect, réaliser la faena majuscule pour obtenir plus d’opportunités dans des arènes de renom et retrouver l’importance que j’ai eu dans le passé.

Malgré cela, Madrid reste un de tes points forts dans notre pays.

En effet. J’ai été absent l’an dernier mais je suis revenu en 2015 lors de la San Isidro. Madrid est une arène où je me sens à l’aise, le public me respecte et j’y ai réalisé des faenas majeures. J’ai trois Grandes Portes à mon actif et d’autres après-midi d’intérêts comme celui de cette année, lors duquel j’ai été à deux doigts de couper une oreille. J’ai effectué un tour de piste à la demande unanime du public.

A quel niveau se situe ta tauromachie actuellement ? Comment tu t’es senti cette année ?

J’ai ressenti une évolution, et c’est cela justement qui me donne envie de continuer avec cette envie. J’améliore des choses et je continue d’avancer en tant que torero. Je crois que jamais je n’arriverais à être le torero dont je rêve ou que je souhaite devenir, mais il est vrai que je m’y approche et cette année je peux dire que j’y suis arrivé lors de plusieurs faenas.

L’an prochain tu vas connaître une nouvelle facette, celle d’empresario des arènes d’Arles. Quels projets as-tu pour cette arène ?

Nous y travaillons. Arles n’est pas une affaire personnelle, nous sommes un groupe d’associés qui travaillent sur une programmation qui soit la meilleure possible pour cette arène. C’est celle de ma ville, où j’y ai toréé de très nombreuses fois. Je suis très engagé dans ce nouveau projet qui me prend beaucoup de mon temps actuellement. Comme de coutume, il y aura deux ferias: trois corridas de toros lors de la feria pascale, qui coïncide en fin de semaine avec le Dimanche de Résurrection, et ensuite, le week-end des 10 et 11 septembre, où sera mise en place la traditionnelle corrida goyesque.

On a appris il y a quelques temps qu’Esplá se chargera de la scénographie des arènes le jour de la goyesque. En avant-première, peux-tu nous dévoiler quelques informations sur cette journée si particulière ?

En effet, cela a été confirmé il y a quelques jours. Nous sommes enchantés que le maestro ait accepté ce pari. Il y travaille déjà. Il lui reste encore du temps. Il est venu sur Arles pour prendre les mesures de la piste et des arènes. Chaque année, on remet l’arène à un artiste qui la décore selon ses goûts et sa personnalité. Je suis persuadé que le maestro Esplá va nous surprendre comme il l’a si souvent fait devant le toro et dernièrement en tant que peintre.

Tu viens de signer un accord d’apoderamiento avec Mariano Jiménez et José Ignacio Ramos. Quels seront vos principaux objectifs à atteindre pour la saison 2016 ?

Mariano et José Ignacio sont deux personnes qui ont eu confiance en moi ces dernières années. Le projet qui se dessine est réellement intéressant. Nous sommes d’accord sur beaucoup de choses. Ils étaient encore toreros récemment et nous allons essayer de maintenir la situation de privilégiée qui est la mienne dans mon pays et améliorer celle en Espagne, chacun à son niveau : moi devant le toro et eux dans les bureaux afin que la saison soit importante pour nous tous.

Interview accordée à la revue taurine Aplausos, n° 1991 du lundi 23 novembre 2015 – Propos recueillis par Isabel Donet – Photo Fran Jiménez

Les arènes françaises ont de nouveau été les piliers de sa saison. Il y est considéré comme une vedette indiscutable. De plus, en 2015, Juan Bautista s’est consolidé en termes de pouvoir, de domination, de technique et plaisir tel que l’on a pu le lire dans les chroniques. Les bases correspondant au respect du toro et du public sont obligatoires chez le torero d’Arles et elles serviront également de bases dans les bureaux en tant qu’empresario de sa ville. Son concept de toréer de façon très naturelle et avec pureté n’est pas négociable.

- La France a été décisive dans le bilan final.

- En effet, comme ce fut le cas d’ailleurs les autres années, en 2015 j’ai connu une présence importante pendant la saison française. Une présence gagnée au fil des années tout au long de ma trajectoire. J’ai à nouveau triomphé et confirmé tout l’amour que me transmet l’afición de mon pays. J’ai l’impression d’avoir atteint une meilleure régularité par rapport aux triomphes.

- La première occasion pour en attester a été votre ville natale.

- J’ai l’habitude de toréer ma première corrida lors de la Feria de Pâques. Cette année j’ai coupé deux oreilles à une corrida de Domingo Hernández. Ce fut un bel après-midi, avec beaucoup d’attentes, à l’issue de laquelle je suis sorti en triomphe en compagnie de José María Manzanares.

- Le mano a mano avec Castella est devenu un classique.

- C’est un rendez-vous qui se répète dans des arènes comme Arles, Béziers, Nîmes. Cette année nous avons choisi Palavas pour coïncider avec une date traditionnelle et attractive. Les toros appartenaient à Robert Margé. Il y avait une ambiance sensationnelle. Sébastien n’a pas pu m’accompagner en triomphe à cause de l’épée.

- Dans votre cas, vous avez parié et vous avez gagné.

- Je n’avais encore rien coupé et il me restait un toro lors de cet après-midi si spécial. De ce fait, j’ai tout misé sur le cinquième toro et j’ai pu lui couper les deux oreilles. J’ai tout donné et j’ai même réalisé des choses qui ne font pas parties de mon répertoire comme clouer les banderilles par exemple.

- Toréer avec Castella suppose une pression accrue ?

- Depuis nos débuts, il y a toujours eu beaucoup de rivalité. Nous sommes tous deux originaires de villes très taurines et cela se ressent. On a chacun de nous des partisans mais également notre façon d’interpréter la Tauromachie qui est différente. Lors de chaque mano a mano nous avons démontré comment ni l’un ni l’autre ne veut céder un pouce de terrain. Cette fois ci, le triomphe a été de mon côté, d’autres fois c’était pour lui. C’est toujours une affiche très attractive en France. J’ai également toréé avec Sébastien à Béziers, où nous sommes sortis en triomphe avec Manzanares.

- Pour continuer avec les arènes françaises, on ne peut pas passer sous silence Nîmes.

- J’y ai toréé en mai et septembre. Le 25 mai, j’ai touché un grand toro d’El Torero, combatif et qui eut droit aux honneurs du tour de piste posthume lors d’un après-midi où soufflait un vent très violent. J’ai du toréer tout près des planches et le mérite de cette faena fut de triompher dans des conditions climatologiques très difficiles. Le 19 septembre j’ai réussi à ouvrir une nouvelle fois la Porte des Consuls.

- Qu’est ce que Nîmes a de spécial ?

- Elle est très importante dans ma carrière car elle m’accueille toujours de manière différente.

- Un autre après-midi pour le souvenir a été la goyesque de Saint Sever.

- J’étais à l’affiche en mano a mano avec Thomas Dufau qui fut blessé par son premier toro. J’ai du combattre les cinq autres. Victorino célébrait le cinquantenaire anniversaire en tant qu’éleveur. La corrida est sortie dure et très exigeante, et cela n’a pas été très facile, mais l’effort fourni en valait la peine.

- L’occasion le méritait.

- Nous sommes devant un éleveur emblématique et très représentatif des arènes françaises. A priori pour moi, c’était un challenge de m’annoncer à cette corrida et ensuite, vue son déroulement, beaucoup plus. Je suis ravi qu’elle s’inscrive dans l’histoire comme étant la corrida lors de laquelle j’ai triomphé en combattant cinq toros de Victorino Martín.

- En Espagne, à Guadalajara, vous avez combattu la corrida d’Adolfo Martín.

- Dans ma saison, il me plait qu’il y ait des corridas de différents encastes qui demandent une préparation et une mentalisation différentes. J’aime apporter de la variété au public et démontrer la capacité qui est la mienne de m’adapter à tel ou tel encaste. J’ai prouvé qu’en plus de triompher avec les Domecq, je pouvais le faire avec les Albaserradas d’Adolfo ou avec les Santa Coloma d’Ana Romero comme on l’a vu à Azpeitia.

- Si on parle des triomphes, on se doit d’aborder votre prestation de Corella.

- C’était le jour de la Saint Michel. Ce fut un nouveau triomphe avec trois oreilles et une queue d’une grande corrida de l’élevage de Virgen María, dont trois toros furent honorés du tour de piste posthume. Deux d’entre eux, qui sont sortis fantastiques, m’ont échu au tirage au sort. Un après-midi avec de très belles sensations, de la cape jusqu’à l’estocade finale.

- De la saison espagnole, Madrid, une fois de plus, est un point à mettre à part.

- Le vent m’a compliqué les choses mais je ne peux pas oublier la faena face à un toro d’Alcurrucén. La reconnaissance du public de Las Ventas, qui a demandé l’oreille, a été merveilleuse, comme le fut le tour de piste.

- Une situation similaire à celle vécue auparavant à Valencia.

- Aux Fallas, je crois que la faena face à un toro de Fuente Ymbro, qui ne possédait pas beaucoup de force, n’a pas été assez valorisée. A Valencia comme à Madrid on m’a refusé les oreilles qui étaient de poids et qui en fin de saison aurait eu un autre retentissement dans les arènes espagnoles.

- C’est le temps des bilans mais aussi des espoirs et des aspirations pour le futur, Comment les affronte Juan Bautista ?

- Avec beaucoup d’illusion, de force et d’envies pour continuer de faire ce que j’aime le plus : toréer. Là, je ne pense qu’à commencer la saison en Amérique et continuer d’améliorer ma façon de toréer qui n’est ni plus ni moins que la pureté et réaliser les choses de la manière la plus naturelle possible.

Nouvel empresario d’Arles en 2016

La société composée du torero Juan Bautista et de sa sœur Lola Jalabert sera chargée de gérer les arènes d’Arles pendant les quatre prochaines années, à partir du 1er janvier, selon les termes de la concession élaborée par la Mairie. Les autres associés sont le professionnel taurin Alain Lartigue et François Cordier, chargé plus particulièrement de la gestion administrative de la société. Pour Juan Bautista, il s’agit « de profiter de l’occasion et de faire réalité le projet des arènes qui m’ont vu naître et grandir comme torero et qui font parties des arènes les plus importantes en France. Notre intention est de fournir tout notre effort pour y arriver tant par la qualité de la programmation que par l’initiative de promouvoir la jeunesse de nos traditions taurines, de notre culture, ainsi que des valeurs qui la caractérisent. Notre objectif se résume a rendre heureux les aficionados ».

Interview accordée au site taurin www.corridafrance.net du lundi 30 novembre 2015 – Propos recueillis par Laurent Deloye – Photos El Tico et DR

CorridaFrance : Quels enseignements pourrait-on retirer de cette saison 2015 ?

Juan Bautista : Les enseignements, c'est que 2015 a été une temporada d'une belle régularité en France. Sur les treize corridas que j'y ai toréé, je suis sorti a hombros onze fois, et avec des triomphes importants : Les deux de Nîmes, les deux d'Arles, Béziers, Istres, l'après-midi si particulière, si différente et si compliquée de Saint-Sever, en fin de saison... Il restera des moments importants et des souvenirs très forts de cette temporada 2015 en France. Et sur l'Espagne, j'ai deux regrets qui sont les faenas de Valencia et de Madrid qui n'ont pas été justement récompensées. Ce sont des petits détails qui auraient pu, je pense, changer certainement un peu la physionomie de ma temporada en Espagne. Celle-ci a finalement été intéressante, puisque j'y ai toréé une dizaine de corridas, avec quelques après-midi importantes comme Corella ; Guadalajara ; Tudela ; Azpeitia... Mais c'est vrai que je regrette d'être passé si près de ces oreilles de Madrid et de Valencia.

CorridaFrance : À chaque fin de saison, on dit que c'est ta plus importante... Penses-tu avoir atteint ton maximum ?

Juan Bautista : Je ne l'espère pas... J'espère pouvoir continuer à progresser et à avancer. 2015 a été une bonne saison... Je ne pense pas ma meilleure, mais une bonne saison, notamment dans l'évolution de ma tauromachie. Sur l'importance des triomphes, j'ai connu des saisons supérieures, plus réussies. Mais sur ma façon de toréer, sur l'évolution de mon toreo, je pense avoir encore franchi un cap cette année. Et j'espère pouvoir continuer à avancer dans ce sens. C'est en tous cas ce que j'ambitionne pour le futur.

CorridaFrance : De part ta technique, ton expérience et tes connaissances sur les différents encastes, tu comprends un nombre conséquent de toros. De là, beaucoup pensent que tu tombes sur les meilleurs toros au sorteo, alors que souvent il n'en est rien. Cela t'affecte t'il ?

Juan Bautista : Non, c'est l'analyse de chacun. C'est la manière dont c'est dit qui peut-être désagréable... Quand ce sont des aficionados qui n'ont peut-être pas bien vu le toro et qui sont déçus, on peut le comprendre. Mais quand ce sont de professionnels qui, justement, sont censés reconnaître les qualités de la faena mise en place par le torero en fonction des qualités ou des défauts du toro, c'est plus dérangeant. C'est vrai que cette année, je me suis senti un peu lésé par la critique taurine dans la presse en Espagne. Mal jugé en tous cas sur certaines faenas face à des toros qui avaient certes quelques qualités, mais qui étaient difficiles à approfondir. Et justement, sur cette technique, je suis heureux et fier de cette évolution que je continue à apporter à ma tauromachie. J'arrive maintenant et assez souvent, avec des toros qui peuvent paraître moyens au départ mais qui ont un certain fond, à faire ressortir ces qualités qui conduisent à une faena importante et à la fin, les faire paraître comme des toros meilleurs que ce qu'ils ne l'étaient au début. C'est en tous cas ma façon de voir la tauromachie : Essayer de sortir tout le positif de chaque animal que je combats, de sortir la meilleure faena possible à chaque fois.

CorridaFrance : Après 16 ans d'alternative, on te voit toujours avec cette envie de progresser, d'améliorer ton toreo et l'on sent que ta marge de progression est réelle et constante. Tes prestations d'Arles, Nîmes, Istres par exemple en sont un témoignage des plus probants. Est ce qu'après toutes ses années, tu ressens toujours cette appréhension dont parlent les toreros avant que le toro ne jaillisse du toril ?

Juan Bautista : Dans toutes les arènes, qu'elles soient grandes ou petites, même à Rion aujourd'hui, l'inconnu fait toujours peur. On ne peut pas savoir à l'avance comment va être le toro, comment il va réagir, si tu vas arriver à le comprendre, si tu vas pouvoir t'adapter à ses conditions, si le message va passer avec le public... Toutes ces questions là, tant que tu n'es pas face au toro, tu te les pose. Après, une fois que tu es face à l'animal, la concentration, le plaisir, les sensations en général font que tu oublies ce stress et toutes ces préoccupations. Mais avant que le toro ne sorte, la responsabilité est toujours très importante et l'inconnu fait partie de mes préoccupations. Je me demande même si ce n'est pas de plus en plus...

CorridaFrance : Ta saison en France a été exemplaire avec de nombreuses sorties en triomphe. En Espagne on a vu que les présidents de Valencia et Madrid n'avaient pas respecté le règlement en ne t'accordant pas l'oreille que le public demandait majoritairement après deux excellentes faenas. Quel est ton point de vue à ce sujet ?

Juan Bautista : Dans les deux cas, comme je te le disais, ce sont des décisions qui me portent finalement préjudice. Les deux pétitions sont majoritaires et doivent aboutir normalement, à ce que j'obtienne à chaque fois une oreille. Et on sait très bien dans ces arènes là, que les oreilles ont du poids, de l'importance. Aux Fallas de Valencia, si je coupe cette oreille, c'est la première de la Feria, face au premier toro de la Feria... Je comprends que le Président hésite à donner une oreille le premier jour, au premier toro de la Feria, mais les gens avaient répondu, avaient pris du plaisir lors de la faena. Ils ont demandé avec force et majoritairement l'oreille. A Madrid, cela a été un petit peu le même cas... Une après-midi compliquée où le vent soufflait très fort. Je touche un bon toro de Alcurrucén que je suis obligé de toréer à l'abri des planches, mais avec des moments intenses auxquels le public a réagi et est vraiment rentré dans la faena. Et là, pareil, il s'en faut d'un rien et la Présidence refuse de me donner l'oreille alors que dans ce cas là, également, il aurait pu et du me la donner. Comme il l'a fait d'ailleurs dans des cas similaires un peu plus tard dans la feria. C'est simplement dommage que ce soit tombé sur moi ces deux jours là. Le point positif, c'est la réaction du public qui a été formidable. A Valencia, il m'a fait une superbe ovation et j'aurai même pu faire une vuelta al ruedo. Et à Madrid, j'ai effectué cette vuelta al ruedo demandée par le public, reconnue par le "Tendido siete" donc quand même une belle récompense. Mais l'oreille qui était si proche... Cela aurait été mieux, dans les deux cas.

CorridaFrance : En revanche, à Corella, face à une bonne corrida de Virgen María, tu as démontré que ce qui se passe en France n'est pas le fruit du hasard en montrant ton meilleur niveau... Comment se fait-il que l'Espagne te résiste alors que tu es sorti par trois fois en triomphe des Arènes de Las Ventas ?

Juan Bautista : Durant ces quinze années d'alternative, il y a eu des triomphes formidables, des après-midi très importantes. Mais il est vrai que ces dernières temporadas, j'ai connu des succès moins retentissants dans les grandes arènes espagnoles. Ce qui explique le fait que je sois aujourd'hui un petit peu dans la seconde moitié de ces toreros de haut niveau dont je fais quand même partie. J'ai toujours ma place à Madrid, mais une présence un peu moins régulières dans les autres grandes ferias. Mais dès que les toros me le permettent, que ce soit dans une petite ou une grande arène, j'essaie de faire le maximum pour triompher en Espagne. Et c'est ce qui s'est passé à Corella, dans une petite arène. Cela a été formidable ce jour là, pour ma dernière corrida de la temporada, de me retrouver face à deux grands toros et notamment un très grand toro qui méritait, là aussi, un indulto qui a finalement été refusé par le Président. Mais quel plaisir j'ai pu prendre ce jour là face à deux formidables toros de "Virgen Maria"...

CorridaFrance : Récemment tu as annoncé un nouvel accord d'apoderamiento en choisissant deux professionnels reconnus, Mariano Jiménez et José Ignacio Ramos. Comment s'est opéré ce changement et quels ont été les contacts ? Quels sont tes rapports avec l'ancienne équipe ?

Juan Bautista : Mariano Jiménez et José Ignacio Ramos sont des apoderados et des impresarios que je connais depuis de nombreuses années et que j'apprécie. Ils m'ont déjà engagé plusieurs fois dans les arènes qu'ils gèrent et ont apodéré des toreros avec lesquels j'ai eu l'occasion de partager l'affiche ces dernières années. Nous nous sommes rapprochés en cette fin de saison. Je venais de passer deux temporadas complètes avec Alain Lartigue, qui plus qu'un apoderado est un ami, presqu'une personne de la famille, ainsi que Simon Casas qui m'a accompagné durant la dernière saison. Ils ont fait un très bon boulot, mais c'est vrai qu'à ce moment de ma carrière, j'avais envie de travailler différemment avec d'autres personnes, d'autres apoderados. Et des différentes possibilités qui se sont présentées, c'est celle que j'ai retenue, celle qui me plaisait le plus. Nous sommes arrivés à un accord très récemment sur un beau projet, avec une belle temporada 2016 qui se présente. Ils gèrent pas mal d'arènes et ce sont des toreros récemment retirés, donc qui ont une vision très proche de celle d'un torero toujours en activité. Toutes les discussions que je peux avoir avec eux me plaisent beaucoup et me donnent confiance pour l'avenir.
Il n'y a aucune difficulté avec l'ancienne équipe, bien au contraire. Alain et Simon sont plus que des apoderados. Ils m'ont apodéré à différents moments de ma carrière et m'apodéreront peut être encore dans le futur. Alain fait partie de la nouvelle société des Arènes d'Arles, dont je fais partie avec ma soeur Lola et François Cordier. Quant à Simon, nous sommes très proches et restons bien entendu en contact. Je sais que je peux compter sur eux et ils savent qu'ils peuvent compter sur moi.

CorridaFrance : Peux-tu nous parler de ton projet pour 2016 ?

Juan Bautista : Je veux continuer à évoluer comme torero, à me perfectionner dans ma technique, mon esthétique..., tous les points que l'on va travailler cet hiver encore avec notre ami Gilles (Raoux - NDLR). Et puis ensuite, tu sais, lorsque le toro rentre en piste, essayer de mettre en pratique tout ce travail pour avoir des triomphes dans les grandes arènes, car c'est là qu'ils prennent toute leur importance, que ce soit en France ou en Espagne. En tous cas, continuer sur la belle régularité qui est la mienne depuis ces dernières années en France. C'est mon défi de toutes les saisons. Puis bien sur, il me faudrait un nouveau grand triomphe dans une très grande arène espagnole, qui me permettrait de retrouver ma place dans le haut du tableau et de rentrer à nouveau en concurrence avec les meilleurs en Espagne, comme je le fais en France.

CorridaFrance : Ton ancien apoderado, qui est aussi ton ami, Alain Lartigue, est associé avec toi pour la direction des Arènes d'Arles. Travailler avec ton ancien empresario sera-t-il un point positif à l'heure de confectionner les cartels des deux ferias ?

Juan Bautista : Comme je te le disais, avec Alain nous entretenons bien plus qu'une relation d'apoderamiento. Alain était l'associé de mon père depuis trente ans. Je le considère de la famille et lui me considère de la sienne. Il a toujours été au courant de toutes mes idées, de tous mes projets de torero. Je ne lui ai jamais rien caché. Il en est de même pour la confection des carteles de la temporada Arlésienne. Il est au courant de toutes mes idées, tous mes projets et il travaille d'ailleurs en ce moment sur certains d'entre eux. Nos décisions sont prises d'un commun accord avec les deux autres associés.

CorridaFrance : On a vu récemment un changement à la tête de l'école taurine d'Arles. Te sens-tu proche des élèves de cette structure alors que tu n'as jamais appartenu à une école taurine ?

Juan Bautista : Bien sur. Le nouveau directeur de l'Ecole Taurine d'Arles, Tino Lopez, m'a accompagné durant un certain temps dans mon entraînement. Il a donné de son temps pour mon apprentissage et je suis très heureux de le retrouver dans cette nouvelle étape. Ce sera un plaisir de parrainer les élèves de l'Ecole taurine et de les aider du mieux que je peux, en les amenant par exemple le plus souvent possible avec moi à des tientas ; de leur fournir du matériel dès qu'ils en ont besoin et de leur communiquer mon expérience et mon vécu durant toutes ces années. Il s'agit de l'école taurine de ma ville et c'est très important. L'empresa des Arènes d'Arles va également tout mettre en oeuvre pour aider l'école. Tout se présente bien et j'en suis très heureux.

CorridaFrance : On te sait investi dans les œuvres caritatives. Vas-tu continuer dans cette voie ?
Juan Bautista : Bien entendu. Ce qui peut me manquer un jour, c'est du temps à consacrer à tout le monde... Mais c'est toujours un plaisir qu'on fasse appel à moi pour parrainer, accompagner les associations qui ont de beaux projets... Ou plus récemment l'Ecole Taurine d'Arles. C'est avec plaisir que je réponds présent à ce genre de sollicitations.

En ce qui concerne CorridaFrance et le report de l'édition 2015, vu le moment et le terrible moment que nous vivons en France, il était effectivement difficile d'organiser ce qui aurait du être une fête autour de la tauromachie. C'est certes une oeuvre caritative, mais c'est aussi et surtout un moment de fête et de bonheur entre nous. La municipalité de Fourques, l'Association et moi-même avons décidé de reporter la manifestation. Elle aura lieu au printemps. Les détails du programme seront précisés un peu plus tard ainsi que la date du tirage de la tombola caritative qui est juste décalé de quelques mois. Elle existe bien et elle continuera à exister.

Interview accordée au site taurin Mundotoro le samedi 21 novembre 2015 – Propos recueillis par Alejandro Martín – Photos André Viard et Julián López.

« Mariano et José Ignacio étaient encore matadors de toros très récemment, ils ont les souvenirs en tête et ils savent exactement ce que je veux et ce que je cherche. Ils vont lutter et travailler pour atteindre mon objectif : arriver à avoir en Espagne la même reconnaissance de vedette que j’ai en France. J’aimerais bien me positionner et être présent dans les principales ferias, comme je peux l’être sur mes terres ».

Le torero français insiste sur le fait que l’un des principaux points qui a été l’élément déclencheur et que Jiménez et Ramos vont s’occuper exclusivement de lui : « Ils ont l’expérience et la mentalité pour comprendre un torero. En plus, ils vont centrer uniquement leurs efforts sur moi ». Et d’ajouter : « Nous sommes très investis dans cette nouvelle étape ».

La confiance que les empresarios ont déposée en Juan Bautista depuis le commencement a été la clef. Cela fait plusieurs années qu’ils se connaissent et le torero l’a vu clair : « Cela va être une belle saison et nous espérons qu’elle soit riche. Cela fait quelques temps que nous étions en contact et leur proposition faisait partie de celles qui m'ont été offertes depuis quelques mois. Mariano et José Ignacio m’ont transmis beaucoup de confiance. Je les connais depuis longtemps – ils m’ont engagé dans quelques arènes qu’ils gèrent – et leur projet et idées m’ont convaincu ».

Un des piliers essentiels de la campagne du français en Espagne passe par Las Ventas. Les nombreux triomphes qu’il a connu en attestent et il espère revenir lors de la San Isidro. « Madrid est l’arène la plus importante et j’y ai triomphé de nombreuses fois. J’ai trois grandes portes à mon actif et quelques oreilles isolées. J’ai réalisé un après-midi important pendant la dernière Feria de San Isidro », déclare t-il.

D’autres parts, l’Amérique lui ouvre les portes et il est en attente de confirmer des prochaines dates : « Il se peut que l’on soit présent en Colombie, au Venezuela et au Mexique entre janvier et février. Nous sommes en attente que cela soit annoncé ».

Interview accordée a la revue taurine Aplausos, n° 1984 du lundi 5 octobre 2015 – Propos recueillis par Íñigo Crespo – Photos André Viard et Isabelle Dupin

Torero en pleine maturité. Avec plus de quinze années d’alternative et une feuille de route plus qu’honorable à son actif, Juan Bautista analyse avec sincérité le niveau de sa carrière. Il radiographie sa saison, il s’étend sur les souvenirs de sa grande campagne en France et même en Espagne comme à Madrid, Tudela ou la dernière à Corella. Il ne se cache pas et se rebelle. Il répond à ceux qui disent qu’il touche tout le temps les meilleurs lots et admet que la dureté qu’on lui réserve de l’autre côté des Pyrénées lui fait mal. Avalisé grâce à sa régularité, le français analyse les aspects basiques de sa tauromachie comme le temple, la cape ou l’épée.

- On n’arrête pas de parler de la corrida de Corella. Elle a été si bonne que ça ?

- Très bonne, ce fut le clou final parfait d’un mois de septembre important où j’ai connu de bons après-midi à Arles, Nîmes, Saint Sever où même à Guadalajara, où je me suis senti très à l’aise avec un toro d’Adolfo Martín. Mais il est vrai que la dernière de Corella a été très spéciale.

- Elle vous a laissé un bon souvenir.

- Ce fut un après-midi très passionnel, lors duquel je me suis abandonné à ma tauromachie et je n’ai rien fait d’autre que de me régaler. Ce n’est pas simple de rencontrer sur ton chemin deux toros comme ceux de Virgen María et de les comprendre, de leur donner le combat adéquat et ensuite qu’ils te permettent de te régaler. C’est ce type de corrida qui te rempli de satisfaction.

- Je remarque que beaucoup de toreros utilisent le verbe se régaler à la première personne, en le mettant au-dessus de ce qu’ils pourraient transmettre au public. Ce que ressent le torero est-il uni à ce que captent les gradins ?

- Selon moi, oui. Lorsqu’un torero se livre totalement dans l’arène, le public le capte et les émotions se transmettent aux gradins. Quand on dit que l’on va toréer pour soi-même, à la fin c’est toréer pour tout le monde, car lorsqu’un torero ressent les choses et s’exprime, le public le capte et le ressent pareillement. Ce qui n’est pas simple, c’est de toucher des toros avec les qualités que possédaient les deux de Corella qui m’ont permis de m’abandonner de cette manière.

- Est-ce que l’abandon artistique est créativité ?

- C’est oublier une chose aussi importante que la technique et te laisser guider simplement par les sentiments. Et le faire avec beaucoup de régularité est très compliqué car il n’y a pas autant de toros qui te le permettent. En ce qui me concerne, des faenas comme celles-ci je peux en réaliser quatre ou cinq par saison.

- Les toros sont-ils aussi mauvais ?

- Non, au contraire.

- Alors, quel est le motif pour ne pas réaliser plus de faenas de ce type ?

- Les éleveurs ont réussi à élever un toro très bon mais très exigeant. Avant on disait qu’il y avait beaucoup de toros moyens. Aujourd’hui, en revanche, il existe beaucoup de toros avec des qualités mais qui exigent une analyse, une technique qui devient fondamentale pour qu’ils t’en soient reconnaissants et qui te permettent de triompher. Au jour d’aujourd’hui, il est rare de voir sortir un toro mauvais au sens strict du terme, comme il est rare également de voir des toros qui te permettent dès la première passe de muleta de t’abandonner et de t’exprimer en totale liberté.

- Le mérite des toreros repose donc aujourd’hui en la capacité de s’adapter aux exigences des toros, plus qu’en la manière de s’exprimer ?

- Pour pouvoir profiter d’un grand nombre de toros, tu dois avoir beaucoup de technique et surtout beaucoup de connaissances. C’est de cette façon que les toros arrivent à se livrer.

- En parlant de Juan Bautista, vous reconnaissez avoir réalisé pendant votre saison, quatre ou cinq faenas lors desquelles vous vous êtes abandonné. Vous voulez parler desquelles ?

- Ce fut une saison importante, surtout en France où j’ai eu une grande régularité. Des quatorze corridas, je suis sorti en triomphe à douze occasions et construit des faenas de grande importance dans des arènes comme Nîmes ou Arles. Cependant, une des meilleures faenas de l’année fut celle réalisée à Azpeitia face à un toro d’Ana Romero. J’ai vraiment savouré cette faena, je me suis vraiment régalé, j’ai toréé très doucement. Ce fut l’une des journées où j’ai démontré nettement qu’après plus de quinze années en tant que matador de toros, ma tauromachie continue d’évoluer et que je peux toréer de mieux en mieux chaque jour. J’ai aussi réussi à très bien toréer un toro de Salvador Domecq à Tudela. Ce fut une année de nombreux succès lors de laquelle j’ai réussi à sortir le meilleur de nombreux toros alors qu’on aurait dit qu’ils n’allaient pas se livrer. Dans mes mains, en leur offrant des possibilités et des solutions techniques, ils ont donné le meilleur d’eux même.

Les lots et la chance

- Vous arrive t’il de penser que la sensation de votre métier, votre facilité pour toréer les toros et les aptitudes innées dont vous faites preuve depuis que vous êtes novillero, cachent beaucoup de vos qualités et que le public ne valorise pas à sa juste valeur Juan Bautista ?

- Ecoutez, sur ce thème, je vais être très sincère, bien que je ne souhaite pas que cela paraisse prétentieux ou donner l’image que je suis suffisant.

- Je vous écoute.

- Je suis d’accord avec vous sur ce que vous dites concernant le métier, les qualités et la facilité, mais il est vrai aussi que dans mes mains, il y a beaucoup de toros qui semblent meilleurs que ce qu’ils paraissent en réalité. Il y a beaucoup d’animaux à qui je redonne confiance petit à petit et qui terminent en se livrant. A la fin, on valorise plus le toro que mon travail. Souvent on dirait que je touche le meilleur lot et cela n’est pas possible. A Corella, par exemple, oui j’ai eu deux bons toros alors que Salvador Cortés en a eu deux impossibles. Mais cela peut arriver lors d’une ou deux corridas, pas tout le temps. J’ai l’image de celui qui touche les meilleurs lots mais personne ne vérifie si c’est bien cela ou si c’est parce que les toros se retrouvent dans mes mains qu’ils embistent.

- Je vous sens meurtri.

- Je le suis.

- Contre la presse, contre les aficionados, contre les organisateurs ?

- Les journalistes devraient mener une réflexion à ce sujet. Et quelques aficionados aussi. Souvent je lis des comptes-rendus me concernant où l’on peut lire que les toros ont tout le temps été meilleurs que moi. Quelques fois c’est vrai. Mais pas toujours. Je me rappelle d’un temps où El Cid vivait la même chose. On dit souvent que la chance dans les tirages au sort doit être divisée à parts égales entre les toros et les toreros. Je suis peiné que cela ne soit pas détaillé, que d’un côté l’on ne voit pas le fait que souvent je tombe sur des toros moyens et qu’à force de patience, de temple, de leur donner la distance nécessaire ou de les toréer à la hauteur qui leur convient le mieux, ils finissent par rompre et que de l’autre on parle seulement des qualités du toro.

- Pensez-vous que c’est quelque chose de prémédité ?

- Non, je ne dis pas cela. Je dis simplement la réalité. Ensuite, il y a des toreros, et parmi eux des grandes vedettes, qui ne mettent pas le toro en valeur, et personne ne dit rien. Si le toro charge, c’est parfait. Et s’il ne charge pas, c’est pareil. En revanche, après on dit de moi que je touche tout le temps les bons toros. C’est quelque chose qui me fait mal, tout comme la manière différente avec laquelle je suis perçu en France par rapport à l’Espagne.

- Comment comprenez-vous cette dualité d’être vedette en France et qu’en Espagne vous devez prouver chaque après-midi qui vous êtes ?

- En France j’ai le statut de vedette et les aficionados viennent aux arènes chaque fois avec illusion car ils savent que je vais me livrer. Cela me motive. En revanche, en Espagne, je ressens beaucoup plus de méfiance. C’est comme si on mettait en avant le côté négatif de ma façon de toréer. Pour ne citer qu’un exemple, ce qui s’est passé à Madrid…

- L’oreille que la présidence ne vous a pas donnée ?

- Lors de la San Isidro, des oreilles ont été octroyées avec beaucoup moins de pétition. Le public m’a obligé à effectuer un tour de piste qui fut retentissant, sans aucun sifflet, même le tendido 7 a applaudi. Ensuite, le lendemain j’ai lu des choses qui disaient qu’au lieu d’avoir connu un bon après-midi à Madrid j’en étais sorti abîmé.

- Le toro d’Alcurrucén a été très bon.

- Il a été, très bon. Il a été un toro important. Mais souvenez-vous qu’il y avait beaucoup de vent et j’ai du le toréer protégé du vent, dans une zone de la piste où il n’y avait pas beaucoup de monde. Ce jour là, j’ai ressenti beaucoup de reconnaissance des aficionados et très peu de la presse. C’était comme si les 20 000 spectateurs qui étaient dans les arènes, et dont beaucoup d’entre eux ont demandé l’oreille, s’étaient trompés. Quelque chose semblable m’est arrivée lors des Fallas de Valencia. Le président n’a pas voulu donner l’oreille non plus.

- Malgré tout, je pense que 2015 a été une année lors de laquelle votre tauromachie a eu des points communs avec l’Espagne et la France.

- Je suis d’accord. En France, comme je vous le disais, je suis sorti en triomphe à l’issue de douze après-midi et en Espagne, si j’étais arrivé à couper les oreilles à Valencia et Madrid, le résultat aurait été encore plus positif. Au total, j’ai toréé 25 corridas de toros et à toute j’ai démontré beaucoup de régularité sans perdre l’envie.

- Vous la perdiez auparavant ?

- Il y a eu des années difficiles. Lorsque les choses ne se font pas comme on le souhaiterait, l’envie s’en va. Il y a eu des saisons où cela m’est arrivé. En revanche, cette année, ça a été tout le contraire. A la fin je ne suis pas arrivé fatigué.

Le naturel

- Il est vrai que vos résultats en France sont spectaculaires.

- A Nîmes, j’ai coupé cinq oreilles en deux corridas, à Arles j’ai toréé différents toros avec beaucoup de plaisir et où je suis aussi sorti sur les épaules ; j’ai également triomphé de grande manière à Béziers, Istres, la dernière corrida à Saint Sever fut très importante face à cinq toros de Victorino…

- De votre tauromachie, le temple a toujours été un élément qu’il convenait de souligner. Vous nous avez parlé de la faena d’Azpeitia au toro d’Ana Romero, une œuvre présidée par le naturel et une manière de composer la figure que vous n’avez pas toujours eu. Votre tauromachie est en train d’obtenir plus de naturel, et en même temps vous arrivez à donner un meilleur tracé à la passe ?

- C’est quelque chose que je cherche depuis longtemps : toréer avec profondeur, simplicité mais sans omettre une expression très naturelle. Le problème se situe au niveau de ce dont nous avons parlé précédemment : tout les toros ne te le permettent pas. Celui d’Ana Romero d’Azpeitia fut sensationnel, il chargeait très doucement et m’a permis de me régaler comme très peu te le permette tout au long de la saison.

- Avec la cape également vous vous êtes amélioré bien que cela vous coûte encore.

- Oui c’est la vérité. Cela me coûte mais je me suis beaucoup amélioré sur la véronique, bien que je vous dirais, qu’à part Morante de La Puebla, qui est très régulier et qui réussit à toréer beaucoup de toros dès leur sortie du toril, au jour d’aujourd’hui, il y a très peu de toros qui te facilitent les choses au moment de les toréer par véroniques. De nombreux animaux sortent distraits, ne se livrent pas et jusqu’à ce qu’ils se chauffent durant le combat, ils ne te permettent pas réellement de te mettre avec eux.

- L’épée a fonctionné également.

- Cette année oui. Bien que cela fonctionne par période, j’ai connu beaucoup de régularité cette saison sur ce point. J’ai très bien tué les toros, quelques uns à recibir. Je me préoccupe également du descabello car c’est une suerte qui peut être fondamentale selon les occasions qui se présentent. Je me rappelle de Roberto Domínguez, avec quelle solennité il descabellait. Pour cela, je me suis adapté un carretón exclusivement pour descabeller.

- Comment se présente l’hiver ?

- Pour le moment tranquillement. Il y a des choses qui se préparent pour aller en Amérique mais en début d’année prochaine. Il est probable d’aller au Mexique et au Venezuela, mais encore début d’année prochaine. Je vais continuer à me préparer, aller au campo en France et en Espagne pour arriver fort à l’occasion de la prochaine campagne.

Organisateur à Arles, nouvelle facette professionnelle

A partir du prochain exercice, la destiné du Colisée d’Arles sera entre les mains de Juan Bautista. Il y sera à la tête. Une nouvelle facette professionnelle, directeur des arènes de sa terre, un temple très lié à sa carrière et à toute sa famille. « J’étais destiné à l’être un jour où l’autre et l’opportunité s’est présentée maintenant. Peut-être un peu trop tôt, mais c’est le moment et nous assumerons », explique le torero, avant de nous expliquer comment cela est arrivé : « C’est directement la Mairie qui me l’a demandé. Ce sont des arènes qui ont été dirigées par mon père et mon oncle pendant 17 ans et ils souhaitaient arrêter, passer à autre chose, bien que leur expérience sera très bénéfique à l’équipe qui prend le relais, avec entre autre ma sœur et moi ». Malgré le fait qu’il soit encore en activité, Juan Bautista considère : « Cela ne va pas affecter ma carrière. Bien que ce soit implication, idées nouvelles et travail, la saison d’Arles, pour être en conformité avec le cahier des charges, sera composée de cinq corridas de toros, un spectacle de rejones, une novillade avec picadors et une novillade non piquée ». Il confesse qu’il va essayer d’apporter une nouvelle vision des choses concernant la gestion taurine du Colisée : « Nous souhaitons mettre l’accent sur la communication, l’image et mettre en œuvre des idées nouvelles. Ensuite, je pense à beaucoup de cartels possibles dans ma tête, j’en aurais assez pour monter une feria de San Isidro mdr… ».

Interview accordé au numéro 1962 de la revue taurine Aplausos, du lundi 4 mai 2015 – Propos recueillis par Ángel Berlanga.

La Feria pascale d’Arles a été le théâtre de son récent triomphe. Là, sur ses terres, il a été une nouvelle fois prophète. En réalité, il l’est depuis bien longtemps dans toute la France. Comme preuve de sa catégorie sur le territoire français, les arènes de Palavas, Nîmes, Mauguio, Istres, Châteaurenard, Arles une nouvelle fois l’attendent… Un agenda fourni conséquence de succès récoltés tout au long des quinze années d’alternative. Aujourd’hui, l’objectif immédiat est de relancer sa carrière en Espagne. Et quelle meilleure arène que celle de Madrid – lors de la San Isidro – pour le concrétiser. Après son absence l’an passé à cause de désaccords avec la direction des arènes, il revient avec la volonté de remettre les choses à leur place. Pour le réaliser, il a deux corridas entre les mains. Les deux avec des élevages de garantie. « Cette fois-ci on m’a bien traité, c’est à moi maintenant d’en profiter », souligne t-il.

- Séville a pris fin sans que Juan Bautista soit annoncé. C’est normal ?

- Possiblement… Chacun doit assumer de la même façon en fonction du niveau où il se trouve. Personnellement, cela fait quelques années que je ne suis pas annoncé à Séville et cela me fait de la peine, mais je comprends qu’il y ait un ordre dans la programmation et que dans quelques endroits je sois en tête ou que je fasse partie du groupe de ceux qui sont appelés en premier et que dans d’autres je fasse partie du second groupe et que je peux rester dehors, comme ce fut le cas.

- C’est un fait que Séville vous a toujours spécialement résisté.

- C’est ça. C’est pour cette raison que je comprends de ne pas avoir été programmé, même si cela me fait mal. Les opportunités que j’ai eu dans ces arènes n’ont jamais donné le résultat que j’aurais aimé ; quand bien même mon concept et ma manière de toréer auraient du rentrer pleinement à la Maestranza, mais jamais je n’ai réussi à m’entendre avec un toro ou me faire comprendre du public.

- Cela vous génère t-il des doutes en tant qu’artiste ?

- Pas beaucoup, car je sais que je me suis amélioré en tant que torero depuis mon dernier paseo à Séville. C’était pour le Corpus en 2011. Quatre années se sont écoulées et depuis ma façon de toréer a beaucoup évolué, c’est pour cela que j’aimerais montrer cette évolution dans une arène comme celle-là. Mais d’abord, il faut y être annoncé et ensuite, lorsque le jour est arrivé, qu’il te sorte un toro qui te permette de t’exprimer.

- En revanche à Valencia vous avez été programmé et les mêmes qui doutaient de votre présence ont fait des gorges chaudes ensuite en l’absence de triomphe…

- S’il n’y a pas eu de triomphe c’est à cause du président. Cette année, on m’a volé une oreille aux Fallas, je l’ai très présent à mon esprit. Le président n’a pas respecté le règlement car la pétition était majoritaire. Je l’ai ressenti de cette façon en direct et ensuite cela a été confirmé au travers de la télévision. Je comprends que c’était le premier toro de l’après-midi et de la feria et que la situation du président pouvait être difficile, mais cette oreille on me la devait. Ensuite, le public m’a demandé d’effectué un tour de piste mais je ne l’ai pas souhaité et j’ai répondu à l’ovation. Si au lieu d’ovation et silence le résultat avait été oreille et silence, on aurait parlé différemment…

- Aux Fallas, pensez-vous que vous méritiez d’y être ?

- L’an dernier en octobre, j’ai été à deux doigts d’ouvrir la grande porte. J’ai coupé une oreille avec force et l’on m’en a demandé une autre à mon second toro de ce jour là. Le fait d’être apodéré par la direction aide, bien sur, mais si je n’avais pas failli ouvrir la grande porte en octobre, je n’aurais pas été annoncé. Simon me l’a confié.

- Là où il n’y a eu aucun doute ça a été à Arles. Votre place est méritée tout comme votre triomphe.

- Même là on ne m’a jamais rien offert non plus. Ce qui est sur c’est qu’après avoir tué en solitaire six toros lors de la goyesque, l’exigence était forte. L’après-midi s’est mise compliquée pour tous mais au cinquième, qui n’a pas été facile, j’ai su puiser en lui ses ressources à base de patience et de technique et j’ai réussi à lui couper les deux oreilles. Ensuite, Manzanares a bien concrétisé en coupant une queue et ce fut un final en apothéose.

- Vous avez conquis la France depuis longtemps. L’objectif reste l’Espagne ?

- Me maintenir en France fait partie également de mes objectifs tous les ans. Ici, le public m’aime, m’appui mais m’exige également. Et chaque fois plus. Cela fait quinze années d’alternative et plus le public te voie, et plus il est difficile de le convaincre. En Espagne, tout est différent : cela fait plusieurs années que je ne vais pas beaucoup toréer dans les arènes importantes et l’objectif, bien sur, est de me relancer. En ce sens, la prestation lors de la Feria des Fallas, par rapport aux professionnels, si elle n’aide pas à me relancer, elle démontre au moins que ce qui s’est passé en France ces dernières années n’est pas le fruit du hasard.

L’objectif de donner une nouvelle impulsion à sa carrière en Espagne est entre ses mains dans quelques temps. Cela passe par Madrid, où il est annoncé lors de deux après-midi pendant la Feria de San Isidro. Là, il peut et doit donner le coup de rein par rapport à sa trajectoire dans notre pays. Après une année d’absence du à des désaccords avec la direction, il est annoncé en 2015 pour combattre les corridas d’El Montecillo et Alcurrucén, deux élevages de garantie pour Las Ventas. « Alcurrucén a permis ma dernière sortie en triomphe en 2010 et avec El Montecillo, sans aller plus loin que l’an dernier, Abellán et Francisco José Espada ont triomphé. Là, j’ai quatre balles avec lesquelles j’espère pouvoir atteindre la cible », déclare t-il les yeux pleins d’enthousiasme.

- J’imagine que cette année vous avez du considérer comme juste la manière dont vous a traité la direction.

- Oui, bien entendu. Cette année on m’a bien traité, en toute logique, et je suis enchanté et reconnaissant de revenir dans ces conditions à Las Ventas. L’an dernier on n’a pas pu trouver un arrangement, et nous en avions expliqué les motifs, et maintenant, même si cela m’a fait mal à l’époque, je pense que quelques fois, il est préférable de laisser reposer une arène de ta présence.

- A l’heure de signer un contrat, que regarde t’on en premier ? Les élevages, les compagnons, la date, l’argent… ?

- Cela dépend de quelle arène il s’agit. Concernant Madrid, je regarde en premier lieu les élevages. J’ai besoin de croire en eux, de penser qu’ils peuvent aider à m’exprimer sur la piste, et précisément cette année, je n’ai eu aucun doute. Ensuite, l’affiche, car même si chacun à sa propre vision, je cherche d’être à côté de toreros qui ont réalisé des choses importantes à Las Ventas et dans d’autres arènes du circuit.

- Et l’argent, en quelle position se trouve t-il ?

- Dans mon cas, au moins à Madrid, ce n’est pas le plus important. Mais je répète que cela dépend de l’arène. Il y a des endroits où l’argent est primordial et d’autres où il a moins d’importance.

- Qu’elle est votre plus grande préoccupation quand vous toréez à Las Ventas ?

- Madrid pèse para rapport au toro, à l’exigence, aux 24 000 personnes, à la télé, parce que toute la presse est représentée et les professionnels en attente, car tu as conscience que ce qui va se passer aura une incidence, positive ou négative sur ta carrière ; mais comme j’ai eu la chance de connaître des après-midi de triomphe, je suis à l’aise, avec l’envie de me montrer tel que je suis maintenant en tant que torero, plus mature et avec plus d’expérience. Par exemple, Séville m’a toujours plus pesée que Madrid. A la Maestranza je me suis senti observé et j’ai toujours eu de la difficulté à ressentir le public, je suis beaucoup plus préoccupé d’y toréer que dans une autre arène.

- Lors de votre dernière corrida durant la San Isidro vous avez coupé une oreille d’un grand toro de Carmen Segovia.

- Madrid m’a vu triompher, nous avons vécu des après-midi glorieux, de grand triomphe ; mais aussi des silences et des déceptions. J’ai toréé autour de 25 ou 28 corridas en tant que matador et donc, en toute logique il y a eu de tout ; mais j’ai le privilège d’y être un torero respecté et je n’y ai jamais ressenti de l’incompréhension. En plus, quand cela se passe bien, de suite le public me le fait savoir et réagi. Cela donne beaucoup de confiance.

Avant le double rendez-vous de Madrid, Juan Bautista est annoncé ce vendredi en mano a mano avec Sébastien Castella à Palavas. Il assure que les petites rancœurs du passé sont désormais oubliées : « Notre relation s’est beaucoup améliorée et j’en suis ravi. Les années passent et nous assimilons et comprenons mieux les choses. Il est vrai que nous avons connu des époques où même pas nous nous saluons en arrivant aux arènes, des moments de grande tension entre nous, mais maintenant il y a un respect mutuel. J’ai beaucoup d’admiration pour lui pour ce qu’il a accompli et pour ce qu’il fait. La rivalité existe, bien entendu, mais elle est différente, respectueuse comparée à ce qui se passait auparavant ». Cette rivalité dont il parle – « réelle, non imaginée », souligne t’il – était désagréable pour eux à titre personnel, mais positive pour le spectateur et la Tauromachie en général : « On nous a toujours opposé. Pendant quarante ans, la France a espéré que naisse un torero important et d’un coup, deux sont sortis. Il y a eu des moments où l’un était au-dessus de l’autre, et inversement… et ensuite, en marge de la piste, nous nous sommes fait la guerre en ce qui concerne les contrats. Nous n’avons jamais facilité la présence de l’autre », reconnaît-il.

- Dans le souvenir de tous, il reste cette corrida de la Presse de Madrid sous la pluie…

- Nous avons remporté ex-æquo l’Oreille d’Or, qui nous a été remise par le Roi d’Espagne. Ce fut l’unique fois où nous avons toréé ensemble à Madrid et la corrida a été très importante, pas seulement pour nous, mais aussi pour la tauromachie française en général.

-Il faudrait vous retrouver à nouveau à Las Ventas.

- Ce serait cool de le refaire. De mon côté, j’en serais enchanté.

Après San Isidro, la France sera à nouveau l’axe de la saison de Juan Bautista. « J’ai une belle saison prévue dans mon pays, d’une quinzaine de corridas plus ou moins ». Pour le moment, les arènes de Nîmes, Mauguio, Istres, deux fois, Châteaurenard, Arles… comptent sur sa présence. Cependant, il y a deux ferias où il n’a pas été appelé, Dax et Mont de Marsan : « En plus cela fait la seconde fois consécutive », souligne t’il. Lisbonne sera également une nouveauté de la campagne : « J’ai déjà toréé une fois il y a de cela plusieurs années à Campo Pequeno. Je suis enchanté d’y revenir car ces arènes sont une pure merveille, elles sont incroyablement belles et en plus le public répond ». En même temps, les arènes ont une relation familiale : « C’est l’arène où mon père a pris l’alternative en tant que rejoneador », se souvient le torero ; qui ajoute : « C’est un autre public, une autre tauromachie, une autre manière de concevoir le toreo, qui est vécu avec grande intensité ».

Revenons en France. L’unique double présence est prévue à Istres, où il affrontera en plus les victorinos en mano a mano avec Iván Fandiño. La variété des encastes a été une constante dans sa carrière. « Ce sont des manières d’offrir d’autres attraits aux aficionados. Depuis mes débuts comme matador – quelques fois parce que je n’avais pas le choix, d’autres car je le voulais – je me suis efforcé à toréer tout type d’élevages et d’encastes. J’ai toujours essayé d’écouter l’aficionado français, qui a ce goût pour la diversité et concernant ma carrière, j’ai essayé d’y apporter cette variété. L’an dernier, j’ai tué la corrida de Miura à Béziers à la suite de laquelle je suis sorti en triomphe. Nous, les toreros, nous devons montrer notre capacité d’adaptation devant différents encastes et mettre en lumière les différents registres techniques exigés par chaque origine ».

- Ne croyez-vous pas que le fait de s’obliger à combattre et triompher avec des animaux de tous types et conditions devrait être une condition absolue pour être vedette de la tauromachie ?

- Je crois que cela dépend de chaque torero, de chaque personnalité et la manière de chacun de comprendre la tauromachie. Je comprends que certains toreros, qui sont vedettes et qui de par leur concept et leur manière d’interprétation, doivent s’attacher à quelques élevages pour garantir au public ce qu’il attend d’eux. Mais il existe d’autres compagnons qui sont aussi des vedettes et qui effectivement possèdent les capacités techniques et un courage suffisant pour s’adapter et comprendre les différentes races et élevages. Certains l’ont fait fréquemment, c’est vrai, mais l’afición demande toujours plus, mais ce serait bien qu’ils le fassent plus souvent, surtout à notre époque où la nécessité de surprendre est importante. Prenez l’exemple de Fandiño, qui, même si le résultat artistique n’a pas été celui escompté, a réussi à remplir Las Ventas pour l’ouverture de la saison. Cette attente qu’il a suscitée est la preuve qu’une partie du public souhaite voir des gestes de cette sorte. Et qu’il faut écouter et prendre en compte un peu plus les désirs de l’afición.

Solidaire et impliqué pour le futur

Juan Bautista est le parrain du premier Bolsín Taurin de Nîmes Métropole. Les épreuves de sélection ont eu lieu le 25 avril dernier alors que les demi-finales et finale sont prévues pour les 13 et 14 juin dans les Arènes de Manduel et Rodilhan, respectivement. « C’est le premier bolsín qui est organisé dans le sud-est français et comme en plus il se déroule dans la région de Nîmes, tout près de là où je vis, je porte beaucoup d’intérêt pour être présent et collaborer avec les organisateurs », dévoile le torero.

Ce nouveau parrainage s’ajoute à celui du Collectif Corridafrance, qui collabore avec des associations qui apportent une aide aux enfants malades : « Tous les ans, depuis sept ou huit années, je demande à mes compagnons de m’offrir une cape ou une muleta afin que l’argent que nous récoltons soit destiné à améliorer les séjours des plus petits à l’Hôpital d’Arles ».

De la même façon, Juan Bautista parraine également La Jeunesse Taurine du Pays d’Arles, entité qui met en place des actions en faveur des jeunes : « D’ici quelques jours, je vais inviter un jeune, qui aura gagné une tombola, pour partager avec ma cuadrilla et moi-même la journée de mon retour à Madrid. Je prends en charge le voyage aller-retour en avion et l’entrée à la corrida. Il sera avec nous depuis la veille de la corrida », explique t’il ; et dénonce e guise de conclusion : « Nous les toreros sommes solidaires, nous répondons présents chaque fois qu’on nous le demande, cependant, nous vivons des moments assez compliqués comme lorsque par exemple un hôpital de Nîmes, dont je tarais le nom, n’a pas voulu accepter notre aide qui venait du monde des toros à cause des pressions envoyées pas les antitaurins ».

2015

Interview accordée au site taurin www.burladero.tv du vendredi 4 décembre 2015 – Propos recueillis par Lucía Fuente de León.

L’année 2016 sera une année importante pour Juan Bautista, d’abord car il a trouvé un nouvel accord d’apoderamiento et ensuite car il va commencer son nouveau rôle, celui d’empresario des arènes d’Arles, un projet pour lequel il a réellement beaucoup d’illusion.

En France, tu as connu une saison parfaite. En Espagne, comment tu l’as ressentie ?

J’ai eu des prestations importantes, des faenas lors desquelles je me suis senti très à l’aise comme celle de Madrid où j’ai donné un tour de piste après une pétition d’oreille. Il y a eu également la faena des Fallas à Valencia à l’issue de laquelle le public a demandé l’oreille, celles de Tudela, Azpeitia, Corella… Cependant, le grand triomphe tant attendu n’est pas arrivé.

Comment gère –t’on le fait d’être une vedette dans un pays et avoir l’obligation de démontrer qui tu es après plus de 15 ans de profession dans un autre ?

Il est certes vrai qu’il vaut mieux être vedette à un endroit que de ne pas l’être du tout. Dans mon pays, je me suis gagné ce statut grâce à l’affection des aficionados et à la régularité pendant toutes ces années. Je vis une étape de ma carrière très belle et très importante sur ma terre, je ressens réellement une grande reconnaissance. En Espagne c’est une autre situation, qui n’est certes pas mauvaise, mais dont j’aimerais qu’elle soit meilleure. Il faut améliorer cet aspect, réaliser la faena majuscule pour obtenir plus d’opportunités dans des arènes de renom et retrouver l’importance que j’ai eu dans le passé.

Malgré cela, Madrid reste un de tes points forts dans notre pays.

En effet. J’ai été absent l’an dernier mais je suis revenu en 2015 lors de la San Isidro. Madrid est une arène où je me sens à l’aise, le public me respecte et j’y ai réalisé des faenas majeures. J’ai trois Grandes Portes à mon actif et d’autres après-midi d’intérêts comme celui de cette année, lors duquel j’ai été à deux doigts de couper une oreille. J’ai effectué un tour de piste à la demande unanime du public.

A quel niveau se situe ta tauromachie actuellement ? Comment tu t’es senti cette année ?

J’ai ressenti une évolution, et c’est cela justement qui me donne envie de continuer avec cette envie. J’améliore des choses et je continue d’avancer en tant que torero. Je crois que jamais je n’arriverais à être le torero dont je rêve ou que je souhaite devenir, mais il est vrai que je m’y approche et cette année je peux dire que j’y suis arrivé lors de plusieurs faenas.

L’an prochain tu vas connaître une nouvelle facette, celle d’empresario des arènes d’Arles. Quels projets as-tu pour cette arène ?

Nous y travaillons. Arles n’est pas une affaire personnelle, nous sommes un groupe d’associés qui travaillent sur une programmation qui soit la meilleure possible pour cette arène. C’est celle de ma ville, où j’y ai toréé de très nombreuses fois. Je suis très engagé dans ce nouveau projet qui me prend beaucoup de mon temps actuellement. Comme de coutume, il y aura deux ferias: trois corridas de toros lors de la feria pascale, qui coïncide en fin de semaine avec le Dimanche de Résurrection, et ensuite, le week-end des 10 et 11 septembre, où sera mise en place la traditionnelle corrida goyesque.

On a appris il y a quelques temps qu’Esplá se chargera de la scénographie des arènes le jour de la goyesque. En avant-première, peux-tu nous dévoiler quelques informations sur cette journée si particulière ?

En effet, cela a été confirmé il y a quelques jours. Nous sommes enchantés que le maestro ait accepté ce pari. Il y travaille déjà. Il lui reste encore du temps. Il est venu sur Arles pour prendre les mesures de la piste et des arènes. Chaque année, on remet l’arène à un artiste qui la décore selon ses goûts et sa personnalité. Je suis persuadé que le maestro Esplá va nous surprendre comme il l’a si souvent fait devant le toro et dernièrement en tant que peintre.

Tu viens de signer un accord d’apoderamiento avec Mariano Jiménez et José Ignacio Ramos. Quels seront vos principaux objectifs à atteindre pour la saison 2016 ?

Mariano et José Ignacio sont deux personnes qui ont eu confiance en moi ces dernières années. Le projet qui se dessine est réellement intéressant. Nous sommes d’accord sur beaucoup de choses. Ils étaient encore toreros récemment et nous allons essayer de maintenir la situation de privilégiée qui est la mienne dans mon pays et améliorer celle en Espagne, chacun à son niveau : moi devant le toro et eux dans les bureaux afin que la saison soit importante pour nous tous.

Interview accordée à la revue taurine Aplausos, n° 1991 du lundi 23 novembre 2015 – Propos recueillis par Isabel Donet – Photo Fran Jiménez

Les arènes françaises ont de nouveau été les piliers de sa saison. Il y est considéré comme une vedette indiscutable. De plus, en 2015, Juan Bautista s’est consolidé en termes de pouvoir, de domination, de technique et plaisir tel que l’on a pu le lire dans les chroniques. Les bases correspondant au respect du toro et du public sont obligatoires chez le torero d’Arles et elles serviront également de bases dans les bureaux en tant qu’empresario de sa ville. Son concept de toréer de façon très naturelle et avec pureté n’est pas négociable.

- La France a été décisive dans le bilan final.

- En effet, comme ce fut le cas d’ailleurs les autres années, en 2015 j’ai connu une présence importante pendant la saison française. Une présence gagnée au fil des années tout au long de ma trajectoire. J’ai à nouveau triomphé et confirmé tout l’amour que me transmet l’afición de mon pays. J’ai l’impression d’avoir atteint une meilleure régularité par rapport aux triomphes.

- La première occasion pour en attester a été votre ville natale.

- J’ai l’habitude de toréer ma première corrida lors de la Feria de Pâques. Cette année j’ai coupé deux oreilles à une corrida de Domingo Hernández. Ce fut un bel après-midi, avec beaucoup d’attentes, à l’issue de laquelle je suis sorti en triomphe en compagnie de José María Manzanares.

- Le mano a mano avec Castella est devenu un classique.

- C’est un rendez-vous qui se répète dans des arènes comme Arles, Béziers, Nîmes. Cette année nous avons choisi Palavas pour coïncider avec une date traditionnelle et attractive. Les toros appartenaient à Robert Margé. Il y avait une ambiance sensationnelle. Sébastien n’a pas pu m’accompagner en triomphe à cause de l’épée.

- Dans votre cas, vous avez parié et vous avez gagné.

- Je n’avais encore rien coupé et il me restait un toro lors de cet après-midi si spécial. De ce fait, j’ai tout misé sur le cinquième toro et j’ai pu lui couper les deux oreilles. J’ai tout donné et j’ai même réalisé des choses qui ne font pas parties de mon répertoire comme clouer les banderilles par exemple.

- Toréer avec Castella suppose une pression accrue ?

- Depuis nos débuts, il y a toujours eu beaucoup de rivalité. Nous sommes tous deux originaires de villes très taurines et cela se ressent. On a chacun de nous des partisans mais également notre façon d’interpréter la Tauromachie qui est différente. Lors de chaque mano a mano nous avons démontré comment ni l’un ni l’autre ne veut céder un pouce de terrain. Cette fois ci, le triomphe a été de mon côté, d’autres fois c’était pour lui. C’est toujours une affiche très attractive en France. J’ai également toréé avec Sébastien à Béziers, où nous sommes sortis en triomphe avec Manzanares.

- Pour continuer avec les arènes françaises, on ne peut pas passer sous silence Nîmes.

- J’y ai toréé en mai et septembre. Le 25 mai, j’ai touché un grand toro d’El Torero, combatif et qui eut droit aux honneurs du tour de piste posthume lors d’un après-midi où soufflait un vent très violent. J’ai du toréer tout près des planches et le mérite de cette faena fut de triompher dans des conditions climatologiques très difficiles. Le 19 septembre j’ai réussi à ouvrir une nouvelle fois la Porte des Consuls.

- Qu’est ce que Nîmes a de spécial ?

- Elle est très importante dans ma carrière car elle m’accueille toujours de manière différente.

- Un autre après-midi pour le souvenir a été la goyesque de Saint Sever.

- J’étais à l’affiche en mano a mano avec Thomas Dufau qui fut blessé par son premier toro. J’ai du combattre les cinq autres. Victorino célébrait le cinquantenaire anniversaire en tant qu’éleveur. La corrida est sortie dure et très exigeante, et cela n’a pas été très facile, mais l’effort fourni en valait la peine.

- L’occasion le méritait.

- Nous sommes devant un éleveur emblématique et très représentatif des arènes françaises. A priori pour moi, c’était un challenge de m’annoncer à cette corrida et ensuite, vue son déroulement, beaucoup plus. Je suis ravi qu’elle s’inscrive dans l’histoire comme étant la corrida lors de laquelle j’ai triomphé en combattant cinq toros de Victorino Martín.

- En Espagne, à Guadalajara, vous avez combattu la corrida d’Adolfo Martín.

- Dans ma saison, il me plait qu’il y ait des corridas de différents encastes qui demandent une préparation et une mentalisation différentes. J’aime apporter de la variété au public et démontrer la capacité qui est la mienne de m’adapter à tel ou tel encaste. J’ai prouvé qu’en plus de triompher avec les Domecq, je pouvais le faire avec les Albaserradas d’Adolfo ou avec les Santa Coloma d’Ana Romero comme on l’a vu à Azpeitia.

- Si on parle des triomphes, on se doit d’aborder votre prestation de Corella.

- C’était le jour de la Saint Michel. Ce fut un nouveau triomphe avec trois oreilles et une queue d’une grande corrida de l’élevage de Virgen María, dont trois toros furent honorés du tour de piste posthume. Deux d’entre eux, qui sont sortis fantastiques, m’ont échu au tirage au sort. Un après-midi avec de très belles sensations, de la cape jusqu’à l’estocade finale.

- De la saison espagnole, Madrid, une fois de plus, est un point à mettre à part.

- Le vent m’a compliqué les choses mais je ne peux pas oublier la faena face à un toro d’Alcurrucén. La reconnaissance du public de Las Ventas, qui a demandé l’oreille, a été merveilleuse, comme le fut le tour de piste.

- Une situation similaire à celle vécue auparavant à Valencia.

- Aux Fallas, je crois que la faena face à un toro de Fuente Ymbro, qui ne possédait pas beaucoup de force, n’a pas été assez valorisée. A Valencia comme à Madrid on m’a refusé les oreilles qui étaient de poids et qui en fin de saison aurait eu un autre retentissement dans les arènes espagnoles.

- C’est le temps des bilans mais aussi des espoirs et des aspirations pour le futur, Comment les affronte Juan Bautista ?

- Avec beaucoup d’illusion, de force et d’envies pour continuer de faire ce que j’aime le plus : toréer. Là, je ne pense qu’à commencer la saison en Amérique et continuer d’améliorer ma façon de toréer qui n’est ni plus ni moins que la pureté et réaliser les choses de la manière la plus naturelle possible.

Nouvel empresario d’Arles en 2016

La société composée du torero Juan Bautista et de sa sœur Lola Jalabert sera chargée de gérer les arènes d’Arles pendant les quatre prochaines années, à partir du 1er janvier, selon les termes de la concession élaborée par la Mairie. Les autres associés sont le professionnel taurin Alain Lartigue et François Cordier, chargé plus particulièrement de la gestion administrative de la société. Pour Juan Bautista, il s’agit « de profiter de l’occasion et de faire réalité le projet des arènes qui m’ont vu naître et grandir comme torero et qui font parties des arènes les plus importantes en France. Notre intention est de fournir tout notre effort pour y arriver tant par la qualité de la programmation que par l’initiative de promouvoir la jeunesse de nos traditions taurines, de notre culture, ainsi que des valeurs qui la caractérisent. Notre objectif se résume a rendre heureux les aficionados ».

Interview accordée au site taurin www.corridafrance.net du lundi 30 novembre 2015 – Propos recueillis par Laurent Deloye – Photos El Tico et DR

CorridaFrance : Quels enseignements pourrait-on retirer de cette saison 2015 ?

Juan Bautista : Les enseignements, c'est que 2015 a été une temporada d'une belle régularité en France. Sur les treize corridas que j'y ai toréé, je suis sorti a hombros onze fois, et avec des triomphes importants : Les deux de Nîmes, les deux d'Arles, Béziers, Istres, l'après-midi si particulière, si différente et si compliquée de Saint-Sever, en fin de saison... Il restera des moments importants et des souvenirs très forts de cette temporada 2015 en France. Et sur l'Espagne, j'ai deux regrets qui sont les faenas de Valencia et de Madrid qui n'ont pas été justement récompensées. Ce sont des petits détails qui auraient pu, je pense, changer certainement un peu la physionomie de ma temporada en Espagne. Celle-ci a finalement été intéressante, puisque j'y ai toréé une dizaine de corridas, avec quelques après-midi importantes comme Corella ; Guadalajara ; Tudela ; Azpeitia... Mais c'est vrai que je regrette d'être passé si près de ces oreilles de Madrid et de Valencia.

CorridaFrance : À chaque fin de saison, on dit que c'est ta plus importante... Penses-tu avoir atteint ton maximum ?

Juan Bautista : Je ne l'espère pas... J'espère pouvoir continuer à progresser et à avancer. 2015 a été une bonne saison... Je ne pense pas ma meilleure, mais une bonne saison, notamment dans l'évolution de ma tauromachie. Sur l'importance des triomphes, j'ai connu des saisons supérieures, plus réussies. Mais sur ma façon de toréer, sur l'évolution de mon toreo, je pense avoir encore franchi un cap cette année. Et j'espère pouvoir continuer à avancer dans ce sens. C'est en tous cas ce que j'ambitionne pour le futur.

CorridaFrance : De part ta technique, ton expérience et tes connaissances sur les différents encastes, tu comprends un nombre conséquent de toros. De là, beaucoup pensent que tu tombes sur les meilleurs toros au sorteo, alors que souvent il n'en est rien. Cela t'affecte t'il ?

Juan Bautista : Non, c'est l'analyse de chacun. C'est la manière dont c'est dit qui peut-être désagréable... Quand ce sont des aficionados qui n'ont peut-être pas bien vu le toro et qui sont déçus, on peut le comprendre. Mais quand ce sont de professionnels qui, justement, sont censés reconnaître les qualités de la faena mise en place par le torero en fonction des qualités ou des défauts du toro, c'est plus dérangeant. C'est vrai que cette année, je me suis senti un peu lésé par la critique taurine dans la presse en Espagne. Mal jugé en tous cas sur certaines faenas face à des toros qui avaient certes quelques qualités, mais qui étaient difficiles à approfondir. Et justement, sur cette technique, je suis heureux et fier de cette évolution que je continue à apporter à ma tauromachie. J'arrive maintenant et assez souvent, avec des toros qui peuvent paraître moyens au départ mais qui ont un certain fond, à faire ressortir ces qualités qui conduisent à une faena importante et à la fin, les faire paraître comme des toros meilleurs que ce qu'ils ne l'étaient au début. C'est en tous cas ma façon de voir la tauromachie : Essayer de sortir tout le positif de chaque animal que je combats, de sortir la meilleure faena possible à chaque fois.

CorridaFrance : Après 16 ans d'alternative, on te voit toujours avec cette envie de progresser, d'améliorer ton toreo et l'on sent que ta marge de progression est réelle et constante. Tes prestations d'Arles, Nîmes, Istres par exemple en sont un témoignage des plus probants. Est ce qu'après toutes ses années, tu ressens toujours cette appréhension dont parlent les toreros avant que le toro ne jaillisse du toril ?

Juan Bautista : Dans toutes les arènes, qu'elles soient grandes ou petites, même à Rion aujourd'hui, l'inconnu fait toujours peur. On ne peut pas savoir à l'avance comment va être le toro, comment il va réagir, si tu vas arriver à le comprendre, si tu vas pouvoir t'adapter à ses conditions, si le message va passer avec le public... Toutes ces questions là, tant que tu n'es pas face au toro, tu te les pose. Après, une fois que tu es face à l'animal, la concentration, le plaisir, les sensations en général font que tu oublies ce stress et toutes ces préoccupations. Mais avant que le toro ne sorte, la responsabilité est toujours très importante et l'inconnu fait partie de mes préoccupations. Je me demande même si ce n'est pas de plus en plus...

CorridaFrance : Ta saison en France a été exemplaire avec de nombreuses sorties en triomphe. En Espagne on a vu que les présidents de Valencia et Madrid n'avaient pas respecté le règlement en ne t'accordant pas l'oreille que le public demandait majoritairement après deux excellentes faenas. Quel est ton point de vue à ce sujet ?

Juan Bautista : Dans les deux cas, comme je te le disais, ce sont des décisions qui me portent finalement préjudice. Les deux pétitions sont majoritaires et doivent aboutir normalement, à ce que j'obtienne à chaque fois une oreille. Et on sait très bien dans ces arènes là, que les oreilles ont du poids, de l'importance. Aux Fallas de Valencia, si je coupe cette oreille, c'est la première de la Feria, face au premier toro de la Feria... Je comprends que le Président hésite à donner une oreille le premier jour, au premier toro de la Feria, mais les gens avaient répondu, avaient pris du plaisir lors de la faena. Ils ont demandé avec force et majoritairement l'oreille. A Madrid, cela a été un petit peu le même cas... Une après-midi compliquée où le vent soufflait très fort. Je touche un bon toro de Alcurrucén que je suis obligé de toréer à l'abri des planches, mais avec des moments intenses auxquels le public a réagi et est vraiment rentré dans la faena. Et là, pareil, il s'en faut d'un rien et la Présidence refuse de me donner l'oreille alors que dans ce cas là, également, il aurait pu et du me la donner. Comme il l'a fait d'ailleurs dans des cas similaires un peu plus tard dans la feria. C'est simplement dommage que ce soit tombé sur moi ces deux jours là. Le point positif, c'est la réaction du public qui a été formidable. A Valencia, il m'a fait une superbe ovation et j'aurai même pu faire une vuelta al ruedo. Et à Madrid, j'ai effectué cette vuelta al ruedo demandée par le public, reconnue par le "Tendido siete" donc quand même une belle récompense. Mais l'oreille qui était si proche... Cela aurait été mieux, dans les deux cas.

CorridaFrance : En revanche, à Corella, face à une bonne corrida de Virgen María, tu as démontré que ce qui se passe en France n'est pas le fruit du hasard en montrant ton meilleur niveau... Comment se fait-il que l'Espagne te résiste alors que tu es sorti par trois fois en triomphe des Arènes de Las Ventas ?

Juan Bautista : Durant ces quinze années d'alternative, il y a eu des triomphes formidables, des après-midi très importantes. Mais il est vrai que ces dernières temporadas, j'ai connu des succès moins retentissants dans les grandes arènes espagnoles. Ce qui explique le fait que je sois aujourd'hui un petit peu dans la seconde moitié de ces toreros de haut niveau dont je fais quand même partie. J'ai toujours ma place à Madrid, mais une présence un peu moins régulières dans les autres grandes ferias. Mais dès que les toros me le permettent, que ce soit dans une petite ou une grande arène, j'essaie de faire le maximum pour triompher en Espagne. Et c'est ce qui s'est passé à Corella, dans une petite arène. Cela a été formidable ce jour là, pour ma dernière corrida de la temporada, de me retrouver face à deux grands toros et notamment un très grand toro qui méritait, là aussi, un indulto qui a finalement été refusé par le Président. Mais quel plaisir j'ai pu prendre ce jour là face à deux formidables toros de "Virgen Maria"...

CorridaFrance : Récemment tu as annoncé un nouvel accord d'apoderamiento en choisissant deux professionnels reconnus, Mariano Jiménez et José Ignacio Ramos. Comment s'est opéré ce changement et quels ont été les contacts ? Quels sont tes rapports avec l'ancienne équipe ?

Juan Bautista : Mariano Jiménez et José Ignacio Ramos sont des apoderados et des impresarios que je connais depuis de nombreuses années et que j'apprécie. Ils m'ont déjà engagé plusieurs fois dans les arènes qu'ils gèrent et ont apodéré des toreros avec lesquels j'ai eu l'occasion de partager l'affiche ces dernières années. Nous nous sommes rapprochés en cette fin de saison. Je venais de passer deux temporadas complètes avec Alain Lartigue, qui plus qu'un apoderado est un ami, presqu'une personne de la famille, ainsi que Simon Casas qui m'a accompagné durant la dernière saison. Ils ont fait un très bon boulot, mais c'est vrai qu'à ce moment de ma carrière, j'avais envie de travailler différemment avec d'autres personnes, d'autres apoderados. Et des différentes possibilités qui se sont présentées, c'est celle que j'ai retenue, celle qui me plaisait le plus. Nous sommes arrivés à un accord très récemment sur un beau projet, avec une belle temporada 2016 qui se présente. Ils gèrent pas mal d'arènes et ce sont des toreros récemment retirés, donc qui ont une vision très proche de celle d'un torero toujours en activité. Toutes les discussions que je peux avoir avec eux me plaisent beaucoup et me donnent confiance pour l'avenir.
Il n'y a aucune difficulté avec l'ancienne équipe, bien au contraire. Alain et Simon sont plus que des apoderados. Ils m'ont apodéré à différents moments de ma carrière et m'apodéreront peut être encore dans le futur. Alain fait partie de la nouvelle société des Arènes d'Arles, dont je fais partie avec ma soeur Lola et François Cordier. Quant à Simon, nous sommes très proches et restons bien entendu en contact. Je sais que je peux compter sur eux et ils savent qu'ils peuvent compter sur moi.

CorridaFrance : Peux-tu nous parler de ton projet pour 2016 ?

Juan Bautista : Je veux continuer à évoluer comme torero, à me perfectionner dans ma technique, mon esthétique..., tous les points que l'on va travailler cet hiver encore avec notre ami Gilles (Raoux - NDLR). Et puis ensuite, tu sais, lorsque le toro rentre en piste, essayer de mettre en pratique tout ce travail pour avoir des triomphes dans les grandes arènes, car c'est là qu'ils prennent toute leur importance, que ce soit en France ou en Espagne. En tous cas, continuer sur la belle régularité qui est la mienne depuis ces dernières années en France. C'est mon défi de toutes les saisons. Puis bien sur, il me faudrait un nouveau grand triomphe dans une très grande arène espagnole, qui me permettrait de retrouver ma place dans le haut du tableau et de rentrer à nouveau en concurrence avec les meilleurs en Espagne, comme je le fais en France.

CorridaFrance : Ton ancien apoderado, qui est aussi ton ami, Alain Lartigue, est associé avec toi pour la direction des Arènes d'Arles. Travailler avec ton ancien empresario sera-t-il un point positif à l'heure de confectionner les cartels des deux ferias ?

Juan Bautista : Comme je te le disais, avec Alain nous entretenons bien plus qu'une relation d'apoderamiento. Alain était l'associé de mon père depuis trente ans. Je le considère de la famille et lui me considère de la sienne. Il a toujours été au courant de toutes mes idées, de tous mes projets de torero. Je ne lui ai jamais rien caché. Il en est de même pour la confection des carteles de la temporada Arlésienne. Il est au courant de toutes mes idées, tous mes projets et il travaille d'ailleurs en ce moment sur certains d'entre eux. Nos décisions sont prises d'un commun accord avec les deux autres associés.

CorridaFrance : On a vu récemment un changement à la tête de l'école taurine d'Arles. Te sens-tu proche des élèves de cette structure alors que tu n'as jamais appartenu à une école taurine ?

Juan Bautista : Bien sur. Le nouveau directeur de l'Ecole Taurine d'Arles, Tino Lopez, m'a accompagné durant un certain temps dans mon entraînement. Il a donné de son temps pour mon apprentissage et je suis très heureux de le retrouver dans cette nouvelle étape. Ce sera un plaisir de parrainer les élèves de l'Ecole taurine et de les aider du mieux que je peux, en les amenant par exemple le plus souvent possible avec moi à des tientas ; de leur fournir du matériel dès qu'ils en ont besoin et de leur communiquer mon expérience et mon vécu durant toutes ces années. Il s'agit de l'école taurine de ma ville et c'est très important. L'empresa des Arènes d'Arles va également tout mettre en oeuvre pour aider l'école. Tout se présente bien et j'en suis très heureux.

CorridaFrance : On te sait investi dans les œuvres caritatives. Vas-tu continuer dans cette voie ?
Juan Bautista : Bien entendu. Ce qui peut me manquer un jour, c'est du temps à consacrer à tout le monde... Mais c'est toujours un plaisir qu'on fasse appel à moi pour parrainer, accompagner les associations qui ont de beaux projets... Ou plus récemment l'Ecole Taurine d'Arles. C'est avec plaisir que je réponds présent à ce genre de sollicitations.

En ce qui concerne CorridaFrance et le report de l'édition 2015, vu le moment et le terrible moment que nous vivons en France, il était effectivement difficile d'organiser ce qui aurait du être une fête autour de la tauromachie. C'est certes une oeuvre caritative, mais c'est aussi et surtout un moment de fête et de bonheur entre nous. La municipalité de Fourques, l'Association et moi-même avons décidé de reporter la manifestation. Elle aura lieu au printemps. Les détails du programme seront précisés un peu plus tard ainsi que la date du tirage de la tombola caritative qui est juste décalé de quelques mois. Elle existe bien et elle continuera à exister.

Interview accordée au site taurin Mundotoro le samedi 21 novembre 2015 – Propos recueillis par Alejandro Martín – Photos André Viard et Julián López.

« Mariano et José Ignacio étaient encore matadors de toros très récemment, ils ont les souvenirs en tête et ils savent exactement ce que je veux et ce que je cherche. Ils vont lutter et travailler pour atteindre mon objectif : arriver à avoir en Espagne la même reconnaissance de vedette que j’ai en France. J’aimerais bien me positionner et être présent dans les principales ferias, comme je peux l’être sur mes terres ».

Le torero français insiste sur le fait que l’un des principaux points qui a été l’élément déclencheur et que Jiménez et Ramos vont s’occuper exclusivement de lui : « Ils ont l’expérience et la mentalité pour comprendre un torero. En plus, ils vont centrer uniquement leurs efforts sur moi ». Et d’ajouter : « Nous sommes très investis dans cette nouvelle étape ».

La confiance que les empresarios ont déposée en Juan Bautista depuis le commencement a été la clef. Cela fait plusieurs années qu’ils se connaissent et le torero l’a vu clair : « Cela va être une belle saison et nous espérons qu’elle soit riche. Cela fait quelques temps que nous étions en contact et leur proposition faisait partie de celles qui m'ont été offertes depuis quelques mois. Mariano et José Ignacio m’ont transmis beaucoup de confiance. Je les connais depuis longtemps – ils m’ont engagé dans quelques arènes qu’ils gèrent – et leur projet et idées m’ont convaincu ».

Un des piliers essentiels de la campagne du français en Espagne passe par Las Ventas. Les nombreux triomphes qu’il a connu en attestent et il espère revenir lors de la San Isidro. « Madrid est l’arène la plus importante et j’y ai triomphé de nombreuses fois. J’ai trois grandes portes à mon actif et quelques oreilles isolées. J’ai réalisé un après-midi important pendant la dernière Feria de San Isidro », déclare t-il.

D’autres parts, l’Amérique lui ouvre les portes et il est en attente de confirmer des prochaines dates : « Il se peut que l’on soit présent en Colombie, au Venezuela et au Mexique entre janvier et février. Nous sommes en attente que cela soit annoncé ».

Interview accordée a la revue taurine Aplausos, n° 1984 du lundi 5 octobre 2015 – Propos recueillis par Íñigo Crespo – Photos André Viard et Isabelle Dupin

Torero en pleine maturité. Avec plus de quinze années d’alternative et une feuille de route plus qu’honorable à son actif, Juan Bautista analyse avec sincérité le niveau de sa carrière. Il radiographie sa saison, il s’étend sur les souvenirs de sa grande campagne en France et même en Espagne comme à Madrid, Tudela ou la dernière à Corella. Il ne se cache pas et se rebelle. Il répond à ceux qui disent qu’il touche tout le temps les meilleurs lots et admet que la dureté qu’on lui réserve de l’autre côté des Pyrénées lui fait mal. Avalisé grâce à sa régularité, le français analyse les aspects basiques de sa tauromachie comme le temple, la cape ou l’épée.

- On n’arrête pas de parler de la corrida de Corella. Elle a été si bonne que ça ?

- Très bonne, ce fut le clou final parfait d’un mois de septembre important où j’ai connu de bons après-midi à Arles, Nîmes, Saint Sever où même à Guadalajara, où je me suis senti très à l’aise avec un toro d’Adolfo Martín. Mais il est vrai que la dernière de Corella a été très spéciale.

- Elle vous a laissé un bon souvenir.

- Ce fut un après-midi très passionnel, lors duquel je me suis abandonné à ma tauromachie et je n’ai rien fait d’autre que de me régaler. Ce n’est pas simple de rencontrer sur ton chemin deux toros comme ceux de Virgen María et de les comprendre, de leur donner le combat adéquat et ensuite qu’ils te permettent de te régaler. C’est ce type de corrida qui te rempli de satisfaction.

- Je remarque que beaucoup de toreros utilisent le verbe se régaler à la première personne, en le mettant au-dessus de ce qu’ils pourraient transmettre au public. Ce que ressent le torero est-il uni à ce que captent les gradins ?

- Selon moi, oui. Lorsqu’un torero se livre totalement dans l’arène, le public le capte et les émotions se transmettent aux gradins. Quand on dit que l’on va toréer pour soi-même, à la fin c’est toréer pour tout le monde, car lorsqu’un torero ressent les choses et s’exprime, le public le capte et le ressent pareillement. Ce qui n’est pas simple, c’est de toucher des toros avec les qualités que possédaient les deux de Corella qui m’ont permis de m’abandonner de cette manière.

- Est-ce que l’abandon artistique est créativité ?

- C’est oublier une chose aussi importante que la technique et te laisser guider simplement par les sentiments. Et le faire avec beaucoup de régularité est très compliqué car il n’y a pas autant de toros qui te le permettent. En ce qui me concerne, des faenas comme celles-ci je peux en réaliser quatre ou cinq par saison.

- Les toros sont-ils aussi mauvais ?

- Non, au contraire.

- Alors, quel est le motif pour ne pas réaliser plus de faenas de ce type ?

- Les éleveurs ont réussi à élever un toro très bon mais très exigeant. Avant on disait qu’il y avait beaucoup de toros moyens. Aujourd’hui, en revanche, il existe beaucoup de toros avec des qualités mais qui exigent une analyse, une technique qui devient fondamentale pour qu’ils t’en soient reconnaissants et qui te permettent de triompher. Au jour d’aujourd’hui, il est rare de voir sortir un toro mauvais au sens strict du terme, comme il est rare également de voir des toros qui te permettent dès la première passe de muleta de t’abandonner et de t’exprimer en totale liberté.

- Le mérite des toreros repose donc aujourd’hui en la capacité de s’adapter aux exigences des toros, plus qu’en la manière de s’exprimer ?

- Pour pouvoir profiter d’un grand nombre de toros, tu dois avoir beaucoup de technique et surtout beaucoup de connaissances. C’est de cette façon que les toros arrivent à se livrer.

- En parlant de Juan Bautista, vous reconnaissez avoir réalisé pendant votre saison, quatre ou cinq faenas lors desquelles vous vous êtes abandonné. Vous voulez parler desquelles ?

- Ce fut une saison importante, surtout en France où j’ai eu une grande régularité. Des quatorze corridas, je suis sorti en triomphe à douze occasions et construit des faenas de grande importance dans des arènes comme Nîmes ou Arles. Cependant, une des meilleures faenas de l’année fut celle réalisée à Azpeitia face à un toro d’Ana Romero. J’ai vraiment savouré cette faena, je me suis vraiment régalé, j’ai toréé très doucement. Ce fut l’une des journées où j’ai démontré nettement qu’après plus de quinze années en tant que matador de toros, ma tauromachie continue d’évoluer et que je peux toréer de mieux en mieux chaque jour. J’ai aussi réussi à très bien toréer un toro de Salvador Domecq à Tudela. Ce fut une année de nombreux succès lors de laquelle j’ai réussi à sortir le meilleur de nombreux toros alors qu’on aurait dit qu’ils n’allaient pas se livrer. Dans mes mains, en leur offrant des possibilités et des solutions techniques, ils ont donné le meilleur d’eux même.

Les lots et la chance

- Vous arrive t’il de penser que la sensation de votre métier, votre facilité pour toréer les toros et les aptitudes innées dont vous faites preuve depuis que vous êtes novillero, cachent beaucoup de vos qualités et que le public ne valorise pas à sa juste valeur Juan Bautista ?

- Ecoutez, sur ce thème, je vais être très sincère, bien que je ne souhaite pas que cela paraisse prétentieux ou donner l’image que je suis suffisant.

- Je vous écoute.

- Je suis d’accord avec vous sur ce que vous dites concernant le métier, les qualités et la facilité, mais il est vrai aussi que dans mes mains, il y a beaucoup de toros qui semblent meilleurs que ce qu’ils paraissent en réalité. Il y a beaucoup d’animaux à qui je redonne confiance petit à petit et qui terminent en se livrant. A la fin, on valorise plus le toro que mon travail. Souvent on dirait que je touche le meilleur lot et cela n’est pas possible. A Corella, par exemple, oui j’ai eu deux bons toros alors que Salvador Cortés en a eu deux impossibles. Mais cela peut arriver lors d’une ou deux corridas, pas tout le temps. J’ai l’image de celui qui touche les meilleurs lots mais personne ne vérifie si c’est bien cela ou si c’est parce que les toros se retrouvent dans mes mains qu’ils embistent.

- Je vous sens meurtri.

- Je le suis.

- Contre la presse, contre les aficionados, contre les organisateurs ?

- Les journalistes devraient mener une réflexion à ce sujet. Et quelques aficionados aussi. Souvent je lis des comptes-rendus me concernant où l’on peut lire que les toros ont tout le temps été meilleurs que moi. Quelques fois c’est vrai. Mais pas toujours. Je me rappelle d’un temps où El Cid vivait la même chose. On dit souvent que la chance dans les tirages au sort doit être divisée à parts égales entre les toros et les toreros. Je suis peiné que cela ne soit pas détaillé, que d’un côté l’on ne voit pas le fait que souvent je tombe sur des toros moyens et qu’à force de patience, de temple, de leur donner la distance nécessaire ou de les toréer à la hauteur qui leur convient le mieux, ils finissent par rompre et que de l’autre on parle seulement des qualités du toro.

- Pensez-vous que c’est quelque chose de prémédité ?

- Non, je ne dis pas cela. Je dis simplement la réalité. Ensuite, il y a des toreros, et parmi eux des grandes vedettes, qui ne mettent pas le toro en valeur, et personne ne dit rien. Si le toro charge, c’est parfait. Et s’il ne charge pas, c’est pareil. En revanche, après on dit de moi que je touche tout le temps les bons toros. C’est quelque chose qui me fait mal, tout comme la manière différente avec laquelle je suis perçu en France par rapport à l’Espagne.

- Comment comprenez-vous cette dualité d’être vedette en France et qu’en Espagne vous devez prouver chaque après-midi qui vous êtes ?

- En France j’ai le statut de vedette et les aficionados viennent aux arènes chaque fois avec illusion car ils savent que je vais me livrer. Cela me motive. En revanche, en Espagne, je ressens beaucoup plus de méfiance. C’est comme si on mettait en avant le côté négatif de ma façon de toréer. Pour ne citer qu’un exemple, ce qui s’est passé à Madrid…

- L’oreille que la présidence ne vous a pas donnée ?

- Lors de la San Isidro, des oreilles ont été octroyées avec beaucoup moins de pétition. Le public m’a obligé à effectuer un tour de piste qui fut retentissant, sans aucun sifflet, même le tendido 7 a applaudi. Ensuite, le lendemain j’ai lu des choses qui disaient qu’au lieu d’avoir connu un bon après-midi à Madrid j’en étais sorti abîmé.

- Le toro d’Alcurrucén a été très bon.

- Il a été, très bon. Il a été un toro important. Mais souvenez-vous qu’il y avait beaucoup de vent et j’ai du le toréer protégé du vent, dans une zone de la piste où il n’y avait pas beaucoup de monde. Ce jour là, j’ai ressenti beaucoup de reconnaissance des aficionados et très peu de la presse. C’était comme si les 20 000 spectateurs qui étaient dans les arènes, et dont beaucoup d’entre eux ont demandé l’oreille, s’étaient trompés. Quelque chose semblable m’est arrivée lors des Fallas de Valencia. Le président n’a pas voulu donner l’oreille non plus.

- Malgré tout, je pense que 2015 a été une année lors de laquelle votre tauromachie a eu des points communs avec l’Espagne et la France.

- Je suis d’accord. En France, comme je vous le disais, je suis sorti en triomphe à l’issue de douze après-midi et en Espagne, si j’étais arrivé à couper les oreilles à Valencia et Madrid, le résultat aurait été encore plus positif. Au total, j’ai toréé 25 corridas de toros et à toute j’ai démontré beaucoup de régularité sans perdre l’envie.

- Vous la perdiez auparavant ?

- Il y a eu des années difficiles. Lorsque les choses ne se font pas comme on le souhaiterait, l’envie s’en va. Il y a eu des saisons où cela m’est arrivé. En revanche, cette année, ça a été tout le contraire. A la fin je ne suis pas arrivé fatigué.

Le naturel

- Il est vrai que vos résultats en France sont spectaculaires.

- A Nîmes, j’ai coupé cinq oreilles en deux corridas, à Arles j’ai toréé différents toros avec beaucoup de plaisir et où je suis aussi sorti sur les épaules ; j’ai également triomphé de grande manière à Béziers, Istres, la dernière corrida à Saint Sever fut très importante face à cinq toros de Victorino…

- De votre tauromachie, le temple a toujours été un élément qu’il convenait de souligner. Vous nous avez parlé de la faena d’Azpeitia au toro d’Ana Romero, une œuvre présidée par le naturel et une manière de composer la figure que vous n’avez pas toujours eu. Votre tauromachie est en train d’obtenir plus de naturel, et en même temps vous arrivez à donner un meilleur tracé à la passe ?

- C’est quelque chose que je cherche depuis longtemps : toréer avec profondeur, simplicité mais sans omettre une expression très naturelle. Le problème se situe au niveau de ce dont nous avons parlé précédemment : tout les toros ne te le permettent pas. Celui d’Ana Romero d’Azpeitia fut sensationnel, il chargeait très doucement et m’a permis de me régaler comme très peu te le permette tout au long de la saison.

- Avec la cape également vous vous êtes amélioré bien que cela vous coûte encore.

- Oui c’est la vérité. Cela me coûte mais je me suis beaucoup amélioré sur la véronique, bien que je vous dirais, qu’à part Morante de La Puebla, qui est très régulier et qui réussit à toréer beaucoup de toros dès leur sortie du toril, au jour d’aujourd’hui, il y a très peu de toros qui te facilitent les choses au moment de les toréer par véroniques. De nombreux animaux sortent distraits, ne se livrent pas et jusqu’à ce qu’ils se chauffent durant le combat, ils ne te permettent pas réellement de te mettre avec eux.

- L’épée a fonctionné également.

- Cette année oui. Bien que cela fonctionne par période, j’ai connu beaucoup de régularité cette saison sur ce point. J’ai très bien tué les toros, quelques uns à recibir. Je me préoccupe également du descabello car c’est une suerte qui peut être fondamentale selon les occasions qui se présentent. Je me rappelle de Roberto Domínguez, avec quelle solennité il descabellait. Pour cela, je me suis adapté un carretón exclusivement pour descabeller.

- Comment se présente l’hiver ?

- Pour le moment tranquillement. Il y a des choses qui se préparent pour aller en Amérique mais en début d’année prochaine. Il est probable d’aller au Mexique et au Venezuela, mais encore début d’année prochaine. Je vais continuer à me préparer, aller au campo en France et en Espagne pour arriver fort à l’occasion de la prochaine campagne.

Organisateur à Arles, nouvelle facette professionnelle

A partir du prochain exercice, la destiné du Colisée d’Arles sera entre les mains de Juan Bautista. Il y sera à la tête. Une nouvelle facette professionnelle, directeur des arènes de sa terre, un temple très lié à sa carrière et à toute sa famille. « J’étais destiné à l’être un jour où l’autre et l’opportunité s’est présentée maintenant. Peut-être un peu trop tôt, mais c’est le moment et nous assumerons », explique le torero, avant de nous expliquer comment cela est arrivé : « C’est directement la Mairie qui me l’a demandé. Ce sont des arènes qui ont été dirigées par mon père et mon oncle pendant 17 ans et ils souhaitaient arrêter, passer à autre chose, bien que leur expérience sera très bénéfique à l’équipe qui prend le relais, avec entre autre ma sœur et moi ». Malgré le fait qu’il soit encore en activité, Juan Bautista considère : « Cela ne va pas affecter ma carrière. Bien que ce soit implication, idées nouvelles et travail, la saison d’Arles, pour être en conformité avec le cahier des charges, sera composée de cinq corridas de toros, un spectacle de rejones, une novillade avec picadors et une novillade non piquée ». Il confesse qu’il va essayer d’apporter une nouvelle vision des choses concernant la gestion taurine du Colisée : « Nous souhaitons mettre l’accent sur la communication, l’image et mettre en œuvre des idées nouvelles. Ensuite, je pense à beaucoup de cartels possibles dans ma tête, j’en aurais assez pour monter une feria de San Isidro mdr… ».

Interview accordé au numéro 1962 de la revue taurine Aplausos, du lundi 4 mai 2015 – Propos recueillis par Ángel Berlanga.

La Feria pascale d’Arles a été le théâtre de son récent triomphe. Là, sur ses terres, il a été une nouvelle fois prophète. En réalité, il l’est depuis bien longtemps dans toute la France. Comme preuve de sa catégorie sur le territoire français, les arènes de Palavas, Nîmes, Mauguio, Istres, Châteaurenard, Arles une nouvelle fois l’attendent… Un agenda fourni conséquence de succès récoltés tout au long des quinze années d’alternative. Aujourd’hui, l’objectif immédiat est de relancer sa carrière en Espagne. Et quelle meilleure arène que celle de Madrid – lors de la San Isidro – pour le concrétiser. Après son absence l’an passé à cause de désaccords avec la direction des arènes, il revient avec la volonté de remettre les choses à leur place. Pour le réaliser, il a deux corridas entre les mains. Les deux avec des élevages de garantie. « Cette fois-ci on m’a bien traité, c’est à moi maintenant d’en profiter », souligne t-il.

- Séville a pris fin sans que Juan Bautista soit annoncé. C’est normal ?

- Possiblement… Chacun doit assumer de la même façon en fonction du niveau où il se trouve. Personnellement, cela fait quelques années que je ne suis pas annoncé à Séville et cela me fait de la peine, mais je comprends qu’il y ait un ordre dans la programmation et que dans quelques endroits je sois en tête ou que je fasse partie du groupe de ceux qui sont appelés en premier et que dans d’autres je fasse partie du second groupe et que je peux rester dehors, comme ce fut le cas.

- C’est un fait que Séville vous a toujours spécialement résisté.

- C’est ça. C’est pour cette raison que je comprends de ne pas avoir été programmé, même si cela me fait mal. Les opportunités que j’ai eu dans ces arènes n’ont jamais donné le résultat que j’aurais aimé ; quand bien même mon concept et ma manière de toréer auraient du rentrer pleinement à la Maestranza, mais jamais je n’ai réussi à m’entendre avec un toro ou me faire comprendre du public.

- Cela vous génère t-il des doutes en tant qu’artiste ?

- Pas beaucoup, car je sais que je me suis amélioré en tant que torero depuis mon dernier paseo à Séville. C’était pour le Corpus en 2011. Quatre années se sont écoulées et depuis ma façon de toréer a beaucoup évolué, c’est pour cela que j’aimerais montrer cette évolution dans une arène comme celle-là. Mais d’abord, il faut y être annoncé et ensuite, lorsque le jour est arrivé, qu’il te sorte un toro qui te permette de t’exprimer.

- En revanche à Valencia vous avez été programmé et les mêmes qui doutaient de votre présence ont fait des gorges chaudes ensuite en l’absence de triomphe…

- S’il n’y a pas eu de triomphe c’est à cause du président. Cette année, on m’a volé une oreille aux Fallas, je l’ai très présent à mon esprit. Le président n’a pas respecté le règlement car la pétition était majoritaire. Je l’ai ressenti de cette façon en direct et ensuite cela a été confirmé au travers de la télévision. Je comprends que c’était le premier toro de l’après-midi et de la feria et que la situation du président pouvait être difficile, mais cette oreille on me la devait. Ensuite, le public m’a demandé d’effectué un tour de piste mais je ne l’ai pas souhaité et j’ai répondu à l’ovation. Si au lieu d’ovation et silence le résultat avait été oreille et silence, on aurait parlé différemment…

- Aux Fallas, pensez-vous que vous méritiez d’y être ?

- L’an dernier en octobre, j’ai été à deux doigts d’ouvrir la grande porte. J’ai coupé une oreille avec force et l’on m’en a demandé une autre à mon second toro de ce jour là. Le fait d’être apodéré par la direction aide, bien sur, mais si je n’avais pas failli ouvrir la grande porte en octobre, je n’aurais pas été annoncé. Simon me l’a confié.

- Là où il n’y a eu aucun doute ça a été à Arles. Votre place est méritée tout comme votre triomphe.

- Même là on ne m’a jamais rien offert non plus. Ce qui est sur c’est qu’après avoir tué en solitaire six toros lors de la goyesque, l’exigence était forte. L’après-midi s’est mise compliquée pour tous mais au cinquième, qui n’a pas été facile, j’ai su puiser en lui ses ressources à base de patience et de technique et j’ai réussi à lui couper les deux oreilles. Ensuite, Manzanares a bien concrétisé en coupant une queue et ce fut un final en apothéose.

- Vous avez conquis la France depuis longtemps. L’objectif reste l’Espagne ?

- Me maintenir en France fait partie également de mes objectifs tous les ans. Ici, le public m’aime, m’appui mais m’exige également. Et chaque fois plus. Cela fait quinze années d’alternative et plus le public te voie, et plus il est difficile de le convaincre. En Espagne, tout est différent : cela fait plusieurs années que je ne vais pas beaucoup toréer dans les arènes importantes et l’objectif, bien sur, est de me relancer. En ce sens, la prestation lors de la Feria des Fallas, par rapport aux professionnels, si elle n’aide pas à me relancer, elle démontre au moins que ce qui s’est passé en France ces dernières années n’est pas le fruit du hasard.

L’objectif de donner une nouvelle impulsion à sa carrière en Espagne est entre ses mains dans quelques temps. Cela passe par Madrid, où il est annoncé lors de deux après-midi pendant la Feria de San Isidro. Là, il peut et doit donner le coup de rein par rapport à sa trajectoire dans notre pays. Après une année d’absence du à des désaccords avec la direction, il est annoncé en 2015 pour combattre les corridas d’El Montecillo et Alcurrucén, deux élevages de garantie pour Las Ventas. « Alcurrucén a permis ma dernière sortie en triomphe en 2010 et avec El Montecillo, sans aller plus loin que l’an dernier, Abellán et Francisco José Espada ont triomphé. Là, j’ai quatre balles avec lesquelles j’espère pouvoir atteindre la cible », déclare t-il les yeux pleins d’enthousiasme.

- J’imagine que cette année vous avez du considérer comme juste la manière dont vous a traité la direction.

- Oui, bien entendu. Cette année on m’a bien traité, en toute logique, et je suis enchanté et reconnaissant de revenir dans ces conditions à Las Ventas. L’an dernier on n’a pas pu trouver un arrangement, et nous en avions expliqué les motifs, et maintenant, même si cela m’a fait mal à l’époque, je pense que quelques fois, il est préférable de laisser reposer une arène de ta présence.

- A l’heure de signer un contrat, que regarde t’on en premier ? Les élevages, les compagnons, la date, l’argent… ?

- Cela dépend de quelle arène il s’agit. Concernant Madrid, je regarde en premier lieu les élevages. J’ai besoin de croire en eux, de penser qu’ils peuvent aider à m’exprimer sur la piste, et précisément cette année, je n’ai eu aucun doute. Ensuite, l’affiche, car même si chacun à sa propre vision, je cherche d’être à côté de toreros qui ont réalisé des choses importantes à Las Ventas et dans d’autres arènes du circuit.

- Et l’argent, en quelle position se trouve t-il ?

- Dans mon cas, au moins à Madrid, ce n’est pas le plus important. Mais je répète que cela dépend de l’arène. Il y a des endroits où l’argent est primordial et d’autres où il a moins d’importance.

- Qu’elle est votre plus grande préoccupation quand vous toréez à Las Ventas ?

- Madrid pèse para rapport au toro, à l’exigence, aux 24 000 personnes, à la télé, parce que toute la presse est représentée et les professionnels en attente, car tu as conscience que ce qui va se passer aura une incidence, positive ou négative sur ta carrière ; mais comme j’ai eu la chance de connaître des après-midi de triomphe, je suis à l’aise, avec l’envie de me montrer tel que je suis maintenant en tant que torero, plus mature et avec plus d’expérience. Par exemple, Séville m’a toujours plus pesée que Madrid. A la Maestranza je me suis senti observé et j’ai toujours eu de la difficulté à ressentir le public, je suis beaucoup plus préoccupé d’y toréer que dans une autre arène.

- Lors de votre dernière corrida durant la San Isidro vous avez coupé une oreille d’un grand toro de Carmen Segovia.

- Madrid m’a vu triompher, nous avons vécu des après-midi glorieux, de grand triomphe ; mais aussi des silences et des déceptions. J’ai toréé autour de 25 ou 28 corridas en tant que matador et donc, en toute logique il y a eu de tout ; mais j’ai le privilège d’y être un torero respecté et je n’y ai jamais ressenti de l’incompréhension. En plus, quand cela se passe bien, de suite le public me le fait savoir et réagi. Cela donne beaucoup de confiance.

Avant le double rendez-vous de Madrid, Juan Bautista est annoncé ce vendredi en mano a mano avec Sébastien Castella à Palavas. Il assure que les petites rancœurs du passé sont désormais oubliées : « Notre relation s’est beaucoup améliorée et j’en suis ravi. Les années passent et nous assimilons et comprenons mieux les choses. Il est vrai que nous avons connu des époques où même pas nous nous saluons en arrivant aux arènes, des moments de grande tension entre nous, mais maintenant il y a un respect mutuel. J’ai beaucoup d’admiration pour lui pour ce qu’il a accompli et pour ce qu’il fait. La rivalité existe, bien entendu, mais elle est différente, respectueuse comparée à ce qui se passait auparavant ». Cette rivalité dont il parle – « réelle, non imaginée », souligne t’il – était désagréable pour eux à titre personnel, mais positive pour le spectateur et la Tauromachie en général : « On nous a toujours opposé. Pendant quarante ans, la France a espéré que naisse un torero important et d’un coup, deux sont sortis. Il y a eu des moments où l’un était au-dessus de l’autre, et inversement… et ensuite, en marge de la piste, nous nous sommes fait la guerre en ce qui concerne les contrats. Nous n’avons jamais facilité la présence de l’autre », reconnaît-il.

- Dans le souvenir de tous, il reste cette corrida de la Presse de Madrid sous la pluie…

- Nous avons remporté ex-æquo l’Oreille d’Or, qui nous a été remise par le Roi d’Espagne. Ce fut l’unique fois où nous avons toréé ensemble à Madrid et la corrida a été très importante, pas seulement pour nous, mais aussi pour la tauromachie française en général.

-Il faudrait vous retrouver à nouveau à Las Ventas.

- Ce serait cool de le refaire. De mon côté, j’en serais enchanté.

Après San Isidro, la France sera à nouveau l’axe de la saison de Juan Bautista. « J’ai une belle saison prévue dans mon pays, d’une quinzaine de corridas plus ou moins ». Pour le moment, les arènes de Nîmes, Mauguio, Istres, deux fois, Châteaurenard, Arles… comptent sur sa présence. Cependant, il y a deux ferias où il n’a pas été appelé, Dax et Mont de Marsan : « En plus cela fait la seconde fois consécutive », souligne t’il. Lisbonne sera également une nouveauté de la campagne : « J’ai déjà toréé une fois il y a de cela plusieurs années à Campo Pequeno. Je suis enchanté d’y revenir car ces arènes sont une pure merveille, elles sont incroyablement belles et en plus le public répond ». En même temps, les arènes ont une relation familiale : « C’est l’arène où mon père a pris l’alternative en tant que rejoneador », se souvient le torero ; qui ajoute : « C’est un autre public, une autre tauromachie, une autre manière de concevoir le toreo, qui est vécu avec grande intensité ».

Revenons en France. L’unique double présence est prévue à Istres, où il affrontera en plus les victorinos en mano a mano avec Iván Fandiño. La variété des encastes a été une constante dans sa carrière. « Ce sont des manières d’offrir d’autres attraits aux aficionados. Depuis mes débuts comme matador – quelques fois parce que je n’avais pas le choix, d’autres car je le voulais – je me suis efforcé à toréer tout type d’élevages et d’encastes. J’ai toujours essayé d’écouter l’aficionado français, qui a ce goût pour la diversité et concernant ma carrière, j’ai essayé d’y apporter cette variété. L’an dernier, j’ai tué la corrida de Miura à Béziers à la suite de laquelle je suis sorti en triomphe. Nous, les toreros, nous devons montrer notre capacité d’adaptation devant différents encastes et mettre en lumière les différents registres techniques exigés par chaque origine ».

- Ne croyez-vous pas que le fait de s’obliger à combattre et triompher avec des animaux de tous types et conditions devrait être une condition absolue pour être vedette de la tauromachie ?

- Je crois que cela dépend de chaque torero, de chaque personnalité et la manière de chacun de comprendre la tauromachie. Je comprends que certains toreros, qui sont vedettes et qui de par leur concept et leur manière d’interprétation, doivent s’attacher à quelques élevages pour garantir au public ce qu’il attend d’eux. Mais il existe d’autres compagnons qui sont aussi des vedettes et qui effectivement possèdent les capacités techniques et un courage suffisant pour s’adapter et comprendre les différentes races et élevages. Certains l’ont fait fréquemment, c’est vrai, mais l’afición demande toujours plus, mais ce serait bien qu’ils le fassent plus souvent, surtout à notre époque où la nécessité de surprendre est importante. Prenez l’exemple de Fandiño, qui, même si le résultat artistique n’a pas été celui escompté, a réussi à remplir Las Ventas pour l’ouverture de la saison. Cette attente qu’il a suscitée est la preuve qu’une partie du public souhaite voir des gestes de cette sorte. Et qu’il faut écouter et prendre en compte un peu plus les désirs de l’afición.

Solidaire et impliqué pour le futur

Juan Bautista est le parrain du premier Bolsín Taurin de Nîmes Métropole. Les épreuves de sélection ont eu lieu le 25 avril dernier alors que les demi-finales et finale sont prévues pour les 13 et 14 juin dans les Arènes de Manduel et Rodilhan, respectivement. « C’est le premier bolsín qui est organisé dans le sud-est français et comme en plus il se déroule dans la région de Nîmes, tout près de là où je vis, je porte beaucoup d’intérêt pour être présent et collaborer avec les organisateurs », dévoile le torero.

Ce nouveau parrainage s’ajoute à celui du Collectif Corridafrance, qui collabore avec des associations qui apportent une aide aux enfants malades : « Tous les ans, depuis sept ou huit années, je demande à mes compagnons de m’offrir une cape ou une muleta afin que l’argent que nous récoltons soit destiné à améliorer les séjours des plus petits à l’Hôpital d’Arles ».

De la même façon, Juan Bautista parraine également La Jeunesse Taurine du Pays d’Arles, entité qui met en place des actions en faveur des jeunes : « D’ici quelques jours, je vais inviter un jeune, qui aura gagné une tombola, pour partager avec ma cuadrilla et moi-même la journée de mon retour à Madrid. Je prends en charge le voyage aller-retour en avion et l’entrée à la corrida. Il sera avec nous depuis la veille de la corrida », explique t’il ; et dénonce e guise de conclusion : « Nous les toreros sommes solidaires, nous répondons présents chaque fois qu’on nous le demande, cependant, nous vivons des moments assez compliqués comme lorsque par exemple un hôpital de Nîmes, dont je tarais le nom, n’a pas voulu accepter notre aide qui venait du monde des toros à cause des pressions envoyées pas les antitaurins ».

2014

Interview accordé au site taurin www.corridafrance.fr le mardi 23 décembre 2014 – Propos recueillis par Laurent Deloye « El Tico »

CorridaFrance : Jean-Baptiste bonjour. Commençons par tirer un bilan de ta temporada 2014 avec, au chapitre des satisfactions, une stature nationale unanimement reconnue avec les Prix qui vont avec, mais une présence en Espagne à la baisse par rapport aux années précédentes. Comment analyses-tu cette absence des grandes arènes Espagnoles alors que tu es par ailleurs une des valeurs sûres de Madrid ?

Juan Bautista : Je vais répondre à ta question en deux parties. Je suis très heureux de ma temporada française, de tout ce qui s'est passé. Et c'est vrai que j'ai été récompensé en fin de saison pour ma régularité cette année. J'ai triomphé à Nîmes ; à Istres ; à Béziers ; à Arles et je vais recevoir de nombreux Prix, dont celui des Clubs Taurins Paul Ricard. Il me semble que j'ai franchi un nouveau palier, important, lors de la temporada française. Et il y a quatre ou cinq après-midi qui resteront dans les mémoires et qui resteront comme très importantes dans ma carrière. En premier lieu, bien sur, les six toros d'Arles mais aussi les Miura de Béziers ; mes deux triomphes à Istres ; la Porte des Consuls de Nîmes ; la Grande Porte de Bayonne et d'autres belles après-midi que j'ai pu donner un peu de partout. J'en suis très heureux. Ensuite, ma saison espagnole a été conditionnée négativement par mon absence de Madrid, comme je l'ai expliqué par ailleurs et pour les raisons que j'ai évoquées à l'époque. Ma saison espagnole s'est énormément compliquée à partir de ce moment là. Un torero absent de la Feria de Madrid, la Feria la plus importante du Monde, ça met forcément des barrières pour rentrer dans d'autres arènes importantes où j'aurais du rentrer ou en tous cas, il y avait des possibilités. Les dix courses que j'ai toréées en Espagne l'ont été dans des arènes du deuxième circuit, des arènes de troisième catégorie. Il y a eu malgré tout des après-midi intéressantes, mais qui ont eu moins de retentissement. En fin de saison, il y a quand même eu une confirmation, en tous cas la confirmation de ma belle saison en France avec l'oreille coupée à Valencia au mois d'octobre, dans une arène de première catégorie. C'était un petit rappel à l'attention des aficionados espagnols et j'espère que tout va s'arranger pour la saison à venir avec une présence plus importante dans les arènes espagnoles.

CorridaFrance : Est-ce la raison de ce nouvel accord d'apoderamiento qui te lie désormais à Simon Casas ?

Juan Bautista : Bien sur, c'est une des raisons. Simon m'a déjà apodéré par le passé. Il a suivi ma temporada et avait envie... On avait envie de re-travailler ensemble. Et en plus en association avec Alain (Lartigue - NDLR), duquel je suis très proche et qui m'est très cher. Il m'apodérait la saison dernière comme il l'avait déjà fait par le passé. Le positionnement de Simon, notamment dans de grandes arènes et des Ferias importantes, devrait nous aider à avoir une base de corridas intéressante en Espagne lors desquelles il faudra avoir de bons résultats pour asseoir de façon durable notre retour.

CorridaFrance : Comment en êtes-vous arrivés à cet accord ?

Juan Bautista : Je savais que Simon suivait ma temporada en France. Il était présent lors de plusieurs de mes triomphes et notamment à Arles pour les six toros. Cette année, comme pratiquement toutes les années précédentes, il m'a engagé à Nîmes, à Valencia et on a toujours eu de très bons contacts. On s'est donc souvent croisés et on a senti un intérêt mutuel qui nous amené à conclure cet accord avec Alain, qui est complètement associé au projet. Et je suis au final très fier de pouvoir travailler avec ces deux grands professionnels Français.

CorridaFrance : Y a-t-il déjà des dates ou de grands rendez-vous de programmés ?

Juan Bautista : C'est encore un peu tôt... Bien sur, il y a des dates qui sont signées, quelques unes, en France notamment. Il commence à y avoir des pourparlers en Espagne aussi... Les choses se présentent bien. Je devrais être présent dans toutes les grandes ferias françaises et réintégrer cinq ou six grandes Ferias en arènes de première catégorie en Espagne. Ce sont d'ores et déjà de bonnes bases de posées pour reconquérir l'Espagne qui m'avait un peu oublié ces dernières années.

CorridaFrance : Y aura-t-il, comme les années précédentes, des "gestes" de Juan Bautista lors de la temporada 2015 ?

Juan Bautista : Il n'y a pas d'encerrona de prévues pour le moment en 2015...

CorridaFrance : Pour le moment ?

Juan Bautista : Pour le moment... mais pourquoi pas. Le souvenir des deux dernières, à Istres et Arles est très agréable. Je crois que le souvenir laissé aux aficionados l'est également. Alors pourquoi pas cette année, ou celle d'après, si l'occasion se présente, renouveler l'expérience dans une grande arène en France ou en Espagne, si quelque chose d'intéressant, de motivant, m'est proposé. Ensuite, des "gestes" devant des corridas dures, je te confirme qu'il y en aura quelques uns, notamment dans des arènes françaises. Mais je ne peux pas dévoiler maintenant des cartels qui vont être annoncés prochainement. Il y a quelques projets sympas...

CorridaFrance : Qu'en est-il de l'Amérique du Sud ? Vas-tu être aussi présent que les autres années dans les ruedos de l'autre côté de l'Atlantique ?

Juan Bautista : Je continue a être apodéré par "Casa Toreros" en Amérique du Sud. J'ai, à partir de la fin janvier et au mois de février, plusieurs contrats qui sont déjà signés. San Cristobal, au Vénézuéla, au mois de janvier et plusieurs corridas au Mexique en février dont une à Autlan de la Grana, qui a déjà été annoncée le 15. Et s'il n'y a pas de problème, il devrait s'ajouter quatre ou cinq autres corridas lors du même voyage. Ce qui fait que je devrais toréer six ou sept corridas en restant une vingtaine de jours en Amérique du Sud. C'est intéressant pour moi car je vais commencer ma saison très tôt en Europe, au mois de Mars. Donc ces corridas vont me permettre de bien me préparer pour la saison européenne après une interruption de quelques mois, puisque j'ai toréé ma dernière corrida au mois de novembre au Mexique.

CorridaFrance : Tu es le parrain du "Collectif CorridaFrance" depuis déjà quelques années et tu as démontré à quel point tu étais impliqué dans les actions caritatives que nous avons pu mener ensemble. Te voici maintenant parrain d'une toute nouvelle association de jeunes aficionados du Pays d'Arles. Qu'est ce qui t'a amené à accepter cette proposition d'associer ton image à cette nouvelle action en faveur des jeunes ?

Juan Bautista : D'abord, c'est Arles, c'est ma ville. Ensuite, j'ai apprécié ce projet qui vise à faciliter l'accès pour les jeunes aux ganaderias ; aux arènes ; au contact des toreros ; des ganaderos et à nos traditions en général qu'il faut défendre et faire connaître. Lorsqu'on a évoqué le projet, de suite j'ai pensé à organiser des tientas ; faire découvrir les toros au campo ; faire connaître la vie des toros en liberté durant les quatre années qui vont les mener jusqu'aux arènes. Donner l'occasion aux jeunes qui sont intéressés de parler à un torero, de sa préparation, de sa mentalisation... Et pourquoi pas même, si c'est possible, en inviter quelques uns à venir aux arènes avec moi lors de l'une de mes corridas pour qu'ils découvrent ce monde de l'intérieur, avec le torero, sa cuadrilla. On doit tous se mobiliser pour créer de l'aficion et lorsque les projets sont beaux et bien pensés, c'est toujours avec plaisir que j'y répond favorablement.

CorridaFrance : Juan Bautista, merci et Bonnes Fêtes en famille...

Juan Bautista : Bonnes Fêtes également à tous les aficionados...

Interview dans la revue taurine Aplausos, n° 1941 du lundi 8 décembre 2014 – Propos recueillis par Íñigo Crespo ; photo Isabelle Dupin.

Pour cet exercice, ses statistiques en France son spectaculaires. Arles, Nîmes, Bayonne, Béziers, Istres et Châteaurenard, pour ne parler que de ces arènes, ont été les témoins du grand niveau atteint par la tauromachie de Juan Bautista. Année à marquer d’une pierre blanche sur ses terres, où son statut, comme il le reconnaît lui-même, a augmenté pendant cette saison qui l’a vu célébrer ses quinze années d’alternative. En Espagne, la réalité est tout autre, malgré le fait d’avoir coupé une oreille à Valencia en octobre, après-midi durant laquelle il a laissé constance de l’évolution et de l’accroissement de sa tauromachie. Sur de lui et mature, le français regarde vers le futur avec optimisme.

- Les statistiques de votre saison font constater deux réalités que connaît votre carrière : la France et l’Espagne. Deux situations opposées pour vous.

- C’est la tendance de ces dernières années et qui s’est révélée encore aujourd’hui. En France, cela a été la meilleure saison de ma carrière, ma consécration en tant que vedette dans mon pays, saison pour laquelle j’ai remporté beaucoup de trophées à l’issue de la majorité des ferias. Au contraire de l’Espagne où ma présence a été qu’anecdotique, même si Valencia a été la seule arène de première où j’ai pu toréer et où j’ai coupé une oreille, étant à deux doigts de sortir en triomphe.

- Ne pas avoir fait partie des cartels de Madrid n’a pas du aider non plus à changer cette inertie.

- Mais je ne regrette pas d’avoir dit non à ce que l’on m’a offert. Le jeu de ces corridas m’a donné raison. Je n’ai pas compris pourquoi on m’a traité de la sorte après avoir coupé une oreille l’an passé, ouvert la Grande Porte il y a de cela trois ans, alors que peu de toreros l’on réalisé.

- Cependant, en France, la régularité dont vous avez fait preuve a été élevée.

- C’est ce terme qui résume tout cette année : la régularité.

- Mais avec beaucoup d’épaisseur.

- La chose qui est à mettre en avant pour cette saison est que cette régularité a été présente devant des toros de nombreux encastes. J’ai démontré que je suis capable de très bien toréer le bon toro mais j’ai su également comprendre les toros qui exigent autre chose ou qui présentent des difficultés. Par exemple, j’ai triomphé de la même manière face à un toro de Zalduendo à Nîmes que face à un autre de Miura à Béziers où lors de ma corrida à Arles où j’ai tué en solitaire six toros d’encastes différents. En tant que torero et professionnel, j’en suis très fier.

- Vous admettez que cela correspond à une consécration en tant que vedette dans votre pays. Quelles sont les secrets de votre tauromachie pour avoir atteint ce but ?

- Le secret de Juan Bautista a toujours été la volonté de s’améliorer, chaque jour, j’ai toujours voulu être meilleur torero. Lorsque vous avez l’afición, tout arrive. Cela fait quelques années que ma maturité professionnelle et personnelle se voit en piste et que cela m’a apporté une sécurité, une connaissance et une confiance en moi que je n’ai jamais atteint jusqu’alors.

- Si vous deviez élire vos meilleures faenas de 2014, lesquelles choisiriez-vous ?

- Je vous en citerais deux. L’une à un toro de Capea à Arles, le jour des six toros. Je me suis beaucoup régalé dans tout les tercios face à cet animal. Je l’ai banderillé et avec la muleta ce fut l’un des toros que j’ai toréé le plus doucement ; ensuite je parlerais du troisième toro de mon lot de Miura à Béziers, qui a été une surprise. J’ai coupé l’oreille d’un autre de Miura à force de me battre avec lui et chercher les solutions, mais face à ce troisième, j’ai construit une faena très templée avec du rythme, de ces faenas qui vous remplissent de l’intérieur

- Cela vous affecte t’il psychologiquement d’être reconnu comme une vedette en France et qu’une fois les Pyrénées passées vous vivez une autre situation aussi opposée ?

- Si j’ai réussi quelque chose cette année, ça a bien été de défendre mes acquis et confirmer mon statut de vedette dans mon pays. Je m’étais fixé cet objectif lors des dernières années et cette saison j’y suis arrivé de manière unanime. Concernant l’Espagne, cela ne m’affecte plus. Pendant quelques années, je n’arrivais pas trop à l’assimiler mais aujourd’hui non. J’ai très bien toréé certains toros en Espagne et lorsqu’un m’a permis de réaliser la tauromachie que j’aime dans une arène importante comme Valencia, j’ai prouvé le bon moment que je traverse actuellement. En étant bien en piste, tout arrivera à point

- J’en déduis en écoutant vos paroles que vous croyez possible pouvoir reconquérir l’Espagne.

- Ce but, personne ne pourra me l’enlever. Le niveau que j’ai atteint en France, je peux l’atteindre pareillement en Espagne et cela se verra n’importa quand. J’y suis préparé et je souhaite que mon retour dans les arènes de Las Ventas se produise en 2015 et que cela me serve pour triompher et m’ouvrir les portes de toutes les ferias, et pas seulement celles de mon pays.

- Que craignez-vous du futur ?

- Je ne crains rien. Je demande au futur de me permettre de continuer avec ce niveau chez moi et avoir la possibilité de changer les choses en Espagne. Le futur me fait rêver, c’est quelque chose que j’ai appris avec le temps. Le passé est agréable, il t’apporte de bonnes sensations, mais il ne te sert pas pour le présent. Au final, l’objectif de tout être humain est de courir après le futur et le préparer du mieux possible.

Arles, un après-midi pour l’histoire

En 2014, Juan Bautista a fêté quinze années d’alternative. Il les a célébré de grande manière en affrontant en solitaire six toros chez lui : à Arles. Après-midi qui est entré dans l’histoire : cinq oreilles et une queue. Et la sensation de contempler la plénitude et la maturité d’un torero. « Ce fut un rêve émotionnant » se souvient Juan Bautista. « Cela n’a pas été seulement le fait de me mesurer à six toros mais plutôt que chacun était d’un encaste différent ; l’obligation était de donner un spectacle très complet, de réaliser des combats en adéquation avec chaque toro et d’avoir eu la possibilité de construire deux grandes faenas face aux toros de Domingo Hernández et de Capea », détaille t’il. « Arles m’a toujours soutenu mais elle m’a aussi exigé. C’est pour cette raison que cette corrida a eu ce degrés de légende, pour avoir répondu à l’attente et pour avoir vécu toutes les belles choses qui s’y sont accomplies ».

Interview accordé à la revue taurine Aplausos, n° 1927 du lundi 1er septembre 2014 – Propos recueillis par Íñigo Crespo, photos Isabelle Dupin.

A seulement 33 ans et déjà trois lustres d’alternative, Juan Bautista est un torero de vocation, devancé par une trajectoire baignée de classicisme et de belle tauromachie, avec à son actif plus de 500 corridas de toros et des succès retentissants dans les premières arènes d’Espagne, de France et d’Amérique. Trois Grandes Portes à Madrid honorent son curriculum et une carrière lors de laquelle il a su surmonter les hauts et les bas et maintenir une place bien gagnée dans l’escalafón. Torero classique. Sincère hors et en piste. Avec lui, nous revenons sur ses 15 années d’histoire.

- 15 années d’alternative. C’est beaucoup ou c’est encore peu ?

- On peut dire que cela commence à faire bien qu’il m’en reste encore beaucoup à accomplir.

- Je n’en ai aucun doute.

- Ce qui est vrai, c’est que ces quinze années ont été intenses, dures parfois, avec des hauts et des bas, mais je suis fier d’avoir été capable de surmonter les mauvais moments et d’en être toujours ressorti par le haut. Maintenant que le temps a passé, je me rends compte que les difficultés n’ont jamais été un obstacle pour moi.

- Avant de revenir sur votre trajectoire, en regardant vers le passé, qu’est ce qui vous vient à l’esprit en premier ?

- S’il y a quelque chose qui me remplit de satisfaction c’est de m’être approché de la trajectoire d’un torero qui depuis que je suis petit était mon idole et mon référent, je veux parler de Nimeño II. A mes débuts, c’était mon modèle pour avoir réussi à toréé dans les principales ferias d’Espagne et d’Amérique ainsi que de rivaliser avec les vedettes. Je l’ai toujours admiré et je rêvais de pouvoir atteindre une partie de ce qu’il avait réussi. Après quinze années d’alternative, je peux dire que j’aurais signé pour être arrivé là où j’en suis, en ayant triomphé dans les principales arènes d’Espagne, de France et d’Amérique.

Le commencement

Né à Arles le 12 juillet 1981, Jean-Baptiste Jalabert Fournier a été un autodidacte dans la profession. Il n’a jamais été inscrit dans une école taurine et il fit son apprentissage au côté de professionnels et d’éleveurs, qu’il côtoyait par l’intermédiaire de son géniteur Luc Jalabert en sa qualité d’organisateur français. « Il est évident qu’être fils de qui je suis m’a aidé à mes débuts. A la maison, je baignais dans le monde des toros et j’ai eu des facilités pour me préparer. Disons que cela a été un bon commencement pour me montrer le chemin », assure Juan Bautista, qui, parallèlement, nuance : « D’un autre côté, cela m’a rendu les choses plus compliquées car on te regarde avec d’autres yeux, les exigences sont plus fortes. C’est un peu ce qui arrive aux toreros de dynastie. D’une manière ou d’une autre, la situation de mon père ne m’a pas aidé. Il s’entend bien avec beaucoup, pas avec d’autres, et au final, d’une certaine manière, cela a influencé ma carrière ».

- L’année 1999 a été déterminante pour vos débuts. Lors de cette campagne, vous ouvrez la Grande Porte de Madrid en tant que novillero, vous prenez l’alternative et vous la confirmez.

- Je suis resté novillero très peu de temps, moins de deux ans. A 17 je me suis présenté à Nîmes où j’ai gracié un novillo de Rocío Jurado et Ortega Cano. Je suis sorti en triomphe d’Arles et j’ai coupé les oreilles lors de ma présentation à Valencia, Castellón et Barcelone. Je suis arrivé à Madrid et j’ai ouvert la Grande Porte ce qui a représenté le point d’orgue à mes débuts. A partir de là, j’ai pu atteindre le rêve de prendre l’alternative sur mes terres.

- Ensuite, vient une première époque de matador de toros qui va de 2000 à 2003. Cela correspond à trois années de hauts et de bas. Vous aviez noté le changement entre le novillo et le toro ?

- Regardez comme sont les choses, elles n’ont pas été de mauvaises années car j’ai obtenu des triomphes à Valencia, Bilbao, Saragosse, Castellón, et partout en France… et j’ai coupé sept oreilles lors de la Feria de Cali et fait un tour de piste lors de ma première San Isidro. Il est vrai que je manquais d’expérience et je n’arrivais pas à avoir de régularité. Un après-midi j’étais bien et le jour suivant j’étais perdu sans arriver à résoudre les problèmes. Un autre facteur a influencé : dès le début, j’ai du me mesurer à des maestros tels qu’Enrique Ponce, Joselito ou César Rincón ou avec d’autres toreros de ma génération comme El Juli ou Miguel Abellán qui avaient plus d’expérience que moi. Ce furent trois années avec beaucoup de pression jusqu’au moment où, en 2003, elle a été plus forte que moi et j’ai du me retirer.

- Cette année et demie en dehors des arènes, a-t-elle été la plus dure ?

- Je suis parti très touché moralement. Je ne voulais plus rien savoir des toros, un milieu qui avait été ma vie depuis que j’étais enfant. Je n’avais plus aucune envie et j’étais très déçu. Ensuite, à partir d’un festival sur mes terres que j’ai eu envie de toréer, j’ai ressenti à nouveau les sensations du toreo et j’ai décidé de réapparaître en 2005.

- Vous aviez alors déclaré que vous recommenciez de zéro. Avec le temps qui passe, avez-vous la même impression ou y avait-il une inertie de la première étape ?

- Sincèrement, j’ai recommencé de zéro. Personne ne pariait sur moi, très peu de personnes me croyaient capable de me gagner la place dans les ferias. Cette année là, j’ai toréé 24 corridas et coupé une oreille à Vitoria dans les vieilles arènes, deux oreilles à Arles, et deux supplémentaires à Nîmes et une à Béziers.

- La faena de référence fut celle de Vitoria, le 9 août 2006 face à un toro d’Aldeaquemada.

- C’est cette faena qui m’a lancé et qui m’a donné beaucoup de moral. Elle a eu beaucoup de répercussion, le maestro Antoñete en a beaucoup parlé et ce fut comme une redécouverte. Cette même année, il y eut deux après-midi importants, un à Dax où j’ai coupé quatre oreilles à une corrida de Bañuleos et la grâce d’un toro de Victoriano del Río à Fréjus.

- Un an plus tard, vous avez réalisé une de vos meilleures saisons.

- J’ai beaucoup toréé en 2007 et dans les meilleures ferias. J’étais apodéré par Santiago López. A Madrid, comme cela s’était bien passé avec une corrida d’Araúz de Robles, j’ai pu rentrer à la Corrida de la Presse et couper une oreille sous un déluge. J’ai remporté l’Oreille d’Or. C’est cette année aussi où j’ai coupé une oreille à Bilbao face à une corrida de Jandilla et je l’ai terminé en ouvrant la Grande Porte de Madrid.

- Ce 6 octobre 2007 vous avez coupé deux oreilles dans les arènes de las Ventas au toro « Cantinillo » de Puerto de San Lorenzo. A-t-elle été la meilleure faena de votre carrière ?

- Peut-être que j’en ai réalisé des identiques, ou même des meilleures dans d’autres endroits, mais cette journée là a été celle de référence. Ce fut très émouvant, l’inertie de la saison était très bonne. Le soir même, j’avais 50 corridas signées pour l’année d’après. Cette faena correspondait à un niveau très élevé pour ma carrière. Les exigences furent encore plus fortes en 2008, qui n’a pas été une année simple lors de laquelle j’ai connu un grand après-midi à San Sebastián et où j’ai coupé deux oreilles et la queue à Nîmes.

- Le futur vous réservait une nouvelle sortie en triomphe par la Grande Porte de Madrid en 2010 face à des toros d’El Cortijillo.

- J’ai coupé une oreille à chacun des toros de mon lot. Elle n’a pas eu autant d’écho que la première alors que j’ai été le seul torero à être sorti en triomphe de Las Ventas. Sincèrement, j’ai été très déçu de voir que je n’avais pas la récompense qu’aurait supposée un après-midi comme celui-là.

- Vous avez à votre actif trois Grandes Portes de Madrid, en comptant celle lors de votre époque de novillero. Ce n’est pas rien.

- Plus les oreilles que j’ai pu coupé dans ces arènes de Las Ventas. Je peux me vanter d’être un torero très respecté à Madrid, même lors des après-midi où je n’ai pas été bien. L’afición de Madrid m’a toujours aidé et m’a appuyé, même le Tendido 7.

- Le fait de ne pas être présent à Las Ventas cette année vous a-t-il peiné ?

- Beaucoup car c’était le moment où je devais y être. Je le sens très clairement. Cela fait plusieurs années où j’ai pu trouver cette régularité que j’ai recherché si longtemps et parce que j’ai totalement confiance en moi. L’an passé j’ai coupé une oreille d’un toro de réserve de Carmen Segovia, à qui j’ai pu péguer quinze ou vingt naturelles comme j’aime.

- Nous n’avons pas encore parlé de la saison passée, et plus concrètement de votre après-midi à Istres, une journée qui aura marqué un avant et un après dans votre carrière.

- Ce fut important car je souhaitais montrer la capacité à m’adapter aux différents types d’encastes, et j’y suis arrivé. J’ai pu me réaliser en tant que professionnel lors de la faena au toro que j’ai gracié de La Quinta, mais aussi avec celui de Miura ou de Victorino. J’ai démontré lors de cette après-midi que je suis un torero ambitieux et que parmi les 500 corridas de toros et plus que j’ai toréé lors de ces quinze années, je n’ai jamais refusé d’affronter certains types d’élevages.

- Juan Bautista est une vedette en France. En revanche, en Espagne, c’est plus difficile d’atteindre cette reconnaissance. Est-ce que cela va arriver ?

- Je pense que oui. En Espagne, j’ai eu de bons moments pendant ces quinze années. Il est certains que dans mon pays, je rivalise avec les vedettes. Mais je suis encore jeune et j’ai la force et l’ambition pour conquérir l’Espagne définitivement. De toute manière, je ne veux pas me plaindre de mon sort. Cette année, je vais toréer 40 corridas de toros entre l’Europe et l’Amérique et beaucoup vont toréer moins que moi.

Erreurs, apoderados et rivaux

- Vous avez admis auparavant que votre carrière a été saupoudrée de hauts et de bas. Reconnaissez-vous des erreurs ?

- Bien entendu. Il est clair que j’ai fait des erreurs. Parfois, il m’a manqué de bien peser les choses, d’autres fois je me suis trompé en voulant changer d’apoderado et d’autres fois en ne sachant pas en changer avant.

- Lors de cette période, vous avez eu plusieurs apoderados. Quels souvenirs gardez-vous de chacun d’eux ?

- Bien que des différences apparaissent, je peux me vanter d’avoir eu à mes côtés de grands professionnels, ce qui est la preuve qu’ils ont cru en moi. Je leur suis tous reconnaissant, et je garde de bonnes relations avec chacun d’eux, je ne me rappelle que des bons moments. Avec Simon Casas c’est comme ma famille ; voyager avec le maestro Paco Ojeda fut un rêve et d’autant plus en le voyant aussi impliqué dans ma carrière en compagnie de José Luis Marca ; avec Santiago López ce fut merveilleux, cela correspond à une année importante dans ma carrière ; Sánchez Mejías m’a aussi apodéré tout comme mon ami Roberto Espinosa à deux reprises, la dernière fois avec son fils Rubén et Dávila Miura. Aujourd’hui, cette fonction est assurée par Alain Lartigue et Casa Toreros du Mexique. C’est une satisfaction de voir que des personnes de catégories tant au niveau professionnel qu’humain ont été et sont à mes côtés.

- Lors de ces dernières années, La France a donné deux toreros importants : Sébastien Castella et Juan Bautista. Comment s’est passée ou se passe la rivalité entre vous ?

- Dure et forte, je ne vous le cache pas. Nous sommes deux toreros différents qui défendons deux manières de toréer distinctes. Nous avons connu des époques de haute lutte professionnelle dont les aficionados et la France en ont été les bénéficiaires. Il y eut des années où j’ai été au-dessus de lui et d’autres où il a été au-dessus de moi.

- 15 années sont passées. Ce n’est pas rien. En Tauromachie, il faut avoir de la chance à certaines occasions et on doit dire que les toros vous ont respecté, c’est une réalité.

- Sur ce point, je n’ai pas à me plaindre. Je n’ai pas souvent reçu de volteretas mais j’en ai connu tout de même et quelques unes de très dures, mais il est vrai que je n’ai pas été blessé même si parfois le costume est resté complètement détruit. C’est de la chance. A mon actif, j’ai cinq ou six volteretas très laides sans que la corne ne transperce.

- Conceptuellement, avez-vous évolué pendant ces 15 années ?

- On acquit du métier, de la technique et des connaissances. Mais mon concept est clairement défini depuis que je suis novillero. Je me suis toujours inspiré de toreros comme Roberto Domínguez, Julio Robles ou Manzanares père. Ce qui m’a demandé le plus d’effort n’a pas été de développer ou d’exprimer mon concept ou ma manière de toréer mais plutôt maintenir une régularité. Cela fait quatre ou cinq ans que je réussie d’être fidèle au classicisme, d’avoir du pouvoir dans le muletazo et d’être capable d’appliquer une technique qui me fait comprendre un numéro élevé de toros.

- Que demandez-vous au futur ?

- Tout. Je ne vais pas baisser la garde car le futur est une constante recherche de buts et de rêves. Je veux continuer à rêver et triompher. Aujourd’hui, je suis heureux, j’ai cette régularité, confiance et je le vois très clair en piste.

Triomphes et moments majeurs dans sa vie

Confirmations d’alternative

■ Madrid

Il a confirmé avec seulement quatre paseos en tant que matador de toros. Ce fut dans les arènes de Las Ventas, le 2 octobre 1999 dans le cadre de la Feria de Otoño. Il était au cartel avec Vicente Barrera et Eugenio de Mora et combattit en première position le toro « Llamatriste », n° 55, castaño bragado, de 493 kg, de Santiago Domecq. Ovation et silence furent le résultat de cette journée lors de laquelle il portait un costume blanc et or.

■ México

Il confirma dans les arènes de México, de México D.F., le 29 octobre 2000 avec Federico Pizarro comme parrain et Jorge Mora comme témoin. Le toro de la confirmation s’appelait « Jabato », n° 173, noir, de 458 kg, de Rancho Seco. Il portait un costume tabac et or. Les opinions se divisèrent à la mort de son premier toro – après qu’eût sonné un avis – et fut ovationné à l’autre.

■ Colombie

Il confirma dans les arènes Santamaría de Bogotá (Colombie) le 28 janvier 2001. Le parrain fut Nelson Segura, qui lui céda la mort du toro « Tejero », cárdeno, de 518 kg, de Garzón Hermanos. Il portait un costume bleu nuit et or et affronta quatre toros avec le résultat suivant : tour de piste, silence après deux avis, tour de piste et oreille.

Torero universel

Au jour d’aujourd’hui, il a à son actif plus de 500 paseos dans tous les pays taurins du monde.

Grâces

Au jour d’aujourd’hui, il a gracié 17 animaux entre toros et novillos. Le premier fut le novillo Tanguisto, de Yerbabuena, le 28 février 1999 à Nîmes. Ensuite, il obtint les grâces du novillo Bullicioso, de Fuente Ymbro, à Calasparra (1999), et, en tant que matado, celles de Cóndor, de Toros de Cortés, à Fréjus (2006) ; Barrendero, de Sayalero y Bandrés, à Guijuelo (2007 ), Sucesor, de Alcurrucén à Torrijos (2007) ; Cacereño, de José Luis Marca, lors d’un festival à Xátiva (2008) ; Heredero, d’Alcurrucén, à Almodóvar del Campo (2008) ; Soleado, de Torrestrella, à Villarrobledo (2010) ; Desolador, de Fernando Peña, à Navaluenga (2010) ; Escandaloso, de Robert Margé, lors d’un festival à Béziers (2011) ; Fogonero, de Rancho Grande, à Maracaibo (Venezuela) en 2011 ; Atrevido, d’El Prado, à San Cristóbal (Venezuela) en 2012 ; Relámpago, de La Consolación, à Maracaibo (Venezuela) en 2012 ; Paprika, de Santa Fe, à Mérida (Venezuela) en 2013 ; Golosino, de La Quinta, à Istres (2013) ; Paquito, de Fernando de La Mora, à Monterrey (México) en 2013 et Amoroso, de Guadiana, à Durango (México) en 2014.

1981 : Naissance

Il naît le 12 juillet 1981 à Arles. Fils du rejoneador, éleveur et organisateur taurin Luc Jalabert.

1998 : présentation avec picadors

Il débuta le 14 mars 1998 à Querétaro (México). Il alterna avec Alberto Huerta et Ángel Gómez Escorial pour affronter des novillos de Los Martínez. Le résultat fut applaudissements et oreille.

1999 : Présentation à Madrid

Le 3 juin 1999, pendant la San Isidro, il se présenta dans les Arènes de Las Ventas et ouvrit la Grande Porte après avoir coupé une oreille à chaque novillo de son lot de Puerto de San Lorenzo. Il alternait avec Gustavo Marín et Samuel López. Le novillo de sa présentation s’appelait « Yegüero ».

L’alternative

Le 11 septembre 1999 il reçut l’alternative à Arles, dans le cadre de la Feria du Riz des mains de Juan Antonio Ruiz « Espartaco », qui lui céda, en présence de César Rincón, le combat du toro « Sevillano », de Zalduendo », n° 134, castaño ojinegro, de 550 kg et naît en février 1995.

2003 : Le retrait

Le 18 mai 2003, il réalisa son dernier paseo en habit de lumières dans les Arènes françaises de Floirac, et coupa une oreille au second toro de son lot de Luis Jorge Ortigao Costa.

2005 : Le retour

Le retour en habit de lumières eut pour cadre les arènes de Matamoros (México), le 27 février 2005. Il combattit des toros d’Arroyo Zarco avec le rejoneador Gastón Santos et Eloy Cavazos. Il coupa trois oreilles.

2007 : A hombros à Madrid

A Madrid, le 6 octobre 2007, il sortit pour la deuxième fois en triomphe des arènes de Las Ventas, la première en tant que matador. Il coupa les deux oreilles de « Cantinillo » du Puerto de San Lorenzo à la suite d’une faena historique.

2010 : à nouveau à Las Ventas

La troisième, et jusqu’à maintenant sa dernière sortie en triomphe des arènes de Las Ventas, le 5 juin 2010. Ce jour là, il ouvrit à nouveau la grande porte de Las Ventas après avoir coupé une oreille à chaque toro de son lot d’El Cortijillo.

« Arles correspond à mon début et à ma fin, la célébration des 15 années d’alternative ne pouvait pas être organisée ailleurs que dans ces arènes »

C’est en s’enfermant avec six toros – Puerto de San Lorenzo, La Quinta, San Mateo, Domingo Hernández, Adolfo Martín et Hubert Yonnet – que Juan Bautista célèbrera à Arles ses 15 années d’alternative. Une arène où il a une feuille de route enviable et qui représente tout pour lui. « Arles correspond à mon début et à ma fin, une arène où j’ai toujours donné le meilleur de moi-même. La célébration des 15 années devait avoir lieu à Arles, il n’y avait pas d’autre possibilité », affirme le torero. « Ce sera une corrida émotive et très spéciale lors de laquelle je peux me consacrer définitivement », reconnaît-il.

Interview accordée au journal L’Express, n° 3283 du mercredi 4 juin 2014 – Propos recueillis par Estelle Saget – Photo Gilles Lefrancq.

C’est l’histoire d’un homme, Jean-Baptiste Jalabert, qui a choisi deux fois d’être torero. A 13 ans, l’âge auquel naissent les vocations, puis à 22 ans, après avoir rangé un temps sa cape et son épée pour mener la vie – trop – ordinaire d’un jeune cadre en entreprise. De cette « coupure », comme il nomme pudiquement cet épisode de reniement, le jeune Français avait peu parlé jusqu’ici. Par la suite, pourtant, il a atteint l’excellence technique qui fait aujourd’hui sa réputation jusqu’en Espagne et en Amérique du Sud. Le 7 juin, Juan Bautista, de son nom de torero, foulera à 32 ans, le sable de l’arène de Nîmes pour la 500ième corrida de sa carrière. Dans la plénitude de son art.

A 10 ans, il torée un petit veau dans un film de Claude Lelouch

En ce mois d’avril, on l’attrape à son arrivée aux corrals de Gimeaux, où les curieux se pressent contre les murs d’enceinte pour voir les toros prêts à combattre lors de la Feria d’Arles. Lui vit juste de l’autre côté du Petit-Rhône, à Fourques. Fraîchement débarqué d’Equateur, le torero est venu en voisin et en civil, arborant un sourire de beau gosse qui, avec ses dents du bonheur, lui sert à masquer son tempérament réservé et sa simplicité, taxée par certains de manque de panache. Ni mystique ni extravagant, il est avant tout un connaisseur de l’animal, un authentique torero de la campagne. Jean-Baptiste Jalabert a grandi au mas de la Chassagne où, déjà, son arrière-grand-père, Alphonse, élevait des chevaux, des taureaux et cultivait du riz. Ne manquent à cette Camargue des cartes postales que les flamands roses… Il a 10 ans à peine quand il torée un petit veau, avec deux autres garçons, pour les besoins du film de Claude Lelouch, La Belle Histoire, où il joue Gérard Lanvin enfant.

A 22 ans, il ne veut plus entendre parler de corrida

Ses véritables débuts, il les fait un peu plus tard, comme le raconte son ami Gilles Raoux, de dix ans son aîné, qui a lui-même connu une courte carrière de torero. « Jean-Baptiste avait 13 ans quand nous avons fait connaissance, il voulait déjà être torero, témoigne ce fidèle soutien, chroniquer bénévole pour son site officiel et, par ailleurs, employé au Musée des Cultures Taurines de Nîmes. Il avait les défauts de quelqu’un qui pratique seul. Je lui ai dit : on va demander la permission à ton père et s’il est d’accord, on s’entraîne ensemble. » Le père a été d’accord. A Jean-Baptiste, la muleta, le tissu rouge de la corrida. A Gilles, la paire de cornes pour mimer le toro. De là, tout s’enchaîne très vite. Dès ses 16 ans, Jean-Baptiste quitte le lycée agricole de Rodilhan. A 18 ans, le garçon aux cheveux clairs prend l’alternative et se voit rebaptisé, dans ce milieu où le poil se porte plutôt brun, le Petit Prince de la tauromachie. Il devient bientôt le premier français, depuis Nimeño II, à rivaliser avec les espagnols.

Entre Jean-Baptiste et les toros, le désamour survient brutalement, en 2003. Trop de pression ? Le Petit Prince n’a plus l’envie. Le public le voit et le lui reproche. « Je ne peux pas mentir, ni me forcer à sourire », confie-t-il alors à ses proches. Il se décide à arrêter sa carrière le 19 mars, jour de la Saint Joseph et apothéose des Fallas de Valence, la grande fête qui ouvre la saison en Europe. « Laissez-moi tranquille avec les toros, vous ne me verrez plus dans une arène », déclare-t-il à qui veut l’entendre.

Grâce au père de son amie de l’époque, le jeune homme trouve un poste dans le groupe Ginger, dont les ingénieurs conçoivent des bâtiments et des réseaux de télécommunications. Il quitte Arles et ses arènes, désormais dirigées par son père et son oncle, s’installe à Paris et mène des enquêtes de satisfaction pour le compte de son nouvel employeur, un peu partout en France. Le voilà constamment sur les routes. Gilles et lui échangent régulièrement des nouvelles sans jamais parler corridas – le sujet est tabou. « Quand je l’avais au téléphone, ce n’était pas l’enthousiasme, témoigne Gilles. Je suis à Dunkerque et demain je serai à Brest, me disait-il, il pleut, je suis seul à l’hôtel et il n’y a rien à la télé. » Le Jean-Baptiste d’aujourd’hui voit, dans cette aventure à contre-emploi chez les experts en résistance des matériaux, une étape nécessaire vers la maturité. « J’avais 22 ans, je me cherchais encore, ce travail ne m‘a pas passionné et j’ai démissionné au bout de quelques mois, résume t-il. Ensuite j’ai mené, pour la première fois, la vie normale d’un jeune de mon âge, je sortais le soir et je passais du temps avec mes amis. »

Il occupe la 16ième place du classement international

C’est finalement sa ville natale, submergée par une crue tardive du Rhône en décembre 2003, qui le ramènera à la tauromachie. Afin d’aider les sinistrés, Jean-Baptiste organise un festival taurin de bienfaisance pour lequel les plus grands matadors retirés, El Cordobés, Emilio Muñoz, Paco Ojeda, Espartaco, José Mari Manzanares, acceptent de toréer. Mais ces figures posent une condition : qu’il les rejoigne sur le sable des arènes. Ce jour-là, le goût des toros lui revient. « Je n’avais pas touché une cape pendant un an, raconte-t-il. J’ai repris à zéro et j’ai su que torero, c’était vraiment ma voie. » La suite est connue : trois sorties en triomphe par la grande porte des arènes de Madrid, la ville de référence.

Cette année, en début de saison, Juan Bautista occupe la 16ième place du classement international, l’escalafón. « Je traverse une des meilleures périodes de ma carrière, peut-être parce que je me sens bien dans ma vie de famille », conclut le torero, avant de se laisser entraîner par sa fille Liza, 3 ans, venue le tirer par la main. Sa compagne, Anne-Céline, une Nîmoise qui a travaillé dans la communication, les rejoint. Puis le trio se fond dans la foule. Les têtes se tournent sur le passage de Juan Bautista, mais personne ne l’aborde pour réclamer un autographe. On dévisage avec familiarité l’enfant du pays, sans importuner la vedette. Parce qu’il estimait mériter mieux, Juan Bautista a refusé de toréer cette année à Madrid pour la feria de San Isidro, où les organisateurs ne lui avaient proposé qu’une seule corrida. Il aura su se faire d’autant plus désirer à Nîmes.

Interview dans le journal La Razón du jeudi 17 avril 2014 – Propos recueillis par Ismael del Prado.

Parfois, dans notre pays, à cause du temps et de la distance – et même des fois à cause des deux – nous idéalisons les souvenirs, les émotions au lieu de nous concentrer sur l'essentiel : la réalité, le présent de ces instants ou de ces personnes. C'est ce que semble vivre actuellement le matador de toros français Juan Bautista. Après neuf printemps consécutifs lors desquels il a été présent à deux reprises pour la Feria de San Isidro, il se retrouve dehors des affiches. Trois Grandes Portes à son actif non pas été suffisantes. tout comme l'oreille coupée l'an dernier contre vents et marées alors qu'il défiait la furie des éléments lors d'un après-midi de chiens. Sans Madrid, il faut se réinventer. Heureusement, pour paraphraser Bogart, Paris restera toujours Paris.

– Une saison différente sans San Isidro.

– Complètement différente. Cela va me faire bizarre de ne pas ressentir cette peur, et je vais jusqu'à dire que je vais la regretter, tout comme cette responsabilité que Madrid t'apporte chaque après-midi.

– Mais, y-a t'il une vie au delà de Las Ventas ?

– Je pense mais elle est assez courte. Au demeurant, beaucoup de portes vont se fermer en Espagne cette saison, nous verrons si elle s'ouvriront plus tard, car Madrid représentait toujours la base. Comme d'autres années, je suis resté dehors de ferias importantes comme Valencia et Sevilla, mais à la différence, Madrid constitue ce grand réseau qui vous permet de revendiquer votre place et d'avancer un peu. Pour cette raison, cette saison en Espagne sera plus faible que les autres années.

– Plus que jamais, vous vous tournez vers votre pays.

– Cela va être une saison en deux partie. D'un côté, la France où l'on m'a toujours respecté et valorisé en accord avec ce que j'avais réalisé en piste. De l'autre, comme il y aura moins de corridas en Espagne, d'autres options sont apparues en Amérique que je n'avais même pas envisagées jusqu'à aujourd'hui. J'intercalerai ma campagne en Europe de voyages au Mexique et en Equateur.

– ¿C'est si compliqué d'être programmé en Espagne ?

– C'est très compliqué. A part les six ou sept figuras que nous connaissons tous et à qui nous pensons, il n'y a pas de perspective d'une saison fournie, complète pour quiconque en Espagne. Prenons un exemple personnel de ce qui s'est passé l'an dernier : même l'oreille de San Isidro ne m'a pas servi pour être programmé dans les principales ferias. J'ai pu seulement être annoncé à Saragosse, Tolède et La Coruña... Et pas beaucoup plus.

– Le succès en France n'est pas contagieux en Espagne ?

– Triompher chez moi n'a que très peu de répercussion en Espagne. Cependant, si vous regardez bien, l'espagnol qui triomphe en France obtient encore plus de caché. Les toreros de mon pays nous le percevons de cette manière. Je ne pourrais pas l'expliquer, mais les triomphes obtenus à Nîmes, Arles, Vic... n'ont pas le même poids en fonction que vous soyez espagnol ou français.

– Que s'est-il passé avec Taurodelta à Madrid ?

– Je n'ai pas compris pourquoi ils se sont comportés de cette façon. Je n'ai rien exigé qui ne soit hors du commun, aucune folie. J'ai compris que cette année, ils ne pouvaient m'offrir qu'une seule corrida, et ça n'a pas été grave, mais en revanche, il est certes vrai que j'ai demandé que ce soit un meilleur cartel que celui qu'ils me proposaient. Il ne faut pas que le public pense que j'ai demandé un des cartels phare, je sais très bien où je me situe actuellement, mais ne pas avoir trouvé de place en trente corridas...

– Ils vous ont proposé la corrida de Peñajara...

– Certes, mais sachez une chose, je respecte énormément autant cet élevage, que j'ai combattu plusieurs fois dans ma carrière, que le mérite de mes compagnons de cartel, mais je pense que ce n'est pas correct qu'ils m'appellent en me disant qu'il n'y a pas d'autres possibilités, que la feria est pratiquement fermée et que les seules options qui se présentent sont d'accepter ce cartel. En toute logique, cela ne m'a pas semblé sérieux qu'ils se rappellent en dernier d'un torero qui a ouvert par trois fois la Grande Porte de Madrid et que l'an dernier il s'est justifié en coupant une oreille au milieu de la grêle.

– Cela a été un après-midi très dur, cependant, je suis persuadé que vous en gardez un grand souvenir.

– Merveilleux. A cause du temps, rien ne s'était mis à notre faveur, mais de suite, le public a compris qu'il était en présence de trois bons toreros. Les sensations furent très belles, malgré la grêle, la boue qui s'est formée sur la piste, des allées et venues des gens qui cherchaient à se protéger...

– Donc, Madrid est votre arène talisman ?

– En tant que torero je lui dois tout. L'idylle a commencé le jour de ma présentation de novillero : à moins de 18 ans, j'ai ouvert la Grande Porte. Ensuite, il y en a eu deux autres et plusieurs corridas importantes au cours de ma carrière... J'ai beaucoup de reconnaissance pour cette afición. J'espère que les évènements feront que je pourrais y être présent ou du moins y être programmé en Automne.

– Si nous traversons les Pyrénées, comment va se dérouler la saison de Juan Bautista ?

– Nîmes, Vic-Fezensac, Arles, Istres... Cette année encore je serais présent dans toutes les arènes importantes de mon pays. Ils continuent à penser à moi et à mes triomphes. Si je devais en citer que quelques unes, je citerais mon seul contre six d'Arles et la corrida en août à Istres, où ce qui se prépare sera une chose très spéciale.

– Racontez, racontez...

– Ce sera un grand hommage à l'afición française. Une journée très spéciale qui sera complètement française, en partant des toros, qui seront de l'élevage de Robert Margé, jusqu'à l'affiche qui n'est pas encore fermée. L'idée est que les différentes générations de toreros de mon pays soient représentées et que ce soit une fête sans précédent autant pour les professionnels que pour l'afición française.

– Ensuite, il y aura la corrida en solitaire d'Arles.

– C'est le paseo qui occupe mon esprit à l'heure actuelle. Il y a tous les ingrédients : je fête les quinze ans d'alternative, je les célèbre sur mes terres, devant mes amis et comme à Istres, je vais essayer que les six toros soient d'encastes différents...

– Toréer chez soit est une arme à double tranchant ?

– En ce qui me concerne oui. Aujourd'hui j'ai pu me consolider et prendre les marques que je souhaite. Cela n'a pas été toujours le cas. Jusqu'à ces quatre ou cinq années où j'ai acquis une régularité, l'afición arlésienne a toujours beaucoup exigé de moi, elle m'a mis à l'épreuve, bien que j'obtenais des triomphes à Madrid ou dans les principales ferias. Le public d'Arles attendait de moi un niveau très élevé et cela m'a coûté qu'il reconnaisse ce que je suis devenu aujourd'hui.

– Cela vous a coûté de gagner votre place. A tel point que vous vous êtes retiré quelques années.

– A cette époque, je ne pensais pas que cela serait temporaire, j'étais persuadé que c'était pour toujours. Je ne ressentais ni faisait le toreo qui me plaisait... Je me suis occupé de ma propriété, je suis allé travailler à Paris. Quelques années plus tard, alors que Manzanares père devait toréer un festival à Arles, il m'a invité chez lui, et là, il m'a convaincu jusqu'à aujourd'hui. A partir de ce retour, j'ai commencé à me régaler en toréant.

Interview accordée au journal La Gazette de Nîmes, n° 776 du jeudi 17 au mercredi 23 avril 2014 – Propos recueillis par Alice Hancquart.

Interview accordée au journal La Gazette de Nîmes, n° 776 du jeudi 17 au mercredi 23 avril 2014 – Propos recueillis par Alice Hancquart.

A seulement 32 ans, le torero arlésien Juan Bautista va fêter cette année les quinze ans de son alternative. Il marque le coup à la Feria d’Arles le 19 avril puis à Nîmes, à Pentecôte, qui devrait être sa 500ième corrida. Dans la famille Jalabert, la passion des taureaux se transmet de père en fils. Le petit Jean-Baptiste n’a que quelques années lorsqu’il s’intéresse à l’univers taurin dans lequel il vit. « Mon père était éleveur de taureaux comme mon grand-père et mon arrière grand-père. J’ai toujours connu ça ».

Vachettes.

A 8 ans, il joue au torero avec le chien de la famille. A 12, il manie la cape et la muleta et commence à toréer les vachettes de son père Luc. « D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours voulu faire ce métier. C’est une vrai passion ». Adolescent, Jean-Baptiste voit les grands noms de la tauromachie française défiler chez lui : Richard Milian, Denis Loré. A leurs côtés, il observe et apprend les gestes. « Mon père connaissait les difficultés du milieu et le peu de chances d’en faire son métier », dit Juan Bautista. « Quand j’ai vu qu’il se passionnait pour les corridas, j’ai pensé qu’il serait torero à cheval comme c’est la tradition familiale. Mais lui, il a tout de suite été fasciné par le face-à-face avec les taureaux », confie son père, ancien rejoneador et aujourd’hui directeur des arènes d’Arles. Le jeune torero part ensuite s’entraîner chez des éleveurs espagnols, puis sud-américains.

Alternative.

« Il a quand même une carrière incroyable, beaucoup de toreros de son âge ont seulement cinq ou six ans d’alternative, constate Luc Jalabert. Si on m’avait dit ça il y a vingt ans, je ne l’aurais pas cru ». Juan Bautista est présenté à Arles, sa ville natale, en septembre 1999. Il prend son alternative aux côtés des grands César Rincón et Espartaco.

Le jeune matador affirme son style, une tauromachie « moderne mais simple, explique-t-il. Je ne fais pas dans le très spectaculaire ». Confirmé très jeune, l’Arlésien prend du recul au début des années 2000 et s’arrête deux saisons. Il revient dans les arènes en 2005, un peu malgré lui, pour une corrida au profit des sinistrés des inondations de 2004. « Il y avait un cartel magnifique, tous les anciens sont revenus : Emilio Muñoz, El Cordobés, Paco Ojeda, Espartaco, José María Manzanares. Ils m’ont demandé de toréer avec eux. En rentrant dans l’arène ce soir-là, j’ai retrouvé toutes mes sensations ».

S’ensuivent plusieurs saisons de triomphe comme en 2007 lorsqu’il se produit dans les arènes de Madrid, les plus prestigieuses. « On joue chaque fois notre vie devant un taureau. C’est une perpétuelle remise en question, mais il faut assumer, même si ce n’est pas simple pour l’entourage », confie Juan Bautista qui, il y a trois ans, est devenu le père d’une petite Liza.

Mon restaurant : le Waux-Hall, institution arlésienne

« J’aime beaucoup cet endroit car on peut y déjeuner assez tard. L’ambiance y est sympathique, surtout en terrasse. C’est un lieu typiquement arlésien et fréquenté traditionnellement par les gens de toros. Une véritable institution. » Le Waux-Hall, tenu par Olivier et Sandrine Arnoux depuis 26 ans, est une grande brasserie classée monument historique. On y déguste des spécialités régionales comme la gardianne et la côte de taureau. Mais aussi des rognons et de la tête de veau, de la langue de bœuf. Le midi, en semaine, formule plat et dessert à 14,50 €. Le menu complet est à 23 €. 8, Boulevard des Lices, 04.90.93.87.19., www.wauxhall.fr, tous les jours de 7h à 22h.

Mes autres restaurants :

Le Bistrot des Artistes, 32 Boulevard Clemenceau, 04.90.96.73.90., de 9h à 17h du lundi au jeudi, de 9h à 23h du vendredi au dimanche. Cuisine traditionnelle. Plats de 11 € à 21 €.

La Chassagnette, route du Sambuc, 04.90.97.26.96., de 12h à 13h30 et de 20h à 21h30 du jeudi au dimanche. Cuisine gastronomique. Plats à partir de 27 €, menu découverte 6 plats à 125 €.

Ma boutique : Délicate Parfumerie Arlésienne

Cette boutique, située en plein cœur d’Arles entre les Arènes et le théâtre Antique, a ouvert ses portes il y a bientôt deux ans au rez-de-chaussée d’un hôtel particulier. « C’est un endroit particulièrement accueillant, j’aime aller m’y balader », confie Juan Bautista. Fabienne Brando, la propriétaire, propose plusieurs gammes raffinées de senteurs ensoleillées du sud de la France. Ces effluves délicats sont déclinés en eau de parfum, eaux de Cologne, bougies et savons parfumés. « Tous ces produits respectent la tradition et la qualité française », explique-t-elle. Vous y trouverez des eaux de parfum à 65 €, de l’eau de Cologne à 48 € et aussi des savons à partir de 15 €.

En pratique : La Parfumerie Arlésienne, 2 Rue Bastille, 04.90.97.02.07. ou 06.09.75.99.66. D’avril à octobre : du lundi au samedi de 10h à 13h et de 14h à 19h.

Ma bonne idée : soutenir le collectif CorridaFrance

Ce collectif promeut et défend des valeurs de la tauromachie à travers des œuvres photographiques et l’organisation de spectacles tauromachiques. Juan Bautista en est le parrain. « Cette association organise également, chaque année, une tombola caritative d’objets taurins offerts par mes amis toreros. La somme récoltée est reversée intégralement à une association qui vient en aide aux enfants malades et hospitalisés, pour améliorer leur quotidien ». Le 27 janvier dernier, Juan Bautista inaugurait les nouveaux locaux de consultations pédiatriques de l’hôpital d’Arles, financés avec l’aide de CorridaFrance.

En pratique : Collectif CorridaFrance, 16, Rue de la Méditerranée, Lunel, contact@corrida-france.fr – www.corrida-france.fr

Suivez-moi

Lisez. Le fumeur de souvenirs d’Alain Montcouquiol. Il y évoque avec beaucoup d’émotion son frère Nimeño II et son aventure en Espagne. Il reste un exemple pour moi par sa trajectoire, sa volonté et sa détermination. Ceux qui l’ont côtoyé m’en parlent toujours avec beaucoup d’émotion.

Allez voir. Le « buste de César » retrouvé dans le Rhône en 2008.

Regardez. « La belle Histoire » de Claude Lelouch, un film sur la tauromachie et l’univers gitan dont certaines scènes ont été tournées à Nîmes.

Mes 4 vérités :

Mon coup de gueule contre les anti-taurins : qu’ils arrêtent une bonne fois pour toutes leurs actions qui ne sont pas légales, contrairement à la tauromachie.

Ma devise : marchons droit et en avant !

Une philosophie : tout vient à point à qui sait attendre.

Une fierté : ma fille Liza, âgée de trois ans.

J’aime à Arles :

Pas du tout : sur Arles, Rien.

Un peu : d’Arles, il n’y a rien que j’aime un peu. Je porte cette ville en moi.

Beaucoup : les arènes, le Rhône. Tout me plaît ici !

Passionnément : j’aime particulièrement les traditions arlésiennes, comme la fête du 1er mai lors de laquelle on élit la Reine d’Arles.

Interview accordée à la revue taurine Aplausos, n° 1903 du lundi 17 mars 2014 – Propos recueillis par Ángel Berlanga ; photos Javier Arroyo et Laurent Deloye.

« J’aimerais savoir dans un futur pourquoi ils m’ont fait ça, car je continue de croire qu’ils l’ont fait en toute conscience… ».

Alors que les échos de ses succès américains résonnaient encore – il a toréé sept corridas de toros et deux festivals entre le Mexique et la Colombie lors desquels il a coupé un total de dix oreilles et deux queues symboliques après avoir gracié deux toros, l’un à Monterrey, l’autre à Durango – Juan Bautista est arrivé en Europe pour tomber à plat ventre sur le premier récit de l’année : son absence à la San Isidro.« Je suis blessé car je ne m’y attendais pas. J’ai réalisé une très bonne campagne en Amérique, celle de 2013 est encore présente dans les mémoires pour laquelle j’ai remporté un grand nombre de trophées décernés au triomphateur dans mon pays et j’ai coupé une oreille à Madrid. Tout cela me tranquillisait pour penser être bien programmé pour la San Isidro. Cependant, cette année, ils n’ont pas souhaité compter sur moi pour toréer dans les arènes de Las Ventas. Les empresas de temps en temps jouent à te proposer des choses pour être en paix avec eux-mêmes, mais ils savent en te les proposant que tu ne vas pas accepter car ce n’est pas en accord avec ta catégorie. Et c’est ce qui s’est passé cette année », affirme le torero, qui se presse de nuancer : « J’ai les pieds sur terre, je ne suis pas devenu fou et j’ai conscience de ma situation. Je sais qu’elle est bonne mais pas autant pour demander des folies. C’est pour cela que je n’ai même pas eu l’idée de demander les corridas de Victoriano ou Cuvillo. Mais je sais aussi que je ne suis pas dans une situation désespérée pour qu’on me propose le dernier poste de la feria. C’est injuste, au moins à ce moment précis, et je crois qu’ils l’ont fait en pleine conscience. C’est pour cela que cela me fait particulièrement mal ». Bautista, dès le début de l’interview, insiste sur sa surprise de comment il a été traité : « Avec cette empresa je n’ai jamais eu de problèmes. Au contraire, même dans des moments qui étaient pires, ils se sont très bien comportés avec moi ; mais cette année, contre toute logique, ils ont décidé de m’oublier et de me proposer la dernière roue de la charrette ».

L’offre de l’empresa correspondait à un seul poste pendant la feria de San Isidro. Concrètement la corrida de Peñajara, avec Víctor Puerto et Eugenio de Mora comme compagnons de cartel. « Il est très désagréable de parler de ces détails », admet le torero sans renier le cartel. « J’ai tué des corridas de Peñajara qui, il y a quelques années, ont reçu des prix à Las Ventas, et autant Víctor Puerto qu’Eugenio de Mora savent ce que c’est de sortir par la grande porte de Madrid. Je ne veux pas manquer de respect à qui que ce soit, et encore moins à eux, mais si j’ai dit non à l’empresa c’est par rapport à leur comportement envers avec moi : ils m’ont appelé en dernier, ils m’ont annoncé que c’était le poste qu’ils leur restaient, et que j’accepte ou pas, il n’y avait pas autre chose. Ce ne sont pas des manières de traiter un torero qui a coupé une oreille l’an dernier lors de la San Isidro sous un déluge, avec même de la grêle, et qui avec ses compagnons de cartel, a fait en sorte que la corrida aille au bout. De plus, c’est avec cette même empresa que je suis sorti deux fois par la Grande Porte de Madrid, une en 2007 et l’autre en 2010. Je crois que je méritais une meilleure reconnaissance. Sans enlever le mérite à quiconque, je crois qu’il n’y a pas beaucoup de compagnons de cartel qui puissent se prévaloir de deux grandes portes sous cette empresa ». Et d’argent, au vue de cette situation, même pas il en a été question… « A Madrid, à part les cinq ou six qui sont au-dessus, ils nous augmentent ou nous diminuent l’argent comme ils le veulent. C’est pour cette raison que je n’ai même pas pensé à parler d’argent. La seule chose que je voulais c’était que l’on me traite normalement ».

Dire « non » à Madrid n’est pas un met agréable pour aucun torero : « Je doutais de moi et je pensais : que va t’il se passer si je n’accepte pas et que je reste dehors ? J’ai vécu des jours pendant lesquels je n’étais pas bien, mais au final j’ai agit selon mes convictions. De cette façon, si j’avais dit oui à l’empresa j’aurais toréé dans de mauvaises conditions et on ne doit pas aller aux arènes de cette façon. A Las Ventas, on doit y aller avec une grande illusion, avec la tête centrée et pleine de rêves pour réussir quelque chose d’important ». Néanmoins, il ne pense pas perdre le moral : « Les injustices ont toujours existé en tauromachie et tous les compagnons de cartels ont vécu ce type de situations ingrates comme celle-là. Mais il est vrai qu’il y en a qui font plus mal que d’autres. Celle-là en particulier me fait de la peine car cette année, je fête les quinze ans d’alternative et j’avais envie d’être à la feria la plus importante du monde car en plus je traverse un moment fantastique. Il ne me restera plus qu’à regarder les corridas depuis chez moi », annonce-t-il avec déception.

Cependant, son absence est-elle définitive ? Dans un communiqué envoyé la semaine dernière aux médias, l’arlésien émettait le souhait que ce désaccord avec Taurodelta soit « temporaire ». En plus on connaît le dicton que ce ne sont pas toujours ceux qui signent les corridas qui vont les toréer… Bautista ouvre une porte à l’espoir : « Je ne souhaite rien de grave à personne, bien entendu. Je vais continuer à préparer ma saison comme si j’étais annoncé et si une opportunité surgit d’être présent, maintenant ou plus tard, nous en parlerons et nous l’étudierons. En effet, il peut se passer beaucoup de choses en tauromachie et des remplacements peuvent avoir lieu pendant la feria. De plus, la saison est longue et il y a une autre feria importante comme celle d’Otoño, qui m’a permis il y a quelques temps, de me relancer à nouveau. Nous verrons bien… ».

Autres absences… Et présences

La conversation tourne autour de son absence à Madrid, mais il est vrai que le torero n’est pas non plus à Valencia, Castellón et Séville. Tout porte à croire que l’afición espagnole devra attendre – au moins concernant cette première partie de la saison – pour contempler la maturité que Juan Bautista traverse : « Ce sont des ferias plus courtes que San Isidro, et si je suis sincère, je comprends le fait de ne pas avoir été contacté. Aux Fallas j’y suis allé les dernières années et si l’an passé je n’avais pas pinché ce toro de Fuente Ymbro ils auraient du me programmer… Et pour ce qui est de Séville, ils ont fait le pari des jeunes générations et c’est aussi une arène, je dois le reconnaître, où je n’ai jamais eu de réussite et où je n’ai jamais triomphé. Pour cela, rester dehors de ces ferias est compréhensible, mais dans le cas de Madrid, de pas avoir de possibilité pour moi pendant un mois de toros…, j’arrive difficilement à le comprendre ».

De cette façon, la France sera à nouveau le bastion de Juan Bautista. Arles, Palavas, Istres, Soustons et Châteaurenard l’annoncent déjà sur leurs affiches et son nom est prévu à Nîmes, Béziers, Bayonne… De plus, il est annoncé avec les grands comme Ponce, Morante, Juli, Manzanares, Castella, Perera… « Cela va être mon refuge et cette année encore plus vue les circonstances. J’ai une très belle saison dans mon pays. Je serai présent dans presque toutes les ferias et toujours très bien programmé. Je commence à Arles, devant mes compatriotes, dans un mois », commente celui qui, précisément sur ses terres, tuera en solitaire en septembre six toros lors de la goyesque qui est devenue une grande tradition en France : « Ce sera un de mes après-midi les plus importants de ma vie, voire le plus important. Les élevages n’ont pas encore été confirmés, mais je peux d’ores et déjà dire qu’il s’agira de six origines différentes alternant les fers durs avec d’autres pour les vedettes. C’est la même formule du succès de l’an dernier à Istres », déclare Bautista, qui conclue avec une idée : il est nécessaire de tirer au sort les pierres du chemin tout au long d’un voyage qui endurci la personnalité de l’artiste. « L’expérience est un grade et fait en sorte que tu assimiles mieux ces contretemps. Je me rappelle d’autres moments où ce genre de situation m’affectait beaucoup plus. Cela m’a fait beaucoup de mal de prendre cette décision, voir que définitivement je restais dehors de San Isidro car en quinze ans, à part les deux années correspondant à mon retrait, j’ai participé à pratiquement toutes les éditions de la feria. Mais j’assume la décision et je suis fier de l’avoir prise car c’est la meilleure pour moi. Grace à elle, je vais me faire respecter ».

Casa Toreros intègre l’apoderamiento.

Casa Toreros – empresa mexicaine qui gère différentes arènes aztèques et dirige la carrière de plusieurs matadores de toros et novilleros – a intégré l’équipe d’apoderamiento de Juan Bautista, commandée en Europe par Alain Lartigue. « Avec ETMSA – dit le matador de Casa Toreros – c’est le groupe empresarial le plus important dans tout le Mexique », et il ajoute : « Cet hiver, lorsque j’ai rompu avec mon ancien apoderado – Marcos Sánchez Mejías -, cette offre est arrivée et elle m’a beaucoup plu. J’avais confirmé au Mexique et toréé quelques corridas mais jamais je n’avais réussi à faire une saison complète. Maintenant, non seulement je vais la faire, mais en plus je ne vais pas m’arrêter de toréer tout au long de l’année, au printemps et même pendant les mois d’été je vais aller toréer au Mexique, chaque fois que mon agenda européen me le permettra », souligne t’il.

Interview accordée au site taurin www.torofiesta.com le vendredi 21 février 2014 – Propos recueillis par Paul Hermé – Photos Paul Hermé

Il faut dire que l’Arlésien semble avoir pris une nouvelle dimension après une temporada 2013 très positive et qu’en définitive, il n’a eu guère le temps de se retourner sur le chemin puisque sa campagne américaine a pris aussi une autre ampleur depuis l’apoderamiento de l’empresa mexicaine « Casa Toreros ». D’ailleurs, il va prochainement retourner au Mexique pour quelques corridas de plus, un pays qui lui est de plus en plus familier…

"C’est vrai que je n’ai pas trop fait de coupure cette année, même pas pour les fêtes puisque j’ai toréé le 25 décembre au Mexique puis début janvier en Colombie, à Duitama. En ce moment, je préfère que ce soit comme ça. Il y a eu des périodes où j’avais besoin de faire une pause, mais depuis quelques années, je préfère ne pas trop m’arrêter. Une fois que je prends bien le rythme, je préfère enchaîner les courses. J’ai montré ces temps-ci que j’étais en forme et dans l’ensemble, ça s’est bien passé.

Il y a en outre un projet avec mes apoderados de « Casa Toreros » au Mexique, ça me plait parce que je n’ai jamais fait vraiment de temporada complète là-bas. C’était des courses isolées, alors qu’avec eux, je peux davantage enchainer. Cette année, c’est en quelque sorte une première approche, mais l’hiver prochain, ça devrait être quelque chose d’encore plus fourni.

Ça me plait beaucoup car je découvre pas mal d’arènes où je n’avais jamais mis les pieds, un nouveau public, une nouvelle aficion… Comme les Espagnols, je suis étranger, mais le public est très chaleureux, il sait apprécier les bonnes choses, il s’emporte vite, c’est l’Amérique qui est comme ça, mais pour les toreros, c’est très agréable ! Dans l’ensemble, je suis très bien reçu… sauf en Colombie où on m’a fait le reproche que Falcao se soit cassé le genou en France juste avant le Mondial !!! (Rires)

Il y a eu aussi « Amoroso », deux jours à peine après la Saint-Valentin ! J’ai indulté ce toro de Guadiana à Durango lors d’une corrida où il y a eu un peu de tout, dont deux bons toros, surtout « Amoroso »… En Europe, il n’aurait peut-être pas été gracié, mais dans l’ambiance de ces arènes où le public s’enflamme très vite, le toro a beaucoup duré, il a eu beaucoup de qualités, de classe, et là-bas, ils sont plus favorables aux indultos, ils en ont besoin, tout le monde a joué le jeu, mais je le répète, ce toro était excellent, c’était un grand toro...

Ici, je reviendrai pour Arles et Istres, des cartels qui sont déjà annoncés, il y aura certainement la San Isidro à Madrid et pas mal d’autres arènes, tout étant en train de se mettre progressivement en place. La temporada se présente bien, il y a déjà un certain nombre de corridas de signées et je pense en faire à peu près autant que l’an dernier, à savoir entre trente et quarante.

Plus tard dans la saison, il y aura aussi les six toros à Arles, pour la goyesque de la feria du Riz. Pour mes quinze ans d’alternative, je voulais faire quelque chose qui sorte de l’ordinaire dans ma ville. Le fait que l’encerrona d’Istres l’an dernier se soit bien passée m’a donné envie de le refaire. J’ai déjà toréé à plusieurs reprises des corridas qui sortaient de l’ordinaire, avec par exemple les Miura à Nîmes, les Victorino à Mont-de-Marsan, Dax et Vic, j’essaie plusieurs fois dans la saison de varier un peu les élevages et les encastes, mais je ne l’avais encore jamais fait dans ma ville et ces quinze ans d’alternative étaient le bon moment pour le réaliser. Ce sera dans le même style, six élevages et encastes différents, il n’y a encore rien de définitif, mais on communiquera les élevages après Pâques.

Dans l’immédiat, je vais repartir début mars pour toréer deux corridas au Mexique dans de bons cartels, les deux fois avec Juan Pablo Sánchez, un jeune qui a pris l’alternative à Nîmes et qui marche bien en ce moment, et aussi Arturo Macías et Arturo Saldívar qui sont d’autres bons toreros.

Ensuite, je reviendrai pour reprendre les tentaderos avant d’affronter la saison ici, donc pour le repos, ça attendra encore un peu !!!"

Interview accordée au site taurin www.burladero.com le vendredi 21 février 2014 – Photo Administration Juan Bautista

Question : La dernière corrida à Durango a été un total succès avec la grâce d’Amoroso.

Juan Bautista : "Oui, ça a été un après-midi très agréable. Surtout la faena de l’indulto car le premier franchement n’a pas servi mais j’ai pu réaliser le bon toreo avec le second qui s’est converti en un moment très important pour moi. Déjà en novembre j’avais gracié un toro à Monterrey. Ce sont des faenas dont on se rappellera toujours".

Q : Comment est sorti ce toro gracié ?

JB : "il n’a pas baissé de niveau dans la muleta, il a eu beaucoup de qualité, de noblesse et de durée. Il possédait beaucoup de transmission dans sa charge. Il n’a pris qu’une seule pique mais dans la muleta il s’est grandi et galopait beaucoup. Il possédait d’excellentes vertus, un grand toro du début jusqu’à la fin".

Q : Pouvons-nous parler de saison américaine triomphale ?

JB: "Franchement je crois que oui bien qu’elle ne soit pas terminée. Je reviens la semaine prochaine pour deux corridas importantes au Mexique : Jalostotitlán y Aultlán de la Grana, deux férias avec beaucoup de poids. Il me reste ces deux là et il y a plusieurs contacts pour en grouper quelques autres au mois d’avril à une période où il n’y a pas de corridas en Europe".

Q : La meilleure manière de se préparer est de ne pas arrêter de toréer ?

JB : "Je crois que oui. Maintenant je n’ai plus envie d’arrêter, au contraire d’une époque où cela me venait bien d’arrêter quelques mois pour me reposer et penser. Actuellement, ce que je ressens c’est que c’est mieux de ne pas arrêter. Cela fait deux ou trois saisons que je suis à un bon niveau et je souhaite me maintenir, et m’améliorer encore plus. Le mieux pour cela est de rester au contact du toro et du public".

Q : La tauromachie de Juan Bautista est arrivée de manière spéciale en Amérique ?

JB : "j’ai toujours connu de grands triomphes en Amérique tout au long de ma carrière, même lors de mes débuts en tant que matador. En Colombie, au Venezuela où lors de ma confirmation à La México j’ai récolté des triomphes. Au jour d’aujourd’hui ma tauromachie est plus éclatante. Il y a trois après-midi qui ont marqué essentiellement : Apizaco, Monterrey et Durango. Dans mon équipe d’apoderamiento, j’ai des professionnels mexicains à mes côtés, j’ai commencé avec eux et j’en suis ravi. Ils ont déposé leur confiance en moi et le public répond, je m’entends avec le public et avec la façon de charger du toro mexicain".

Q : Pensez-vous dès à présent à la campagne européenne ?

JB : "Oui, bien entendu. Elle se rapproche et il y a des dates qui se sont concrétisées, surtout en France. L’an dernier j’ai fait une bonne saison. Nous sommes en discussion pour San Isidro, j’espère que tout s’arrangera bien. L’an passé j’ai coupé une oreille, j’espère y être bien programmé et que la saison en Europe se déroulera bien".

Q : En plus, pour Juan Bautista c’est une saison spéciale ?

JB : "C’est une année qui s’articule autour d’objectifs, avec de beaux projets. Cela correspond à quinze ans d’alternative. Je serais présent dans presque toutes les ferias importantes de mon pays, et pour quelques unes à deux reprises, c’est réjouissant. J’ai très bien commencé au Mexique et en Colombie. Les sensations sont positives devant le toro et j’espère pouvoir continuer avec ce niveau et le démontrer ici aussi".

Q : Vous avez décidé de ne pas aller à la Feria del Sol du Venezuela. Quelles en sont les raisons principales ?

JB : "Ce n’est pas agréable du tout et je ne sais pas s’il va y avoir une solution. A l’heure où nous vivons, ce sont des choses qui ne devraient pas arriver. En plus, le Venezuela traverse une période délicate de son histoire. Les organisateurs n’ont pas respecté les contrats de la saison passée, autant à Mérida qu’à San Cristóbal, et on ne peut pas voyager à l’aveugle. J’espère que ça va s’arranger mais je le sens mal. Cela me fait mal pour l’afición du Venezuela où j’ai triomphé auparavant. Il n’y a pas d’assurance pour que les contrats soient respectés. C’est pour cette raison que nous ne pouvons pas y aller".

2013

Interview accordée au site taurin www.mundotoro.com le vendredi 20 décembre 2013 – Propos recueillis par José Miguel Arruego

Le torero d’Arles profite de ces quelques jours chez lui avant de voyager vers le pays aztèque et partage des réflexions concernant les derniers évènements dont il a été le protagoniste ces jours passés, concrètement le nouveau virage que va prendre sa carrière 'Lorsque Marcos Sánchez Mejías et moi avons décidé de nous plus continuer –commence à dire le torero- je ne me suis pas précipité car je savais que j’avais du temps et j’ai eu une réflexion. Entre toutes les offres que l’on m’a présenté, dont j’ai été très touché, celle présentée par Casa Toreros m’a séduit spcécialement'.

'Pourquoi ? -continu t’il- parce que pour la première fois, j’ai l’opportunité de réaliser une saison au Mexique, un pays où j’ai connu des triomphes lors de quelques corridas à différentes époques de ma carrière, mais toujours ponctuellement. Je conçois la tauromachie de manière globale, J’ai eu des triomphes dans différents pays américains, et cette aventure me tente beaucoup. En plus, il s’agit d’une empresa sérieuse, qui fait les choses très bien, et qui a acquis énormément de prestige lors de ces dernières années au Mexique', explique le torero.

De surcroît, la charge du toro mexicain suppose aucun handicap, C’est plutôt un atout, car le rythme et la manière de charger du toro de ces terres lointaines fusionne parfaitement avec la façon que possède l’arlésien de concevoir la tauromachie, comme nous avons pu le constater au mois de septembre dernier à Monterrey où il a obtenu la grâce d’un toro de Fernando de la Mora: 'Ce jour là, l’empresa Casa Toreros a porté son dévolu sur moi et je sais que je ne vais pas les décevoir, car en plus de comprendre le toro de là-bas, je suis convaincu que ma tauromachie va être du goût de cette afición', assute t’il.

L’idée de Juan Bautista est d’intercaler la saison américaine avec l’européenne qui sera également fournie car il fêtera en 2014 son quinzième anniversaire d’alternative, un calendrier qu’il prétend célébrer de manière spéciale dans son pays. En s’enfermant seul avec six toros à Arles ? 'C’est très probable –dévoile t’il- car la saison passée dans mon pays s’est bien déroulée. J’espère qu’il en sera de même pour cette année. En outre je souhaite participer à deux ou trois corridas très spéciales'.

Concernant l’Amérique, en plus du spectacle de mercredi prochain à Apizaco, où il est annoncé avec Arturo Macías et El Zapata face aux toros berrendos de Coyotepec, il a de signé la feria de Duitama, en Colombie, et quelques autres dates en plus au Mexique et au Venezuela 'En Espagne, j’espère pouvoir être bien programmé lors de la San Isidro, car l’an dernier j’ai coupé une oreille et j’ai laissé une bonne impression', conclue t’il.

Interview accordée au site taurin www.burladero.com le vendredi 20 décembre 2013 – Propos recueillis par Víctor Soria

Burladero a rencontré Juan Bautista suite à l’annonce de son nouvel apoderamiento avec Casa Toreros et Alain Lartigue. Le torero français a démontré lors de la campagne 2013 une maturité et une régularité qui l’ont amené jusqu’au somment du classement. Confirmé en France et reconnu en Espagne, il cherche à se faire une place en Amérique après avoir gracié un toro de Fernando de la Mora à Monterrey.

NOUVEL APODERAMIENTO

"Je suis très content. Je me suis donné un temps de réflexion car j’ai eu de nombreuses propositions ce qui est la preuve de l’intérêt porté par les professionnels concernant ma carrière. Le fait de revenir avec une personne comme Alain Lartigue que je connais très bien, qui a toute ma confiance, et qui a été mon apoderado à une autre époque me plaisait beaucoup. Il s’est créé la possibilité de former un groupe avec l’empresa très importante Casa Toreros. Grâce à elle, j’ai l’opportunité de faire une saison au Mexique, de me faire connaître dans un pays qui traverse un bon moment. Je suis heureux de l’association de ces personnes qui vont m’aider".

MEXIQUE

"En octobre, j’ai toréé une corrida bénéfique à Monterrey, qui est une arène importante du Mexique. Ce jour là j’ai gracié un toro. Certainement que cette faena a aidé à ce que Casa Toreros soit intéressée pour m’apodérer. Il est vrai que le Mexique traverse un moment très important avec cette nouvelle génération de toreros dont la figure de proue est Joselito Adame qui a triomphé de fort belle manière en Espagne et qui a confirmé dans les Arènes de La México. Je souhaite faire une saison là-bas. Cela m’enchanterait".

GRÂCE DU TORO DE FERNANDO DE LA MORA

"Je me suis vraiment régalé. Il avait les caractéristiques zootechniques de cette race mexicaine avec les qualités dont nous les professionnels parlons. Il a eu de la classe, du rythme, du temple, de la profondeur dans sa charge toujours lente. Cela vous permet sans cesse de ralentir votre façon de toréer. Je me suis grandement régalé lors de cette faena. Ce jour là j’ai vécu un moment très intense. Cela a confirmé le bon moment que je traverse, la bonne saison réalisée en Europe, surtout dans mon pays ou à Madrid. La saison a été très positive".

MADRID

"Dans ma carrière Madrid ont été les arènes qui ont eu le plus d’importance concvernant le résultat. Mes triomphes ont eu beaucoup de répercussion dès ma présentation en tant que novillero. Ce jour là, j’ai ouvert la Grande Porte jusqu’à maintenant où j’ai coupé une oreille pendant la Feria de San Isidro. Avec l’afición, nous nous sommes toujours bien entendu, même avec la plus exigeante qui m’a toujours soutenu et respecté. J’ai trois Grandes Portes à mon actif et quelques après-midi importants. Je me sens respecté et aimé".

FRANCIA

"Certainement que cela a été une de mes saisons les plus affirmées en France, surtout dans la zone du Sud-Est. Il m’a manqué d’avoir un peu plus de chance à Nimes où j’ai été seulement présent à une seule corrida pour la Feria de Mai. Ce jour là il n’y a eu aucune option. Toutes les autres ont donné lieu à des faenas avec beaucoup de répercussion comme celles d’Istres, d’Arles, de Palavas, de Béziers... Dans ma carrière, elle restera comme l’une des saisons les plus complètes en France".

LES SIX TOROS D’ISTRES

"Il y a eu réellement une reconnaissance unanime. C’était un pari risqué et forte car il y avait six toros de différents encastes. Ce jour là, je voulais montrer ma capacité de comprendre les toros, qui étaient tous différents les uns des autres. En tant que français, je voulais marquer un gros coup. Je savais que cela n’allait pas être simple, mais le résultat a été satisfaisant. La grâce du toro, la faena au toro de Victorino, celui de Miura... J’ai modifié beaucoup de chose depuis ce jour là, même pour la préparer je me suis régalé, au campo mais aussi psicologiquement. Cela a été une journée spéciale pour l’aficionado et pour moi car cela m’a beaucoup servi".

QELQUES ENVIES POUR 2014

"J’ai beaucoup de choses en tête, certaines que j’aimerais réaliser. C’est en train de se préparer, il n’y a rien d’arrêté. L’an prochain je fête mes quinze ans d’alternative et je souhaite participer à deux ou trois corridas très spéciales, en direction des aficionados. Il peut y avoir quelque chose qui ressemble à ce qui s’est passé à Istres et quelques surprises supplémentaires".

MATURITÉ

"Pendant ces quatre dernières années, j’ai transmis toute la tauromachie que je portais en moi. Je me suis aperçu d’une amélioration dans ma façon de toréer, C’est un moment agréable et important dans ma carrière. Je suis en train de rendre l’image que j’ai toujours souhaité véhiculer. Je suis content de pouvoir célébrer ce moment. C’est une chance d’avoir pu prendre l’alternative aussi tôt car je suis encore jeune mais avec l’expérience de tout le vécu auparavant".

PROMOTION DE LA TAUROMACHIE ET CAUSES SOCIALES

"Nous autres les toreros avons toujours été très liés avec les causes bénéfiques. Aujourd’hui même je vais dans un hôpital pour signer des photos et remettre des cadeaux offerts par une association dont je suis le parrain. Nous avons eu beaucoup d’activité cette année et les gens nous ont soutenu. Je crois qu’il est positif également d’être en relation avec l’aficionado, avec les jeunes, c’est important pour leur faire ressentir notre passion pour le monde des toros mais aussi pour les écouter. Je vais dans beaucoup de peñas taurines car je crois que cela en vaut la peine lors des mois d’hiver de savoir ce que demande l’aficionado. Cela m’a aidé à gérer une corrida comme celle d’Istres".

Interview accordée au quotidien Midi Libre du dimanche 8 décembre 2013 - Propos recueillis par Roland Massabuau – Photos Samuel Duplaix, Laurent Deloye et Valentin Héyère.

Importante, pour Juan Bautista, la temporada qui se termine ? C’est peu de le dire. Après avoir gracié le toro Paquito, de l’élevage de Fernando de la Mora, aux arènes de Monterrey, au Mexique, il vient de se voir couronné de plusieurs prix attribués par l’afición française. Mais si ces distinctions confirment la plénitude de son toreo tout au long de l’année, le maestro porte déjà son regard sur cette saison 2014 qui va bientôt s’ouvrir et qu’il entend écrire d’une calligraphie particulière, avec majuscules le plus souvent possible. Pour plusieurs raisons liées à sa carrière.

Après avoir, le mois dernier, mis un terme à sa relation professionnelle avec Marcos Sánchez Mejías, Juan Bautista étudie d’abord les propositions, nombreuses, qui lui sont parvenues, pour la suite de la conduite de sa carrière. Choix définitif avant les fêtes de fin d’année. Une période pendant laquelle le torero sera déjà projeté dans l’avenir. Immédiatement d’ailleurs, puisque deux contrats l’attendent, les 3 et 6 janvier à Duitama, en Colombie. Mais la prochaine saison sera marquée par deux dates essentielles dans la vie de Juan Bautista. Celle de sa 500ième corrida (à un niveau du calendrier qui pourrait se situer au milieu du printemps), et du 15ième anniversaire de son alternative. Depuis ce 11 septembre 1999 à Arles, le chemin parcouru, avec triomphes d’éclat, plus d’une douzaine de toros adultes indultés, et d’innombrables sorties a hombros, est jalonné de journées pour les souvenirs.

Mais au bonheur de ces triomphes est venu s’ajouter, depuis trois ans, celui de la naissance de Liza, sa petite fille. « C’est quelque chose qui change une vie », avoue le maestro qui rayonne en évoquant les moments qu’il passe auprès d’elle. « Sans jamais perturber mon travail de préparation et d’entraînement, dès que possible, je suis à ses côtés, ne serait-ce que pour regarder des dessins animés ». Et si la venue au monde de son enfant avait aussi apporté une dimension supérieure au toreo de Juan Bautista ? Une quiétude, une profondeur, une lenteur ? Un épanouissement ? « Difficile pour moi d’en parler, mais on me l’a dit ».

Très sensible à tout ce qui touche au cœur et au futur, il s’investit particulièrement dans des opérations à la fois touchantes et pédagogiques. Avec des rencontres dans des établissements scolaires (à Tarascon tout récemment), ou pénitentiaires, avec des places de corrida offertes à de jeunes aficionados, ou à cette opération du loto de CorridaFrance qui va le conduire, les jours prochains, à apporter des tablettes numériques aux enfants hospitalisés, Juan Bautista a toujours les yeux tournés vers l’avenir. Le sien a pour étape immédiate l’Amérique du Sud, point de départ d’un itinéraire où les symboles fleuriront au bord du chemin.

Temps forts 2013 : ses choix.

Interrogé sur son choix des journées qu’il considère majeures dans sa temporada 2013, Juan Bautista a détaché plusieurs dates :

- Madrid sous la pluie au mois de mai. « Parce que c’est Madrid et la feria de San Isidro ». Au cours de cette journée, le maestro a coupé une oreille à un toro de Carmen Segovia.

- Istres : un samedi pour l’histoire. Le bilan de l’après-midi se passe de commentaires : ovation, deux oreilles, oreille, oreille, deux oreilles et queue symboliques, et ovation. Un solo triomphal magnifié par l’indulto de Golosino, de la ganadería de La Quinta.

- Béziers : une grande partition. Face à un excellent toro de Robert Margé, une faena de classe et de sensibilité récompensée par deux oreilles, le 17 août.

- Arles : quatre oreilles en habit goyesque. Sur la piste de pétales imaginée par Rudy Ricciotti le 7 septembre, le torero offre une démonstration lumineuse de son inspiration. Quatre oreilles.

Plusieurs challenges à prévoir du printemps à l’automne.

2014 n’étant pas tout à fait, pour Juan Bautista, une année comme les autres. Sa temporada devrait, selon ses souhaits, connaître plusieurs rendez-vous inhabituels. Avec, selon le terme employé par les toreros, des « gestes ». Soit dans la composition des cartels, soit dans les combats avec des toros de différentes ganaderías. Sans pouvoir dévoiler les contacts déjà en cours ou toutes les intentions du maestro avant l’accord définitif avec les responsables d’arènes, Juan Bautista ne cache pas son désir de marquer sa prochaine saison de dates fortes. Dès Nîmes pour Pentecôte d’ailleurs. Par la suite viendront le Sud-ouest puis Béziers, au mois d’août, où il envisage de marquer la feria de sa présence dans un contexte particulier. Avant le week-end du Riz, à Arles, qui coïncidera avec le 15ième anniversaire de son alternative. Là, ce n’est pas uniquement en costume goyesque qu’il veut se présenter, mais aussi dans une configuration spectaculaire dont les détails seront dévoilés par la direction des arènes dès le mois de janvier. Un autre projet, enfin, pourrait prendre forme bientôt, celui de l’organisation, dans une piste encore à définir, d’une corrida, avec Sébastien Castella, au profit de l’association des matadors de toros français.

Interview accordée à la revue taurine Aplausos, n° 1880, du lundi 7 octobre 2013 – Propos recueillis par Ángel Berlanga – Photo Isabelle Dupin

Il vient d’achever sa quatorzième année en tant que matador de toros. Sa carrière a été marquée pendant tout ce temps par des hauts et des bas, incluant un retrait temporaire duquel il est revenu avec une illusion retrouvée. Il lutte pour arrêter avec cette étiquette de torero conformiste et commun qui l’a freiné en maintes occasions. Défenseur de la tauromachie éternelle, son nom est revenu sur le devant de la scène lors de cette année 2013 avec une poignée de faenas de torero mature et assis, au bord de la plénitude. Si en France il continue d’être considéré comme une vedette, il assure que son retour dans le grand circuit en Espagne arrivera à n’importe quel moment, du moment que les toros l’aident lors des après-midi clés afin de pouvoir divulguer sa tauromachie, qu’il améliore avec le temps, éloigné des modes. C’est le pouvoir de la pureté, c’est la force du classicisme.

A peine vient-il de finir la saison européenne qu’il vit retranché au campo dans une propriété située entre Nîmes et Arles, à quelques kilomètres des deux villes. Là, il y respire la tranquillité et y passe la majeure partie de son temps conjointement avec l’Andalousie et Salamanque où il a un appartement et où il dédie de longs séjours d’intense préparation. Le sud, le Campo Charro et la Camargue forment un triangle des plus taurin et d’élevages auxquels Juan Bautista a toujours marqué son affection : « Lorsqu’on termine la saison, on ressent un vide étrange. Le corps est habitué à la tension, aux voyages, à la peur, à la fatigue et d’un coup tout s’arrête et on se sent bizarre », confesse le torero qui attendra le 20 octobre avant de revêtir le costume étincellent dans la ville mexicaine de Monterrey. « Ensuite, je m’arrêterai à nouveau jusqu’en janvier et février où je retournerai en Amérique pour toréer entre cinq et dix corridas au Mexique, au Venezuela et très certainement en Colombie où cela faisait quelques années que je n’y allais plus. J’aime rester en contact avec le toro et la profession. Si je ne le fais pas, j’accuse le coup de l’hiver ensuite en début de saison », assure t-il.

- Lors de cette année 2013, vous êtes arrivé à quatorze années d’alternative. Votre bilan est-il satisfaisant ?

- Je suis un insatisfait par nature et c’est ce qui précisément me fait m’améliorer chaque année. Je suis fier de ce que j’ai accompli et d’être encore là. On aurait pu faire plus et mieux, c’est clair, mais aussi tout aurait bien pu être pire. Pendant tout ce temps, il y a eu de bons moments, d’autres moins et quelques uns très délicats comme lorsque je me suis retiré, mais tous m’ont servi pour grandir. Lors de mon retour en 2005, j’ai recommencé de zéro, j’ai effacé tout le passé, le positif comme le négatif, pour recommencer le chemin.

- ¿ Quels objectifs avez-vous atteints et quels sont ceux qui vous reste à réaliser ?

- Même les grandes vedettes n’ont jamais atteints la totalité de leurs rêves. J’en ai réalisé quelques uns, bien que beaucoup d’autres soient restés sur le bord du chemin. J’ai toréé dans toutes les arènes importantes du monde et j’ai triomphé dans de nombreuses. J’ai été à l’affiche avec des vedettes de toutes les époques depuis que j’ai pris l’alternative et j’ai réussi à imposer ma manière de toréer et ma personnalité, en m’améliorant au fil des années sans jamais donner un pas en arrière lors de toutes les saisons. Ces dernières années sont celles où je me sens le plus torero et si j’ai encore un but à atteindre, c’est bien par exemple triompher à Séville.

- Si votre carrière n’a pas été au niveau le plus élevé, Ne croyez-vous pas que ce soit à cause de ces instants de banalités et de conformisme que vous avez connu dans les moments clés ?

- Ces étiquettes vont me demander beaucoup de travail avant de les enlever, mais pour rien au monde je partage cette opinion. Ma vie est faite autour du toro et bien qu’à certains moments je n’ai pas eu le moral, ensuite je me suis ressaisi et lors des moments de difficulté j’ai sorti la tête de l’eau. Dans mon cas, en fait pour réaliser la tauromachie que je souhaite, j’ai besoin que le toro m’aide, qu’il y mette du sien et lors d’après-midi clé, lorsque l’alchimie ne prenait pris, je m’en rendais compte avant quiconque sans que le public n’aie pu s’apercevoir comment était le toro.

- N’est-ce pas un crime qu’un torero de votre qualité se retrouve dans la partie intermédiaire du classement ?

- C’est las saison 2008 qui en a été prépondérante. J’étais annoncé dans toutes les ferias du début de saison et à cause de circonstances je n’ai même pas triomphé chez moi. A partir de ce moment, tout est devenu plus compliqué, mais à Madrid je suis ressorti en triomphe en 2010 et à peine j’ai pu profiter des dividendes en Espagne, au moins aux conditions acceptables pour réintégrer les ferias Cette année, j’ai pu m’élever à un grand niveau à Las Ventas en coupant une oreille de poids, et il s’est passé la même chose : même pas j’ai été appelé aux endroits où ils affirment annoncer les triomphateurs de San Isidro. En revanche, en France, je bénéficie du statut de torero de première, je défends ma place chaque année et de plus en plus d’aficionados sont à ma faveur. C’est pour cela que je crois ne pas avoir à me plaindre… car beaucoup de compagnons avec de grandes qualités ne toréent plus alors que j’ai fini la saison avec plus de trente corridas toréées.

- En plus cette année, vous avez réalisé une poignée de faenas accomplies.

- J’ai réussi à franchir un cap dans ma manière de toréer. Les toros que j’ai bien toréé, je les ai mieux toréés que l’an dernier. La faena de Madrid en atteste, tout comme celles d’Arles, en avril et en septembre, d’Istres avec les six toros ou de Béziers… Ensuite en Espagne, bien que je ne sois pas beaucoup dans les arènes de seconde et de première, il y a eu également de très bonnes faenas dans quelques villages où tu te dis : si je torais de cette façon dans une arène de première…

- Vous sentez-vous capable de renverser la vapeur en Espagne, alors que vous n’êtes plus une nouveauté ?

- A n’importe quel moment, je peux revenir dans le circuit. C’est très clair. Les triomphes de cette année m’ont montré le chemin. Il y a beaucoup de toreros dans le classement, chacun avec son concept et sa personnalité, mais, à mon avis, et je ne veux pas me placer au-dessus des autres car je ne suis pas comme cela, je pense qu’il y en a à peine dix ou quinze qui savent bien toréer pour de vrai. Je ne veux pas que cela soit mal interprété…

- Expliquez- vous alors…

- Ce n’est pas à moi de le dire, mais au jour d’aujourd’hui il y a quasiment deux cent toreros et nous sommes seulement quelques uns qui toréons avec les canons de toute la vie. Je fais référence à la tauromachie classique, à la tauromachie éternelle, à celle qui traverse les modes, celle qui va chercher les aficionados et les novices car elle émotionne absolument tout le monde. C’est cette tauromachie que l’on m’a enseigné et de celle dont j’ai entendu parler toute ma vie par la bouche des grands maestros. Je crois que je fais partie de ce groupe. C’est ce qui me fait penser qu’à n’importe quel moment, pour peu qu’un toro m’aide un minimum, je pourrai revenir dans le circuit.

- Des corridas comme celle des quatre oreilles d’Arles, pour ne citer qu’une des plus récentes, sont celles qui vous remettent en selle.

- Cette goyesque a été fantastique. L’affiche était très belle, sur mes terres avec Ponce et El Juli, qui a gracié le deuxième et qui a monté le niveau. Cependant, j’ai coupé les deux oreilles de mon premier et je suis allé chercher les deux autres du sixième. C’est pour cela que je ne trouve pas juste que l’on me taxe de conformiste ou froid comme nous en avons parlé auparavant. En fait, ma façon d’interpréter la tauromachie est classique : je n’aime pas pousser des cris, ni provoquer le public, même pas je le fais dans les villages, mais je demande au toro qu’il m’aide à transmettre et s’il ne le fait pas, c’est difficile d’arriver jusqu’au public. Cela vient peut-être de là cette idée de froideur.

- L’année prochaine vous allez célébrer vos quinze ans d’alternative. Quelles idées avez-vous en tête ?

- Je veux que ce soit une saison différente, spéciale. J’ai des choses en tête mais il est encore trop tôt pour en parler. J’aimerais tuer six toros à Arles lorsque la date exacte d’anniversaire sera proche. Ensuite je préfère garder d’autres surprises qui j’espère pourront se réaliser, ce qui donnerait de la consistance à une année qui sera très belle. Mais de toutes façons…

- Oui ?

- En réalité je n’ai pas attendu les quinze ans d’alternative pour faire des gestes ou participer à des corridas spéciales. Lors de mes dernières saisons en France, j’ai essayé de remporter les paris et faire en sorte de moins toréer les élevages habituels pour combattre des toros de races différentes. Sans aller plus loin, cette année, j’ai combattu des Victorinos à Mont de Marsan, je suis allé à Vic Fezensac qui est une arène que beaucoup de toreros fuient, il n’y a pas si longtemps, j’ai combattu une corrida de Miura à Nîmes et le jour des six toros d’Istres, j’ai combattu des toros de six races différentes où en plus j’ai réussi de très bonnes faenas au toro de Miura et de Victorino et où j’ai obtenu la grâce du toro de La Quinta.

- Cette corrida d’Istres a été une autre de vos sommets de 2013.

- C’était un pari risqué car le public voulait sonder mes capacités. Par chance, j’ai pu les démontrer et la corrida m’a servi à me consolider encore plus dans mon pays.

- Vous êtes en train de devenir un torero vétéran, à la longue carrière. Vous l’imaginiez quand vous avez pris l’alternative ?

- Je ne pensais pas à ce type de chose, mais il est certain que c’est un avantage de recevoir l’alternative aussi jeune, à 18 ans à peine, comme moi. Maintenant, après presque quinze ans d’alternative, je suis toujours aussi jeune, je me sens fort et avec de la jeunesse pour parier et s’exposer. L’an prochain, j’espère arriver aux 500 corridas et aux mille toros combattus, qui sont des chiffres pour lesquels je peux être fier. Malgré les doutes qui m’ont amené à me retirer, ce sont les bons moments qui dominent et je ne peux qu’être content et heureux de tout ce que j’ai vécu jusqu’ici.

Le moment le plus amer de la saison de Juan Bautista correspond à son absence entourée de polémique de la Feria des Vendanges qui a eu comme conséquence sa démission de l’Unión des Toreros. « L’Unión a refuser que je rentre dans le cartel de la corrida bénéfique et j’ai été déçu. Je ne pensais pas qu’on allait me traiter de cette façon après quinze années de présence au groupe. Je l’ai ressenti comme un manque total de respect et une offense à ma trajectoire, prenant en compte, qui plus est, que le spectacle se célébrait dans mon pays et que j’avais le soutien de l’organisateur », déclare Juan Bautista, qui ajoute sur ce dernier point : « Je n’ai pas bien compris le pourquoi d’organiser la corrida en France alors qu’ici nous avons une Association de Matadors français qui a été créée récemment et à qui il manque des fonds pour mener à bien ses projets. L’afición française non plus n’a pas du bien comprendre vue la faible entrée ce jour là. En fait, je ne connais pas les motifs pour lesquels ils n’ont pas voulu que je sois présent et je ne sais pas si je les saurais un jour, mais le fait est que j’ai été absent de la feria de Nîmes et j’ai décidé de démissionner de l’Unión car j’en ressortais plus d’inconvénients que d’avantages ».

Sur ces faits, l’Unión de Toreros a publié un communiqué en revenant sur les considérations du maestro d’Arles. Dans la note, l’entité a signalé qu’elle avait écarté du cartel Juan Bautista car elle souhaitait mettre en place une affiche « de quatre vedettes consacrées avec la présence de deux toreros émergeants », tout en rappelant en même temps que l’appartenance à l’Unión « se valorise à sa juste mesure » et que cela implique « non seulement d’y être inscrit mais aussi de participer et surtout, satisfaire aux accords des organes du gouvernement, spécialement lorsqu’il s’agit de la défense des autres toreros face aux impayés ou à d’autres injustices ». Questionné au sujet de la dénonciation cachée du communiqué, Juan Bautista s’interroge : « Qui est en accord avec la norme à l’Unión quand chacun fait ce qu’il veut ? », il continue en disant : « Concernant les contrats, chacun fait ce qui lui convient le mieux. Pour preuve les cas des vedettes les plus importantes qui continuent à traiter avec des organisateurs qui ont des dettes avec beaucoup de toreros. Ceux qui ont des conduites contraires aux usages ne peuvent rien me reprocher ».

De plus, concernant la nouvelle association dont Juan Bautista fait partie – la française des matadors – il annonce : « Nous avons demandé à l’Unión une partie des bénéfices de la corrida de Nîmes. Pour le moment, nous n’avons pas de nouvelle. Nous comprenons que l’afición française souhaite participer seulement aux projets de notre pays ».

Curieusement, la décision d’abandonner l’Unión fut applaudie publiquement par celui qui a toujours été son rival, Sébastien Castella : « Je lui en suis très reconnaissant. Depuis, notre relation s’est améliorée et nous sommes en contact pour avoir des idées et les mettre en pratique pour l’association française ».

Interview accordée au site taurin www.corridafrance.fr le lundi 23 septembre 2013 – Propos recueillis par El Tico – Photo El Tico.

Au crépuscule d'une de ses temporadas les plus accomplies depuis le début de sa carrière, Juan Bautista a bien voulu revenir pour nous sur ses grands moments cette saison et notamment son solo d'Istres. Mais aussi sur son retrait de l'Union des Toreros espagnols et ses projets...

CorridaFrance : A une corrida de la fin de ta temporada Européenne, quel bilan dresses-tu de ta saison 2013 ?Juan Bautista : Dans l'ensemble, je suis content de ma saison. Il y a eu beaucoup de belles après-midi et pas mal de faenas importantes. J'ai connu malheureusement un passage délicat à l'épée, durant lequel j'ai perdu quelques Triomphes. C'était au début de l'été, en juin-juillet, juste après les six toros. J'avais eu un passage similaire en début de temporada. L'épée m'a fait perdre un triomphe à Arles et une oreille importante aux Fallas de Valencia. Mais heureusement, après, il y a eu Madrid, il y a eu Béziers, il y a eu Istres et enfin Arles en Septembre. Quelques courses comme Toledo ou La Coruña où j'ai connu des après-midi importantes même si malheureusement, j'ai moins bien tué. Mais en ce qui concerne les sensations, elles ont été bonnes tout au long de la saison. Face au toro, je me suis senti a gusto et j'ai pris beaucoup de plaisir cette saison.

CorridaFrance : Concernant le solo d'Istres, quelles en ont été les répercussions, tant sur le plan personnel que sur le plan professionnel ? Juan Bautista : Sur le plan personnel, ça a été un challenge, un défi pour moi et les répercussions ont été importantes. Affronter seul six toros, c'est vraiment une corrida très particulière. De plus j'avais choisis de combattre six élevages différents avec six encastes différents, dont trois toristas, C'était un test pour moi et puis aussi pour le public qui pouvait voir différentes facettes de ma tauromachie en une seule après-midi. J'ai été très heureux du déroulement et de la conclusion de cette corrida. Il y a eu bien sûr l'indulto de Golosino. Mais il y a eu aussi la faena au toro de Victorino et celle au toro de Miura qui ont été importantes. L'ensemble de l'après-midi, l'ambiance qu'il y avait dans ces arènes ont contribué à ce que cette journée soit l'une des plus abouties de ma saison. Et moi, personnellement, cette corrida m'a donné beaucoup de confiance. Ça m'a prouvé, si j'en doutais, que je pouvais relever de tels challenges. Et ça l'a prouvé au public. En ce qui concerne les répercussions professionnelles, elles ont surtout été médiatiques car la presse a été unanime pour saluer la façon dont s'était déroulée cette corrida. Au mois de juin, la saison est déjà très avancée et en terme de contrats, le solo d'Istres ne m'a pas forcément amené des dates supplémentaires en 2013. Mais en termes d'image, cette course m'a fait beaucoup de bien pour la suite de la saison et pour celles à venir.

CorridaFrance : J'imagine que lorsqu'on prépare une telle corrida, avec des encastes différents, on cherche à « assurer » le succès de son entreprise avec des toros de garantie dans les encastes plus « toreristas ». Et finalement, tu as coupé les oreilles des toros les plus durs. Comment l'as-tu vécu ? Juan Bautista : C'est vrai que sur le papier, j'avais tendance à avoir plus confiance en certains toros qu'en d'autres. Mon idée ce jour là, c'était par exemple de commencer par le toro du Puerto de San Lorenzo. C'est un élevage que je connais bien et que j'aime beaucoup. Malheureusement, le toro qui avait beaucoup de qualités, a manqué de force et de fond pour transmettre. Et donc, je n'ai pas pu triompher avec celui-là, comme d'ailleurs avec celui de Torrestrella dont je pensais aussi qu'il me permettrait quelque chose, mais il s'est arrêté. C'était le sixième de la course et il a eu aussi le désavantage de passer après l'indulto de Golosino. Mais ça, on ne pouvait pas le savoir à l'avance... Comme quoi, on ne peut rien prévoir. Ce jour là, il y a eu un grand, grand toro de Victorino ; le toro extraordinaire de La Quinta ; un bon toro de Miura et ce sont ces trois toros là qui m'ont permis de donner cette belle après-midi.

CorridaFrance : Cette saison, plusieurs figuras se sont également enfermés face à six toros mais tu es un des seuls a avoir réellement réussi ton pari. Comment l'expliques-tu à posteriori ? Juan Bautista : Des solos, je n'en ai pas tenté beaucoup. C'était seulement le second. J'espère que d'autres occasions se présenteront à moi pour en proposer d'autres. C'est un pari osé car le premier risque est d'ennuyer le public. Il faut pouvoir être varié. Il faut que les toros t'aident aussi. Dans ce cas là, il y a eu vraiment six toros différents. Il y en a qui ont servi et d'autres moins. Mais notre idée avec Bernard Marsella et la commission taurine d'Istres lorsqu'on a mis en place ce projet, c'était vraiment cette diversité au niveau des origines des toros qui ont tous eu leurs caractéristiques, leurs comportements, leurs spectacles. La réussite, ce jour là, je la dois aussi aux six toros que j'ai eu en face de moi. J'ai eu la chance de tomber sur sur trois très bons, et ça sur un solo, c'est primordial. Il faut avoir un peu de chance même s'il faut surtout être prêt, ce jour là, à tout donner.

CorridaFrance : Après ton Triomphe Arlésien de fin de saison, ton absence à Nîmes a été des plus regrettable. Où en es-tu de tes relations avec l'Union des Toreros espagnols ? Juan Bautista : Aujourd'hui, il n'y a plus de relation. Je me suis retiré de cette association à laquelle j'appartenais depuis mes débuts en tant que Matador. Le désaccord est intervenu suite à l'organisation de cette corrida à Nîmes, comme on le sait. Je suis évidemment très déçu de ne pas avoir participé à cette Feria des Vendanges après ce qui s'est passé. Mais on ne m'a pas trop donné le choix non plus. Et maintenant, nous avons de très beaux projets avec l'Association des Matadors de Toros Français que je veux aider au maximum. Nous en avons parlé avec Sébastien Castella et il y a quelques idées intéressantes à finaliser pour la saison à venir. Et maintenant que je ne fais plus partie de l'Union espagnole, je vais pouvoir vraiment participer aux projets de notre association française.

CorridaFrance : Tu seras absent du Festival de Saint-Gilles pour lequel tu étais initialement annoncé. Pour quelle raison ? Juan Bautista : J'en suis déçu parce que je m'étais engagé à participer à ce festival. Mais la temporada n'est pas tout à fait terminée et une corrida s'est concrétisée pour ce jour là. Il était convenu dès le début avec les organisateurs que si cette situation se présentait, je privilégierais la corrida, ce que tout le monde a parfaitement compris. Mais je tenais à participer à ma façon et même si je ne serais pas présent physiquement ce jour là, je vais donner un capote aux organisateurs qui en disposeront comme ils le souhaitent au bénéfice de personnes qui en ont besoin.

CorridaFrance : Pour la cinquième année consécutive, tu seras également présent à nos côtés pour l'édition 2013 de CorridaFrance à Lunel. Quelles sont les raisons de ton engagement pour les causes caritatives ? Juan Bautista : En fin d'année, lorsque la saison se calme, je crois que nous, les toreros, nous nous devons lorsqu'il y a de beaux projets, d'être solidaires et d'être présents pour les gens qui en ont besoin. Qui plus est lorsqu'il s'agit des enfants. Ça me touche énormément. C'est pour cette raison que j'ai voulu inviter des enfants pour ma corrida à Istres. Et puis en ce qui concerne l'Association que je parraine et pour laquelle je travaille avec toi depuis toutes ces années, je me rappelle lorsque nous sommes allés l'an dernier à l'hôpital de Montpellier. Voir ses enfants heureux lorsqu'on leur remettait leur tablette tactile donne envie de continuer et de chercher à améliorer encore l'aide que l'on peut apporter à ces enfants qui en ont besoin. Cette année, nous avons la chance formidable d'avoir un capote de Jose Tomás ; une muleta de Juan Jose Padilla. Ce sont des dons, des cadeaux formidables qu'ils nous ont faits. J'espère que les aficionados et peut-être même ceux qui le sont moins vont participer, vont adhérer au projet pour que en fin d'année, à Noël, on puisse faire de beaux cadeaux, en tous cas offrir des choses nécessaires pour ces enfants qui vivent des heures compliquées à l'hôpital.

CorridaFrance : Revenons aux toros pour terminer. Quels gestes pour 2014 ? Juan Bautista : La temporada actuelle se termine et c'est vrai que j'ai beaucoup d'idées pour la suivante. J'espère que certaines d'entre elles, peut-être pas toutes, pourront se concrétiser pour l'an prochain. Je suis très heureux de ma temporada, au moins dans le Sud-Est puisque dans le Sud-Ouest, j'ai eu moins de réussite. L'épée à Mont de Marsan qui n'a pas fonctionné. A Dax et à Vic, ce sont les toros qui n'ont pas servi. Mais je suis prêt à faire des choses importantes en 2014, que ce soit dans le Sud-Est comme dans le Sud-Ouest.

CorridaFrance : Merci Jean-Baptiste et à bientôt pour les Coups de Cœur 2013 à Lunel.

Interview accordée au quotidien SudOuest le samedi 20 juillet 2013 - Propos recueillis par Pierre Sabathié - Photo Archives Philippe Salvat

Juan Bautista est arrivé hier après-midi dans les Landes depuis Salamanque. Dans la soirée, il a rendu visite à la famille Bats à Montsoué pour une tienta en présence des élèves de l'école taurine de Richard Milian. "C'est plutôt rare que je tiente la veille d'une corrida, mais on en a parlé plusieurs fois avec Guillaume, l'occasion se présentait d'aller chez lui. J'ai accepté, et c'est important et sympathique de rencontrer les jeunes de l'école taurine. Et ça me permet de rester concentré pour la corrida de ce samedi", précise le torero français. Aujourd'hui, il affronte des Victorino Martín, un élevage qu'il aime bien combattre.

Mont-de-Marsan est une arène qui vous résiste. Pour quelles raison ?

C'est vrai. J'ai triomphé dans la plupart des arènes de première catégorie, mais pas encore à Mont-de-Marsan. Elle manque à mon tableau. Pourtant, j'y ai beaucoup toréé. Et j'en garde de bons souvenirs. Le meilleur étant celui de ma présentation au Plumaçon en 2000. J'étais aux côtés de Joselito et de José Tomás. Après, j'ai souvent coupé des oreilles à Mont-de-Marsan, mais sans sortir en triomphe. Et je ne garde pas un grand souvenir de ma dernière Madeleine. C'était il y a deux ans, dans une corrida de Samuel Flores très dure. Je reviens avec beaucoup d'envie et de plaisir, avec l'espoir de triompher.

Comment qualifié-vous le public du Plumaçon ?

C'est un bon public, exigeant, sérieux et réceptif. Il sait capter les difficultés du toro, et apprécie ce qu'est capable de faire un torero face au toro, selon les situations. Dans ces arènes, on entend de vraies réactions d'aficionados qui savent étudier les caractéristiques de chaque toro. Ce n'est pas facile d'obtenir une oreille ici. Un trophée obtenu à Mont-de-Marsan a de la répercussion.

Avez-vous vu le lot de Victorino Martín qui vous attend cet après-midi ?

J'avais vu quelques-uns des toros cet hiver quand j'avais tienté chez Victorino Martín. C'est un encaste particulier, différent des autres, et que j'aime retrouver. A Istres mi-juin, sur les six toros que j'ai affrontés, il y avait un Victorino Martín. Je lui ai coupé deux oreilles, et il a fait un tour de piste. Un bon souvenir. Il faut une technique particulière pour les toréer, car ces toros ont des réactions différentes des autres. J'ai vu que la corrida de cet après-midi est très bien présentée.

On vous a entendu très en colère à Nîmes le week-end dernier. Que s'est-il passé ?

Je ne veux pas polémiquer, mais il y a un moment où je ne peux pas laisser tout faire. J'étais prévu dans le cartel pour cette corrida caritative organisée par l'Union des toreros. J'y participe chaque année, et au dernier moment, certains membres de l'Union n'ont pas voulu que je torée cette corrida. Je ne veux pas commenter les raisons, mais j'estime que ce n'est pas normal car je représentais la France et l'Association des matadors français. Il me revenait donc le droit de toréer cette corrida. Du coup, j'ai aussi refusé de participer à la corrida de septembre à Nîmes.

Interview accordée au n° 990 de la revue taurine 6Toros6 du mardi 18 juin 2013. Propos recueillis par Paco March. Photo Joaquín Arjona

- Six toros, encastes différents et triomphe absolu. Ta consécration ?

- C'est un après-midi au cours duquel j'ai pu expliquer, face à des toros de différentes conditions et d'un grand niveau d'exigences, la façon de m'exprimer en tant que toreros avec le métier qui est le résultat des années d'alternative. Consécration ou pas, ce que je souhaite, c'est maintenir ce niveau et pourquoi pas le dépasser.

- Le combat au toro gracié de La Quinta et la faena de muleta en soi ont atteint l'excellence.

- Déjà, avec les caractéristiques zootechniques et l'expression du toro, on voyait ce qu'il allait donner. Il l'a démontré dès la cape en chargeant avec fixité et une envie qui n'a jamais baissé. Ensuite, surtout sur la corne gauche, j'ai pu même ralentir le muletazo, l'accompagner dans la charge, en laissant toujours la muleta préparée et réalisant des séries jusqu'à six ou sept naturelles. Ce que nous recherchons nous autres les toreros, c'est cette alliance avec le toro et le public qui a été totale. Comme elle l'a été tout au long de l'après-midi.

- La France est un exemple taurin, los toreros mexicains demandent une place... Quelque chose est en train de bouger en Tauromachie ?

- Nous devons tous nous unir, et encore plus en ces temps difficiles. Les ferias françaises sont organisées avec beaucoup d'attention, les aficionados se sentent bien traités et concernant les compagnons mexicains, il est certes vrai qu'ils s'arriment. Je pense que ce qui s'est passé à Istres va au-delà du triomphe personnel, c'est une façon de dire que la tauromachie est vivante et variée, il suffit juste de s'impliquer à fond. Nous tous.

Interview accordée au n° 1863 de la revue taurine Aplausos du lundi 10 juin 2013. Propos recueillis par Íñigo Crespo. Photo André Viard

Samedi prochain à Istres il s'enfermera seul face à six toros. Miura, La Quinta, Victorino Martín, Torrestrella, Puerto de San Lorenzo et Jalabert. Un gros défi, une invitation ferme. Il aborde ce rendez-vous dans un bon moment, après avoir marqué des points à Madrid et revendiqué le nom d'un torero qui rempli ses journées à base d'afición et de compromis. Il admet des hauts et des bas dans sa carrière. Mais il sait et reconnaît que lorsqu'il est guidé par sa capacité de torero et d'artiste, son niveau est notable.

- Il reste peu de jours avant de vous retrouver seul avec six toros à Istres. Le faites-vous par nécessité professionnelle ?

- Je le fais pour moi-même et pour les aficionados qui ont demandé ce cartel. En France, mon nom est consolidé, j'ai ma place dans les grandes ferias , mais je suis ambitieux et pendant la saison, j'aime bien accepter des défis et celui là en est un. L'afición française et celle d'Istres l'ont demandé et je crois que c'est bien de le faire car on doit prêter attention à celui qui paye et encore plus lorsqu'il s'agit de favoriser la Tauromachie comme c'est le cas à Istres.

- Pourquoi à Istres ?

- Pour moi ce sont des Arènes très spéciales. Même si elles ne font pas parties des Arènes les plus importantes du pays, il s'y donne des cartels de grande importance, c'est prêt de ma ville d'Arles. L'attente est très grande, il n'y a plus de billet à la vente et de surcroît il y a l'envie de voir six élevages différents.

- Qui en a eu l'idée ?

- Cela vient de la direction des arènes qui me l'a proposé et que j'ai accepté car c'est fantastique et encore plus quand on parle de la variété dans les origines des toros, qui est un thème très privilégié chez les aficionados français.

- Miura, Victorino Martín, La Quinta, Torrestrella, Puerto de San Lorenzo et Luc et Marc Jalabert.

- Ce sont tous des élevages de prestige. Lors de cet après-midi si important pour moi, j'ai voulu combattre un toro de ma famille, il m'a semblait que ce serait chouette. Ils me plaisent car ils vont me servir à montrer ma capacité personnelle.

- Donc il est vrai qu'il y a un défi personnel dans cet après-midi.

- Dans ce cas, le défi personnel existe toujours. De fait depuis ces dernières années, je m'oblige à m'impliquer d'avantage et toréer quelques élevages dits "toristas" dans une feria importante. Je crois que c'est important, positif et en plus nécessaire par rapport à ce que connaît la Tauromachie. Ces élevages là me motivent et encore plus lorsqu'il s'agit d'en tuer six.

- Pensez-vous être plus un lidiador que ce que l'on dit ?

- Je suis torero et cela implique beaucoup de choses. En réalité je me sens artiste et je crois que je le suis plus que ce que l'on peut imaginer à simple vue. Lorsque le toro me le permet, j'aime me laisser guider par l'inspiration. Les faenas les plus importantes de ma carrière ont été classieuses, construites à base d'une tauromachie profonde et classique.

- Ces défis pour les élevages à caractère "torista", ne pensez-vous pas qu'ils puissent représenter une arme à double tranchant au moment de valoriser le résultat ?

- En effet ; mais il ne faut pas oublier que c'est à l'afición, qui demande la diversité des encastes, de prendre en compte les différents compromis des toros et mesurer ce qui est fait à bon escient. D'après moi, les bons aficionados doivent avoir la capacité à voir et percevoir le jeu des animaux.

- Lorsque cette interview sera publiée, Juan Bautista aura participé à sa seconde corrida dans les Arènes de Las Ventas, lors de la feria appelée Arte y Cultura, où il était annoncé samedi dernier face à une corrida de Baltasar Ibán. Son passage à Madrid pendant la San Isidro a été important : oreille d'un toro de réserve de Carmen Segovia. "J'ai ressenti des choses très belles lors de cette faena encore plus en sachant que cela faisait deux ans qu'il ne se passait rien à Las Ventas", explique le torero d'Arles. "Ce fut un après-midi avec beaucoup de nuances par rapport à l'orage de grêle et au calme dont il a fallu faire preuve", souligne t-il.

- Ce qui a été le plus mis en exergue de votre faena a été les naturelles, votre main gauche a atteint un autre niveau.

- J'ai regardé la vidéo et cela a confirmé ce que j'ai ressenti dans les arènes. Le toro était très bon à gauche et je me suis régalé de ce côté. Dommage qu'il ne chargeait pas de la même manière à droite. Ensuite, je l'ai bien tué.

- L'oreille a t'elle été le reflet du déroulement de votre saison jusqu'à aujourd'hui ?

- La faena a eu beaucoup de profondeur, c'est vrai. En règle générale, je ne crois pas que le nombre de trophées soit le véritable reflet de la saison car à Valencia je me suis senti à l'aise avec celle de Fuente Ymbro ; à Arles j'aurais pu couper trois ou quatre oreilles car tout est sorti parfaitement mais l'épée n'a pas été au rendez-vous ; à Tolède il y a quelques jours, j'ai connu un grand après-midi qui n'a pas été récompensé en oreilles.

- Mais le grand moment que vous connaissais est toujours là.

- C'est indéniable surtout par rapport à la maturité et au fait que je le vois très clair dans les arènes. Ma tauromachie est très fluide, je continue d'interpréter la tauromachie classique qui est celle que j'aime sans occulter que je me sens reconnu après près de quatorze années d'alternative.

- Vous l'avez dit vous-même : 14 ans d'alternative. Après autant de temps, il n'est pas facile d'être présent dans les ferias. Quel en est le secret ?

- Mon afición, j'en suis sur. J'ai cette profession en moi depuis que je suis tout petit, jamais je n'ai voulu faire autre chose dans la vie que toréer. Il est certes vrai que ma carrière a été marquée par des hauts et des bas ; mais c'est l'afición qui m'a donné la force et le courage pour gérer les mauvais moments.

- Avant vous avez reconnu que vous étiez un torero artiste.

- C'est ce que je ressens au fond de moi. Les gens voient ce qu'ils voient et il est logique que tout le monde n'est pas la même opinion que moi, car bien souvent dans les arènes, les circonstances font que tu es obligé de sortir de ton concept. Les obligations de se justifier pendant une corrida vont à l'encontre de la tauromachie artiste et encore plus lorsque tu n'es pas catalogué comme tel.

- Est-ce une obligation de se justifier lors des nombreux après-midi même si les possibilités de triomphe sont minimes ?

- En ce qui me concerne non car le temps et cette maturité dont nous avons parlé m'ont donné le métier, la technique et une expérience qui font que je peux résoudre avec facilité les difficultés présentées par les toros compliqués.

- Parlez-moi du noyau central de la saison ?

- Je serais présent dans toutes les férias en France. C'est en Espagne où je connais quelques difficultés car il est évident que ces dernières années je n'ai pas été très présent dans les ferias. Ce n'est pas facile mais j'espère que cela va changer et que je pourrais commencer à figurer dans les principales arènes espagnoles.

- Dites-moi un souhait pour le futur.

- Le futur est toujours positif, le meilleur est toujours à venir. Après quatorze années d'alternative, je continue de me sentir jeune, avec l'envie de concrétiser beaucoup en Tauromachie. Je rêve et j'ai beaucoup de rêves à réaliser, je veux continuer de me sentir torero chaque jour et pouvoir exprimer dans les arènes ce que je ressens en moi. Pour moi, le terme toréer est très beau et il est encore plus après avoir vécu il y a quelques jours cette sensation de réaliser douze naturelles superbes à Madrid.

- L'oreille qu'il a coupé à Madrid au toro de réserve de Carmen Segovia pendant la San Isidro a été une continuation aux succès notables que Juan Bautista a récolté dans les Arènes de la Rue Alcalá. "J'ai à mon actif deux grandes portes en tant que matador et une oreille que j'ai coupé lors d'une corrida de La Presse sous des trombes d'eau", se souvient le natif d'Arles, qui nous révèle une situation qu'il a connu il y a quelques jours à Madrid : "J'ai été invité à un colloque après une des corridas de San Isidro à laquelle j'ai assisté en tant que spectateur. Beaucoup d'aficionados du Tendido 7 étaient présents et sincèrement je dois dire que j'ai été enchanté de partager ce moment avec eux car loin de me faire des reproches, ils m'ont animé à toréer de la même façon que lorsque j'ai ouvert la Grande Porte. J'ai ressenti qu'ils me voyaient comme un torero qui peut donner beaucoup de lui-même". En terme de conclusion, Juan Bautista souligne : "Ce colloque a confirmé quelque chose de très important pour moi, que l'aficionado est exigeant avec moi car il sait le niveau que je peux atteindre".

Interview accordé à la revue taurine 6Toros6 n° 951 du mardi 28 mai 2013. Propos recueillis par Paco March – Photos Joaquín Arjona

De l’autre côté de la ligne téléphonique (Juan Bautista est chez lui à Arles, pour profiter pendant quelques jours de sa famille) une voix joyeuse se fait entendre : « Connaître des moments comme ceux de Madrid est une des choses les plus belles pour un torero », nous dit-il, au même moment où il se rappelle : « Je suis sorti par la grande porte de Las Ventas une fois quand j’étais novillero et deux fois en tant que matador et je vais faire le maximum pour recommencer le 8 juin ». Il se met à rire lorsque je lui parle de l’influence de la pluie sur quelques uns de ses triomphes : « Lors des après-midi de pluie, le public est plus réceptif, il est plus chaleureux avec les toreros, disons qu’il est moins dur, mais toujours dans le cas ou toro et toreros s’harmonisent. Je me rappelle de corridas sous la pluie à Madrid, comme la dernière, une à Dax où j’ai coupé quatre oreilles au milieu d’une tempête, comme à Béziers… Oui, en effet, disons que j’apprécie la pluie, mais on ne triomphe pas que grâce à elle, bien au contraire ».

La saison de Juan Bautista a fort bien commencé à Valencia et Arles : « J’ai réalisé une bonne faena lors de la feria des Fallas et j’ai étais à deux doigts de couper une oreille. A Arles, pour le mano a mano avec Castella, le public s’est montré très exigeant – ce qui ne me dérange pas, au contraire cela me motive – et avec les trois toros je me suis trouvé à l’aise, avec des moments importants qui ont été très bien accueillis. Ce fut une corrida qui te marque dans le bon sens du terme ».

D’autres dates s’ajoutent sur l’agenda du torero arlésien : « Le lendemain de Madrid, j’ai toréé à Vic-Fezensac une corrida d’Adelaida Rodríguez qui est sortie éteinte. Maintenant, avant de retourner à Las Ventas, je vais à Tolède pour le Corpus et Plasencia. Entre ces deux dates, je participe à une tienta publique avec les élèves des écoles taurines le 1er juin, dans les arènes françaises d’Istres. Là je vais offrir 100 places aux enfants de moins de 16 ans pour ma corrida en solitaire du 15 juin dans ces mêmes arènes avec six toros de différentes origines. C’est une corrida pour laquelle je suis très motivé mais qui exige une préparation physique et mentale pour l’affronter et pour laquelle il n’y a plus de place à la vente depuis plusieurs jours. C’est une feria très bien organisée et pour laquelle il y a une grande attente.

Lorsque Juan Bautista clôturera la Feria Arte y Cultura en faisant le paseo le 8 juin pour tuer ses deux toros de Baltasar Ibán, aussi bien lui que les aficionados auront fraîchement à l’esprit son triomphe lors de la Feria de San Isidro : « Je me sens capable de convaincre à nouveau le public de Madrid. J’ai la pression et la peur, c’est vrai, mais avec la confiance de pouvoir triompher à nouveau. En plus, la corrida d’Ibán plaît beaucoup à Madrid et il y a toujours des toros qui offrent des possibilités. Si j’en touche un je ne vais pas le laisser échapper ».

A la fin de ce mois, il partira au Pérou : « Je vais à Cutervo, pour toréer trois corridas suivies dans une feria qui porte mon nom, une belle coïncidence ».

Cela fait quatorze ans qu’il a pris l’alternative : « Je l’ai prise très jeune et c’est maintenant que je me retrouve en plénitude, fidèle à ma conception, mais avec l’expérience que donne les années. Physiquement et moralement, je suis au top, mieux que jamais, devant les toros je le vois très clair. Mon ambition est de continuer à m’améliorer ; couper une oreille à Madrid comme l’autre jour avec une dizaine de naturelles n’est pas donné à tout le monde et cela me donne une totale confiance pour le futur. J’ai confiance dans ce qui reste de la saison, et pour les prochaines corridas, pouvoir le démontrer pas seulement en France mais aussi dans les Ferias en Espagne ».

Et conclue : « Ce n’est pas la peine de chercher d’autres chemins, avec la tauromachie de qualité, les gens réponde. C’est mon but”.

Interview accordée au journal Midi Libre pour le supplément Hors Série de Mars 2013. Propos recueillis par Agathe Baudoin. Photo Gilles Lefrancq

Il est né à Arles, et revient souvent sur les bords du Rhône, mais paradoxalement, le torero Juan Bautista profite très peu de sa ville en fête. Bercé depuis sa naissance par les toros de Camargue, le fils de Luc Jalabert, ancien rejoneador et directeur des arènes d’Arles aux côtés de son frère Marc, n’a jamais imaginé sa vie qu’auprès des toros et dans les arènes. Dès 10 ans, il se confronte à des vaches pour ne plus jamais quitter cet univers. Aujourd’hui âgé de 32 ans et papa d’une petite fille, Juan Bautista, le torero d’Arles, revient dès qu’il le peut sur ses terres natales. Et entre deux corridas, au milieu de la temporada 2012, dans un bar du boulevard des Lices, cette artère qu’il remonte avant chaque paseo, il accepte de se confier sur ses liens qui l’unissent à la ville qui l’a vu devenir matador.

- Quel est votre tout premier souvenir de feria arlésienne ?

- J’ai très peu de souvenirs de feria, car depuis que je torée, je ne fais pas vraiment la fête et je ne vis la feria que dans l’arène. Mais je me souviens quand même que tout petit, on m’emmenait aux arènes le lundi de Pâques et je trouvais tout cela très beau. Je me rappelle aussi comme j’étais triste parce que je savais que le lendemain, il faudrait retourner à l’école. Côté fête, mon premier et dernier souvenir remonte à 2003 – 2004, quand je me suis arrêté de toréer pour prendre du recul. C’est la seule année où j’ai découvert l’aspect festif d’après corrida avec mes amis, ou du moins j’en ai un peu profité. Mais la feria est avant tout synonyme de corrida pour moi.

- Comment appréhendez-vous ce rendez-vous devant ce public qui vous a vu devenir torero ?

- Quand je torée chez moi, j’ai la pression ! Et ce depuis ma présentation en tant que novillero, en 1999. Chaque année, pour la première corrida à la feria de Pâques, l’une des premières de la temporada, je me refais le film des semaines et des semaines avant. C’est le début de la temporada, un vrai test. C’est un moment très important dans ma saison. Ici, c’est un village. Quand je me promène en ville, les gens me reconnaissent et m’en parlent tout le reste de l’année, ils me racontent la corrida. Je ne peux pas tricher. Et ça, c’est toujours un peu désarmant.

- Est-il plus difficile de se libérer et de toréer chez soi ?

- Je me souviens du jour de mon alternative, avec Espartaco comme parrain. Les arènes étaient bondées, il n’y avait plus une place. J’avais 18 ans. Oui, c’était vraiment impressionnant ! Et puis, c’est un petit monde, mon père et mon oncle sont à la tête de ces arènes : je n’ai pas le droit de me tromper. Mais de manière générale, le conserve de bons souvenirs de mes corridas à Arles. Souvent, je repense à ce mano a mano avec El Juli, au moment où il explosait. D’entrée, il coupe deux oreilles et gracie le suivant. Heureusement je coupe finalement deux oreilles et on sort tous les deux en triomphe. C’est un bon souvenir.

- Avez-vous le sentiment d’être devenu une sorte d’ambassadeur de la ville d’Arles ?

- Je ne sais pas si on peut le dire comme ça. Mais toréer dans les plus grandes ferias du monde, c’était mon rêve. J’en suis très fier. Quand on parle d’Arles, même en Amérique du Sud, on m’identifie à la ville. Mais il n’y a pas que moi : il y a aussi des banderilleros, des éleveurs, des novilleros qui font parler d’Arles.

- En période de feria, quelles sont vos habitudes ?

- Arles est la seule ville où je me permets d’aller voir les toros au corral avant la corrida. C’est une habitude à laquelle j’ai du mal à résister. Depuis cinq ans, je me prépare à l’hôtel César, sur le boulevard des Lices que j’aime beaucoup. J’y mange avec ma cuadrilla, et je me repose avant la corrida. Et très souvent, après la corrida, notamment à la Feria du Riz, je reprends la direction de l’Espagne, car généralement je torée le lendemain, donc je ne vois pas beaucoup la ville en fête.

- En dehors de l’aspect purement taurin, qu’est-ce qui vous séduit le plus dans votre ville natale ?

- C’est une ville magnifique avec une histoire très riche ! Je ne parle pas que des arènes et du théâtre antique, ou encore la place du Forum, les endroits que j’aime. Il y a deux ans, le buste de Jules César a été retrouvé dans le Rhône, c’est quelque chose d’incroyable ! Et puis j’aime surtout le côté village, et la passion des gens. Ici, on est fier d’avoir ces arènes, des éleveurs en Camargue, une école taurine qui fonctionne bien. C’est une ville d’aficionados, avec beaucoup de tertulias en hiver. Et j’aime bien aller rencontrer les aficionados car ce sont des gens qui nous suivent tout au long de l’année.

Interview accordée au site www.burladero. com le dimanche 20 mai 2013

"J'ai pu transmettre au public ma tauromachie"

Suite à son importante prestation dans les Arènes de Las Ventas, Juan Bautista accorde cette interview pour les utilisateurs de Burladero.com: "La corrida d'hier a été très importante pour moi, car elle s'est passée à Madrid pendant la San Isidro, au moment où tout le monde est attentif à tout ce qui se passe dans le bon ou le mauvais sens. Cela faisait une paire d'années que je n'avais pas réussi à triompher à Madrid, c'est en 2010 que je suis sorti pour la dernière fois par la Grande Porte et depuis je n'avais plus rencontré une opportunité comme celle d'hier. Avec une afición à fond avec moi et enthousiaste.

Ce fut un après-midi épique. Il faut reconnaître le mérite qu'a eu Silveti pour toréer dans des conditions aussi difficiles et obtenir tout de même un triomphe. Ensuite, avec le quatrième toro cela a été spécial. J'ai réalisé tout ce qui devait être fait avec un animal de cette catégorie. J'ai pu être en phase avec lui et transmettre ma tauromachie au public, une tauromachie universelle qui touche tout le monde. Mon autre compagnon Juan del Álamo,lui aussi dans des conditions aussi difficiles que celles que nous avons eu pour toréer a tout donné et a aussi triomphé. Cela a été un après-midi très spécial para rapport aux complications mais nous avons tous triomphé dans une arène qui est la plus importante du monde.

J'espère vraiment que ma prochaine corrida à Las Ventas me permette de répéter ce qui s'est passé hier et de pouvoir transmettre au public ce que je ressens, ma tauromachie, mon savoir faire. Je souhaite seulement que cela soit un autre après-midi de triomphe pour que je puisse partir de Madrid avec le même bonheur et la même satisfaction qu'hier".

2012

Interview accordée à la revue Aplausos, n° 1835 du Lundi 26 novembre 2012 - Propos recueillis par Rocío Fernández

Beaucoup plus mature, plus posé dans ses réponses et en s’autocritiquant, nous nous trouvons en présence d’un Juan Bautista, qui fait le bilan d’une campagne qui, comme la précédente, a été dominée par une extraordinaire saison sur le sol français et à laquelle il a manquait une certaine régularité sur le territoire espagnol. Cependant, comme ce fut le cas lors d’années précédentes, il reconnaît qu’il a la solution entre les mains pour faire un virement de situation et se présenter à nouveau comme un torero par delà les frontières.

Une année supplémentaire où Juan Bautista est prophète sur ses terres…
Heureusement que cela s’est passé comme cela. Comme ce fut le cas l’an passé, j’ai pu réaliser une saison notable dans mon pays. J’ai été annoncé dans les arènes les plus importantes et y ai obtenu une régularité écrasante concernant les triomphes.

Arles, Nîmes, Béziers, Vic-Fezensac, Bayonne, Dax… Vous avez été programmé dans pratiquement la totalité des arènes importantes, et comme vous le dites, en obtenant des triomphes dans quasiment chacune d’elle.
Je me suis senti très à l’aise. A Nîmes, par exemple, j’ai eu deux très bonnes prestations. La première en matinée avec une corrida de Capea à laquelle j’ai coupé trois oreilles et une autre en après-midi où j’ai coupé une oreille d’un toro de Fuente Ymbro qui possédait du tempérament et beaucoup de race. A Dax également, j’ai connu un très bon après-midi, comme à Istres avec les Victorino. Ensuite, il y a aussi les deux grandes portes d’Arles, une en mai et l’autre en septembre où cela s’est très bien passé…

Autant que vous avez à votre actif six grandes portes consécutives…
Surtout que lors de mes premières années de matador cela m’a demandé des efforts pour convaincre mes compatriotes, J’irais même à dire qu’ils ont été un peu dur avec moi. Mais maintenant tout ceci a changé et je me sens très respecté à Arles. En plus je me suis vraiment régalé lors de mes deux dernières corridas, surtout à la goyesque en septembre, qui est en train de se convertir en un rendez-vous majeur pour l’afición française. En tant que torero, c’est un privilège que d’y participer. Vraiment, je ressens qu’en France on me donne la place que je mérite.

Cependant, il semblerait que ce ne soit pas pareil en Espagne.
Malheureusement, c’est l’étrange situation que je dois vivre aujourd’hui. En Espagne, les portes de toutes les ferias me résistent et là où j’ai pu être programmé comme ce fut le cas à Madrid, Valencia ou Zaragoza, je n’ai pas eu les résultats escomptés pour me situer au même niveau que dans mon pays. Ensuite, il y a eu des prestations importantes mais dans des endroits de moindre catégorie, ce qui, en conséquence, a moins de répercussion.

Mais en étant le même torero dans les deux pays, a quoi doit-on cette différence à laquelle vous faites référence ?
Il est compliqué de le dire. Il est clair que je suis le même torero, mais je suis un torero de perceptions et je peux te dire que celles que je ressens dans le patio de cuadrillas d’une arène en France sont bien différentes de celles que j’ai à l’occasion dans une arène espagnole. Ce fait a une influence dans l’état d’esprit de chacun et se transpose sur le sable.

Il s’agit donc d’un problème d’état d’esprit, de ressentir plus de pression ?
Pas uniquement. Il est vrai aussi que cela fait deux ans en Espagne que je n’ai pas obtenu de triomphe retentissant dans une arène d’importance. C’est pour cela qu’on m’y voit peu.

Et qu’il vous manque donc un gros triomphe dans une arène comme Madrid pour occuper à nouveau le poste qui était le votre il y a quelques années.
Oui en effet, et je vais y arriver. Jusqu’à maintenant, les facteurs n’ont pas été réunis pour que cela se passe. C’est pour cette raison qu’il est très compliqué de triompher dans ces arènes dont nous faisons référence. Mais je suis tranquille car je sais que c’est une situation temporaire. En plus, je ne me plains pas non plus car je torais un bon nombre de spectacles et je sais que si j’ai été capable de remonter la pente en d’autres occasions, je peux le refaire maintenant et mettre tout le monde d’accord.

Le fait d’être un torero jeune et à la fois vétéran est-il un péage à payer ?
Cela se peut. En Espagne, j’ai beaucoup toréé en connaissant des triomphes dans la quasi majorité des arènes importantes. Mais il est vrai que ce sont 13 années d’alternative pendant lesquelles j’ai vécu de très bons moments, d’autres plus faibles. Aujourd’hui, je suis dans une phase moyenne. Mais je me sens capacité pour remonter la pente. Je considère que je suis dans un moment professionnel de grande maturité, très bon et même jusqu’à dire que je suis capable de toréer les toros beaucoup mieux qu’avant, tout comme le fait de comprendre un grand nombre de toros issus de différentes races.

C’est pour cela que cette année, vous avez été annoncé avec des élevages que l’on appelle toristas?
Cela fait partie des projets de la saison. J’aime bien qu’il y aie cinq corridas aux accents toristas, bien qu’ensuite, lorsque tu te retrouves en face de ces toros, tu passes un moment délicat (rires). Nous l’avons fait de cette manière les années passées. C’est bénéfique pour le torero et pour l’aficionado.

Mais s’agit-il d’un pari ou plutôt d’une nécessité pour rentrer dans les cartels ?
Ce serait une nécessité en Espagne, mais en France je n’en ai aucunement besoin. Dans mon pays, j’ai toréé des corridas de Victorino, de Fuente Ymbro… A Madrid j’ai combattu celle d’Adolfo car l’organisation me l’a proposé, mais j’ai été enchanté d’accepter. Je crois que c’est positif.

L’idée d’apporter des choses nouvelles ou différentes vous captive-t-elle ? En avez-vous de prévues pour 2013 ?
Oui en effet, j’ai des idées qui me trottent. Cela me semble bien de faire des choses qui sortent de l’ordinaire.

Y aurait-il parmi les idées dont tu parles une qui te ferait toréer en solitaire ?
Rires – Oui… aussi, aussi. Mais il est encore trop tôt pour en dire plus. Il y a encore beaucoup de choses qui doivent être concrétisées.

Comment se présente la campagne américaine ?
Je vais à Maracay, à Valencia, probablement on va aller à Mérida, nous sommes également programmés à Lima… Cela se présente bien.

Et comment se présente la saison européenne de 2013 ?
On espère que ce se soit pareil. Ma priorité est de maintenir mon rang de vedette en France, mon crédit et augmenter ma catégorie si cela est possible. Et bien sur, franchir un cap en Espagne, conquérir à nouveau les aficionados et que la régularité dont j’ai fait preuve dans mon pays traverse les frontières.

Qu’il en soit ainsi.

En peu de mots :

Le G-10.
Je pense qu’ils ont apporté des choses très positives, toujours dans l’intention d’en faire bénéficier la tauromachie. Mais je considère que la communication entre eux n’a pas porté ses fruits et ils ne se sont pas bien fait comprendre.

Le mouvement anti taurin.
Il faut l’éradiquer. En France, nous travaillons dur pour cela et cela devrait être un exemple pour le reste des nations. Nous ne pouvons pas les laisser faire du mal.

Le meilleur élevage de l’année.
On ne peut pas dire que l’année fusse d’une régularité pour les élevages vedette… Pour moi, la saison que Victorino Martín a obtenue est exemplaire. Il a franchi un cap.

Une arène modèle.
Arles. Et surtout sa corrida goyesque.

Donnez un titre à votre saison.
Juan Bautista doit réapprendre à parler espagnol.

Interview accordée à la revue taurine 6Toros6 n° 951 du mardi 18 septembre 2012 - Propos recueilli par David Jaramillo

Ce fut un après-midi très agréable – nous commente t-il –. La Goyesque d’Arles est quelque chose de spécial. Il y régnait une grande ambiance, les arènes sont décorées chaque année par un artiste différent et cette fois, ce qu’avait réalisé Loren a été très spectaculaire. Cela prépare le public qui vient aux arènes plus détendu, plus attentif et pour les toreros, c’est pareil. Nous sommes plus motivés, plus inspirés. Mon premier toro de Victoriano del Río était exigeant, brave, avec beaucoup de race. Il n’a pas été facile car il répétait avec une pointe de violence, mais à la fin il s’est rendu et il y eu des moments pendant lesquels je me suis senti vraiment bien. De ce fait, j’ai coupé les deux oreilles unanimement demandées. Ce fut un moment important. L’autre toro a été tout le contraire : il restait court, il était hargneux et ne s’améliora pas. Il avait trop de mauvaises idées pour pouvoir réaliser la tauromachie que le public souhaite voir.

- De temps en temps, tu as parlé de l’appréhension que tu as lorsque tu dois toréer dans ta ville, alors que cependant tu y triomphes souvent.
- J’ai pris la mesure du public de chez moi et je n’ai plus autant de pression. On m’attend un peu plus et cela me donne beaucoup plus de confiance. J’ai à mon actif une série de six sorties en triomphe consécutives. J’en suis très fier car au début le public me demandait beaucoup, mais maintenant il est phénoménal avec moi et il en profite.

- Comment valorises-tu ta saison en France ?
- Cela fait deux années que je suis à un grand niveau et cette saison j’ai maintenu cette régularité. En mai, à Nîmes, il y eu la matinée des trois oreilles mais j’en ai aussi coupé une autre d’un toro de Fuente Ymbro lors d’un second après-midi. A Arles, pour la Féria de Pâques, j’ai coupé trois autres oreilles. A Dax et à Béziers, j’ai laissé une bonne impression. Malheureusement, je n’ai pas bien tué à Bayonne où très certainement j’aurais coupé une oreille, tout comme lors de la corrida de Victorino à Istres où je me suis régalé avec un très bon lot. A cause de l’épée, j’ai coupé seulement une oreille. J’ai également laissé une bonne impression dans une arène difficile comme peut l’être celle de Vic-Fezensac, où j’ai coupé une oreille pendant la féria de mai. Pour le reste, il y a eu le mano a mano à Palavas avec El Juli où je suis sorti en triomphe et aussi à Mauguio.

- Tu as marqué cette année, en Espagne comme en France, par le fait de t’annoncer avec des toros de Santa Coloma lors de nombreux après-midi.
- De cette saison, je mettrais surtout en valeur la corrida de Victorino d’Istres, qui a été une grande corrida de toros. Elle a bien chargée, avec toutes les particularités liées à sa race. A Vic-Fezensac, avec une corrida de Flor de Jara, il y en a eu un qui m’a permis d’être à l’aise et à Madrid mon premier d’Adolfo est sorti très bon. Malheureusement il s’est vite arrêté et sortait sans transmission, mais il a eu beaucoup de classe et m’a laissé donner six passes à la cape et quinze avec la muleta à l’aise. La corrida de Victorino que j’ai lidié à Valencia n’a pas eu le même son et dans un autre registre, j’ai toréé plusieurs corridas de Fuente Ymbro, élevage que le public demande et que j’aime toréer dans les férias importantes.

- En Espagne, tu es présent dans quelques grandes férias, mais pas dans toutes. On te voit surtout dans le circuit des arènes de moindre importance. Comment le vis-tu ?
- C’est une étape, je le vis bien car cela me permet de toréer. Dans les villages où je suis engagé, j’en profite, je réalise des faenas importantes, comme celle il y a peu à Valencia de Don Juan où j’ai coupé une queue à un très bon toro de Sayalero y Bandrés pour lequel le public a demandé la grâce. J’ai connu des après-midi très bons mais évidemment sans répercussion.

- On toréait différemment dans ce type d’arènes ?
- Ce qui m’importe réellement est le fait de pouvoir continuer à toréer dans les endroits où on me respecte. Dans la majorité des arènes, le public est réceptif à ma tauromachie et la valorise. Je ressens moins de pression et peut-être je me trouve plus relâché, avec l’idée d’en profiter. Il est certes évident que j’aimerais retoréer dans toutes les grandes férias mais depuis une paire d’années, c’est comme cela.

- Que te manque-t-il ?
- Cela fait trois saisons consécutives en France que je suis en compétition avec les plus grandes vedettes, en étant à leur niveau, mais ces triomphes ne me servent pas par rapport à l’Espagne. Pour revenir dans les férias, il me faudrait un gros triomphe dans une arène de grande catégorie. Cette année, je suis allé seulement à Madrid et à Valencia, pour ce qui est des férias importantes. Le positif, c’est que j’ai maintenant Saragosse pour terminer la saison et cela correspondrait à un bon endroit, un jour clef.

Interview accordée au site www.diariopalentino.es - Edition du dimanche 18 mars 2012 - Propos recueillis par Jorge Cancho

Le matador français accomplit sa treizième saison d'alternative avec l'objectif d'égaler ou de surpasser ses deux meilleures années comme matador de toros, concrètement celles de 2007 et de 2010, lorsqu’il a ouvert la Grande Porte des Arènes de Las Ventas. L'entreprise n'est pas facile, mais ses ambitions continuent d'être les mêmes que lorsqu’il était novillero malgré beaucoup de temps écoulé. C’est précisément l’expérience et le métier qui donnent les meilleurs arguments à Juan Bautista pour voir comment ses rêves peuvent devenir réalité.

- Comment se sent-on lorsqu’on voit les premières ferias de la saison à la télé ?
- Je ne me plains pas. Il y eu des conversations pour assurer ma présence à Castellón (Espagne) et à Valencia (Espagne) mais les élevages, ajoutés à d’autres circonstances, ont fait qu’il valait mieux que je n’y sois pas. Je profite de cela pour continuer ma préparation après avoir toréé une corrida en Espagne et avoir accompli une belle saison en Amérique.

- En fait, à Valencia (Espagne), vous allez être présent, mais ce sera en mai et face aux Victorinos...
- Il est clair que cette corrida sera très spéciale puisque je ne suis pas habitué à toréer les toros de cet élevage. Il est vrai que je l’ai déjà fait en d’autres occasions en France et j’avais envie de recommencer en Espagne. Au départ, on avait pensé le programmer pendant les Fallas, mais en définitive, ça se passera pendant la feria de mai avec un grand cartel en compagnie de El Cid et d’Alberto Aguilar, qui fut précisément le triomphateur l’an dernier.

- Peut-être que l’absence qui vous fait le plus mal est celle de Séville (Espagne), entre autre car c’est une arène qui vous résiste toujours.
- C’est sur que cela fait mal de ne pas se voir programmé dans les cartels d’une feria aussi belle que celle-là. Mais, en étant réaliste, au jour d’aujourd’hui, je n’ai pas réussi à triompher. L’an dernier je n’ai eu aucune option de triomphe, donc mon absence était assez prévisible. C’est pour cela que je n’ai d’autre moyen que de me regagner la place pour effectuer le paseo à La Maestranza.

- Là où vous n’allez pas avoir beaucoup de soucis pour être annoncé dans pratiquement toutes les ferias importantes, c’est en France.
- Oui, en effet, cela se présente franchement bien. L’an passé, j’ai effectué une bonne saison, avec beaucoup de triomphes dans des arènes importantes et c’est vrai que cette année, les organisateurs ont bien répondu et m’ont programmé très tôt dans toutes les ferias. Il y aura peut-être quelques exceptions, mais je serai présent dans tout les rendez-vous de renom, ce qui représente entre quatorze et quinze corridas dans des cartels de bon niveau.

- Pour cela la France est un exemple : le triomphateur remporte tout les trophées et en plus il est répété, comme cela est logique.
- En effet c’est l’habitude, bien que cela ne se passe pas tout le temps de cette manière. Je sais que les triomphes antérieurs de quelques compagnons n’ont pas été respectés. Cependant, en règle générale, on répète le triomphateur et celui qui marque la saison, en lui donnant plus de catégorie.

- En 2011, vous avez effectué quatorze paseos dans votre pays. Cette saison n’a t-elle pas été plus complète en France ?
- Je pense que oui effectivement, surtout concernant la régularité que j’ai eu du début à la fin. Cependant, en Espagne, je dois reconnaître qu’il m’a manqué quelques triomphes pour achever de la meilleure des manières cette bonne année que j’ai connu en France.

- A Arles, trois sorties en triomphe, avec tout ce que cela comporte pour être le fils de l’empresa...
- Pas seulement pour cette raison, mais aussi car, étant originaire de là, le niveau d’exigence qu’on me demande est supérieur. Cela n’enlève en rien le fait que les habitants m’aiment et me soutiennent beaucoup, surtout lors des moments compliqués. Mais aujourd’hui, ils veulent voir en moi une évolution et c’est pour cette raison que leurs exigences sont plus importantes, ce qui est logique d’ailleurs.

- L’objectif pour cette saison est celui d’arriver au niveau des deux meilleures saisons de votre carrière : celles de 2007 et 2010 ou de le dépasser ?
- Ce sont les deux années de référence pour moi. Lors de chacune d’elle, en plus d’avoir réussi à triompher de fort belle manière dans plusieurs arènes de première catégorie, j’ai ouvert la Puerta Grande de Madrid. J’espère que cette année sera pareille et si possible meilleure.

- Pour y arriver, il faudra triompher à nouveau à Las Ventas. Où en sont les négociations ?
- Pour le moment ça va. J’ai l’habitude de ne rien dire tant que je ne me vois pas annoncé dans les cartels. Je ne fais pas partie non plus de ceux qui posent beaucoup de problèmes. De ce fait je suis sur de faire le paseo à Las Ventas cette année, bien que je ne sache pas encore si je serais présent une fois ou deux.

- Madrid, une arène où il est à l’aise depuis qu’il est novillero.
- Malgré le niveau d’exigence qui existe dans ces arènes, j’ai réussi à sortir par trois fois en triomphe : une fois en tant que novillero et les deux autres fois comme matador de toros. Il y a eu aussi d’autres grands moments comme par exemple la corrida sous la pluie avec Castella. Ce sont des corridas avec beaucoup de pression et de responsabilité, vu qu’il s’agit des arènes de référence pour le monde des toros, et grâce à cela, j’ai pu dépasser tout ces facteurs. En fait, il est vrai que lorsque je fais le paseo devant le public de Madrid, je me sens à l’aise car je sais que si je suis bien, les gens répondent.

- Est ce que vous avez su rentabiliser ces triomphes à leurs justes mesures ?
- On veut et espère toujours plus. Peut-être que quelques uns de ces triomphes sont arrivés lorsque la saison était déjà bien avancée et que beaucoup de ferias étaient bouclées. Malgré cela, ces prestations à Madrid m’ont toujours aidé, même s’il est vrai qu’elles auraient pu être mieux rentabilisées.
« Mon ambition est grande et j’ai beaucoup de choses à dire ».

- Depuis votre réapparition, vous avez une régularité dont vous ne faisiez pas preuve avant.
- Cette année représente ma treizième année d’alternative. Depuis 2005 jusqu’à aujourd’hui, je n’ai jamais été aussi à l’aise et la preuve en est que les choses les plus importantes que j’ai réalisé l’ont été dans cette nouvelle étape de ma vie professionnelle. J’ai réussi à changer beaucoup de rêves en réalité, ce qui ne veut pas dire que je suis arrivé au maximum de mes possibilités. Mon ambition est encore très grande et il me reste beaucoup de choses à dire.

- Concernant ce collectif de matadors français dont vous faites partie, que pouvez-vous nous dire ?
- Ce que nous souhaitons, c’est regrouper la vingtaine de matadors français d’alternative en activité avec l’objectif d’aider économiquement les écoles taurines et promotionner également la Tauromachie aux scolaires français. Jusqu’à maintenant, toutes les instances taurines de France possédaient un collectif. Il ne manquait plus que celui des matadors qui est maintenant créé.

Interview accordée à la revue taurine 6Toros6 n° 926 du mardi 27 mars 2012 - Propos recueillis par Antonio Arévalo

Un torero doit évoluer, il ne peut pas se satisfaire de ce qu’il a et vivre en se reposant sur ses qualités ou sur l’importance de ses triomphes. Juan Bautista a connu une saison importante en France l’an dernier mais de moindre intérêt en Espagne. Il n’a pas été programmé dans les ferias de Castellón et Valencia, il ne sera pas non plus à Séville, alors qu’en revanche, il fera le paseo à Madrid et ouvrira la feria d’Arles. Une saison avec un objectif particulier avec de nouveaux rêves, même si nous commençons à parler de ces absences.

« Par rapport à Valencia – nous dit Juan Bautista – j’y serais avec une corrida de Victorino Martín au mois de mai. J’ai beaucoup d’espoir. C’est la première corrida de ce fer que je vais lidier en Espagne. Au départ, elle était programmée pour la Feria des Fallas. Ensuite, l’empresa a décidé d’en changer la date. A Castellón ils n’ont pas fait appel à moi et concernant Séville, il y avait des possibilités pour y être mais avec des ganaderías qui n’offraient aucune option. Dans ces cas là, et bien qu’il soit toujours intéressant d’être programmé dans ce type de feria, il vaut mieux ne pas y aller ».

- En Amérique tu as grâcié deux toros au Venezuela, et en France, tu as réalisé une saison très forte qui s’est terminée avec la grâce d’un autre toro à Béziers. Est-ce que ces triomphes t’aident par rapport à l’Espagne ?
- Bien sur, ils ont leur influence, mais ce qui est sur également, c’est que je ne suis plus une nouveauté. Je commence à avoir pas mal d’années d’alternative et en Espagne j’ai toréé dans toutes les ferias. Il y a des endroits où je suis reconnu comme à Madrid, et d’autres où je n’ai jamais réussi à triompher comme à Séville et je comprends qu’ils ne fassent pas appel à mes services. Cet hiver, En Amérique, je suis allé qu’au Venezuela où j’ai toréé cinq fois dans de très bonnes ferias. Cela s’est bien passé pour moi et j’ai pu y prendre beaucoup de reconnaissance et une ambiance extraordinaire. En France, la saison passée a été complète, avec des triomphes dans les principales ferias. Peut-être qu’en étant français, ils n’ont pas la même répercussion, alors qu’en revanche ici en France, ils ont de l’influence car je suis programmé dans toutes les grandes ferias avec une reconnaissance et une catégorie accrues.

- En Espagne, penses tu que tu sois traité différemment ?
- En France je suis considéré comme une vedette, alors qu’en Espagne non. J’ai connu des moments où je l’étais presque mais je ne suis pas nouveau dans ce milieu et je sais comment cela fonctionne. Par exemple, lors de la dernière Feria de San Isidro, cela ne s’est pas passé comme je l’aurais souhaité et c’est devenu plus compliqué pour le reste de la saison en Espagne. J’ai du toréer dans des arènes plus petites où de fait j’ai réussi à réaliser de très bonnes faenas, mais sans la suffisante répercussion pour pouvoir être reprogrammé dans les premières ferias de cette année.

- Commençons par Arles et cette nouvelle rencontre avec Sébastien Castella, après plusieurs années d’absence du torero de Béziers dans ta ville.
- C’est une affiche très attractive avec en plus la réapparition de Juan José Padilla en France. La rencontre avec Castella en France attire toujours beaucoup. Nous avons chacun nos partisans et le fait d’ouvrir tous les deux la première grande feria de la saison française est très positif.

- Tu vas également affronter un peu plus tard El Juli lors d’un mano a mano à Palavas.
- C’est une petite arène, comme Istres, qui est en train de réaliser un travail extraordinaire de catégorie, avec une programmation très soignée. Ils ont réussi à programmer El Juli, alors qu’il se trouvait exclu de beaucoup d’endroits. Me voir annoncé avec lui en mano a mano me donne un immense espoir. J’en ai toréé quelques uns avec lui, mais celui là, vue les circonstances actuelles, sera très spécial.

- Que penses-tu de son exclusion des ferias comme celle d’Arles, dont il a été la pièce maîtresse durant ces dernières années ?
- El Juli est une très grande vedette, je fais parti de ses admirateurs, le fait de le voir toréer m’enchante et il est considéré comme une idole en France. Concernant les signatures de contrats, quelques fois cela s’arrange et d’autres fois non, mais je suis persuadé que les arènes qui ne l’ont pas programmé vont le regretter, en premier lieu celles d’Arles, où mon père est directeur.

- Parlons de l’Espagne, de Madrid, avec deux rendez-vous très contrastés : une corrida de Torrestrella et une autre d’Adolfo Martín.
- Cela correspond à deux après-midi très différents sur le papier, mais à Madrid, nous ne pouvons pas faire de pronostic. Le toro est grand pour tout le monde et le public exigeant avec l’ensemble des toreros, que la corrida soit torista ou torerista. Mais il est vrai qu’avec l’encaste Saltillo, bien que j’en aie peu toréé, je me suis toujours senti à l’aise. Aller à Madrid une seconde fois avec un fer de ce prestige sera quelque chose de spécial. Le public lors de ces après-midi souhaite voir un torero décidé, lidiador et préparé et je pense que j’en suis capable.

- Prépare t’on de manière différente une corrida de cet encaste ?
- C’est un encaste différent, nous sommes plus habitués à celui de Domecq, mais je crois que même pour l’aficionado, il est intéressant de voir les toreros avec un autre type de toro. Durant ma carrière, j’ai voulu m’affronter à des élevages différents comme ceux de Miura, Victorino, Guardiola, Samuel Flores, Cebada Gago… Chaque encaste possède ses particularités, mais j’ai montré que j’étais capable de m’adapter à chacun d’eux.

- Va-t-il y avoir un pari sur l’encaste Saltillo cette saison ?
- Je vais te parler franchement : je crois qu’il est important d’apporter quelque chose de nouveau, faire un effort. Je me sens sur de moi, capable de comprendre et de résoudre les problèmes devant chaque type de toro. Cela va être des rendez-vous différents, tant pour moi que pour les aficionados. Je vais affronter celle de Victorino à Valencia et à Istres, je retourne à Vic-Fezensac avec une corrida de Flor de Jara et il y aura aussi les Adolfo à Madrid, entre autres compromis.

- N’as-tu pas peur que cela se passe bien et qu’ensuite on t’enferme dans ce type de corridas ?
- Mon style de torero, je crois que je l’ai déjà, et je pense que cela sera difficile de le changer. Le public a conscience du type de torero que je suis et je l’ai démontré dans toutes les arènes. Je peux m’adapter à tous les types de toros s’ils se laissent faire. Pour rien au monde, je me sens obligé de le faire. Ce sont des paris très importants, dans des arènes qui sont de première pour certaines et dans d’autres qui ne le sont pas. Si je le fais, c’est que je suis persuadé que cela va bien se passer.

- Y a-t-il une revanche de ta part, comme une épine dans le pied, après ce qui s’est passé l’an dernier à Madrid ?
- En effet, il est vrai que l’an dernier, je suis arrivé à Madrid sans moral. C’est une chose dont le public sait également de moi : ces moments où je n’ai pas le moral se voient tout de suite. En plus, lors de la Feria de San Isidro de l’an passé, j’ai touché des toros avec des possibilités, des toros très exigeants et je n’ai pas pu être à la hauteur à cause de circonstances qui n’avaient rien à voir avec les toros. Il faut avoir la conscience très éveillée, voir les choses avec clarté, surtout dans cette arène. Mais Madrid m’a vu triompher plusieurs fois, réussir des après-midi importants, le dernier, il n’y a pas si longtemps de cela, il y a deux ans, en 2010, lorsque j’ai réussi à ouvrir une nouvelle fois la grande porte. Je crois que celui qui sait, celui qui l’a déjà fait, est capable de reconquérir cette arène à n’importe quel moment.

- Comment te sens-tu moralement ?
- Je me sens très bien, la saison américaine a été courte, mais sortir en triomphe tous les après-midi, les grâces obtenues, donnent beaucoup de confiance et j’ai suivi la même ligne lors des deux premières corridas que nous avons toréé en Espagne. Maintenant, j’ai ce rendez-vous à Arles, et bien que cela soit toujours très dur et que le public soit exigeant avec moi, j’ai quatre triomphes consécutifs ici et je suis fou pour que le toro sorte.

- Pour conclure et changer de tercio, quelle est la finalité de l’association qui vient d’être créée et à laquelle tous les matadors français participent ?
- On va y aller petit à petit, mais c’était important et nécessaire que cette association de matadors français voit le jour puisque tous les autres secteurs taurins ici en France étaient regroupés. Il y a des idées, des projets. Le plus important cette année, va être de récolter des fonds pour aider les Ecoles Taurines françaises. Elles réalisent un grand travail, mais avec ce qu’elles reçoivent de subventions, elles n’en ont pas assez et nous voulons soutenir ces jeunes qui souhaitent devenir torero. Par ailleurs, nous allons organiser des fiestas camperas et inviter les enfants des villes taurines pour leur faire connaître le campo et les toreros.

- Peut-on parler de syndicat ?
- Pour le moment, ce n’est pas la question. Nous n’allons pas considérer l’aspect individuel de chacun de nous. Nous allons seulement nous centrer sur la défense des intérêts commun, de l’intérêt général, de la mise en exergue des toros…

- Vous avez prévu d’organiser deux festivals…
- Oui, un dans le Sud-Ouest à Mont-de-Marsan, et l’autre dans le Sud-Est, à Châteaurenard, où seront programmés exclusivement des toreros français, et surtout ceux qui toréent le moins. Sébastien et moi participerons d’une autre façon : nous offrirons des costumes, des objets pour les tombolas qui seront organisées autour de ces dates.

Interview accordée au site www.opinionytoros.com du mercredi 11 avril 2012 - Propos recueillis par Pepe Estévez

Cela fait longtemps maintenant que ce jeune blond français d’Arles surprit en sortant en triomphe du monument de la rue d’Alcalá lors de sa présentation dans les Arènes de Las Ventas. Sa précocité étonna. Alors qu’il était un adolescent, il commença à connaître les secrets et détours qui forment le milieu taurin. Il s’est élevé en Camargue située chez notre voisine la France, sanctuaire du toro et du cheval.

On le trouve heureux, mais aussi responsabilisé après avoir réalisé une grande saison 2011 dans les arènes françaises alors qu’en Espagne il n’a pas atteint le même niveau n’ayant pas eu la même régularité souhaitée, obtenant des triomphes dans des arènes de moindre importance.

Il se considère comme un amoureux du campo. En hiver son quartier général se situe dans le campo charro, bien qu’il participe aux tientas d’Andalousie, ne perdant jamais de vue son Arles natale. Nous profitons d’un de ses nombreux voyages en direction de Salamanque pour le rencontrer. Il arrive à l’heure dite au rendez-vous, habillé de vêtements de sport, comme n’importe quel jeune de son âge, accompagné de son banderillero Curro Robles. Les rendez-vous se succèdent, il vient d’enregistrer une émission de télé. Très aimable, d’une éducation exquise, il s’exprime dans un espagnol parfait. Nous échangeons à bâtons rompus sur ses débuts, ses succès à Las Ventas. Son visage s’illumine lorsque nous parlons de la Mecque de la Tauromachie, des sommets mais aussi des creux de sa carrière. Lorsqu’il ne se sentait plus, il décida d’arrêter de toréer en 2003 pour ne pas se mentir à lui-même ni au public. Cependant, ses meilleures pages n’étaient pas encore écrites, comme l’ont confirmées ses sorties en triomphe de Las Ventas en 2007 et 2010. Parfois, sa facilité et sa technique devant le toro ont « assombri » sa réelle dimension et sa classe, en le cataloguant de torero « froid ».

Il affronte la saison 2012 où apparaissent sa maturité et sa capacité. Les triomphes numériques correspondant aux oreilles coupées chaque après-midi n’ont plus lieu d’être. Ses besoins en tant que personne et en tant qu’artiste prennent un autre chemin dans l’actualité. En revanche, son afición et ambition sont toujours aussi présentes, son obsession est de toréer chaque fois plus lentement et profiter du plus grand nombre de toros. Il présente une saison de défis, que beaucoup d’autres auraient annoncés à grand renfort de publicité lors de conférences de presse pompeuses. Ce n’est pas en vain qu’il combattra la corrida d’Adolfo Martín dans les Arènes de Las Ventas, celles de Victorino de Valencia ou Istres, les buendías de Flor de Jara à Vic-Fezencac, ou Baltasar Ibán à Aignan, pour ne citer que quelques uns de ces efforts pour offrir quelque chose de nouveau aux aficionados. Cela démontre nettement sa capacité, et sa ferme déclaration d’intensions.

- Vous revenez d’Amérique, plus précisément du Venezuela, avec un important début de saison.
- Oui cela a été un début de saison important, malgré le fait qu’il y eut qu’un nombre réduit de corridas, concrètement quatre, lors de trois ferias différentes : à la feria de San Cristóbal, à Maracaibo et deux à Mérida. Cela s’est très bien passé, cela m’a permit de ne pas arrêter pendant l’hiver. Là-bas, j’ai eu la chance de tomber sur de bons toros. J’ai gracié un toro à Maracaibo et un autre à San Cristóbal, et à Mérida j’ai remporté le prix de la meilleure faena de la feria.

- C’est un cycle qui suppose une continuation de ce qui c’est passé l’an dernier…
- En France l’année dernière, j’ai connu ma meilleure saison depuis que j’ai pris l’alternative. Il y a eu une grande régularité du début à la fin, il y a eu des triomphes dans quasiment toutes les ferias importantes. A Arles, sur mes terres, Nimes, Bayonne, Béziers, Dax. En fait, je me suis énormément régalé dans mon pays l’an dernier. Nous avons toréé à peu près quatorze corridas de toros, cela s’est bien déroulé et cela me positionne de la meilleure des façons dans ces ferias pour cette saison. Cependant en Espagne, cela ne s’est pas passé comme je l’aurais souhaité à Madrid ; ensuite à Séville, je n’ai pas eu d’option avec mon lot. Avec le triomphe de Valencia en début de saison en coupant une oreille, il y a eu ensuite des triomphes mais dans des arènes plus petites, de moindre répercussion pour ce qui concerne le reste des corridas en Espagne. Mais malgré cela, j’ai beaucoup toréé, autour d’une quarantaine de corridas au total.

- Juan Bautista est un jeune vétéran, avec plus de dix ans d’alternative à son actif. Que peut vous apporter l’actualité ?
- Le côté positif de prendre l’alternative très jeune est d’acquérir rapidement de l’expérience et de la maturité. Cette année, cela va faire treize ans que j’ai reçu l’alternative, mais je suis jeune en âge et je me sens très bien physiquement. J’ai beaucoup d’afición et une énorme envie concernant les buts à atteindre. Je crois que je peux améliorer beaucoup de choses. Pour preuve, les corridas de cet hiver en Amérique et la première de la saison en Espagne montrent le chemin que je veux suivre : toréer avec profondeur et lenteur.

- Votre technique et facilité n’ont échappé à personne. Cependant, ces qualités parfois pourraient « cacher » votre véritable dimension en vous cataloguant de torero « froid ».
- Cela vient un peu du fait de ma personnalité et aussi du fait de comprendre beaucoup de toros, de réaliser des muletazos à des toros sans charge. De temps à autres, des toros compliqués peuvent paraître meilleurs de ce qu’ils sont entre mes mains grâce à la technique dont tu as parlé. Celui qui se trouve dans les gradins ne voit pas toujours ces défauts du toro. Le fait de toréer depuis très petit et de vivre dans un élevage te le fait apprendre et connaître. Ensuite, quand je suis à l’aise et que je me régale, cela transmet. C’est pour cette raison que mes faenas importantes à Madrid ou dans d’autres arènes ont eu beaucoup de transmission.

- Au niveau où vous vous trouvez, en ayant atteint une très bonne côte en Tauromachie, placez vos préférences : la date, les compagnons, l’argent ou l’élevage.
- En premier l’envie de toréer dans une arène importante, dans un lieu joli, qui ait de la répercussion, c’est le plus important pour un torero. Faire le paseo à Las Ventas, à Séville, Bilbao, Nimes ou Arles est merveilleux. Ensuite, être accompagné de deux grands toreros est quelque chose de très important et en conséquence l’élevage sera parmi les meilleurs. Et pour finir, en ce qui concerne l’argent, tu le gagnes petit à petit.

- Cela fait plusieurs saisons maintenant que vous êtes apodéré par Marcos Sánchez-Mejías Avez-vous trouvé cette stabilité que vous recherchiez ?
- C’est vrai, cela fait la troisième saison que nous travaillons ensemble, nous sommes très satisfaits, il travaille très bien, il connaît à la perfection mes besoins, nous avons les mêmes objectifs et envies. C’est un projet à long terme. J’ai eu d’autres très bons apoderados, mais actuellement, je suis très à l’aise avec Marcos.

- Cette motivation spéciale suppose d’être annoncé avec certains compagnons. Je pense à deux noms El Juli et Sébastien Castella.
- Oui, ce sont deux toreros avec lesquels j’ai beaucoup toréé. Je toréais avec El Juli depuis mon étape de novillero en non piquées. Une amitié est née entre nous depuis cette époque. J’adore toréer avec lui, c’est un torero grandiose, je me régale et j’apprends énormément en le regardant toréer. Avec Castella, comme nous sommes issus du même pays, nous avons également beaucoup toréé ensemble. Il y a toujours eu une grande rivalité entre nous. Parfois, la presse française nous a trop opposée, mais cela a été positif pour la tauromachie en France.

- Autant vous que Sébastien Castella êtes en train d’écrire les pages en lettres d’or de la Tauromachie et à partir de là, la relève est-elle assurée ?
- Mon modèle en tant que torero a été Nimeño. Je crois qu’il a été le torero qui est arrivé le plus loin, il a réussi à être programmé dans les ferias espagnoles, en Amérique aussi. Dans les années 80, il a été un torero important. Ensuite, est arrivée la génération de Fernández Meca et Denis Loré, mais ils sont plus restés au niveau national. Nous, nous avons atteint ce que Nimeño a été à deux doigts de réussir et maintenant, la génération suivante, qui devra tout se gagner dans les arènes, est en train de pousser. Il y a des jeunes garçons avec de très bonnes dispositions, les écoles taurines font du bon travail en France, je crois que le futur est assuré.

- Si nous regardons le passé, nous arrivons en 2003 lorsque vous avez décidé de vous retirer. Que vous est-il passé par la tête ?
- Comme je viens de te le dire, j’ai commencé dans les toros très jeune. Il est arrivé un moment où je n’arrivais plus à développer ma tauromachie, je stagnais. Ensuite, la pression de triompher tout les après-midi m’empêchait de me trouver en tant que torero. A cette époque je ne le voyais pas clair, sincèrement je n’étais pas à l’aise. Je me suis éloigné pendant deux ans des arènes et cela m’a été bénéfique.

- Cependant, en 2005, vous décidez de reprendre le chemin...
- Je suis revenu pour me retrouver et rechercher ma tauromachie. C’est à partir de ce moment que j’ai réalisé le plus important lors de mon retour aux arènes.

- Tout au long de l’hiver, les toreros qui forment le G-10 et les principaux organisateurs français ont échangé toute une série de déclarations concernant la baisse des rémunérations dues à la diminution de fréquentation du public lors de la saison passée.
- C’est quelque chose de normal, bien que ce ne soit pas facile d’en parler puisque mon père est organisateur. Je comprends les deux parties. Cependant, s’il y a moins de public, j’admets qu’il faut qu’il y ait une baisse des frais concernant les toreros et les élevages qui facturent une grande quantité d’argent. Je crois que les toreros comme les organisateurs devons faire un effort.

- Vous êtes prophète chez vous, mais on exige de vous aussi.
- C’est cela, on m’aime mais on est exigent avec moi. C’est bien, je me sens aimé depuis que je suis novillero en France. Le public me soutient, pendant les moments difficiles il a été avec moi. J’ai de la notoriété en France.

- Las Ventas a toujours été présente dans votre carrière, avec des triomphes importants. Si vous deviez choisir, laquelle de vos trois sorties en triomphes mettriez-vous en avant, celle de novillero, celle de 2007 ou celle de 2010 ?
- Les trois ont été différentes. La première de novillero correspondait à ma présentation à Madrid, Cela a eu beaucoup de répercussion pour un début. J’étais âgé d’à peine 18 ans, personne ne s’y attendait, j’étais un inconnu en Espagne, cela a permit de me faire connaître. En 2007 cela a été le point culminant d’une saison importante lors de laquelle j’avais réalisé deux bonnes prestations à Madrid. Cette sortie en triomphe lors de la Feria d’Automne a été une bonne conclusion. Celle de 2010 est arrivée au moment où je connaissais une irrégularité, avec deux saisons un peu faibles. J’en avais besoin pour remonter et certains pensaient que je ne pourrais pas y arriver. J’avais conscience que si je touchais un toro avec des possibilités, je pourrais répéter. J’ai surpris une nouvelle fois car beaucoup doutaient de moi.

- Séville est l’épine plantée dans le pied...
- Oui, elle me résiste. C’est une arène où je n’ai pas beaucoup toréé, je crois seulement cinq corridas de toros et jamais cela s’est bien passé, soit à cause des toros soit à cause de moi. Cette année nous n’avons pas pu entrer à la feria. Il faudra donc attendre. J’enrage car je crois que ma forme d’interpréter la tauromachie pourrait plaire à Séville.

- Torero du nord ou du sud.
- A Séville, je n’ai pas réussi à triompher contrairement à Grenade ou Cordoue. Au nord, Bilbao est une arène qui m’enchante. Sans avoir pu obtenir un triomphe retentissant, j’ai coupé des oreilles isolées. Ma manière de toréer peut s’adapter à toutes les formes d’afición.

- Cette faena à “Cantinillo” lors de cette Feria d’Automne s’approche-t-elle de la faena rêvée ?
- La faena rêvée est impossible à réaliser, même en toréant de salon tu te trouves des défauts. Mais oui, je dois te dire que cela a été une faena très ressentie avec énormément d’émotion, l’inspiration était présente sur le moment, cela a été un grand toro. C’était un après-midi avec beaucoup d’attente, je toréais avec Miguel Ángel Perera qui était en train de réaliser une saison quasi parfaite. Ce fut une faena majestueuse de deux oreilles pendant laquelle je me suis beaucoup régalé.

- Il y a des élevages qui sont liés à la trajectoire des toreros, en ce qui vous concerne sans doute, nous pouvons parler d’El Puerto de San Lorenzo et Alcurrucén.
- El Puerto de San Lorenzo à Madrid a été très important pour moi. Ma sortie en triomphe de novillero correspond à un novillo de cet élevage, tout comme également l’après-midi où il a plu et ensuite celle de 2007 avec “Cantinillo”. Alcurrucén aussi m’a beaucoup apporté, j’ai réussi à gracier quelques toros de cet élevage. Ce sont deux ganaderías qui m’enchantent, avec de la race et des élevages pour Madrid. L’une de l’encaste Atanasio-Lisardo et l’autre de Núñez. La variété de races est positive pour la Tauromachie et pour l’aficionado.

- Actuellement, quelques vedettes sont programmées seulement avec un encaste déterminé. Il est à souligner que vous, dans la position qui est la votre, vous vous fassiez annoncer avec Flor de Jara, Baltasar Ibán, Victorino... Cela prouve votre capacité, que vous êtes un torero d’un large répertoire et qu’en même temps cela soit aussi défi.
- C’est quelque chose qui me plaît. Lors de toutes les saisons, j’essais de tenter quelque chose de nouveau, de spécial, avec des élevages différents. Tout au long de ma carrière, je l’ai toujours fait, j’ai toréé les Samuel Flores, Miura, Palha, Cebada, Guardiola, Victorino plusieurs fois. J’aime sortir un peu des sentiers battus et l’aficionado en est reconnaissant. Cette saison je vais à Valencia et Istres, qui est une arène qui prend de l’importance en France, pour toréer la corrida de Victorino, à Vic-Fezensac, qui est l’arène torista par excellence, avec celle de Flor de Jara d’encaste Santacoloma.

- Parlez-nous de vos projets pour la saison à venir.
- En France je serais présent dans toutes les ferias importantes. En Espagne, il y a pas mal de corridas signées, je serai à la San Isidro. L’an dernier, cela ne s’est pas passé comme je l’aurais souhaité, cette année, j’espère pouvoir répéter les succès passés.

- Avant de conclure l’interview, il y a peu de temps, a été créée l’association des matadors de toros français. Quels sont vos objectifs ?
- D’abord, réunir tout les matadors de toros français en activité. S’il est vrai que Castella ou moi toréons dans les grandes ferias, il y en a qui toréent pas beaucoup. Nous sommes à peu près 20 toreros. Il existait déjà d’autres associations d’éleveurs, d’organisateurs, mais pas de matadors de toros. Nous avançons petit à petit. En premier, nous voulons aider les écoles taurines de France, diffuser la Tauromachie chez les enfants en les amenant au campo, en participant à des tientas publiques, en définitive approcher la tauromachie aux collèges. Ensuite, organiser des tombolas avec des capes, des costumes, des muletas pour financer l’organisation de festivals dans lesquels les élèves des écoles taurines pourront toréer. Enfin, en partenariat avec l’Union des Villes Taurines de France et l’Observatoire National des Cultures Taurines, créer un front commun contre les attaques des antis-taurins pour défendre la Tauromachie.

- Il ne nous reste plus qu’à remercier Juan Bautista de l’attention qu’il a porté aux lecteurs de OyT et lui souhaiter beaucoup de chance pour la saison 2012.

Interview accordée au site www.burladero.com du vendredi 16 avril 2012 - Propos recueillis par Vicente Casañ/mediaverónica

Et si à l’effort journalier du torero, on ajoute la crise générale actuelle, le résultat obtenu est celui de l’effort porté à son paroxysme. C’est à ce moment qu’apparaît la nécessité de serrer les dents dans ce processus de sélection naturelle, ou pas si naturelle que ça en ce sens qu’en Tauromachie, des intérêts et des pouvoirs factices se mêlent pour déséquilibrer l’exercice sain dans lequel seuls les meilleurs pourraient survivre. La crise actuelle, en définitive, oblige celui qui a quelques chose à jouer dans cette profession à appuyer sur l’accélérateur, à la seule exception des élus, ce petit groupe de vedettes qui continue à projeter leur saison selon des critères qui leurs sont propres, à part El Juli cette année, qui n’est pas programmé dans les grandes ferias pour les raisons que l’on connaît.

En conséquence, nous voyons – et nous verrons – beaucoup de ce que l’on appelle des “gestes”, c’est-à-dire, le fait qu’un torero soit annoncé à une corrida d’un élevage dit dur alors qu’il n’est pas habitué à le faire, ou du moins pas beaucoup. On ne peut pas appeler “geste” le fait qu’un torero qui habituellement est programmé dans ce type de corrida, le soit encore. Ce qui constitue une terrible injustice pour celui qui doit les toréer, une autre façon d’être perçu. Il existe des toreros que s’ils veulent toréer doivent accepter ce genre de corridas. La vie des toreros s’est convertie en un jeu de rôle : ici le médiatique, là l’artiste, ici le vaillant... Ensuite, il y a les vedettes d’avant, des professionnels kaléidoscopiques qui se faisaient annoncer avec la corrida la plus terrible dans les arènes les plus importantes avec les compagnons les plus en vue.

Cependant, la situation actuelle a quelque peu changé la donne et a obligé à une catharsis pas seulement aux toreros mais aussi aux organisateurs et aux éleveurs. Juan Bautista est un autre ténor qui s’est vu obliger à se donner à fond pour maintenir son statut, du moins en Espagne. En France sa notoriété est sensiblement différente : là bas il est reconnu comme étant une vedette de la tauromachie. Et ce n’est pas tout le temps que le proverbe être prophète dans son pays se vérifie. “Aujourd’hui, nous traversons une époque compliquée pour tout. C’est pour cela que c’est le moment de réaliser des choses différentes et spéciales” nous raconte le français.

"Le 2 juin je vais toréer une corrida d’Adolfo Martín avec José Luis Moreno et Iván Fandiño. J’ai déjà combattu des toros de Miura, Guardiola, Victorino, Cebada Gago et Samuel Flores mais de cet élevage jamais", déclare Juan Bautista. Force est de constater cependant que le fait d’affronter des élevages durs n’est pas quelque chose d’étranger au français même si la nouveauté vient du fait que cela se passe dans les premières arènes du monde. "Tout au long de l’année j’ai pour habitude de combattre quelques élevages durs car c’est positif pour moi et pour l’aficionado", remarque t-il. Cette année, cela ne se déroulera pas dans n’importe quelle arène, ce sera à Las Ventas.

Concernant sa saison, le français aspire à mieux bien que ce soit un torero qui se maintienne. "J’aimerais améliorer ma situation en Espagne en tant que torero mais je dois dire que je suis très fier de ce que j’ai réalisé. Je serai présent deux après-midis à Madrid y je serai également à Valencia, même si je n’ai pas pu être annoncé à Séville. Il y a deux ans, j’ai ouvert la grande porte de Las Ventas même si l’an passé le résultat ne fut pas celui escompté", pense le torero à quelques heures d’arriver en Espagne pour combattre une corrida de toros ce samedi (ndlr : la corrida à San Clemente (Cuenca – Espagne) a été annulée à cause des intempéries).

Le rendez-vous est à San Clemente (Cuenca – Espagne), arène où il n’a jamais toréé avant. "Je vais toréer avec Manuel Díaz El Cordobés et Sergio Serrano une corrida de José Luis Pereda et j’ai envie d’y être", commente Juan Bautista. Cela fait maintenant trois ans que le torero est apodéré par Marcos Sánchez Mejías bien qu’il continue d’écouter la voix sage de son père, Luc Jalabert, directeur des arènes d’Arles. "Mon père à d’abord un rôle de père et ensuite de professionnel. C’est une chance de profiter de ses conseils, il est une personne clef dans ma carrière", conclue Juan Bautista. Ce n’est pas toujours vrai que les relations père – fils soient aussi profiteuses.

Interview de Juan Bautista par le site www.burladero.com le vendredi 1er juin 2012 - Propos recueillis par Germán Jiménez

A quarante huit heures de son rendez-vous avec Las Ventas, nous rencontrons Juan Bautista Jalabert, 31 ans, matador de toros né à Arles et qui a reçu l’alternative dans sa ville le 11 septembre 1991 des mains d’Espartaco avec César Rincón qui officiait en tant que témoin.

- Comment vit on ces quelques heures avant un rendez-vous aussi important ?
- On les vit avec la préoccupation logique de faire le paseo dans les arènes de Las Ventas, qui sont les plus importantes, mais aussi avec beaucoup d’illusions et d’envies que le jour arrive et d’y être habillé de torero.

- Et lorsqu’on se retrouve dans le patio de cuadrillas, que ressent-on à ce moment ?
- A ce moment, tu as envie que le toro sorte tout de suite, ce sont de smoments de nervosité, de beaucoup de questions,et quand le toro est en piste et que tu te rends compte des ses premières réactions, tu peux penser à ce qui va se passer.

- Pourquoi vous vous annoncez à Madrid avec une corrida dite dure ?
- Madrid m’a aidé à devenir un torero important, à Madrid j’ai triomphé en sortant trois fois par la Grande Porte, et j’ai cornu aussi d’autres succès majeurs. Le fait de m’annoncer avec un élevage du goût de l’afición et d’eesayer d’être bien est une forme de remerciement. C’est la première fois que je vais toréer la ganadería d’Adolfo Martín et je fonde beaucoup d’espoir.

- Il est vrai que le public n’est pas habitué à vous voir avec ce type de corridas...
- En effet, mais bien que la public ne soit pas habitué à me voir avec ce type d’élevage, j’ai toréé tout au long de ma carrière des corridas dites dures. J’ai affronté les Miura à Nîmes, les Cebada à Barcelone, les Victorino aussi à plusierus reprises, à Vic-Fezensac, à Valenci, etc. J’ai toréé ce type de corrida aussi à Madrid, surtout lors de ma première étape, et quelques uns de ces après-midis ont été des après-midis de succès pour moi.

- Vous venez de vivre une importante fin de semaine qui vous a vu ouvrir la Porte des Consuls de Nîmes. Qu’avez-vous ressenti pendant ce moment ?
- Je me suis vraiment régalé, il y avait une grande ambiance, et le public de Nîmes s’est toujours comporté merveilleusement avec moi, et ce jour là n’a pasé té une exception. Il y a une alchimie spéciale entre Nîmes et moi depuis mes débuts de novillero. Cela fait six Portes des Consuls et beaucoup d’autres triomphes. Il est certains que le lot de Capea m’a beaucoup aidé. Je me suis régalé et j’ai pu sortir le meilleur de moi-même.

- Les arènes d’Arles, votre ville natale, sont aussi des arènes importantes pour vous...
- En effet, oui, même si je dois reconnaître qu’au début j’avais beaucoup d’appréhension à toréer à Arles, et j’avais du mal à y triompher. Aujourd’hui, je connais une bonne série avec cinq grandes portes consécutives. Lors de la dernière Feria de Pâques, je suis de nouveau sorti en triomphe Dans un cartel avec Padilla, qui réapparaissait en France et Sébastien Castella. La corrida de Garcigrande est sortie très bonne cet après-midi là et on a pu sortir en triomphe tout les trois.

- Et après ce rendez-vous de Madrid, comment se présente votre saison ?
Bien qu’il existe des contrats qui sont encore à confirmer, en France j’ai une bonne saison où je vais être présent à Béziers, Dax, Bayonne. Ce dimanche je vais à Mauguio et Dans quinze tours à Istres avec une corrida de Victorino. En Espagne, c’est un peu plus faible à cause de la crise économique, bien que j’espère que tout se passe bien samedi et qu’il y ait d’autres contrats qui me soient proposés.

Interview accordée au quotidien Midi Libre du mardi 14 août 2012

Après sa grande prestation sous le déluge en 2011, Juan Bautista veut continuer face aux élevages emblématiques.

- Quels souvenirs gardez-vous de la corrida de l’an dernier ?
- Brefs et intenses ! C’est une corrida en plusieurs épisodes où la vraie corrida n’a duré qu’un toro. Il y a eu de bonnes séquences devant ce Margé très enracé, même si le contexte était très compliqué. Le toro glissait, j’ai chuté dès la première passe. Mais je me suis accroché au maximum pour profiter des qualités du toro et du soutien du public. C’était vraiment très intense.

- Puis, vous revenez en octobre…
- J’ai retrouvé mon second toro lors de la Fiesta Campera de fin de saison. Là encore, un toro très brave et enracé que Robert Margé a conservé comme étalon. J’en garde des regrets car, dans des conditions normales, j’aurais obtenu un grand triomphe.

- Vous affrontez des élevages durs en 2012. Volonté ou impératif ?
- C’est d’abord l’envie de relever ces challenges. Sur mes 40 paseos annuels, j’ai l’habitude de combattre cinq ou six corridas qui sortent des encastes que je torée habituellement. J’aime la mentalisation particulière qu’imposent ces toros. En 2012, j’ai affronté les Flor de Jara, les Adolfo Martín, les Victorino et les Fuente Ymbro. Je veux poursuivre dans cette voie. J’ai des idées pour 2013 qui vont surprendre.

- Par exemple ?
- Prendre les élevages emblématiques dans certaines ferias. Pourquoi pas les Miura de Béziers ? C’est dommage que certaines figuras n’acceptent pas un jour de les combattre. Cela apporte une variété qui intéresse le public.

- Parlez nous de cette saison 2012 ?
- Après deux gros succès au Venezuela, j’ai obtenu mes triomphes les plus importants à Nîmes et Arles et dans des petites arènes espagnoles. Je retiens aussi des faenas importantes comme face à l’Adolfo Martín à Madrid, le Fuente Ymbro à Nîmes ou l’oreille du Flor de Jara à Vic.

- À Béziers, vous serez de la présentation des Fuente Ymbro…
- Je les ai souvent combattus, j’ai même indulté un novillo. C’est un élevage avec de la race qui sort des toros exceptionnels. Comme toujours chez les toros encastés, les mauvais toros sortent bien plus compliqués que la moyenne. Ce n’est pas une surprise, et avant le paseo, on se prépare à tout. Le pire comme le meilleur.

- Comment envisagez-vous l’avenir ?
Après treize ans d’alternative, je continue à prendre plaisir et traverse une période de réussite qui dure depuis plusieurs années. Tant que j’aurai la force et l’envie, je vais poursuivre pour réaliser des choses importantes comme triompher dans certaines arènes d’Espagne ou d’Amérique du Sud.

Interview accordée à la revue Aplausos - n°1830 du lundi 22 octobre 2012 - Propos recueillis par Íñigo Crespo

- En revenant sur le nombre de vos prestations et l’importance de celles-ci, j’ai l’impression que votre saison en France et en Espagne est diamétralement opposée dans tout les sens du terme.
- C’est la vérité. Cela fait deux ans maintenant que cela se produit et c’est ce que je dois assumer. Dans mon pays, je me sens reconnu, je suis présent dans toutes les ferias importantes, l’afición m’attend, je triomphe régulièrement et je me sens à l’aise. En revanche, en Espagne, les sensations sont contraires bien que je lutte de toutes mes forces pour changer cette tendance et avoir le bon côté de la médaille dès que possible.

- C’est curieux, en effet, quand dans une même saison, vous puissiez avoir deux axes aussi différents entre un pays et un autre. A quoi attribuez-vous cette situation ?
- Il est difficile de chercher une cause concrète, bien que j’ai conscience que je sois le coupable final, que peut-être en Espagne je n’ai pas été au rendez-vous au moment opportun. Il est certain que ma dernière sortie en triomphe des Arènes de Madrid en juin 2010 ne m’a pas servi pour entrer dans les ferias importantes d’Espagne car ce fut un succès qui est arrivé assez tard, lors de la dernière corrida de la Feria de l’Anniversaire. Les ferias comme Pampelune ou Bilbao étaient bouclées. Cela m’a freiné quelque peu et m’a obligé à recommencer presque à zéro en Espagne. Ensuite, cela ne s’est pas passé comme je l’aurais souhaité lors d’autres opportunités que j’ai pu avoir à Madrid ou le public est resté avec une fausse image de moi.

- Une fausse image ?
- Je me réfère aux clichés, aux étiquettes que l’on nous colle à nous les toreros et qu’au final l’opinion qu’on a de vous n’est pas celle de la réalité. C’est souvent le cas en Espagne, contrairement en France où les aficionados viennent aux arènes sans préjugé et prédisposés à vivre une bonne corrida.

- Quels sont les clichés qui collent à Juan Bautista en Espagne ?
- Ceux d’un torero froid, d’un torero avec des hauts et des bas que j’ai connu certainement tout au long de ma carrière comme de nombreux autres toreros. Sincèrement, cela me dérange qu’on pense que je suis un torero qui puisse être affecté par les états animiques car je peux vous assurer que les quelques toros que j’ai le mieux toréés à Madrid l’ont été alors que je n’avais pas beaucoup de moral. Je ne le dis pas comme un reproche ou pour me plaindre, car j’insiste, le premier qui n’a pas été au rendez-vous ça a été moi. Je me bats pour changer cette idée qu’on peut avoir de moi et que l’on puisse me voir comme dans mon pays : un torero capable et dont le concept est bien défini depuis longtemps.

- Je vous sens meurtri.
- C’est dur lorsque vous arrivez dans un patio de cuadrillas de ressentir que la réceptivité du public est très différente. Je ne saurais l’expliquer. Nous les toreros, nous sommes des artistes, nous avons une sensibilité et les perceptions sont très importantes pour nous. Lorsque nous sommes avec le toro, il est plus facile de le faire en sachant que le public est avec vous et que vous allez être à l’aise plutôt que de le faire dans un contexte différent.

- Qu’est ce que vous mettriez le plus en avant de la France ?
- Le respect des organisateurs et la reconnaissance des aficionados, c’est fondamental. Au jour d’aujourd’hui, ma priorité en tauromachie est la France car c’est mon territoire et où je défends mon image chaque après-midi. Cette année, j’ai triomphé fortement à Arles – où il détient à son actif six sorties en triomphes consécutives – à Nîmes, à Dax, à Istres ou à Vic, une arène très toriste de mon pays, où ne vont pas les toreros vedette, où je m’y sens très à l’aise depuis trois saisons consécutives que je vais toréer. Cette année, j’ai coupé une oreille d’un toro de Flor de Jara. A Bayonne, l’épée n’a pas été au rendez-vous pour pouvoir achever en beauté la campagne, mais je suis très satisfait et avec des idées très belles pour mon pays pour l’année prochaine.

- Que planifiez-vous ?
- Il reste encore des détails à concrétiser mais cela me plairait de faire le pari d’un seul contre six ou de mano a mano avec des toreros du haut du classement.

- Avec Sébastien Castella, par exemple.
- Ce serait une bonne idée. Lors de cette saison, nous avons coïncidé à Arles et chaque fois que nous le faisons, nous donnons un bon spectacle. Nous sommes différents, chacun mène sa vie comme il l’entend. Cette saison, il ne s’est pas entendu avec certains organisateurs mais c’est aussi un torero aimé en France, chaque fois que nous sommes ensemble le public et les aficionados sont ravis.

- Vous parliez de votre concept défini et de votre capacité. Êtes-vous d’accord que votre capacité devant le toro est votre meilleure vertu ?
- Je crois que oui. Ou du moins, je me vois de cette façon.

- Et dans les arènes, comment cela se traduit-il ?
- Par le fait que je comprends un nombre élevé de toros et d’encastes, car avec le temps, j’ai su assimiler une très bonne technique qui m’apporte beaucoup lors de chaque faena. J’ai treize saison d’alternative à mon actif et pendant tout ce temps j’ai affronté et triomphé avec des toros de Miura, Cebada, Samuel, Adolfo, Ana Romero, La Quinta, Carmen Lorenzo, Alcurrucén et bien entendu avec des élevages qu’on appelle commerciaux. Je pense que cela veut dire quelque chose.

- Je comprends.
- Cette année, sans aller plus loin, j’ai triomphé en France avec une corrida de Victorino Martín à Istres où j’ai très bien toréé les deux toros bien que l’épée m’a empêché de couper plus d’oreilles ; à Madrid avec la corrida d’Adolfo Martín j’ai laissé entrevoir des choses très importantes ; à Nîmes et Béziers, j’ai coup » une oreille à la corrida de Fuente Ymbro et également à Nîmes j’ai coupé trois oreilles à une corrida de Carmen Lorenzo.

- Vous disiez auparavant que vous aviez défini votre concept. Comment se traduit-il ?
- Dans le domaine du classique, qui est ce qui me va le mieux et avec lequel j’ai connu les triomphes les plus importants de ma carrière aussi bien en France qu’en Espagne. J’aime bien toréer, lentement et par le bas. Ensuite, j’aime bien aussi les fioritures, les trincheras et les changements de main.

Prêt à dégainer

- Le fait de ne plus être une nouveauté pour le public doit aussi influer.
- En effet, et c’est le cas pour tous les toreros. Cela m’est arrivé il y a quelques années car lorsque j’étais une nouveauté la presse et le public me valorisaient autrement. C’est curieux car aujourd’hui certains qui sont des nouveautés dans le classement son plus âgés que moi, et bien que cela fasse treize ans que j’ai reçu l’alternative, je n’ai que 31 ans.

- Est-ce que le courage se gagne ou se perd avec les années ?
- Je n’ai jamais su répondre à la question de savoir si j’ai, j’ai eu ou j’aurai plus ou moins de courage. Je crois que je n’ai pas été suicidaire devant le toro et que le courage que je possède à plus ou moins grande échelle, je l’utilise pour développer une technique et le canaliser pour toréer lentement et faire passer le toro cinq ou six fois près des cuisses. Je suis à jeun de ce courage qui consiste à se laisser attraper et se remettre devant la tête du toro, le courage qui impressionne réellement le public et dont je suis partisan est celui qui s’utilise pour toréer avec le plus de pureté et de profondeur possible.

- Je suppose que votre objectif est de renverser votre situation en Espagne.
- Bien entendu. Aujourd’hui, je suis bien conscient que ma situation est celle d’attendre, avoir de la patience mais être prêt à dégainer dès que l’occasion se présentera dans une arène importante, et montrer ainsi la dimension que j’ai dans mon pays. J’en ai la possibilité, et c’est le plus important, c’est juste une question de temps. Cette saison en Espagne, j’ai toréé dix ou douze toros dans des villages que si cela s’était passé dans une grande arène, les choses seraient devenues comme avant. J’ai espoir et confiance en moi-même et surtout je veux être très clair sur le fait que je ne veux pas me plaindre. En France, j’ai été présent dans toutes les ferias et en Espagne, en plus des nombreux villages, j’ai toréé à Madrid, Valencia ou Saragosse.

- 32 corridas de toros au total.
- C’est pour cela que je ne veux pas me plaindre car d’autres compagnons de ma génération n’ont pas autant toréé. En ce sens, je suis un privilégié. Être dans toutes les ferias en France et dans trois ou quatre des plus importantes en Espagne, me donne une catégorie concernant ma tauromachie et notoriété.

- Ressentez-vous une pression qui vous tenaille lors de vos prestations en Espagne para rapport à la France ?
- En fait, ce sont plus des sensations. Dès mon arrivée au patio de caballos en Espagne, déjà je ressens que tout est différent au contraire de ce qui se passe en France où on me regarde de manière positive. C’est comme si ma carrière était consolidée en France et que je sois obligé à nouveau de triompher fortement en Espagne pour que l’on recommence à croire en moi. Et c’est mon combat. Triompher à nouveau en Espagne et jouir du crédit des organisateurs et des aficionados espagnols.

- Force est de constater que lors de cette saison en Espagne, vous avez réalisé des faenas importantes, bien quelles fussent dans des arènes de moindre catégorie.
- Comme je vous l’ai déjà dit, je me sens privilégié de pouvoir toréer un grand nombre de corridas et encore plus en ces temps que nous traversons. Cela me permet de rêver beaucoup et d’être constamment en contact avec le public et le toro. Pour cette année, j’ai le souvenir d’une très bonne faena à Valencia de Don Juan réalisée à un toro extraordinaire de Sayalero y Bandrés auquel j’ai coupé la queue et que nous avons été à deux doigts de le gracier. Je me rappelle également d’une autre faena à Porzuña, un village de Ciudad Real, où j’ai coupé la queue d’un très bon toro d’Arcadio Albarrán. Avec ces deux là, je pourrais vous en ajouter quatre ou cinq autres qui seulement ont été vues par les 2000 personnes qui se trouvaient dans les arènes, mais si je les avais réalisées dans une arène importante, on parlerait autrement.

- Ces succès devraient servir pour alimenter votre afición et votre crédit de professionnel.
- Surtout pour me sentir torero. Je suis conscient que la répercussion et la pression de toréer dans un village n’est pas la même que d’être dans le patio de cuadrillas d’une grande arène, mais lorsque vous vous régalez et que vous comprenez parfaitement le toro, vous ne laissez votre place à personne. Je veux suivre une ligne, celle de me consolider et de revenir dans toutes les ferias d’Espagne. C’est mon objectif.

- Vous avez toujours eu de l’Afición. Dans les durs moments, cela doit être vital.
- Çà l’est car cela m’aide à ne pas déconnecter et d’être toujours attentif à ce qui se passe. A mes débuts, l’on m’a dit une chose qui est très importante : il faut apprendre des autres toreros et connaître très bien le toro. Je suis ce conseil au pied de la lettre. J’aime regarder les vidéos sur internet chaque fois que je le peux, analyser ce que font les compagnons et assimiler ce qu’ils réalisent. Les placements, la façon de présenter la muleta, la distance qu’on donne aux toros, les fondamentaux de la technique concernant une faena… Ce genre de choses m’aident beaucoup lorsque je les vois chez d’autres toreros et me servent pour les appliquer à ma tauromachie.

- Sans enlever le moindre esprit professionnel.
- Jamais je ne l’ai perdu et encore moins en ces temps où la compétition est aussi dure. Même dans les villages on ressent la rivalité car tous les toreros s’arriment au maximum où qu’ils soient. Cette compétition est encore plus présente de nos jours, personne ne veut laisser sa place.

Interview accordée au site www.burladero.com du vendredi 23 novembre 2012 - Propos recueillis par Javier García Baquero

Le français est un torero de sentiment, d’impulsion, de sensations ressenties. Il affirme qu’on torait comme l’on est, mais qu’on se montre avec ce que l’on ressent au moment présent et en l’état actuel des choses, alors qu’il est rentré dans sa treizième année d’alternative, il a beaucoup d’envies, en compétition avec lui-même, souhaitant montrer au torero qui se trouve à son meilleur niveau que l’homme est en totale plénitude.

- Les 35 corridas que vous avez toréé se répartissent de manière équitable entre la France, l’Espagne et l’Amérique Taurine. Ces pays représentent t’il différentes façon de concevoir la Tauromachie ?
- Oui, il serait facile d’utiliser une idée reçue, mais ce que je ressens, c’est que dans chaque ville, dans chaque arènes, même mieux, à l’intérieur de chaque arène, de chaque gradin, on peut ressentir la tauromachie de différentes manières, le public peut t’attendre de façon différente. Le torero doit avoir beaucoup de sensibilité pour percevoir et s’alimenter des gradins.

- Après treize années, pensez-vous que Juan Bautista a triomphé dans les toros ?
- Triompher est un mot que l’on devrait définir. Être présent après autant d’années, par rapport à la situation actuelle, toréer chaque année dans huit ou dix arènes de première catégorie, être heureux, vivre de ma passion, continuer à progresser me semble être une forme de triomphe très important.

- Votre compatriote André Viard a créé une polémique avec une vedette comme El Juli. Peut-on appeler vedette un torero qui ne combat que les encastes habituels à sa catégorie ?
- Chaque torero est différent, et même mieux, chaque torero est différent à différent niveau de sa carrière, et même lors d’une saison, ses sensations peuvent changer. On n’est pas une vedette parce que l’on combat tel ou tel un type de toro, mais parce que l’on commande, parce que l’on possède du pouvoir, de la force.... Maintenant, je pense que chaque vedette se doit de faire des gestes, des paris à des moments précis de sa carrière. Ordóñez combattait chaque année quelques corridas de Pablo Romero dans une arène importante. Ponce, El Juli l’ont fait, ils ont combattu des Victorinos, des Miuras. Il serait souhaitable pour le bien de la Tauromachie qu’eux, et ceux qui ne l’ont jamais, continuent de le faire. Mais chacun gère sa carrière comme il l’entend. En ce qui me concerne, j’aime me sentir torero devant les toros de différentes conditions, même devant ceux auxquels on ne coupe pas les oreilles mais dont je peux me sentir à l’aise avec eux et donner autre chose.

- Où se trouve la dignité dans les toros ?
- Dès que tu t’habilles de torero, devant n’importe quel animal bravo, dans n’importe quelle arène, tu te sens torero, grand, privilégié et c’est à ce moment que tu dois honorer la grandeur d’être torero.

- Au niveau professionnel, comment se sent Juan Bautista ?
- Mature, en toréant souvent là où on veut bien le voir, en progrès, en ressentant des choses nouvelles, d’anciennes sensations...

- On torait comme on est. Comment est Juan Bautista ?
- Une saison est très longue, le moral varie, les moments, les impressions personnelles. Le costume de lumières est transparent, il ne peut pas cacher les sentiments. C’est comme cela qu’est le Juan Bautista torero, avec des hauts et des bas mais toujours professionnel.

- Je rebondis à ce que vous disiez. Vous vous êtes retiré temporairement trois années après votre alternative. Pourquoi ? En quoi cela vous a-t-il servi ?
- Bien sur que cela m’a beaucoup servi. Maintenant je comprends que cela a été la meilleure chose qui me soit arrivée. La seconde partie de ma carrière est le fruit de ce temps de réflexion, de cette évolution intime et nécessaire. La première partie était plus innocente, avec moins de sagesse.

- Dernièrement, vous avez peu toréé dans le sud. Quelle en est la raison ?
- En fait, je ne le sais pas. J’ai toréé et triomphé à Séville, à Grenade. Il est vrai que lorsqu’on ne triomphe pas avec force à Madrid, il est difficile pour un torero comme moi de toréer dans ces arènes, et je le regrette.

- Être français, est ce que cela aide en France et rend les choses plus compliquées en Espagne ?
- Au départ, oui peut-être, mais ensuite, chacun construit sa carrière à base d’efforts, de triomphes, de chance et les stéréotypes disparaissent. Au début, j’étais seul, ou quasiment seul. Après avec Castella, les barrières ont cédé.

- De quoi le public est le plus réceptif ?
- Il est réceptif à l’envie, à la prédisposition, lorsqu’il voit un torero qui veut bien faire les choses, la sincérité dans son concept, la sincérité dans les différentes phases de la lidia, la noblesse avec le toro. Le public est connaisseur et sait apprécier ce qu’on lui offre. La tricherie n’a pas sa place.

- Selon votre concept, le campo vous est-il nécessaire ?
Pour moi, c’est fondamental. Je vis au campo bien que je sois proche de la ville. Mais au campo, je me sens plus torero, j’aime me retrouver avec le bétail bravo, connaître les élevages de différentes races, me sentir proche de la base de la tauromachie. Oui, je suis un torero de campo.

- Qu’est ce qui vous plaît le plus dans cette profession ?
- Tout, les voyages, la cohabitation avec la cuadrilla, la rivalité et la relation avec les autres toreros, les tentaderos... Tout continue à me remplir d’illusions.

- Et les écoles taurines, sont-elles indispensables ?
- Elles correspondent à une nécessité, surtout pour ceux qui ne sont pas issue du milieu taurin et qui souhaitent commencer. Mais elles ne sont pas la panacée. Un travail plus en profondeur sur l’enseignement basique est nécessaire afin d’éviter de fabriquer des clones.

- Êtes vous satisfait de votre saison 2012 ?
- En fait, un torero n’est jamais satisfait à 100 %, mais si on prend en compte l’année qui a été compliquée, sans un triomphe retentissant à Madrid où j’ai toréé deux après-midi sans trop de résultat et que malgré ce, comme vous l’avez commenté, j’ai toréé plus de trente corridas en triomphant à Arles, Nîmes, Vic, Béziers... Je pense que cela est à souligner.

- La Ventas représente t-elle une arènes importante pour vous ?
- Et pour nous tous. J’ai connu de très bons après-midi à Madrid. C’est une arène qui m’a vu, qui m’a aidé et qui m’a beaucoup servi. Mais il est très difficile d’y triompher tous les jours.

- Et 2013 ?
- Avec beaucoup d’envie, avec de bonnes expectatives en France, souhaitant être présent à Las Ventas et y triompher et en ce qui concerne le présent, l’Amérique, où j’espère pouvoir connaître une bonne saison après avoir triomphé au Pérou et au Venezuela cette semaine, où j’ai gracié un bon toro de La Consolación y où je sais que l’on m’attend.

2011

Interview accordée à la revue 6Toros6, n° 909 du mardi 29 novembre 2011 - Propos recueillis par David Jaramillo

Dans une année ou les chiffres ont été à la baisse pour quasiment tout le monde, on a la bonne surprise de voir que ceux de Juan Bautista, ont non seulement augmenté du point de vue numérique des statistiques, mais il semble aussi qu’il se soit affirmé et que sa qualité et régularité se soient installées parmi ses envies primordiales. Ceci ajouté à un ingrédient gratifiant pour lui : être consacré comme une vedette dans son pays.

“La saison française a pour moi une importance transcendante – assure Juan Bautista – car on m’apprécie et on est exigeant avec moi. Je suis présent dans toutes les ferias importantes et ce que je fais ici est un reflet important pour le reste de la campagne, autant en Europe qu’en Amérique. Cette année, j’ai atteint une très bonne régularité dans toutes les arènes, surtout dans les importantes. ”.

- Jean-Baptiste, tu as toréé quatorze corridas dans les plus importantes arènes de ton pays et seulement à deux tu n’as pas coupé les oreilles.
- Je n’avais pas fait le bilan, mais le plus important, à côté du fait d’avoir coupé les oreilles, est ce que j’ai ressenti concernant les sensations. Je me suis senti torero, j’ai vu les choses avec discernement et je n’ai pas douté à aller chercher les triomphes, malgré d’avoir pinché quelques toros.

- Pourrions-nous dire que c’est la meilleure saison que tu aies signé sur tes terres ?
- Cela a été une saison très régulière, très consistante avec mon toreo et sans doute elle a été la meilleure dans mon pays depuis que j’ai pris l’alternative. Le bilan a été positif dans tous les domaines. Je suis frustré de na pas avoir réussi à bien toréer un toro à Mont-de-Marsan car je n’ai eu aucune option. J’ai pu seulement confirmer mon ambition et mon envie de grandir.

- Quels après-midi détacherais-tu comme les plus importants de l’année ?
- En premier lieu, la matinale de Nîmes au mois de mai, face aux toros de Juan Pedro Domecq, celle aussi de Bayonne avec José Tomás et les deux dans ma ville, Arles, où je suis sorti en triomphe lors des deux ferias. Ce fut des après-midi complets, pendant lesquels j’ai réussi à vibrer en tant que torero et transmettre la même sensation au public. Je garde aussi en mémoire une faena à Dax à un toro d’Ana Romero, auquel j’ai coupé qu’une oreille pour l’avoir pinché, mais c’est une faena qui m’a le plus satisfait.

- Qu’est ce qui fait que cette faena signifie autant ?
- D’abord parce que elle a été réalisée à un très bon toro, qui répétait, avec de la transmission et mobilité, mais aussi exigeant, de ceux qui te demandent un effort. C’est pour ces raisons que la faena a eu beaucoup d’émotion et que j’ai pu le toréer avec beaucoup de temple et de lenteur. Ce fut un travail très complet avec la cape et la muleta. Dommage que l’épée ne fut pas au rendez-vous.

- Cette année, Jean-Baptiste, il y a eu un renouvellement important dans le classement des toreros français. Comment vois-tu la nouvelle concurrence ?
- Lorsque nous sommes arrivés Sébastien Castella et moi, Fernández Meca, Denis Loré, Richard Milian, entre autres, étaient en place, et nous avons du nous faire une place, avec l’avantage que cette concurrence se soit étendue vers d’autres pays, et qu’on a commencé à donner plus de considération à la France. Aujourd’hui, le chemin est ouvert et ceux qui viennent après nous peuvent en profiter. Il y a beaucoup de bons toreros nouveaux et c’est sur que cela représente une motivation supplémentaire pour se maintenir à un niveau de privilégié. En plus, c’est bien pour la France que des toreros de haut niveau émergent, cela reflète parfaitement le moment taurin actuel du pays. En revanche, il faudra qu’ils gagnent leur place.

- Analysons maintenant ton année en Espagne. Tu as bien commencé à Valencia.
- En effet, le fait de couper une oreille à Valencia a été important car cela confirmait la bonne ambiance laissée l’année d’avant. Triompher dans les premières ferias de la saison t’aide à ce que l’on pense à toi pour le reste de la saison. En plus, je crois que la faena que j’ai réalisée au toro d’Alcurrucén a été très solide. Malheureusement, ensuite à Madrid je n’ai pas pu donner le meilleur de moi-même. Je dois reconnaître que certains toros se sont bien laissés, mais j’étais très affecté par le décès de mon grand-père et cela a miné ma disposition. San Isidro a été très difficile pour moi.

- Ensuite, il y a eu Séville et Barcelone.
- C’est ça, la corrida du Corpus est sortie très noble mais faible et je n’ai pas réussi à redresser la barre. J’aurais aimé aussi couper les oreilles à Barcelone lors de mon dernier après-midi là-bas, mais la corrida n’a pas fonctionné. Ensuite, à Saragosse, j’ai été à deux doigts de couper une oreille. Le toro n’a pas été simple, mais j’ai été bien avec lui et le public l’a reconnu.

- Est-ce que tu ressens que ce bilan dans les arènes de première cache un peu ce que tu as réussi dans les autres lieux ?
- Un peu oui. Il est dommage que les toros que j’ai réussis à bien toréer dans les villages ne le fussent pas dans les arènes de première catégorie, car cela aurait donné un autre écho à ma saison. Cependant, les autres arènes m’ont donné une régularité importante concernant le succès et personnellement cela m’a aidé à être satisfait et à me motiver. En plus, maintenant que l’année est terminée, je ressens que le bilan est plus que positif, car si à cela on ajoute ce qui a été fait en France, tout cela acquiert une importance qu’on ne peut négliger.

- Dans quel domaine considères-tu avoir franchi un cap ?
- En ce qui concerne mon concept Je sens que cela fait plusieurs saisons qu’il est défini. Mais la recherche de la profondeur, de la lenteur dans les muletazos et le sentiment que je souhaite leur imprimer est quelque chose de constant. Cependant, cette année, la recherche de l’improvisation a été à la mode et c’est bien. Bien que ma tauromachie soit classique, le fait de surprendre le public avec des passes nouvelles apporte quelque chose de plus. Concernant ma trajectoire, le plus important a été la consolidation dans mon pays.

Interview accordée à la revue Aplausos, n° 1782 du Lundi 21 novembre 2011 - Propos recueillis par Rocío Fernández

- Content de la saison 2011 ?
- Je ne me plains pas. Surtout en pensant à ce qui a été fait dans mon pays, où j’ai franchi une étape supplémentaire dans le cœur de beaucoup d’aficionados.

- Arles, Bayonne, Nîmes, Béziers... se sont converties en chasses gardées de Juan Bautista.
- J’ai réalisé une saison extraordinaire en France. J’ai réussi à toréer les toros avec beaucoup de plaisir dans des lieux de premier ordre. J’ai coupé trois oreilles à Nîmes lors d’un même après-midi, je suis sorti deux jours en triomphe à Arles, également à Bayonne j’ai ouvert la Grande Porte en toréant avec José Tomás... Ce sont des arènes de grande envergure, de là ma satisfaction.

- Fort de ce constat, on peut prétendre que c’est la saison plus complète de votre carrière en France ?
- Totalement. Surtout par rapport à la régularité dans les triomphes. J’ai bien mieux toréé que l’an passé, j’ai approfondie notablement ma tauromachie, ma technique et en même temps, j’ai réussi à prendre énormément de plaisir.Tout cela fait que je sois beaucoup plus relâché. Sincèrement, je crois que je me suis enfin consolidé dans mon pays.

- Quand on sait la difficulté d’être prophète chez soi...Nous parlons d’une consécration importante.
- En effet. Et comme vous dites, cela n’a pas été facile. Cela fait 12 années que j’ai pris l’alternative, c’est pour cela que cela ne s’est pas fait en un jour. Cela demande beaucoup d’efforts, de travail, de gérer des situations difficiles... Maintenant que je regarde en arrière, et même si cela ne fut pas évident de prendre l’alternative si jeune – il avait 18 ans – je m’aperçois que cela a été plutôt positif car bien que je sois un vétéran dans la profession, je suis encore jeune. Et cette jeunesse, aliée à l’expérience d’une longue trajectoire, fait que je suis capable d’orienter ma carrière comme je l’entends et de continuer à progresser. C’est pour cela que lorsque les triomphes importants arrivent, comme ceux dont vous faites référence, on les savoure d’autant mieux.

- Ces triomphes dont vous parlez, ont-ils eu la répercussion souhaitée ?
- Sincèrement, je pense qu’ils auraient plus servi à d’autres toreros qu’à moi. C’est un des problèmes qui persistent encore aujourd’hui. Ils auront toujours moins de répercussion qu’un autre obtenu par un espagnol au même endroit. En étant français, vous avez un double handicap à surmonter, c’est dommage. Ensuite, il est certes vrai que la capitale de la tauromachie est Madrid et les points qui y sont marqués vous ouvrent les portes du reste des férias.

- Pour cette saison, Madrid était la base pour toréer en Espagne.
- Effectivement. On peut dire que je n’ai pas eu la même chance en Espagne, où tout est devenu plus compliqué lorsque cela ne s’est pas passé comme on l’aurait voulu à Madrid. Des deux après-midis où j’étais annoncé, je n’ai pu rien faire, ce qui a eu comme conséquence de me fermer le circuit des ferias et même celui des arènes de seconde catégorie. C’est pour cela que ma campagne españole s’est centrée sur les arènes de troisième catégorie. J’ai aussi été présent dans des arènes de première comme Valence, Barcelone ou Séville, mais je n’ai pas eu l’opportunité d’y triompher de manière conséquente. Malgré ce, je ne veux pas être négatif et je préfère garder les bons moments vécus grâce aux triomphes récoltés.

- Avez-vous la sensation de devoir recommencer à zéro chaque année ?
- Oui, bien sur, mais c’est pareil pour tout le monde aujourd’hui. Les vedettes doivent se remettre en question dès les Fallas ou Castellón... Les saisons sont longues et c’est très dur de maintenir une régularité de mars à octobre. C’est pour cela que je souhaite souligner le grand mérite de El Juli et de Manzanares par exemple qui ont réalisé une saison exemplaire en commençant à Valence et en terminant à Saragosse. Mais cette exigence est la même pour tout le monde et lorsque on vous demande beaucoup, c’est beau car c’est la preuve que l’on a confiance en vous. Ma situation n’est pas mauvaise, loin de là, mais j’ai toujours besoin de faire parler de moi pour continuer dans le circuit.

- Qu’est ce qui vous motive pour continuer encore aujourd’hui ?
- L’envie de me surpasser, le fait de te considérer mieux que hier et être convaincu que demain tu seras meilleur encore. Pour cela, tu dois toujours avoir l’illusion intacte et dans mon cas je vous prie de croire, qu’actuellement, c’est le cas, comme si je commençais. Je suis très motivé.

- Vous déclarez que les illusions sont les mêmes que lorsque vous aviez commencé mais j’imagine que les prétentions sont différentes.
- Bien sur, et cela vient du fait de la situation propre à chacun dans le milieu des toros. Lorsqu’on se retrouve devant l’animal, on ne se rappelle pas combien on va encaisser, ni des compagnons, on ne se rappelle de rien, mais il est vrai qu’au moment de signer les contrats vous pouvez vous permettre de choisir en fonction de là où vous pensez être à l’aise en piste, alors qu’au début, c’est moins le cas. Les prétentions au niveau artistique changent également. Par exemple, cela fait des années que je rêve de conquérir Séville. J’ai déjà triomphé plusieurs fois à Madrid mais j’ai grand espoir d’y arriver aussi à la Maestranza. C’est ce type d’espoir qui donne envie de vous surpasser.

- Avant cela, vous devez faire face à la saison américaine. Comment se présente-elle ?
- Elle ne sera pas très longue mais nous allons être présents dans des endroits importants. Par exemple, nous allons à Maracaibo, à San Cristóbal aussi et d’autres dates sont en cours de négociation au Mexique et en Colombie. Au moins cela me servira pour ne pas me déconnecter, pour ne pas ranger le costume de lumières, car il est toujours plus difficle de commencer la saison espagnole sans avoir toréé avant.

En peu de mots :

- Optimiste ou pessimiste par rapport à la Catalogne.
- C’est difficile. J’aimerai être positif mais actuellement cela ne se présente pas très bien.

- Le toro.
- Je crois qu’il a de la mobilité, beaucoup ne tombent pas, on en refuse très peu même dans les arènes importantes comme Madrid. Peut-être que de temps à autres ils leur manquent quelque peu de se livrer et de la qualité mais dans l’ensemble ils ont de la mobilité et donnent du jeu.

- Les réseaux sociaux.
- C’est pas que je sois fan mais je considère qu’ils sont positifs ; c’est un moyen de rester en contact avec les aficionados. La Tauromachie doit évoluer et c’est un pas supplémentaire pour s’adapter au présent.

- Un bon souvenir.
- La première corrida à Nîmes au mois de mai, je me suis énormément régalé.

- Pour oublier.
- La corrida à Barcelone... En plus de voir que cela ne se déroulait pas comme je le souhaitais, la sensation de savoir que peut-être c’était ma dernière course dans ces arènes était très désagréable.

- Intitulez votre saison.
- Un français qui veut conquérir l’Espagne.

Interview accordée à la revue Aplausos, n° 1775 du Lundi 03 octobre 2011 - Propos recueillis par Íñigo Crespo

Sa saison fut marquée par la régularité et d’avoir réussi en France une année des plus étincelante et splendide. Jour après jour, après-midi par après-midi, Juan Bautista s’est mis en avant en présentant une feuille de services des plus enviables : Arles, Nîmes, Bayonne, Dax, Béziers, Eauze, Aire sur l’Adour, Vic-Fezensac, Palavas… Maintenant, il souhaite conclure de la meilleure des manière à Saragosse face à une corrida de d’Alcurrucén. Sa tauromachie – assure t’il – est aujourd’hui plus longue, plus profonde, d’une plus grande lenteur et de fond. Un torero en hausse. Mature et réalisé.

La vertu essentielle dans le cheminement de Juan Bautista est sa capacité à se maintenir à flot en ayant une régularité évidente. La Francia d’un côté, et l’Espagne de l’autre. Deux pôles opposés pour donner crédibilité à la trajectoire d’un torero qui a beaucoup de choses à dire et à apporter. Chez lui, il est considéré comme une vedette et il le démontre. Il répond par des triomphes chaque après-midi, face aux grands de la tauromachie et lors de journées clinquantes. Son nom a un poids spécifique sur ses terres. En Espagne c’est différent mais il ne s’avoue pas vaincu. Une poignée de faenas importantes l’aide à se retrouver et se rendre compte-compte qu’il est un torero en devenir : « Je suis content car cela se passe très bien. C’est une année compliquée pour nous tous mais mes résultats sont là. J’ai toréé un grand nombre de corridas et surtout en France mon nom figure parmi les meilleurs. Dans mon pays, j’ai réussi la meilleure saison de ma carrière dans toutes les arènes, des fois en coupant les oreilles et des fois non, mais j’ai réussi à toréer beaucoup de toros à un haut niveau », explique Juan Bautista.

La France représente tout pour Juan Bautista. Il est sorti en triomphe à l’issue des deux corridas à Arles, les trois oreilles de Nîmes, les trois d’Eauze, la sortie en triomphe de Bayonne, la dimension offerte à Dax, à Istres, Aire sur l’Adour ou Palavas. « La saison a été très complète à tout les sens du terme. Comme je te l’ai dit, même lors d’après-midi où je n’ai pas coupé, j’ai laissé une grosse impression comme ce fut le cas à Vic. Les après-midi de Nîmes, Arles, Bayonne et Béziers ont été retentissantes », admet-il. Précisément, sur son passage à Arles, Juan Bautista n’occulte pas que : « Ce sont mes arènes et ma ville. Cela m’a coûté du travail d’y être accepté pour être natif et par rapport à ma famille qui est directrice du monument. Le public m’a toujours beaucoup exigé et jamais cela a été simple. Cependant, j’ai à mon actif cinq grandes portes consécutives et depuis que j’ai réussi à franchir la barrière et la pression, je me sens très à l’aise. Cette année, j’ai coupé deux oreilles à un toro de Cuvillo en avril et deux autres en septembre à un toro Zalduendo avec au cartel de grandes vedettes comme Morante et El Juli ».

Le Toro d’Ana Romero à Dax

De toutes les faenas éclatantes dans son pays, Juan Bautista met en exergue celle réalisée face à un toro d’Ana Romero à Dax, comme étant la plus importante : « Je me suis vraiment régalé cet après-midi là. Cela ne se passait pas très bien. Le public protestait le comportement de la corrida et ce toro est sorti et nous avons réussi à tout inverser. Cette faena est celle qui m’a le plus marquée cette année. Je l’ai pinché et je n’ai coupé qu’une seule oreille, mais la faena a été très bonne », se souvient le diestro qui ne souhaite pas oublier non plus : « mon passage à Nîmes où j’ai coupé trois oreilles face à la corrida de Juan Pedro Domecq en juin lors d’un après-midi qui représente beaucoup pour moi. J’arrivais de Madrid, où cela ne s’était pas bien passé et pouvoir atteindre un triomphe de cette nature m’a rempli de moral et de satisfaction. En plus, Nîmes, ont été les arènes où j’ai banderillé deux toros cette saison, un en juin et un autre en septembre. Ce n’est pas une partie que je domine mais cela me plaît de le faire dans des circonstances spéciales et ces deux occasions l’étaient ».

Juan Bautista ne se cache pas. Son expérience, sa maturité et son honnêteté lui font voir la situation telle qu’elle est. Il a conscience qu’en France son nom est inscrit en gras mais qu’en Espagne, la situation est différente. Il en sait parfaitement la cause : « Madrid ne s’est pas passé comme je l’attendais. Je n’ai pas été bien. Je n’ai pas à me justifier mais cela a été des jours compliqués pour moi. Mon grand-père venait de décéder et je ne me trouvais pas préparé pour répondre aux exigences de Madrid. Cela pèse ensuite et je comprends par conséquence le fait de ne pas avoir été retenu pour toréer dans les grandes arènes d’Espagne cette année. C’est dommage car j’avais très bien commencé à Valencia en coupant une oreille ».
Bien que Madrid ait supposé un frein pour lui, la saison de Juan Bautista a connu une continuité et les contrats n’ont pas manqué, tout comme les bons résultats, qui sont autant de témoignages du bon moment qu’il traverse. « J’ai toréé une quarantaine de corridas de toros et plus de la moitié en Espagne, il est vrai dans des arènes de moindre importance. Mais c’est grâce à ces endroits que j’ai eu l’opportunité de toréer pendant tout l’été et profiter de la tauromachie », affirme Juan Bautista.

Maintenir le rêve

Savoir profiter des opportunités, montrer sa présence chaque après-midi et donner le meilleur de soi-même, sans s’arrêter de penser au lieu où l’on se trouve, ce sont les clefs du cheminement de ce torero : « La régularité – assure t’il – est la clef de ma saison. En Espagne, je n’ai pas perdu le moral et lors de chaque après-midi, j’ai cherché le meilleur de moi-même. C’est en toréant que nous sommes heureux et c’est de cette manière que nous exprimons nos sentiments ».
Ne pas baisser la garde et maintenir la régularité jour après jour en prenant en considération la profondeur, la maturité et l’exercice intérieur de force mentale. « C’est en toréant que l’on maintient l’illusion. Je ne me plaints pas, au contraire. J’ai beaucoup toréé et bien que ce la ne se soit pas bien passé à Madrid et à Séville, j’ai réussi à être présent et sortir en triomphe après plus de la moitié de mes prestations. Chaque après-midi je me suis donné à fond. Je recherche le meilleur de ma tauromachie chaque fois que je m’habille de torero ».

Avec treize années d’alternative et une trajectoire qui n’a pas été spécialement simple, Juan Bautista est épanoui sur le plan artistique. Il sent que sa tauromachie s’écoule avec plus de richesse dans les nuances et plus de prestige. « L’innocence des débuts a disparu et la maturité te fait toréer de manière plus aboutie, plus lentement et avec plus de profondeur. Maintenant j’arrive à toréer beaucoup plus de toros, j’ai obtenu une régularité que je ne possédais pas avant et même avec la cape j’ai su garder mon répertoire mais avec plus de cadence et d’aisance », explique le diestro avant de souligner : « Toréer est ce que j’aime le plus et être torero est ce que je ressens. Je suis satisfait d’avoir résisté durant cette période, dépassant les moments difficiles qui m’ont amené à me retirer une année. Avoir pu remonter la pente est ce qui me donne le plus de fierté ».

Il a en tête son dernier rendez-vous important de l’année : Saragosse. Une corrida d’Alcurrucén pour la Feria del Pilar l’attend avec Curro Díaz et Leandro. « C’est un élevage extraordinaire qui est en train de réaliser une saison parfaite. Je connais bien ces toros, même que ma sortie en triomphe à Madrid l’an dernier a été avec les représentants de El Cortijillo, qui est le même élevage. Ce sont des animaux exigeants mais lorsqu’ils rompent, ils le font d’une manière unique, par le bas, ils baissent beaucoup la tête et possèdent de la qualité », signale le diestro français qui a conscience de la répercussion et de la portée d’un cycle comme celui de l’aragonais : « C’est très important pour préparer l’an prochain. C’est une arène où j’ai réussi à bien toréer les toros, j’ai coupé des oreilles isolées mais il me manque un grand triomphe qui correspond à celui que je recherche maintenant. C’est un lieu commun de dire que j’y vais avec beaucoup d’espoir et que je vais tout donner, C’est ce que je ressens. J’ai en tête de donner le maximum de moi-même ».
Après avoir toréé pour la Feria del Pilar, Juan Bautista a prévu de se rendre en Amérique. « Sont confirmées les ferias de Maracaïbo et San Cristóbal au Venezuela et nous sommes en train de concrétiser des dates au Mexique et en Colombie », souligne t’il.

Gestes pour 2012 et son appui aux élevages français

Pendant la saison, les triomphes de Juan Bautista ont été liées à tout type d’encastes et d’élevages. Ce n’est pas un torero focalisé sur un type de toro prédéterminé mais il se sent à l’aise en s’exprimant avec des animaux de différentes origines : « C’est important et pour moi et en général. Il faut qu’il y ait une ouverture d’encastes dans les ferias. Je le fais souvent en France sans y être obligé, mais je comprends que c’est positif pour ma Tauromachie, même en s’annonçant à l’occasion avec des fers dits « toristas » », explique le torero. Sur cet aspect, Juan Bautisa laisse la porte ouverte à divers gestes qu’il prétend réaliser pendant la prochaine campagne. « J’ai dans la tête de faire quelque chose de bien et différent dans mon pays. Il n’y a rien de défini mais nous en avons parlé avec quelques arènes. Il y a deux ans, j’ai tué la corrida de Miura à Nîmes et même d’autres fois j’ai affronté des corridas de Victorino. C’est à peu près ce que j’ai prévu de réaliser, je ne sais pas comment cela va se concrétiser mais c’est mon intention ».
Du point de vue des élevages, Juan Bautista s’est distingué cette saison en estoquant et en triomphant des élevages français qui lui offrent les meilleures garanties et qui représentent pour lui une satisfaction : « A Eauze j’ai coupé trois oreilles à une corrida d’Aimé Gallon, à Aire sur l’Adour j’ai tué celle de mon père et à Palavas une autre de Margé. J’aime lidier des corridas françaises qui donnent de bons résultats et grâce auxquelles je peux triompher et que ma tauromachie peut s’écouler comme je le ressens ».

Interview accordée à la revue taurine 6Toros6 n° 876 du mardi 22 mars 2011 - Propos recueillis par José Luis Ramón

A peine Juan Bautista a-t-il fini sa prestation dans les Arènes de Valencia que je me retrouve aves lui, dans l'hôtel où il s'est habillé de torero. Dans le hall, il y a un grand brouhaha de personnes, mais sa chambre est un lieu de paix. Nous conversons sur sa situation dans la Tauromachie, sur la récompense à la suite de son grand succès de l'année passée à Madrid qui devrait le faire revenir trois après-midi à Las Ventas, sur les difficultés qu'il connaît pour plaire à Séville et, comme de bien entendu, sur sa double situation : un torero vedette en France, son pays, et matador en passe de l’être mais qui doit gagner ses contrats un par un en Espagne.

- Commencer la saison en coupant une oreille lors des Fallas est un point de départ important, tant sur le plan personnel que professionnel.
- Bien sûr. Commencer de cette façon en coupant une oreille dans des Arènes aussi importantes que celles de Valencia est très positif. Cela apporte du moral et une bonne ambiance pour le futur, car lors de saison passées, il m’arrivait de ne pas bien commencer, et alors l'ambiance n’était pas bonne et je perdais le moral.

- Tu parles de moral et de perte d’ambition lorsque les choses ne vont pas comme tu le souhaites. L'état d'âme de la personne se reflète-t-il toujours et influe sur le torero ?
- Beaucoup. De fait, quand je me suis retiré il y a quelques années, cela a été à cause de ce manque de moral, je ne trouvais pas de solution à ce qui se présentait à ce moment là. Pour moi, il est très important d’être heureux et à l’aise sur le plan personnel, pour pouvoir me préparer, bien m’entraîner et arriver aux arènes en confiance.

- Cette coupure a du être très utile, car la partie fondamentale de ta trajectoire et de tes succès s’est produits après ton retour aux arènes. Il est intéressant de voir comment, même sans toréer, le temps fait mûrir les toreros.
- oui, oui … Même sans toréer, comme ce fut la cas lorsque je suis resté éloigné des arènes pendant une année et demie, cela m'a fait comprendre beaucoup de choses. Quand je suis revenu, j’avais une autre mentalité et changé beaucoup de choses en moi. Ce que tu dis est vrai, c’est dans la deuxième partie de ma carrière que les choses les plus importantes ont eu lieu.

- Deux de ces moments fondamentaux ont été tes sorties en triomphe de Las Ventas en tant que Matador de Toros, la dernière l'année passée à la Feria de l'Anniversaire avec la corrida de El Cortijillo. De quelle manière cette dernière sortie par la grande porte a-t-elle influé sur le Juan Bautista d'aujourd'hui ? Cela t’a-t-il servit pour te revaloriser, pour toréer davantage, pour être considéré encore plus comme une vedette en France ?
- Surtout, ce succès de l'année passée m'a servi par rapport aux deux dernières saisons qui furent irrégulières, les choses ne s’étaient pas passée comme souhaité après cette temparada de 2007 qui a été si importante. En 2008 et 2009 je n'ai pas réussi à confirmer ce que j’avais obtenu en 2007, et par cela j'avais besoin de ce triomphe, pour retrouver une ambiance et un crédit chez les aficionados et les professionnels. De plus, je crois que réellement personne ne s'attendait à un triomphe comme celui de l'année passée, car lors des dernières ferias de San Isidro, j’avais été un ton en dessous. Ce jour-là, nous avons eu la chance de toréer une bonne corrida de El Cortijillo, et j'ai profité de mon lot pour sortir en triomphe. Être l'unique torero à avoir ouvert la grande porte de Madrid lors de la feria de l’an passé m'a donné confiance, m’a permis de toréer plus et ma crédibilité a augmenté dans mon pays et aussi un peu en Espagne, bien que cela soit arrivé un peu tard dans la saison et que beaucoup de ferias avait fermé leur programmation.

- L’étrange caractéristique qui se produit dans ta carrière m'a toujours beaucoup attiré l’attention : vedette en France, tu dois lutter feria après feria, saison après saison en Espagne. Que penses-tu de cette situation ? Comment peut-on changer si radicalement une mentalité ?
- C’est certain, et je suis le premier à me rendre compte de quelle manière différente les gens me suivent et m’attendent dans mon pays et ici. Mais je dois dire que cette situation est de ma faute, car comme je te disais, je n'ai pas réussi à confirmer les grands triomphes que j'ai eus, comme celui de la Feria d’Automne de 2007. Je sais que si je l’avais confirmé tout de suite, je me serai hissé à un niveau bien plus élevé que celui de maintenant. Ma situation n'est pas non plus mauvaise, car j’occupe une place privilégiée, peut-être que je ne fais pas partie des toreros du premier rang, certes, mais je fais partie de ceux qui sont présents dans les ferias, qui jouissent et vivent de leur profession. En France je vis une autre situation car je suis considéré comme une vedette, alors qu'en Espagne, j'ai l’ambition de me situer au-dessus de ce que je suis actuellement. De toute façon, celui qui est une véritable vedette l’est dans le monde entier.

- T'exprimes-tu dans l'arène avec la même liberté, avec le même naturel, en Espagne comme en France ?
- Cela dépend … Ici, parfois, il y a des Arènes où la pression a été la plus forte… Il est possible qu’en France, je me sente plus tranquille grâce à l'affection du public. Dans mon pays, ils m'ont beaucoup soutenu, depuis mes débuts en tant que novillero… ils m'ont vu triompher dans toutes les ferias importantes… L’afición porte un autre regard sur moi. En Espagne, je me sens autrement. Je crois que c’est logique et normal.

- Ta présence à trois corridas de toros à Las Ventas en mai et juin est la récompense du succès si important obtenu lors de la dernière Feria de l'Anniversaire.
- Il est fondamental d’avoir la récompense du succès. Et je remercie l’empresa d’avoir compté sur moi pour trois après-midi, pour trois corridas de toros d’un grand niveau

- Rends toi compte : ton arène de prédilection en Espagne est celle de Madrid avec trois sorties par la grande porte. Il est curieux que ton arène en Espagne soit également la plus difficile de toutes.
- C’est vrai. Mon passage à Las Ventas revêt une grande importance, parce qu'à Séville je n'y ai jamais réussi, et les autres bons après-midi que j’ai connu en Espagne comme par exemple à Valencia et Bilbao, ont été le fait d’oreilles isolées. En revanche, à Madrid, de ces trois ou quatre dernières années, je fais partie des toreros qui ont le plus coupé d’oreilles avec ces trois grandes portes que tu as mentionné : celle de novillero, celle lors de la Feria d’Automne en 2007 et celle de la Feria de l'Anniversaire en 2010. Comme il s’agit d’un public exigeant, il est dur parfois, mais je me sens respecté, et l’empresa en a conscience. C'est un honneur de revenir à Madrid de cette façon. Depuis la grande porte du jour de mon début en tant que novillero, nous nous sommes bien entendu avec l’afición, et toujours Séville m’a plus pesé que Madrid. Je ne sais pas pourquoi, mais quand je me suis livré et que j’ai pu me relâcher, j'ai ressenti plus de compréhension de la part du public de Las Ventas. Je crois que ma personnalité et ma façon de comprendre la tauromachie vont bien avec le concept de Madrid. Je sais ce qui plaît à cette afición, et quand un taureau me le permet, je réussis à me relâcher et oser faire des choses, parce que je sais que l’afición va me répondre. Cette année je retourne à Séville pour la corrida du Corpus, et je garde toujours cette envie d’y triompher.

- Si tu t’analyses, à quel niveau de ton évolution en tant que torero te situes-tu ?
- Je suis content des choses que j'ai obtenues, et je sais que si je ne suis pas à un niveau plus élevé, je ne le dois qu’à moi-même. Il est vrai que c’est maintenant que je ressens le plus de maturité, mon concept est plus défini, bien qu’il reste encore beaucoup à faire pour m’améliorer mais je suis certain que je vais y arriver.

Interview accordée à la revue Aplausos - Avril 2011 - Propos recueillis par José Ignacio Galcerá

Arlésien de naissance, il est amoureux de sa région et de ses arènes. Juan Bautista nous parle de son Arles natale avec passion, une ville qui l’a vu naître en tant qu’Homme et qui l’a vu grandir en tant que torero. De là, ses premiers triomphes ont raisonné, de là il a commencé à conquérir sa terre et de là il a réussi à brandir avec fierté le drapeau taurin de son pays.

- Juan Bautista, la temporada se presente de belle manière. Une oreille à Valencia et bientôt les ferias de Séville et Madrid.
- Les premières corridas ont bien fonctionné et le début de saison est positif, maintenant il faut continuer. L’hiver américain a permis la continuité de la temporada passée. Cela a contribué à ne pas m’arrêter, d’être toujours sous tension, ne pas me relâcher et perdre le rhytme. Avec les années, tu apprends à mieux te connaître et savoir ce qui est le meilleur pour toi. Dans mon cas, ce sont plus de dix ans d’alternative et je sais que les débuts de saison me coûte, c’est pour cela que de toréer cet hiver a été bénéfique pour moi.

- Le 23 avril prochain tu reviens à Arles. Tout le monde garde en mémoire le mano a mano avec El Juli lors de la dernière feria du Riz.
- Cela a été un après-midi très agréable. Tout s’est réuni, une bonne corrida de Daniel Ruiz, une grande ambiance et le fait de pouvoir être en compétition avec la plus grande vedette du moment comme l’est El Juli, qui était dans une forme extraordinaire. Le pari était osé, et encore plus lorsque Manzanares a du déclarer forfait à cause de sa blessure, mais l’idée du mano a mano m’a séduit et le résultat, avec cinq oreilles chacun, fut un succès.

- La feria de Pâques ouvre la saison taurine en France, j’imagine que l’objectif, et encore plus sur tes terres, sera de commencer en t’imposant.
- Arles est une arène de première catégorie et tout ce qui s’y fait a beaucoup de répercussion, tant en France comme en Espagne. Le plus important est de bien commencer, les ferias importantes arrivent et il faut continuer ce qui a été fait l’année dernière. Au minimum, j’espère répéter les triomphes et franchir un cap.

- En tant qu’arlésien, ressens-tu une exigence plus appuyée de la part du public ?
- Toréer chez moi est toujours spécial, j’ai beaucoup d’affection pour les arènes pour de nombreuses raisons, c’est ma ville, j’y ai ma famille, mes amis et j'y passe la majeure partie de l‘année. C’est une envie énorme et lorsque je triomphe, cela me satisfait. On est exigent avec moi, c’est normal. On m’a vu toréer et triompher de nombreuses fois et il est logique que l’on me demande chaque fois plus. Souvent je me retrouve dans des cartels très bien montés, en compétition avec les plus grandes vedettes et on attend de moi ce niveau. La France m’attend, m’apprécie et m’a encouragé lorsque j’en avais besoin. On m’a vu triompher et on est exigent avec moi car, par chance, nous avons vécu de bons après-midis.

- Bien qu’il est certains que tes débuts n’ont pas été du tout faciles chez toi.
- Les premières années m‘ont demandé beaucoup d’efforts. J’avais beaucoup de pression de toréer sur mes terres car, par hasard, depuis ma présentation de novillero, mon oncle et mon père sont devenus empresarios et cela me donnait encore plus de pression. Parfois, une partie du public a été très dure avec moi, même injuste. Maintenant je le vis d’une autre manière, grâce aux années, j’ai appris à en profiter et regarder les choses d’une autre perspective. A Arles, je ressens la même responsabilité que si je toréais à Madrid ou Séville.

- Ta carrière a connu parallèlement la gestion de ton père à Arles. De quelle manière cela influe t-il que la personne la plus importante de ta vie soit également empresario taurin ?
- Au début, le public pensait que j’avais plus de facilité pour toréer mais, il se trompait. Le toro remet chacun à sa place. Il ne sait pas qui tu es, ni d’où tu viens, il veut seulement que tu sois capable de résoudre les problèmes qu’il te pose. Au départ, je n’étais pas préparé, mais maintenant, j’ai dépassé ce stade et cela ne m’affecte plus, spécialement depuis mon retour en 2005. En France j’ai triomphé de partout, à Madrid également bien qu’il est certain que je suis encore jeune et qu'il me reste beaucoup de choses à réaliser. J’ai la chance d’avoir l’expérience de onze ans en tant que matador de toros et il me reste encore beaucoup d’arènes à conquérir.

- Séville est une de celles-là.
- Tout à fait, je n’ai jamais réussi à y triompher. Cette année, la corrida de Carmen Segovia qui traverse un bon moment m’illusionne et j’espère que je pourrai réaliser quelque chose d’important dans ces arènes.

La France, un référent pour la Tauromachie.

Pour Juan Bautista, que son pays soit, à l’heure actuelle, une référence en matière taurine est un motif de fierté. A ce sujet, le diestro d’Arles commente : “Taurinement, la France vit un très bon moment. Et je dirais à tout les niveaux : il y a beaucoup de passion, les jeunes remplissent les arènes importantes ; au niveau des organisateurs, apoderados, banderilleros, picadors, des élevages français aussi ont de bons résultats... Les écoles taurines font un important travail et on voit des jeunes qui ont des capacités et les novilleros avec picadors fonctionnent”, il continue en disant que : “La France, enfin, a réussi ce que Nimeño II a rêvé. Il a ouvert la voie à son époque, et aujourd’hui, nous sommes dans les ferias en compétition avec les meilleurs. Peut-être qu’avec la carrière de Sébastien Castella ou la mienne, ce rêve a été dépassé”.
Malgré le bon moment que traverse la Tauromachie en France, Juan Bautista signale : “Il ne faut pas se tromper. La crise est perceptible aussi en France, mais on la ressent moins qu’en Espagne. En plus, il faut être très attentif aux attaques des antitaurins. La Catalogne est toute proche et il faut être vigilant afin de ne pas avoir de problèmes dans le futur, il est nécessaire de prendre énormément soin de la Tauromachie” conclue t-il.

Reportage Paris Match n°3241 du 30 juin 2011 - Par Patrick Forestier

Sous l’œil des femmes de sa vie, la petite Liza et Anne-Céline, Jean-Baptiste Jalabert porte l’habit de lumière bordeaux et or qu’il arborait en 2007 à Madrid lorsqu’il reçut des mains de Juan Carlos le trophée de l’oreille d’or. Mais la plus belle des récompenses devait survenir trois ans plus tard : la naissance de Liza. Deux oreilles et un visage d’angelot.

Avant d’entamer le marathon des corridas de l’été, le plus célèbre torero français nous a présenté sa petite fille.

Elle a six mois et déjà Liza porte l’estocade au cœur de son papa torero. Avant les grandes ferias de l’été, Jean-Baptiste Jalabert, 29 ans, dit Juan Bautista, porte sa fille comme son plus beau trophée, et sa compagne, Anne-Céline, n’est pas loin de sortir les mouchoirs. Quand il séjourne en France, au mas Pébrière, acquis il y a trois ans, le petit prince français des arènes transforme la vie de famille en faena douce. Avec 45 corridas par an données en Espagne, en France et en Amérique du Sud, Juan Bautista a bien besoin du calme de la Camargue pour se ressourcer, méditer sur les périls et la beauté de son art…et découvrir les joies d’une paternité aussi émouvante que captivante. On croirait entendre Carmen : « l’amour est enfant de bohème, il n’a jamais connu de loi… ».

Si Juan Bautista donne la mort dans une arène, il aime surtout la vie.

Jean-Baptiste ne s’en lasse pas. Il pourrait la regarder pendant des heures. Le jeune papa sait qu’il ne pourra jamais plus vivre sans sa fille Liza, à peine 6 mois. Dès qu’il le peut, il lui consacre son temps, car Juan Bautista n’est pas un père comme les autres. Son métier est très risqué et le jeune Arlésien l’exerce à haut niveau. Il compte parmi les rares toreros français à triompher en Espagne et en Amérique du Sud. Là-bas, on ne l’appelle plus avec réserve « El Francés ». Il est jugé sur son art et son courage face à des toros de combat de 500 kilos. Mais si Juan Bautista donne la mort dans une arène, il aime surtout la vie. En famille, il n’est plus torero mais un jeune papa moderne. Il n’est pas le seul.

Un véritable baby-boom est en train de se produire chez les toreros qui tiennent le haut de l’affiche. Ils ont la trentaine et son célèbres dans les arènes du monde entier. Mais la gloire et la fortune ne leur suffisent pas. Ils veulent donner la vie comme si subitement ils s’apercevaient que le destin pouvait reprendre la leur. Chaque après-midi à 17 heures, au moment où le soleil d’été devient moins cruel, ils jouent à quitte ou double sur le sable ocre des plazas du Sud. Parfois ils ont triché sur leur âge pour commencer plus tôt, tant l’envie de défier la bête était forte. Une passion difficile à comprendre, synonyme de courage et de grâce quand le toro affiche noblesse et bravoure. Tous ont été grièvement blessés. Dans l’œil du monstre, ils ont vu la mort de près. Soulevés comme une paille, embrochés par la corne, ils ont senti la fin arriver, inconscients, baignant dans leur sang. A l’heure de la maturité, membres du Top 10 de l’escalafón, le classement des toreros, ils ont eu envie de laisser une trace pour la postérité. La majorité des étoiles de la planète toro vient d’être papa ou va bientôt l’être.

Sébastien Castella, d’abord, l’autre grande figure française, vient lui aussi d’être père d’une petit fille, Atenea, née le 27 décembre dernier. Le torero bitterrois avait épousé en octobre l’actrice colombienne Patricia Vásquez sur une île au large de Cartagena de Indias. Entre les deux toreros, la rivalité est grande. Ces deux-là, tout les oppose : le physique, la psychologie, la manière de toréer. L’enfance aussi. Celle de Sébastien est restée pour lui une blessure douloureuse. Longtemps introverti, intransigeant, fermé, le maestro semble aujourd’hui plus apte au bonheur. Alors que les autres toreros aiment se retrouver au campo, achètent une finca, sont fiers de leur nouvel élevage de toros, Castella, lui, découvre les musées. Cornaqué par son ami Robert Margé, le directeur des arènes de Béziers, il s’échappe à Paris pour visiter l’Académie française avec Florence Delay ou aller au théâtre, invité par Pierre Arditi. Depuis qu’il est papa, le torero a un moral d’acier. A Madrid, il vient de recevoir l’oreille d’or 2011 remise par le roi Juan Carlos à la fameuse Corrida de la Presse

Torero marié en octobre 2010, à la fin de la saison estivale, propice aux unions chez les maestros, Morante de la Puebla est devenu papa une nouvelle fois. La veille, un autre matador, Sergio Aguilar, s’était marié discrètement avec une certaine Rebecca. Peu avant, c’était le jeune matador Fernando Cruz qui avait épousé en petit comité – une centaine d’invités tout de même - la belle Mercedes. Elle devrait, sans aucun doute, elle aussi, devenir maman très bientôt. Un autre grand nom a convolé fin 2010 : José Maria Manzanares, le fils du grand Manzanares, torero lui aussi. Il s’est marié en novembre dernier dans l’église Notre-Dame-de-Grâce d’Alicante avec la jeune Rocío Escalona. Elle est enceinte. Même le rare et célèbre José Tomás serait sur le point d’être papa à 35 ans. Une résurrection après sa cornada de l’an dernier au Mexique. Plaie de 17 centimètres dans la jambe gauche, artère et veine fémorales perforées, il avait perdu la moitié de son sang. Arrêté pendant des mois, il revient cette année plus fort que jamais, conforté par sa dulcinée qui attendrait un enfant du maestro le plus adulé de l’époque.

« Quand on torée ensemble, El Juli me montre l’échographie de ses jumeaux sur son iPhone »

La figure des figures, El Juli, ne pouvait pas être en reste. Le prodige milliardaire capable, avec autant de talent, d’aligner deux corridas dans la même journée, avait épousé en 2007 une fille Domecq, Rosario, issue de cette grande famille d’éleveurs de Jerez de la Frontera, dont la race des toros est à l’origine de la plupart des élevages espagnols. Toros, vin, chevaux avec l’école équestre andalouse, le clan Domecq ne pouvait accueillir en son sein qu’un champion. Au mariage, tout le « mundillo », le monde taurin, était présent. Eleveurs, toreros, imprésarios, propriétaires, en tout 700 personnes étaient conviées au banquet dressé dans le palais Domecq. Depuis, rien. Rosario, dit-on, aurait suivi un traitement pour assurer une meilleure fécondité. El Juli, encore une fois n’a rien fait comme les autres. Il devait maintenir son rang, être, comme souvent, plus fort que les autres. Aujourd’hui, il n’en est pas peu fier : sa belle attend des jumeaux. « Quand on torée ensemble, il me montre l’échographie d ses bébés sur son iPhone », me raconte Juan Bautista en riant. Entre le Français et l’Espagnol, le courant passe depuis toujours. El Juli n’est pas un « torturé ». Il torée, en général triomphe, et ne se mêle de rien d’autre. Derrière la barricade, les deux hommes sont complices. Ils ont près de 30 ans tous les deux, ils vivent à l’heure d’Internet. Juli, déjà couturé comme un vieux matador, après avoir frôlé une nouvelle fois la mort à Pampelune l’an dernier, est peut-être plus dans la tradition. Juan Bautista est en apparence plus moderne. « Je donne le biberon et je sais changer les couches, dit-il sans complexe. Je n’ai plus besoin de mettre le réveil. Heureusement, Liza n’ouvre jamais les yeux avant 8 heures. Quand je suis au mas, c’est moi qui me lève pour aller la chercher. » « Par bonheur » ajoute Anne-Céline, sa compagne depuis deux ans et demi. Maman d’origine espagnole, père maire de Navacelles, un village du Gard de 500 habitants, elle a rencontré Juan Bautista à Nîmes, chez des amis. « Je savais qu’il était torero, mais pas plus, confie-t-elle. J’avais assisté à peu de corridas. » A l’époque Anne-Céline demeure beaucoup en Espagne. Elle y vit sa passion, le chant latino. Ana est son nom d’artiste.

En 2007, elle a enregistré un album, « Amor Latino », et espère bien reprendre ses spectacles bientôt. Pour le moment, elle se consacre à sa fille avec Jean-Baptiste. Le torero n’est pas près d’oublier la naissance de Liza. Elle est née à 7 mois et demi et pesait 1,5 kilo. « Elle était prévue pour janvier, et je n’avais pas pris d’engagement, à Cali en Colombie pour le 31 décembre, se souvient-il. Après avoir toréé à Lima, au Pérou, je vais au Venezuela pour ma dernière corrida. A l’arrivée de l’avion, j’ai un message urgent sur mon portable : Anne-Céline est à la clinique… Je n’avais pas de vol pour arriver à temps à Paris. Alors, je suis allé toréer et j’ai coupé quatre oreilles. » Anne-Céline n’est pas inquiète par nature, mais après chaque corrida elle attend le coup de fil de Jean-Baptiste. « Comme ça, je sais que tout va bien, dit-elle. J’ai confiance en lui. Mais je suis rassurée quand je l’entends. » Juan Bautista, lui, est serein. Papa d’une petite fille, pourrait-il désormais prendre moins de risques ? « Quand on est torero, on doit se donner à fond », répond-il simplement. Une façon de dire que tant que l’envie sera là, il ira au bout de lui-même, l’après-midi, seul face au toro.

Interview accordée à la revue taurine 6Toros6 n° 897 du mardi 6 septembre 2011 - Propos recueillis par Antonio Arévalo

Pour Juan Bautista, c’est très clair, car dès le début de l’interview, il se montre très sincère : “Peut-être que je n’ai pas eu en Espagne la même régularité qu’en France. Il est vrai que j’ai triomphé plusieurs fois dans les ferias importantes espagnoles, mais pas aussi souvent que je l’aurai souhaité ou nécesité. C’est pour cette raison que je suis programmé dans quelques ferias, mais qu’ensuite je reste dehors de beaucoup d’autres. En revanche, en France, je suis en train de réaliser une saison très bonne, et cela fait déjà plusieurs saisons que cela dure. Grâce à cela, la récompense est là de continuer d’être programmé dans les meilleures corridas des meilleures ferias.

- Cela ne t’influence aucunement de te voir respecté différemment en France à l’heure de toréer ?
- Je ressens une tendresse et une affection particulière, j’adore toréer dans mon pays, peut-être que le public est plus réceptif avec moi que dans d’autres régions d’Espagne. Comme par exemple dans le Sud où j’éprouve encore des difficultés à être programmé, sauf à Grenade, où j’ai triomphé plusieurs fois, et à Cordoue.

- Mais il appartient au torero de casser la glace...
- Exact, mais je torais très peu dans le Sud de l’Espagne, je suis peu connu et c’est vrai que j’enrage lorsque j’ai l’occasion d’aller toréer et que personne ne m’appelle, comme cela s’est passé à Grenade, où j’ai triomphé l’an passé et où je ne suis pas retourné cette année. Mais c’est la loi des toros et je dois dépasser cet état de fait.

- Donc, la reconquête passe par la France.
- Ce qui se passe également c’est que mes triomphes en France n’ont pas beaucoup de répercution en Espagne, peut-être par le fait que je sois français et de triompher sur mes terres. Cependant, je note que lorsque d’autres toreros espagnols, qui soient vedettes ou pas, triomphent ici, ils ont une meilleure reconnaissance. Mais cela n’enlève pas le fait que je sois content de ma saison : j’ai coupé trois oreilles à Nîmes, deux à Arles, deux à Bayonne, j’ai aussi coupé à Dax et à Béziers, qui sont toutes des Arènes de première.

- Que te manque-t-il pour changer cela ? Un triomphe comme celui de l’an passé pendant la San Isidro ?
- Ou plusieurs à la suite. Cette année, l’envie était de confirmer cela, mais on sait que triompher à Madrid est très difficile et tout ne s’est pas passé comme je l’aurai souhaité. Cela est arrivé à un moment où je traversais un épisode personnel compliqué, avec le moral très bas suite au décès de mon grand-père quelques jours avant et c’est vrai que je ne suis pas arrivé à remonter la pente et d’être bien. C’est pour cela que je suis resté dehors de beaucoup d’arènes alors qu’on aurait dû y être programmé. Mais bon, je torais, même si c’est dans un autre circuit.

- On a l’impression que tu dépends beaucoup de ton moral ?
- Tout à fait. La saison est longue et il est difficile de garder le moral de mars à octobre. Pour cette raison, les vedettes comme El Juli ou Manzanares ont beaucoup de mérite car ils réalisent des saisons parfaites de A à Z. C’est un de mes défauts depuis mes débuts : je traverse de très bonnes périodes, après, les choses se compliquent et je n’arrive pas à avoir la régularité souhaitée.

- Tu as eu différents apoderados, mais il semblerait que tu aies trouvé une stabilité avec Marcos Sánchez Mejías.
- Nous avons une bonne relation, il me comprend, m’écoute, il sait ce que je veux et ce dont j’ai besoin, en luttant au maximum pour atteindre nos objectifs.

- Prochainement, tu dois faire face à deux engagements importants : à Arles avec El Juli et Morante, et à Nîmes, le mano a mano avec Castella. Lequel des deux te stresse, te préoccupe ou t’excite le plus ?
- Ce sont deux après-midis différents, en liaison avec la belle saison que je réalise en France. C’est deux après-midis sont idéales pour la conclure de la meilleure des façons. Arles est ma terre, c’est un cartel très abouti. L’après-midi de Nîmes sera je pense déterminante pour ma saison. La télévision sera probablement présente. Dans tout les cas, un mano a mano entre nous deux représente toujours quelque chose de spécial, ça va être chouette.

- En parlant du futur taurin en France, vois-tu une nouvelle génération de toreros français qui commencerait à sortir la tête ?
- Il y a des toreros avec beaucoup de qualités, de jeunes matadors ou novilleros qui ont de très bonnes choses, mais qui doivent se faire connaître pour avancer. Je pense que l’idéal pour les toreros français est d’aller au campo en Espagne, là où vraiment tu te construits en tant que torero. Ici, il y a des jeunes avec beaucoup de disposition, mais autant Castella que moi, nous avons eu un long apprentissage qui n’a pas été facile. Cependant, l’opportunité se présentera à chacun. Il manque de nouveaux toreros pour que l’histoire continue, pour entrer en compétition avec les vedettes espagnoles de la nouvelle génération, bien que je crois, que Castella comme moi voulons être présent pendant encore beaucoup de temps.

Interview accordée à la revue Aplausos - n°1782 du lundi 21 novembre 2011 - Propos recueillis par Rocío Fernández

- Content de la saison 2011 ?
- Je ne me plains pas. Surtout en pensant à ce qui a été fait dans mon pays, où j’ai franchi une étape supplémentaire dans le cœur de beaucoup d’aficionados.

- Arles, Bayonne, Nîmes, Béziers... se sont converties en chasses gardées de Juan Bautista.
- J’ai réalisé une saison extraordinaire en France. J’ai réussi à toréer les toros avec beaucoup de plaisir dans des lieux de premier ordre. J’ai coupé trois oreilles à Nîmes lors d’un même après-midi, je suis sorti deux jours en triomphe à Arles, également à Bayonne j’ai ouvert la Grande Porte en toréant avec José Tomás... Ce sont des arènes de grande envergure, de là ma satisfaction.

- Fort de ce constat, on peut prétendre que c’est la saison plus complète de votre carrière en France ?
- Totalement. Surtout par rapport à la régularité dans les triomphes. J’ai bien mieux toréé que l’an passé, j’ai approfondie notablement ma tauromachie, ma technique et en même temps, j’ai réussi à prendre énormément de plaisir.Tout cela fait que je sois beaucoup plus relâché. Sincèrement, je crois que je me suis enfin consolidé dans mon pays.

- Quand on sait la difficulté d’être prophète chez soi...Nous parlons d’une consécration importante.
- En effet. Et comme vous dites, cela n’a pas été facile. Cela fait 12 années que j’ai pris l’alternative, c’est pour cela que cela ne s’est pas fait en un jour. Cela demande beaucoup d’efforts, de travail, de gérer des situations difficiles... Maintenant que je regarde en arrière, et même si cela ne fut pas évident de prendre l’alternative si jeune – il avait 18 ans – je m’aperçois que cela a été plutôt positif car bien que je sois un vétéran dans la profession, je suis encore jeune. Et cette jeunesse, aliée à l’expérience d’une longue trajectoire, fait que je suis capable d’orienter ma carrière comme je l’entends et de continuer à progresser. C’est pour cela que lorsque les triomphes importants arrivent, comme ceux dont vous faites référence, on les savoure d’autant mieux.

- Ces triomphes dont vous parlez, ont-ils eu la répercussion souhaitée ?
- Sincèrement, je pense qu’ils auraient plus servi à d’autres toreros qu’à moi. C’est un des problèmes qui persistent encore aujourd’hui. Ils auront toujours moins de répercussion qu’un autre obtenu par un espagnol au même endroit. En étant français, vous avez un double handicap à surmonter, c’est dommage. Ensuite, il est certes vrai que la capitale de la tauromachie est Madrid et les points qui y sont marqués vous ouvrent les portes du reste des férias.

- Pour cette saison, Madrid était la base pour toréer en Espagne.
- Effectivement. On peut dire que je n’ai pas eu la même chance en Espagne, où tout est devenu plus compliqué lorsque cela ne s’est pas passé comme on l’aurait voulu à Madrid. Des deux après-midis où j’étais annoncé, je n’ai pu rien faire, ce qui a eu comme conséquence de me fermer le circuit des ferias et même celui des arènes de seconde catégorie. C’est pour cela que ma campagne españole s’est centrée sur les arènes de troisième catégorie. J’ai aussi été présent dans des arènes de première comme Valence, Barcelone ou Séville, mais je n’ai pas eu l’opportunité d’y triompher de manière conséquente. Malgré ce, je ne veux pas être négatif et je préfère garder les bons moments vécus grâce aux triomphes récoltés.

- Avez-vous la sensation de devoir recommencer à zéro chaque année ?
- Oui, bien sur, mais c’est pareil pour tout le monde aujourd’hui. Les vedettes doivent se remettre en question dès les Fallas ou Castellón... Les saisons sont longues et c’est très dur de maintenir une régularité de mars à octobre. C’est pour cela que je souhaite souligner le grand mérite de El Juli et de Manzanares par exemple qui ont réalisé une saison exemplaire en commençant à Valence et en terminant à Saragosse. Mais cette exigence est la même pour tout le monde et lorsque on vous demande beaucoup, c’est beau car c’est la preuve que l’on a confiance en vous. Ma situation n’est pas mauvaise, loin de là, mais j’ai toujours besoin de faire parler de moi pour continuer dans le circuit.

- Qu’est ce qui vous motive pour continuer encore aujourd’hui ?
- L’envie de me surpasser, le fait de te considérer mieux que hier et être convaincu que demain tu seras meilleur encore. Pour cela, tu dois toujours avoir l’illusion intacte et dans mon cas je vous prie de croire, qu’actuellement, c’est le cas, comme si je commençais. Je suis très motivé.

- Vous déclarez que les illusions sont les mêmes que lorsque vous aviez commencé mais j’imagine que les prétentions sont différentes.
- Bien sur, et cela vient du fait de la situation propre à chacun dans le milieu des toros. Lorsqu’on se retrouve devant l’animal, on ne se rappelle pas combien on va encaisser, ni des compagnons, on ne se rappelle de rien, mais il est vrai qu’au moment de signer les contrats vous pouvez vous permettre de choisir en fonction de là où vous pensez être à l’aise en piste, alors qu’au début, c’est moins le cas. Les prétentions au niveau artistique changent également. Par exemple, cela fait des années que je rêve de conquérir Séville. J’ai déjà triomphé plusieurs fois à Madrid mais j’ai grand espoir d’y arriver aussi à la Maestranza. C’est ce type d’espoir qui donne envie de vous surpasser.

- Avant cela, vous devez faire face à la saison américaine. Comment se présente-elle ?
- Elle ne sera pas très longue mais nous allons être présents dans des endroits importants. Par exemple, nous allons à Maracaibo, à San Cristóbal aussi et d’autres dates sont en cours de négociation au Mexique et en Colombie. Au moins cela me servira pour ne pas me déconnecter, pour ne pas ranger le costume de lumières, car il est toujours plus difficle de commencer la saison espagnole sans avoir toréé avant.

En peu de mots :

- Optimiste ou pessimiste par rapport à la Catalogne.
- C’est difficile. J’aimerai être positif mais actuellement cela ne se présente pas très bien.

- Le toro.
- Je crois qu’il a de la mobilité, beaucoup ne tombent pas, on en refuse très peu même dans les arènes importantes comme Madrid. Peut-être que de temps à autres ils leur manquent quelque peu de se livrer et de la qualité mais dans l’ensemble ils ont de la mobilité et donnent du jeu.

- Les réseaux sociaux.
- C’est pas que je sois fan mais je considère qu’ils sont positifs ; c’est un moyen de rester en contact avec les aficionados. La Tauromachie doit évoluer et c’est un pas supplémentaire pour s’adapter au présent.

- Un bon souvenir.
- La première corrida à Nîmes au mois de mai, je me suis énormément régalé.

- Pour oublier.
- La corrida à Barcelone... En plus de voir que cela ne se déroulait pas comme je le souhaitais, la sensation de savoir que peut-être c’était ma dernière course dans ces arènes était très désagréable.

- Intitulez votre saison.
- Un français qui veut conquérir l’Espagne.

2010

Interview accordée à la revue taurine 6Toros6 n° 937 du mardi 13 juillet 2010

Il est le seul matador de toros à avoir ouvert la Grande Porte des arènes de Las Ventas de Madrid cette saison. Et ce n’est pas la première fois qu’il connaît cette inégalable sensation de triomphe à la portée de très peu d’élus. Déjà, en 2007, il est sorti en triomphe pendant la feria d’Automne, tout comme en 1999 lors de sa présentation de novillero à Madrid, où il a coupé deux oreilles. Pendant la Feria de San Isidro, il a laissé un souvenir historique, et reçu, des mains du Roi d’Espagne, l’Oreille d’Or de la Corrida de la Presse. Il était avec Sébastien Castella, aujourd’hui vedette indiscutable de la tauromachie.

Les carrières des deux toreros se sont déroulées pratiquement de la même façon. Mais la similitude s’arrête quant à la proximité des dates et lieux de naissance. Leur devenir en Tauromachie et leur propre conception de celle-ci et de la vie, est bien différent. Comme le souligne Juan Bautista lui-même, Arles, Béziers ou Nîmes sont des villes très proches. Mais en marge de leur tradition taurine, elles n’ont rien à voir entre elles.

La vie personnelle et torera de Juan Bautista est intimement liée à Arles car c’est là qu’il est né, c’est là qu’il a donné ses premiers pas dans les toros et c’est là encore où il pris l’alternative en 1999. Depuis cette date, et jusqu’à aujourd’hui, son père, l’ex torero à cheval et éleveur Luc Jalabert, est le directeur de l’amphithéâtre romain d’Arles.

Nombreux sont ceux qui critiquent cette relation, voyant dans la gestion paternelle une surprotection de la carrière de Juan Bautista. Parler de justice de nos jours est extrêmement difficile. Les toreros issus de dynasties sont aussi attaqués pour avoir bénéficiés de l’aide de leur géniteur. Mais en marge de ce qu’en tauromachie et dans la vie tout appui représente peu de chose pour arriver à triompher, le toro se moque des origines et des nationalités. Aujourd’hui, la spéculation et le manque de valeurs ont déplacé la faim vers d’autres endroits de la planète. Juan Bautista, tout comme José Tomás, Manzanares, El Juli et d’autres illustres toreros actuels n’ont pas eu d’enfance difficile. Doit-on le regretter ? Jean-Baptiste est dans les toros depuis qu’il a débuté en non piquées à l’âge de quinze ans. A vingt-neuf ans (il les a fêté hier, le 12 juillet), et après onze années d’alternative où il a toréé dans le monde entier, il re-triomphe à Madrid et continue de lutter. Cela mérite le respect.

- Jean-Baptiste, certains disent que tu as peu d’ambition et que tu n’y crois pas vraiment.
- Si ouvrir la Grande Porte de Las Ventas n’est pas avoir de l’ambition, alors dis-moi qu’est ce que c’est ? Lorsque l’autre jour à Madrid, je suis allé au centre de la piste, j’avais vu les qualités du toro des Lozano. Mais il aurait pu charger la muleta ou me venir à la poitrine. J’y ai cru. Il y a des toreros que j’admire qui se passent les cornes des toros très près de leur corps. J’ai été apodéré par Paco Ojeda, un monstre de la tauromachie dont sa seule présence m’intimidait. Chacun de nous possède un concept. Je cherche à exprimer le mien.

- Dans le contexte actuel de la Tauromachie, il faut appuyer à fond sur l’accélérateur.
- En effet, c’est exactement cela. J’en suis conscient. Que personne ne doute de mon envie. Les corridas que j’ai toréé au début de ma carrière n’ont pas été faciles non plus. Celle de Palha à Madrid, celle de Cebada à Pampelune o celle de Guardiola à Bilbao pour donner trois exemples.

- Et tu as demandé de toréer les « miuras » à Nîmes la saison dernière. Et celle de La Quinta à Mont-de-Marsan. Cette année, tu as fait de même avec les « victorinos » à Vic-Fezensac.
- J’ai choisi ces corridas pour d’autres motifs, par pur sentiment de torero. Je torée d’autres corridas mais je ne regrette pas d’avoir toréé celles-ci non plus. Ce sont des corridas qui t’aguerrissent, qui te font sentir torero. Ce sont des gestes qui ensuite, avec les élevages qui te permettent d’exprimer ta tauromachie, te font voir les choses plus clairement.

- Arles, ta ville, se caractérise assez avec ce côté torista.
- Arles est une terre de toros. Et les aficionados toristas son actifs. Mais il faut faire la différence entre un cartel avec El Juli et les toros de La Quinta, par exemple, avec d’autres qui attirent moins de public. C’est un thème que nous commentons de temps en temps avec mon père.

- Avec ton père, ton oncle, ton cousin, ta sœur et même avec toi-même. Pourquoi toi et ta famille êtes-vous complètement impliqués dans cette gestion ?
- Je suis qui je suis et ma famille est ma famille. Je n’ai rien à voir dans la gestion des Arènes d’Arles. Ni je fais, ni je défais. Je préfère que cela soit ainsi.

- Mais Arles a été importante dans ta carrière.
- C’est exact. Et encore plus Madrid. Dans les moments clefs, Madrid m’a donné de la force. Je dois beaucoup à Madrid. C’est curieux, mais le jour de la corrida de la Feria de l’Anniversaire, j’étais à l’aise depuis le matin, et cela dans une arène, comme celle de Séville, où l’enjeu est au maximum.

- Tu as conquis Las Ventas, rêves-tu de Séville ?
- J’ai triomphé dans toutes les Arènes importantes et j’ai connu de bons après-midi en Espagne, en France et en Amérique, comme par exemple à Madrid, Valence, Castellón, Grenade, Saint Sébastien, Vitoria… En France, à Nîmes, Dax, Bayonne, Béziers ou sur mes terres. En Amérique je me souviens d’après-midi à Mexico, Querétaro, Monterrey, Cali ou Bogotá… Mais à part mes rendez-vous de cette saison, Séville est mon prochain port, mon nouveau but.

- En parlant de port, tu dois avoir une certaine reconnaissance envers le Puerto de San Lorenzo. Tu as connu des triomphes importants avec ces toros.
- Imagine. Avec les novillos des Fraile, j’ai débuté et triomphé à Las Ventas. Avec un de ses toros, j’ai réalisé une de mes meilleures faenas à Madrid, l’après-midi de la pluie, avec Castella, et je suis sorti en triomphe pendant la Feria d’Automne. Cette saison, j’ai pris beaucoup de plaisir avec la corrida d’Arles. J’ai coupé les deux oreilles de mon second toro. Puerto, Montalvo, Palla, El Pilar, Alcurrucén… sont de grands élevages.

- Le nord t’attire plus ?
- Tu sais, dès que j’ai commencé à gagner de l’argent, j’ai acheté un appartement à Salamanque. J’aime cette région car on n’y fait pas d’histoire. Quand on doit tienter, on tiente, qu’il pleuve ou qu’il tonne. En plus, c’était la région la plus proche venant d’Arles. Souvent j’y vais seul même si ce n’est pas la porte à côté. Je suppose que cela doit être ma partie nordique. Mon grand-père maternel était de Roubaix, au nord de la France. Ensuite, il est venu à Arles.

- Le sud est ton autre moitié ?
- Salamanque m’enchante, mais maintenant je prends également du plaisir à Séville, Grenade ou Cordoue, ainsi qu’avec les élevages comme Núñez del Cuvillo, avec lequel je suis sorti en triomphe à Saint Sébastien il y a quelques temps, et à Grenade, il y a quelques jours, tu peux exprimer ce que tu ressens à l’intérieur de toi. Jandilla, Torrestrella, Juan Pedro, Zalduendo… J’ai toujours vécu à Arles, qui est au sud, mais il est vrai qu’il m’a fallu du temps pour que je me sente à l’aise à Séville. Peut-être à cause de ma personnalité ou de mon caractère. Mais je crois que c’est une question de temps. Chacun possède son horloge du temps, ses circonstances, ses expériences. Je sais que mon concept peut être accepté à Séville.

- Est-ce que cela aide d’avoir des apoderados aussi sévillans que José María González de Caldas et Marcos Sánchez Mejías ?
- Ils ont toute ma confiance. Et je sais que ce qui c’est passé à Madrid cette année est très important, c’est un pas supplémentaire vers ce que je recherche. Je suis très à l’aise avec eux, ils croient en moi.

- Tu as eu d’autres apoderados et influences. Qui fut le premier ?
- Mon premier apoderado a été mon père.

- Il continue de l’être ?
- Il sera mon père toute la vie. Il est presque toujours là chaque fois que je torée même s’il n’est pas dans le callejón et que je l’envoie dans les gradins. J’ai commencé en non-piquées avec lui. Ensuite, quand j’étais avec picadors, Roberto Espinoza s’occupait de moi. Je suis resté trois ans avec lui.

- Chaque apoderado t’apporte quelque chose, une vision, un concept…
- On apprend de tous. Roberto est un homme sérieux, un grand professionnel, même s’il a son caractère et que tu rigoles avec lui.

- Ensuite, avec qui tu as été ?
- En 2002, je suis parti avec Simon, et il a fait que je me suis retiré. Nous avions commencé tous les deux avec beaucoup d’illusions. Ensuite, arrive ce qui se passe habituellement. L’apoderado doit être fort aussi et être là pendant les moments difficiles. Cette année là, il m’a bien programmé à Castellón, pas autant à Madrid avec celle de Palha. J’ai toréé à Arles et à Nîmes et ça ne c’est pas bien passé. C’était l’époque où il était sur son bateau, je ne l’ai plus vu de tout l’été. L’apoderamiento se faisait conjointement avec Enrique Patón. De temps en temps, il venait, d’autres fois je me retrouvais seul. Fin 2003, je me suis retiré démoralisé.

- Qu’as-tu fait ?
- Depuis tout petit, je suis passionné par le toro. A quinze ans, j’ai commencé de novillero, j’ai quitté l’école à seize ans. En fait, je n’ai jamais voulu faire autre chose, ni sais faire autre chose. Lorsque je me suis retiré, je me sentais étouffé. Je n’arrivais pas à évoluer, à avancer comme torero. En France, on m’attaquait beaucoup, on me traitait avec beaucoup de dureté du fait de mon père qui était directeur des Arènes d’Arles… Toutes ces paroles dans le dos, à vingt ans, me faisaient énormément mal, ajouté à la solitude… A ce moment, j’étais mort moralement. Je suis monté à Paris et j’ai travaillé dans une entreprise.

- Tu as aimé ?
- Paris est une ville incroyable ; le travail n’était pas intéressant. Tous les jours je commençais à huit heures. Mais j’avais des amis j’en ai profité pour sortir la nuit. Je suis même parti en vacances au Mexique, comme n’importe quel jeune homme. J’ai débuté au Mexique lors des Rencontres Mondiales des Novilleros. Tu t’en rappelles ? C’est ton père qui m’a programmé lorsqu’il m’a vu avec Corbacho pendant une tienta à la maison. Mais cette fois-ci, c’était différent, quelque chose que je n’avais jamais fait auparavant. Je pensais ne plus jamais toréer. Je me suis totalement éloigné des arènes, j’évitais les gens des toros ou aller à la finca de mon père.

- Le monde en général, et celui des toros ne fait pas exception, vous colle facilement une étiquette. Tu as passé la moitié de ta jeune vie là-dedans, tu as été un torero précoce, comme la plupart, et tu as vécu une forte déception. Tu as perdu la foi et l’illusion. Après une année sabbatique, tu es revenu aux Arènes. Qu’est ce qui t’a fait changer d’idée ?
- Je ne sais pas si tu te rappelles des inondations d’Arles. Un grand nombre de familles se sont retrouvée à la rue, sans toit. Mon père m’a proposé d’organiser un festival pour venir en aide aux sinistrés avec la présence de vedettes retirées.

- Action louable à ce moment. Ce n’était pas un piège pour toi ?
- Je ne sais pas si mon père l’a vu de cette façon. Je me rappelle qu’il faisait gris et froid. J’étais à Paris pour travailler. Je suis allé dans la rue pour appeler le maestro Manzanares. Il m’a répondu oui de suite en posant une condition : que je torée aussi le festival. Il m’a invité chez lui, à sa finca, nous avons parlé, nous nous sommes entraînés… que tous les deux.

- Cette passion qu’a Manzanares pour la tauromachie a du être une forte motivation.
- Là je me suis de nouveau accroché. Nous marchions, nous nous promenions dans les enclos des toros, on toréait de salon et on tientait. Et on conversait beaucoup, de toros naturellement. Je reste en contact avec lui. L’année dernière, pendant San Isidro, cela ne c’est pas très bien passé le premier après-midi. J’avais une semaine devant moi avant ma seconde corrida. Le lendemain, il m’a appelé et m’a dit de venir à sa finca pour m’entraîner pendant les sept jours. C’est une personne fantastique.

- C’est le beau côté de la tauromachie. Celui de la richesse personnelle, des nuances, des concepts…
- Je me sens chanceux. Il y a deux personnes qui m’ont aidé à retomber amoureux des toros : Manzanares en Espagne et Eloy Cavazos au Mexique que j’ai pu connaître au travers de Fernando Lozano. Je suis parti au Mexique pour toréer quelques corridas et le maestro Cavazos m’avait invité à sa finca pour me connaître. Arriver chez une vedette dont tu as toujours entendu parler fut incroyable pour moi. Je me suis retrouvé avec une personne fabuleuse qui m’a raconté des milliers d’histoires. Tout ceci te rend l’afición.

- Tu reviens aux Arènes en 2005.
- En effet, mon père et Alain Lartigue m’apodéraient. J’ai commencé la saison au Mexique, mais j’ai peu toréé cette année, 10 ou 12 corridas pas plus. En 2006, j’ai été programmé à Vitoria qui était gérée par José María González de Caldas et Marcos. Cette corrida, avec les toros de Caldas, m’a beaucoup aidé. Elle m’a donné beaucoup d’ambiance.

- L’année suivante, Santiago López se charge de tes intérêts. Un autre grand apoderado.
- Avec lui, j’ai été reprogrammé à Madrid. Santiago est un apoderado-apoderado de part sa façon de parler, de te mentaliser. C’est un grand psychologue et sait sortir le meilleur de toi-même. Pour moi, il a été très important. C’était la feria de la corrida d’Araúz de Robles lorsque j’ai réussi à prendre le remplacement et à toréer avec Castella. Santiago, en tant que torero, te sort le meilleur. Il te comprend rapidement et te conseille très bien. Je me suis trop pressé quand je l’ai laissé. On ne sait pas toujours combien va durer une carrière et des fois, on s’accélère, on commet des erreurs. Je regrette de l’avoir laissé.

- Ensuite, Marca t’a apodéré avec Ojeda. Une très grande vedette.
- L’époque avec Marca a été positive. Avoir Ojeda à mes côtés fut un privilège. Marca et moi avons terminé de cette manière car il est encore dans les années cinquante pour certaines choses. Mais on s’aime bien. L’autre jour, il m’a fait la bise quand il m’a vu à Grenade. Il m’a beaucoup fait toréer et presque tout le temps il m’accompagnait au campo. Une bonne personne.

- Et avec le maestro de Sanlúcar ?
- Tu sais, Ojeda, il arrive un moment où il t’effraie.

- Il est si méchant que ça ?
- Non, ce n’est pas ça. C’est Ojeda. Tu as à côté de toi un des Grands, un de ceux qui ont révolutionné la tauromachie. Et Ojeda est un homme qui parle peu. En fait, j’avais tellement de respect pour lui que cela me bloquait.

- Et maintenant avec Marcos Sánchez Mejías et Caldas.
- N’oublions pas que l’année dernière Roberto Espinoza et Dávila Miura m’ont encore une fois apodéré. J’ai appris des choses de tous. Maintenant, je veux donner des arguments à Marcos et à José María qui m’ont toujours programmé dans leurs ferias, Vitoria, Grenade ou Cordoue, avant même qu’ils m’apodèrent. J’aime leurs perspectives, leur façon d’envisager la saison. Ce sont des professionnels.

- Et Marcos a été un torero excellent. Lui torero et les deux empresarios d’expérience. En plus, il y a l’élevage de ton autre apoderado. En fait, tu as toujours su t’entourer de personnes importantes. Mais ta saison ne va pas être facile non plus. Ton triomphe de Madrid, ou celui de Grenade, arrivent lorsque toutes les ferias sont pratiquement fermées.
- Quelques unes oui. Mais j’espère finir avec trente cinq ou quarante corridas de toros. J’ai bien commencé la saison, depuis l’hiver, en me préparant à fond avec Curro Robles. Je vais à Bayonne, Béziers qui sont des ferias importantes, je vais aussi à Gijón. Il y a des ferias comme celle de Dax où j’ai coupé neuf oreilles et sorti trois fois en triomphe, où je suis absent, comme à Nîmes où je ne suis pas arrivé à m’arranger non plus avec Simon car compte tenu de ma trajectoire en France, et plus particulièrement à Nîmes et après le triomphe de Madrid… il faut se faire respecter (il allume une cigarette et rejette un jet de fumée). Les directeurs d’arènes, et je te le dis sachant que mon père en est un, sont un peu vache. Mais peu m’importe, je regarde vers le futur. Ce qui c’est passé à Valence, Arles, Grenade… et surtout Madrid n’est pas le fait du hasard.

La passion, l’ambition et l’envie sont présentent chez Juan Bautista. Il exprime à sa manière. Très technique et assis comme torero, il peut paraître froid de temps en temps, comme absent. Mais lorsque ce blond se fâche, il rugit, étant capable de se moquer de la mort avec des yeux ténébreux et un brin d’ironie. A la fois très français et très du sud.
Il n’est pas facile d’assumer sa propre solitude devant le néant. Passer le seuil qui sépare les toreros et les artistes du commun des mortels l’est encore plus : assumer la mort dans une brutale solitude, mettre sa vie en danger et exprimer chaque goutte comme si c’était la dernière. Les cartes sont dans ses mains et encore plus maintenant, avec la conscience et la joie de sa prochaine paternité. Suerte, torero.

Interview accordée à la revue Aplausos - n°1730 du lundi 22 novembre 2010

- La saison 2010 a été la plus régulière de ta carrière Jean-Baptiste ?
- Je crois que oui avec celle de 2007 qui connut une régularité similaire. Je ne saurai pas te dire laquelle des deux fut la meilleure.

- La régularité était quelque chose que tu recherchais ou est elle une conséquence du moment dans lequel on se trouve ?
- Tous les toreros recherchent cette régularité. Regarde la saison de El Juli par exemple. Nous avons tous en tête d’être les plus réguliers possible, comprendre le mieux les toros, triompher avec le plus de toros possible, te sentir à l’aise avec le plus grand nombre d’animaux. Cela dépend également du moment personnel dans lequel on se trouve. Cela aide énormément que le torero se sente à l’aise pour qu’il puisse aller de l’avant. Cette année, cela a été comme ça, je me suis bien senti, j’ai trouvé des qualités à beaucoup de toros dans des endroits importants, ce qui est fondamental pour valoriser la saison d’un torero.

- Où situes-tu le début de ce moment auquel tu fais référence ?
- En fait je me suis bien senti dès La México l’hiver passé. Là, j’ai eu de très bonnes sensations mais ce qui a été de fondamental fut l’oreille coupée pendant les Fallas à un toro de Valdefresno. Cela m’a donné confiance pour le reste de la saison. C’était la première feria importante et je me suis senti très phénoménal.

- Ensuite, il y a eu la Grande Porte de Las Ventas. Tu lui donnes plus de valeur par rapport à celle de 2007 ?
- Ce sont deux triomphes différents. Celui de 2007 constituait le point d’orgue d’une très bonne saison qui m’a servi pour qu’on pense à moi après quelques années de retrait. Je ne sais pas si j’ai mis la barre très haute, mais ce qui est sur c’est que l’on a exigé de moi et que cette exigence m’a bloqué. C’est pour cela que je donne beaucoup de valeur à celui de cette année car je me suis libéré de cette pression. La dernière Grande Porte a été une surprise pour beaucoup mais pas pour moi. Je savais dans quel état je me trouvais et que si un toro m’aidait, quelque chose d’important pouvait se passer.

- Rapidement, on fait la réputation des toreros et pour toi, on a dit que tu étais un torero froid…
- C’est que la faena de 2007 au toro du Puerto a été excellente. Plus qu’excellente, magique, et c’est sur, le public est venu aux arènes pensant que comme il l’avait vu une fois, il allait le revoir beaucoup d’autres mais une telle chose, aussi complète du début à la fin est très difficile à répéter. Concernant mon concept, là où j’en suis, avec onze ans d’alternative, je ne vais plus le changer… J’ai choisi une ligne classique, j’essaie de toréer simplement et il est certains que ce n’est pas ce qui transmet le plus vite au public. Cette année, j’ai réussi à l’améliorer mais toujours sans sortir de ma ligne.

- La France a également été le témoin de ce moment, surtout Arles et Bayonne.
- Avec Madrid, elles ont été les trois après-midi les plus importantes de la saison. Celle de Bayonne car étant la seule arène du Sud-Ouest où j’ai pu toréer. Je suis resté dehors de Dax et Mont-de-Marsan et elle représentait la seule après-midi où je pouvais me revendiquait dans cette zone. J’ai seulement coupé une oreille à chaque toro de La Quinta mais j’aurais pu en couper quatre. A Arles, j’avais déjà triomphé en avril, et en septembre, Manzanares n’a pas pu toréer à cause de sa blessure et la corrida est restée un mano a mano avec El Juli. Ce fut une bonne après-midi de rivalité et de concurrence. Mais j’avais conscience que je devais tout donner à l’image de ce torero, et pour moi, ce fut un honneur que de triompher avec lui dans une arène où on m’exige et m’aime beaucoup.

- En France, préfèrerais-tu assumer la pression en solitaire ou le poids de la responsabilité est-il mieux réparti avec une autre vedette comme Castella ?
- Ecoute, Cela faisait cent ans que la France attendait qu’une vedette de la tauromachie puisse jouer à égalité avec les vedettes espagnoles et aujourd’hui, au lieu d’une, il y a en deux. Cela contribue à ce que mon pays se développe tauromachiquement parlant et qu’il puisse évoluer et grandir dans beaucoup d’aspects, pas seulement du point de vue des matadors de toros mais aussi sur le plan des éleveurs, et des organisateurs, et cela est très positif. De plus, c’est ce à quoi rêvait l’afición française.

- Quel est le taux de pourcentage que possède ton apoderado dans ce succès ?
- L’entourage est très important. Il est certain que l’apoderado se trouve dans le callejón, les banderilleros dans le burladero et qu’à l’heure de vérité, tu te retrouves seul devant le toro et que tu dois résoudre les problèmes. Mais il est vrai qu’il y a eu des années où je n’avais pas cette tranquillité que j’ai eu cette saison transmise par les gens qui sont avec moi, Marcos, mon valet d’épées, ma cuadrilla… L’ensemble m’a beaucoup aidé.

- Que te reste t’il à polir ou à améliorer ? Comment va être le Juan Bautista du futur ?
- Il me reste encore beaucoup de chemin à parcourir pour donner le meilleur de moi-même. Cette année, il y a eu des après-midi inoubliables, à part de celles que nous avons mentionné, comme Grenade, Béziers par exemple, mais ce n’a pas été une saison excellente à 100 %. Ce que je sais, c’est que j’ai trouvé le chemin et que je dois abonder en ce sens.

- Pour le moment, le début en Amérique ne pouvait pas être meilleur ?
- C’est vrai. Cela faisait cinq ou six ans que je n’allais pas au Venezuela et j’ai ressentis des choses très positives à Maracay. J’ai du offrir un toro mais cela a valu la peine car, au-delà des trois oreilles coupées, ce sont les sensations que j’ai eu et que j’espère connaître à La México. Je crois qu’il est fondamental de ne pas s’arrêter pour continuer avec la série de triomphe et le rythme que j’avais pris en Europe, surtout par rapport à la saison prochaine.

En quelques de mots :

- La crise…
- Contre la crise, la qualité. C’est ce que toutes les classes de la Tauromachie devons chercher pour combattre cette catastrophe.

- Le transfert vers la Culture…
- Je pense que c’est une très bonne décision. Je crois que c’est le plus logique.

- Un souvenir.
- La Grande Porte de Madrid. J’ai regardé toute la feria à la télé, je savais qu’aucun torero n’avait ouvert la Grande Porte et je me suis à rêver de le faire. Et le rêve s’est réalisé.

- Pour oublier.
- La corrida d’Albacete. J’y suis allé avec beaucoup d’illusion et tout est sorti à l’envers.

- Si tu devais donner un titre à ta saison.
- Juan Bautista s’est retrouvé.

Interview accordée à www.derechazo.com le mardi 23 novembre 2010

- Ce triomphe a-t-il eu des répercussions que vous en attendiez, en particulier en termes de contrats ?
- Pour le mois de juillet pas trop car tout était quasiment bouclé. En revanche, pour août et septembre, oui, les retombées sont positives.

-Comment vivez-vous votre mise à l’écart de certaines grandes ferias françaises où vous avez déjà triomphé souvent, en particulier dans le Sud-Ouest ?
- Cela fait assez mal de se voir absent de Mont de Marsan, Dax ou Nîmes. Ce sont trois arènes où j’ai souvent triomphé et où j’aurai aimé être présent. Mais il faut se dire que l’an prochain grâce à Madrid, je pourrai y toréer de nouveau.

- Quels sont vos grands rendez-vous de l’été et de l’automne ?
- Il va y avoir Béziers, Gijón, Albacete, Colmenar Viejo, Arles, Bayonne… Mes apoderados sont aussi en négociation pour d’autres férias importantes qui pourraient se rajouter.

- Combien de contrats aurez vous signé durant cette temporada ? Cela correspond-il à vos objectifs de début d’année ?
- Normalement, on devrait toréer autour d’une quarantaine de corridas. Mais il est vrai que les deux oreilles de Madrid ont permis d’augmenter le nombre de corridas prévues.

- Y aura-t-il une temporada d’hiver américaine ?
- Normalement oui. Nous sommes en pourparlers avec certaines grandes arènes au Venezuela, Colombie et Mexiqque
- Estimez-vous que votre style de toreo a évolué cette année ?
- J’essaie au maximum de toréer comme je le ressens, avec du sentiment, de la profondeur et de la lenteur. Je fais tout pour le faire évoluer en ce sens.

2009

Interview Juan Bautista 2009

Juan Bautista, au tout début de l’année 2010, pouvons-nous faire un résumé de la saison 2009 pour les lecteurs de votre site ?

Cela n’a pas été une saison facile. Il y a eu des hauts et des bas mais dans les moments difficiles j’ai résisté à la tentation de ne pas me démoraliser. A côté, il y a eu des après-midi vraiment positifs comme Arles à Pâques, Nîmes, Vitoria, Bayonne ou encore les Saintes-Maries-de-la-Mer Cette période est propice aux bilans, aux réflexions sur ce qui c’est passé, aux retours en arrière.

Quels enseignements tirez-vous de cette temporada qui correspondait à vos 10 années d’alternative ?

C’est vrai que cela a été une année particulière car la dixième depuis mon alternative. Je voulais la souligner par des rendez-vous importants et différents : quatre fois à Madrid, plusieurs mano a mano, Séville, Vitoria, Alicante, Cordoue, Grenade et bien sur la corrida de Miura à Nîmes lors de la Feria de pentecôte.

Vous avez souhaité marquer cette saison par des gestes forts : deux mano a mano avec Sébastien Castella à Arles et Béziers, une corrida de Miura dans le cadre de la Feria de Pentecôte nîmoise et le seul contre six des Saintes-Maries-de-la-Mer. Quel a été votre ressenti à l’issue de ces rendez-vous importants ?

Le mano a mano d’Arles a été un très bon après-midi avec de la competencia saine. Nous avons donné le maximum de nous même. La corrida de Domingo Hernandez nous a aidé également en ce sens et les oreilles coupées en ont été les fruits. Ensuite, à Béziers, j’ai eu la chance de toucher un bon toro, mon deuxième, et de lui couper les deux oreilles. Cela m’a permis de sortir a hombros avec Sébastien. Mon rendez-vous avec les Miura à Nîmes a été très particulier car cela se déroulait à Nîmes et puis parce que c’était la première fois que je combattais cet élevage mythique depuis que je suis Matador de Toros. Une meilleure réussite avec l’épée m’aurait permis de couper les oreilles. Mais la sensation a été plus que positive. Et puis pour terminer, le seul contre six des Saintes-Maries-de-la-Mer où cela a été un après-midi très agréable dans des Arènes et une ville dans lesquelles je m’identifie et qui me font confiance depuis que j’ai commencé à toréer. Il y a eu de bons toros de Gallon et Palla, le public était avec moi, m’a soutenu tout au long du déroulement de la corrida et j’ai pu couper un total de huit oreilles.

Question que nous ne pouvons éviter… un nouveau changement d’apoderamiento. Cette fois-ci, vous avez décidé de confier vos intérêts à la société Taurotoro représentée par José María González de Caldas et le Matador de Toros Marcos Sánchez Mejías. Que va vous apporter cette nouvelle union ?

En effet, c’est une nouvelle étape qui commence avec eux. Taurotoro est une empresa importante qui a apodéré de nombreux toreros de renom tels que Manuel Diaz « El Cordobés », Salvador Cortés ou Daniel Luque. Nous avons de très beaux objectifs pour cette saison 2010 avec des rendez-vous importants. Egalement, de légers changements parmi les membres de la cuadrilla... Quels sont vos rapports avec eux ? Ils sont très bons. C’est une cuadrilla d’un très bon niveau. Curro Robles remplace César Pérez et Manuel Blandín rentre comme ayuda. La plupart sont avec moi depuis longtemps. En plus d’être de très bons professionnels, ce sont aussi des amis en qui j’ai grande confiance. Question que nous ne pouvons éviter… un nouveau changement d’apoderamiento. Cette fois-ci, vous avez décidé de confier vos intérêts à la société Taurotoro représentée par José María González de Caldas et le Matador de Toros Marcos Sánchez Mejías. Que va vous apporter cette nouvelle union ? En effet, c’est une nouvelle étape qui commence avec eux. Taurotoro est une empresa importante qui a apodéré de nombreux toreros de renom tels que Manuel Diaz « El Cordobés », Salvador Cortés ou Daniel Luque. Nous avons de très beaux objectifs pour cette saison 2010 avec des rendez-vous importants. Egalement, de légers changements parmi les membres de la cuadrilla...

Quels sont vos rapports avec eux ?

Ils sont très bons. C’est une cuadrilla d’un très bon niveau. Curro Robles remplace César Pérez et Manuel Blandín rentre comme ayuda. La plupart sont avec moi depuis longtemps. En plus d’être de très bons professionnels, ce sont aussi des amis en qui j’ai grande confiance. La tauromachie n’a jamais atteint un niveau aussi élevé. Vous faites parti des toreros importants de ces dix dernières années.

Que ressent-on lorsqu’on se trouve au paséo avec deux autres figuras de la taille d’Enrique Ponce, El Juli, Miguel Angel Perera, José Tomas…?

Faire le paseo avec eux est un honneur mais aussi une grande responsabilité. En effet, le niveau est extraordinairement élevé et pour triompher à leur côté, il faut donner le maximum. C’est très difficile. On voit également l’émergence de toreros jeunes qui veulent prendre la place des plus anciens, ce qui est légitime au demeurant.

Comment voyez-vous, comment ressentez-vous cette compétition ?

Depuis deux ou trois saisons, nous avons vu l’apparition de plusieurs très bons toreros. Une nouvelle génération qui arrive fort avec beaucoup de maturité et de technique dès leurs premières années d’alternative. Il est nécessaire qu’il y est un renouvellement et pour moi il est important d’être en compétition avec eux car malgré mes dix années d’alternative, je dois montrer que je peux rivaliser avec eux.

Même si vous portez des costumes de lumière qui restent dans la plus pure tradition taurine, ils sortent un peu de l’ordinaire quant aux broderies. Comment choisissez-vous ces costumes qui sont de toute beauté ? Est-ce un choix purement personnel, ou vous laissez-vous guider, conseiller par le sastre ? En avez-vous commandé pour 2010 ?

Pour 2010, j’en ai commandé deux de plus pour le moment. J’ai récupéré deux couleurs que j’aime beaucoup et que je n’avais plus portées depuis longtemps. Le Directeur de la sastreria Fermin, Antonio Lopez, m’a bien conseillé pour que chacun de mes costumes soit différent. J’ai hâte qu’ils soient terminés car je pense qu’ils vont être très beaux.

Comme chaque année, vous participez à l’organisation de l’Acoso y Derribo sur la plage des Saintes-Maries-de-la-Mer. Cette manifestation connaît un succès grandissant. Cette fois-ci, vous avez souhaité organiser en plus un Festival Taurin en compagnie de vos amis El Juli, Eduardo Dávila Miura et Matías Tejela. On vous sait très timide et avec beaucoup d’humilité et de discrétion, mais pouvez-vous nous parler de cette amitié qui vous lie à ces trois toreros… même si vous devez avoir également de très bonnes relations avec d’autres figuras…

Cette année la réussite a été totale. Les deux journées de l’acoso y Derribo ont été marquées par la présence d’un très nombreux public et une météo des plus favorable. Le Festival Taurin du samedi m’a permis de toréer avec trois très bons copains : Eduardo Dávila Miura, El Juli et Matías Tejela. Même si je m’entends bien avec d’autres toreros, il peut se créer des amitiés, des affinités plus fortes avec tels ou tels toreros. C’est vrai qu’avec Eduardo, Julián ou Matías, le courant passe bien et je crois que le public présent dans les Arènes des Saintes-Maries-de-la-mer l’a vraiment ressenti. C’est une manifestation à part, très chère à mon cœur qui nous permet de toréer dans un endroit magique. J’espère encore longtemps pouvoir participer à son organisation qui met un terme à la temporada en France.

Un thème que nous avons rarement abordé avec vous, celui de vos passes temps… Qu’aimez-vous à part les toros ? Où aimez-vous aller ?

Quand je termine la saison, j’ai l’habitude de couper pendant un mois pour penser à autre chose, connaître de nouveaux pays avec d’autres traditions, cultures. Je profite d’être avec mes amis, les membres de ma famille et partager des moments avec les personnes que j’aime car pendant la saison, je n’ai pas trop le temps de les voir… C’est assez compliqué.

Que pensez-vous de la conjoncture actuelle de la tauromachie ? Barcelone se trouve en danger, la tauromachie est attaquée… D’après vous, quelle position devons-nous adopter ?

Par rapport à Barcelone, il faut être extrêmement vigilant. Je crois qu’une minorité ne peut pas imposer sa vision à tout un peuple. Chacun est libre de penser, d’aimer ce qu’il souhaite. La culture et les traditions de chaque peuple doivent être respectées. Enormément de politiques, de personnes influentes, d’intellectuels, de professionnels taurins ont su se faire entendre et apporter les bons arguments afin que les décideurs Catalans s’aperçoivent de leurs erreurs. Tous les toreros sont d’accord pour dire que la tauromachie est aussi un résumé de la vie. Justement parlons-en…

Comment voyez-vous son avenir ?

Ce qui c’est passé à Barcelone prouve que la tauromachie a un bel avenir tant que serons solidaires et que nous nous battrons pour que l’aventure soit belle. Le projet mené par l’Observatoire National des Cultures Taurines de l’inscrire au Patrimoine Immatériel de l’UNESCO est une grande et riche idée. Cela prouve que lorsque nous nous unissons, les choses peuvent avancer. Une des grandes préoccupations actuelles, est à juste titre, est le futur de la planète Terre. Les gouvernements ont pris conscience qu’il fallait faire quelque chose pour éviter de connaître le pire, pour laisser aux générations futures une planète dans laquelle ils pourront vivre, habiter et être heureux.

Le rendez-vous de Copenhague est crucial pour l’avenir de notre planète. Qu’en pense un torero comme vous ? Quelles idées pouvons-nous apporter à notre niveau ?

Il est clair que nous devons œuvrer chacun de nous à notre niveau pour laisser une planète en « bon état de marche » aux générations futures. Chacun de nous doit en prendre pleinement conscience. C’est hyper important et nécessaire. Il est primordial de changer nos comportements et faire l’effort d’y arriver. Je crois que nous sommes à la croisée des chemins. Nous devons y arriver sous peine de voir de très belles choses disparaître…

Dernière question, rituelle en cette période… Quels sont vos souhaits pour 2010 ?

Mes souhaits, sur le plan taurin, sont que tout se déroule pour le mieux pour mes compagnons de cartels et pour moi-même, que les toros embistent afin que nous toreros puissions donner de grands après-midi de tauromachie au public présent dans les gradins. Ma motivation est très grande, j’ai encore plein de chose à réaliser devant les toros, beaucoup à faire pour arriver à mes rêves et vivre ma passion jusqu’au bout. Et qu’enfin, les personnes qui sont contre la tauromachie comprennent notre passion, tradition et culture. Sur le plan personnel, la santé et être heureux. Ce ne sont pas des souhaits qui sortent de l’ordinaire mais ils sont tellement vrais.

Merci Juan Bautista de nous avoir permis de réaliser cette interview. Nous vous souhaitons le meilleur du meilleur pour 2010. Vous le méritez. La tauromachie est là, bien présente. Nous devons être fier de l’aimer, de la soutenir comme vous l’avez si bien dit et être fier d’être aficionado. Vous en êtes l’un des meilleurs représentants.